‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 310 sur 684 · PAR DOECE. - LIVRE III · texte numérisé non relu

PAR DOECE. - LIVRE III

daiu son Timée , on doit , dans les moindres choses , inipiorer le secnors divin , que penses-tu que nous devions feire pour obtenir la grâce de trouver dans sa source le bien suprême?» — iNous devons, lui dis-je, invoquer le Tout-Puislant , auteur de toutes choses ; c'est un devoir indispeusable ; qui ne s'en acquitte pas , ne peut rien entreprendre avec succès. » — « Tu as raison, me rèpondit-cile , > et élevant sa voix , elle commenta cette invocation :

^.oÊtre infini, créateur du ciel et de la terre, dont la sagesse élemcile gouverne l'univers depuis le commencement des siècles; vous qui, dans un repos immuable, donnez le mouvement à toute la nature, rien ne vous a porté à créer ce grand ouvrage que votre bonté seule. Pour le former, vous n'avez eu d'autre modèle que vos idées adorables. Source de toute beauté, les beautés de ce monde ne sont qu'une faible image des vôtres ; quoique parfait dans son tout, pour que cet ouvrage immense fot au.ssi parfiiit dans chacune de ses parties, votre sagesse toute- |)Uissaute a su concilier, dans les élémens , les qualités les plus opposées entre elles. Cest par ses lois que le froid s'accorde avec le feu , et l'humide avec son contraire ; c'est par ses lois que , malgré sa lé|;èreté , ce fou subtil et rapide ne s'éva|)ore point dans les airs; et que, malgré sou poids , la terre n'est point submergée par ce fluide profond qui l’environne. Cest vous qui avez répandu dans l'univers cet esprit puissant qui l’anime, et qui , sans sortir de lui-méme, va distribuer le mouvement dans toute la nature, et régler les révolutions des cirux sur le modèle qui s'en trouve dans les idées de l'inlrlligenee infinie. Vous avez également crée les âmes et les autres suivstances spirituelles d'un ordre inférieur. Vous les répandez sur la terre et dans les cieuï, et elles y restent altacliées au cliar que vous leur avez destiné. Jusqu'à ce que, par une loi pleine de bonté, une flamme divine les ramène à vous qui êtes leur premier principe. O mon Dieu ! ô mon Père ! élevez nos .Imes Jusqu’au séjour auguste que vous habitez. Cnnduisez-nous à la .source du bien. Favorisez-nuus de cette lumière céleste qui seule peut vous découvrir à nos yeux , et les rendre capables de vous contempler. Dissipez l'obscurité qui vous environne. Brillez de toute votre gloire. Nous ne |)Ouvons trouver qu’en vous la paix et le bon-

heur que nous cherchons ; car vous êtes notre premier principe, notre dernière fin. notre guide, notre soutien. Vous êtes tout la fois et le terme heureux auquel nous aspirons , et la voie qui y conduit.

Pr.% Puisque Je t’ai appris à distinguer le bien parfait d’avec celui qui ne l'est pas, il faut maintenant le montrer en quoi réside ce bien suprême, celle souveraine félicité; et |K>ury parvenir, examinons d'abord si ce bien, tel que tu l'as défini il y a un moment , existe véritablement dans la nature : sans cela nous courons après un vain fantôme, en croyant chercher la vérité. Mais Je crois qu'on ne peut nier qu'un tel bien existe, et qu'il est la source de tous les biens ; car nous n'appelons une chose imparfoite que parce qu'il lui manque quelque chose de ce que contient ce qui est plus parfait. Si donc , dans quelque genre que ee suit , un reconnaît quelque imperfection, on doit conciiire que, dans ce même genre , il y a quelque chose de parfait. Si l'on suppo.se en effet qu'il n’ya rien de parfait dans la nature, on ne pourra Jamais comprendre comment ce qui est imparfait peut exister : ar la nature n'a point commencé ses ouvrages par des choses Imparfaites. D'abord elle a pnnluil ce qui est p.arfait et accompli, et ensuite, comme lasse et épui.sée par scs premières productions, elle a fait paraître quelque chose de moins parfait. Si donc on trouve dans les choses péris.sal>les de ce monde quelque ombre de félicité , on ne peut douter qu’il n'y ait un bien plus réel, capable de nous procurer une félicité plus solide et plus parfaite.» — «J'en conviens,» lui répondis-Je. «Apprends donc maintenant , me répliqua-t-elle , où elle réside? Il ne faut qu'une étincelle de raison juMm comprendre que Dieu, principe detoutes cIhvscs, est souverainement bon; et que puisqu’il est le meilleur de tous les êtres , le bien parfait ne réside et UC peut résider qu’en lui seul. Sans cela , il ne serait pas au-dessus de tous les autres êtres, puisqu'il y en aurait quelque autre de plus excellent, dans lequel résiderait le bieti parfait, et dont, par conséquent, l'exislencc précéderait la sienne; car il est évident que les êtres les plus parfaits ont précédé les autres Ainsi , pour ne pas faire une progression qui aille i l'infini, il faut convenir que le Dieu stipréntc est la plénitude de tous biens et de toutes

LA PHILOSOPHIE

:UIG COASOLATION DE

parféetiiins, ctcunséquennnentqu'ealui réudela vraie béatitude. ■> — • O la grande, d l'aimaUe vérité ! > m'écriai-je. • Mais, tyonta-t-elle , Siln que les sent imeas soient aussi purs qu'imariables , comprends bien en quel sens j'ai dit que le souverain bien est en Dieu. Ne va pas te persuader que ce principe tout-puissant de toutes choses, ait reçu d'un autre principe ce bien parfait qui est en lui ; ni que ce Dieu en qui réside la vraie béatitude, et cette souveraine béatitude, soient d’une nature différente. Car si Dieu avait reçu ses perfections d'un autre principe, celui-ci serait sans doute plus csccllent que Dieu même; ; car celui qui donne est préférable à celui qui reçoit. Or nous hisons, avec raison, profession de croire que Dieu est le plus eacellenl de tous les êtres; il ne peut donc tenir ce qui est en lui que de sa propre nature. Que s'il tient de sa pn^pre nature ce bien parfait dans lequel consiste la félicité , mais que ce bien soit distingué de la nature divine, qui comprendra jamais d'où peut venir leur union? Et ce qui achève de prouver que le bien parfait et Dieu ne sont point déni choses différentes, c'est qu'il est certain que ce qui est différent du souverain bien , ne peut être le souverain bien lui-inènir; ce qu'il serait impie de dire ou de penser de Dieu, puisque, ainsi que je viens de le dire, il est, par sa nature , le plus excellent de tous les êtres. Car c'est une vérité constante, que rien ne peut être meilleur que son principe; d'où je conclus que ce qui est le premier principe de toutes choses , est en même temps, par sa propre nature , le plus parfait de tous les biens , le bien suprême. Or, le bien suprême et la vraie félicité ne sont qu'une seule et même chose ; tu en conviens. Dieu est donc notre vraie , notre souveraine félicité.! — iJene peux, luidis-je,onnlcster la vérité de vos principes , ni 1rs justes conséquences que vous en tirez. » — « Voici encore , ajouta-t-elle, un argument qui les confirme. Il ne peut y avoir deux souverains biens différons l'un de l'autre; car s'ils sont différons, il est évident que l'un n'a pas ce qu'a l'autre. Aucun des deux ne sera donc parfait , puisqu'il manquera i chacun ce qui est propre à l'autre. Or. ce qui n'est pas parfait ne peut être souverainement bon ; il ne peut donc y avoir deux biens suprêmes différens l'un de l'autre. Ainsi , puisque , onnme n>jus l'avons montré , Dieu est

le souverain bien , et que la vraie KUcité est aussi le souverain bien, il s'ensuit que, la félicité suprême et la divinité sont une seule et meme chose, s — < On ne peut certainement . m'écriai -je, rien dire de plus vrai, de plus juste , ni de plus digne de Dieu. > — ■ Je ne m'arrête pas là, me dit-elle; je veux, suivant la méthode des géomètres, tirer des propositions que j'ai prouvées, cet excellent corollaire : Si les hommes ne sont heureux qu'en parvenant à la béatitude, et que la béatitude soit la diviuité même , ils ne sont donc heureux qu'en parvenant â la divinité. Or, comme la justice fait les justes, et la sagesse les sages, la divinité fait les dieux. Tous les hommes donequi sont parfaitement heureux , sont autant de dieux. > — < Dieux , dis-je , par participation ; car il n'y a qu'un seul Dieu par essence. « — « Mais quelque beau que ce corollaire te paraisse , je vais y ajouter quelque chose de plus beau et de plus excellent encore. Ecoute : la béatitude paraissant renfermer tant de choses , ces choses sont-elles , si j'ose m'exprimer ainsi, comme autant de membres nécessaires pour former le corps entier de la béatitude, ou en est-il une qui soit comme l'essence constitutive de la béatitude, et à laquelle les autres se rapportent comme autant de propriétés? » — » Faites-moi comprendre cela, je vous prie. > — < La béatitude ajouta-t-elle, n'est -elle pas un bien? > — • Oui, sans doute , et même elle est le souverain bien. > — «Mais, ajouta-t-elle, être parfaitement suffisant à soi-même, souverainement puissant, et jouir de la gloire la plus éclatante et de la salisfàctioo la plus entière , n'est-ce pas la vraie béatitude? > — < Oui, sans doute; et qu'en concluez-vous? « — < Toutes ces espèces de biens sont-elles donc autant de parliesdela béatitude , ou se rapportent-elles au souverain bien, comme à leur principe? > — « Je crois entendre votre question , mais je désire ardemment que vous y répondiez vous-même. » — « Je vais te satisfaire et t’apprendre ce que tu dois penser. Si tontes ces choses étaient des parties de la béatitude, elles seraient différentes les unes des autres; car telle est la nature des parties, que diflércntes entre elles, elles constituent cependant un seul et même tout. Mais je t'ai déjà démontré que toutes ces choses ne différent en rien ; ne les regardons donc pas comme les par-

Digilized by Gwugit

PAR BOÈCE

tics constituantes de b Mititude. D'aillrurs, U est certain que toutes se rapportent au bien en général ; car on ne les recherche que parce qu’elles ont rapparencc du bien. Le bien est en effet l'unique objet de nos désirs , et jamais nous ne nous porterons à rechercher avec ardeur ce qui n'est pas, ou du moins ce qui ne nous parait pas être un bien; et au contraire, nous sommes naturellement portés ü ce qui se présente à nous sous l’apparence du bien, quand inémeee n'en serait pas véritablement un. Le bien, encore une fois, est donc l'unique objet des désirs de notre Ame; car ce qui nous porte A désirer une chose, est plus réelleineut l'objet de nos désirs que la ehose elle- même. .Si quelqu'un, par exemple, veut aller A cheval pour sa santé, il désire certainement plus sa santé que le plaisirde monter A cheval. Puis(]ur donc nous ne désirons aucunes choses qu'A cause du bien que nous croyons trouver en elles, c'est moins vers ces choses que vers le bien lui - même que tendent nos désirs. Or, nous avons établi pour principe que ce centre où tous nas désirs abouti.vsenl, est la bt'atitude; b btbtitude et le vrai bien sont donc essentiellement une seule et même chose, tu ne jveux pas en disconvenir. Or, je t'ai fait voir que Dieu et la héatitude sont aussi une même chose; Dieu est donc par essence le véritable, le souverain bien.

f'. « Approchez , venez iei , misérables esclaves de ta enpidité des choses de ce monde ! vous y trouverez un repos durable, un port a.ssuré, un asile inviolable ouvert A tous les malheureux. Tous les trésors que roulent avec eux le Tage et rilermus, tous ceux que Unde renferme en son sein, dans le climat brûlant où il coule sur un sable parsemé d'émeraudes et de diamans; tous ces objets funestes de votre convoitise , mortels insen.sés! toutes ces brillantes productions que b sage nature a enfouies dans de profondes cavernes , ne servent qu'A vou.'î aveugler de plus en plus. La lumière des cieux , cette lumière qui en fait l'ornement , qui les anime et les conduit ; cette lumière divine peut seule dissiper les ténèbres de votre Ame. Sans son secours, vous courez infailliblement A votre perte. I.(uni(Te aussi salutaire que brillante, quiconque en est éclairé n’est plus frappé de l'éclat du jour : toute la splendeur du .soleil s'éclipse et s'évanouit devant elle. >

«Cette lumière, lui dis-je , vous l'avez fait briller A mes yeux. Je conviens de tout ee que vous venez de dire , vous l'avez appuyé par les raisons les plus solides et les plus persuasives. » — « Mais n’estimerais-tu pasenrore plus, reprit-elle, l'avantage de connaître bnatureduvraihien?»— » Je l'estimerais infiniment , pui.sque je parviendrais en même temps A connaître Dieu , qui est le souverain bien.» — «Je vais te satisfaire, njoutat-elle, eu partant de ce (pie je viens dire, comme d'autant de principes incontestables. Je t'ai bit voir que ce que l'on ne peut trouver qu’en plusieurs cho.ses , ne peut être le vrai bien , le bien parfait, puisque ces choses étant différentes entre elles, ee qui serait dans l'une manquerait nécessairement A l'autre, et qu'ainsi aucune ne pourrait proeurer le vrai bien, qui, omiraejete l'ai montré ensuite, ne peut se rencontrer que dans le seul être où se trouvent réunies l’indépendance absolue , b pubsance suprême , la véritable gloire et b .souveraine volupté, qui . séparées les unes des autres, ne seraient pas <li(pies de nos désirs, et qui ne sont le véritable bien que par leur rt'union. Le bien suprême ne se trouve donc que dans b parbitc unité; ils ne sont l'un et l'autre qu'une même substance, pui.squ'ib ont les mêmes effets. Considérons maintenant que les choses ne subsistent que par l'union, et que b désunion les fait périr. Dans les animaux , par exemple , tant que le principe qui les anime est uni au corps , l'animal existe; il vit : mais que cette union ccs.se , que ee principe de vie se sépare du corps , il périt ; il n'est plus. Ix corps de l’homme subsi.ste tant que les membres qui le cuiiqxisent sont réunis, mais si on les sépare, si on les désunit, s'ils ces,sent de former un seul cl même tout , rc n'est plus qu'une masse informe. Si je parcours ainsi tous les êtres, je le ferai voir que l'union les fait subsister, et que b désunion tes détruit. Or, il n'est point d'être qui, tant qu'il suivra l'instinct de .sa nature, abandonne le soin de sa conservation, et cherche sa deslriiclinn et sa hn. Sans doute les animaux qui jouissent de la faculté de vouloir et de ne p.as vouloir, ne renonceront point d’eux-mémes A b vie; rhanin d'eux travaille A sa conservation , et foil b mort avec liorreiir. »— « Mais dois-je penser de même des arbres et des plantes ? dois-je le penser des choses inanimées?»— «.Sans doute, lu le dois.

308 CONSOLATION DE LA l'IllLOSOPHIE,

Car pour parler d'abord dc$ espèces végétât ives , ne les vois-tu pas naître chacune dans les terrains qui leur sont les plus amvenables et les plus propres à leur pnicurer la durée dont elles doivent jouir, selon leur nature, les unes couvrent nos champs , les autres croissent sur les montagnes ; celles-là prennent naissance dans le sol fangeux d'un marais ; ccllesei s'atlachent aux rochers; il en est même que produit abondamment un sable aride, et stérile pour tout le reste. Cbangez-les de terrain, elles périront incontinent. La nature leur a assigné , s'il est permis de parler ainsi , à chacune leur pays natal ; tant qu'elles y restent, cette sage mère en prend soin , et les y conserve tout le temps que , selon les lois générales, elles doivent y demeurer. Pour leur fournir la sultsislancc, de profondes racines vont puiser dans les entrailles de la terre les sucs qui forment et nonrris.sent la moelle , le bois et l'écorce dont elles sont composées. Quelle attention de la nature ! ce qu'elles ont de plus délicat, la moelle, par exemple, est toujours au centre, enveloppée de plusieurs couches d'un liois dur, qui lui-mème est revêtu d'une écorce épaisse, espèce de cuirasse de.stinéc à défendre le corps de la plante, des ii\jures de l'air et des saisons. Peut-on voir sans admiration le soin que cette mère féconde a pris pour multiplier et conserver les espices par des graines et des semences qui se développent par succession, les reproduisent sans cesse, et semblent leur assurer une espèce d'immortalité ? la» choses mêmes qui nous paraissent inanimées n'ont elles pas aussi une espèce d'instinct pour ce qui leur est propre? la: feu , par sa légèreté , s'élève vers le ciel ; la terre , par son poids, retombe toqjours sur elle-même. Ainsi chaque élément a le mouvement et la région qui lui est propre; là il trouve le principe de sa subsistance, ailleurs il trouverait celui de sa destruction, l-es corps durs, les pierres, par exemple, ont leurs parties fortement attachées les unes aux autres, comme pour résister à leur destruction. Les fluides au contraire , comme l'air et l'eau , cèdent facilement et se divisent au moindre effort ; mais aussitôt leurs parties se réunissent sans laisser la moindre trace de leur division. Pour le feu, il n'en souffre aucune. En parlant du penchant qui nous porte à tout faire |H)ur notre conservation, je ii'entends point

parler des mouvemens libres et volontaires de l'àme, mais des simples mouvemens naturels, tels que .sont ceux qui nous font foire la digestion sans que nous nous en apercevions oti qui entretiennent en nous la respiration , pendant que nous dormons prohmdéntent. Ainsi les animaux ne désirent pas leur conservation par un désir libre et réfléchi, mais par le simple instinct de leur nature. De là vient que souvent, tandis que la nature en est saisie d'horreur, la volonté de l'homme reçoit la mort avec tranquillité, avec joie même; et souveraine maîtresse d'ellc-même, elle renonce quelquefois au penchant invincible qui le porte à multiplier et à éterniser son espèce. Ainsi, par un instinct général , tout cherche à conserver son existence, et dans les idées de la Providence, cet instinct est le principe le plus efficace de la subsistance de tous les êtres créés. »—« Je vois à présent de la manière la plus claire ce qui tantôt me paraissait très incertain. > — «Tout cherche donc sa conservation, reprit-elle. Or tout ce qui cherche sa conservation , craint sur toutes choses la division de ses parties. En effet, si on détruit son unité, on détruit son être; ainsi tout tend à l'unité, ür, je t'ai montré que la |iarfaite unité et le vrai bien sont une même cliese : tout teud donc au bien, et on peut Icdéhnir parfaitement, en disant : «Le bien est ceqitc tout désire. » — «Rien n'est plus vrai que ce que vous venez de dire; car, ou les choses n'ont aucune fin à laquelle elles tendent , et alors tout ira au hasard ; ou il y a une fin dernière à laquelle tout se rapporte , et eette fin dernière ne peut être que le souverain bien. » — « Quelle joie pour moi, s'écria-t-elle ! lu commences, mon cher élève, à comprendre la vérité; et ce qui t'y a conduit , c’est la connaissance de la 6n de tontes choses. Or, comme c'est à rrtie lin que tout tend, et que le bien est aussi le but où tendent tous nos désirs, nous avons raison d'en conclure que le souverain bien est la fin de toutes choses.

V. «Si nous désirons sincèrement connaître la vérité, et que nous ne cherchions pas à nous faire illusion, rentrons en ni.us-mêmes. portons le flambeau jusqu'au fond de notre cœur, nous y trouverons le trésor que nous cherchons vainement au dehors de nous-mêmes. La vérité, que de sombres nuages dérobaient à nos yeux , nous paraîtra alors plus brillante que le soleil ; car

PAR BOECK

Cftte masse tciTPSirc qui enveloppe notre Ame, n'en peut éteindre entièrement la lumière, ^uus portons au dedans de nous-mèinea le germe de toutes les vérités ; l'étude et rinsiruction ne .servent qu'a l'y faire éclore. Sans cela , comment pourrions-nous répondre si promptement et si bien aux interrogations que l'on nous fait? I,a lumière était en nous ; et pour la ranimer , il ne fallait qu'une étincelle d'un feu étranger : et si cela est ainsi , Platon a bien raison de dire , que ce que nous croyons apprendre , nous le savions déjà , et que toute la science consiste A se ressouvenir de ce qu'on a oubUé sans s'en apercevoir. »

l'r. — « Platon a raison sans doute ; carc'est déjà pour la seconde fois que vous me rappelez toutes ces choses J'en ai deux fois perdu la inémoire. première, quand mon àme a participé à la contagion de la masse terrestre qui lui sert de pristin ; et la seconde , lorsque l'excès de ma douleur a comme étouffé toutes ses facultés. « — « Eh bien ! reprit-elle, si tu réfléchùs mûrement sur tous les principes dont lu viens de convenir, tu te rappelleras bientôt par quels ressorts la Providence divine régit l'univers , ce que tu croyais n'avoir jamais su. «11 est vrai que quoique je vous aie avoué que j'étais sur cet article dans la plus profonde ignorance , j'entrevois en ce moment ce que vous voulez m'eu dire; je vous supplie néanmoins de bien vouloir m'en instruire à fond. ■ — • Ne m'as-tu pasavoué, il y a un moment, que la sagesse divine gouverne le monde?» — «Je l'ai avoué, sans doute, et je le confesse encore : c'est une vérité dont je ne me départ irai jamais, et voici les raisons qui me portent à le cruirc. Ce monde est composé de parties si différentes et si con traires, qu'elles n'auraient jamais pu former un tout si régulier, si un être souverainement puissant ne les avait réunies ensemble, et cette union n'aurait pas subsisté long-temps entre des choses qui tendent mutuellement à s'entre-détruire , si cet être suprême n'avait pas conservé, par sa sagesse, ce qu'il a formé par sa puissance. L'ordre invariable qui règne dans toute la nature , ces mouvemens si réglés, qui se font toqjours dans les mêmes espaces de temps et de lieu , avec les mêmes influences et avec les mêmes effets , ne peuvent être que l'ouvrage d'un être infini , qui, immuable, fait tout mouvoir; et ce principe créateur et modérateur de toutes choses , quel qu'il

soit, je le reconuais pour mon Dieu.» — «Tu jienscs .si bien, me dit-elle , que je ne te crois pas fort éloigné de parvenir à la béatitude , et de revoir ta vraie patrie. Mais revenons au sujet de notre entretien. Nous avons dit que Dieu est la souveraine béatitude, et qu'une des principales propriétés de la béatitude , est de se suffire à soi-méme. Par conséquent Dieu n'a besoin d'aucun secours étranger pour fpauvemer l'univers : car s'il en avait le moindre besoin, on ne jiourrail pas dire qu'il se suffit à lui-même. C'est donc par lui-même qu'il régit tout : or il est le vrai bien par essence ; c'est donc par le souverain bien que tout est conduit; il est le mobile et comme le gouverna il de tout l'univers ; c'est par lui qu'il existe, et il ne subsiste que par lui. » — « J'eu conviens de tout mon coeur, m'écriai-je , et j'avais quelque idée que vous vouliez en venir là. » — « Tu commences donc à connaître la vérité ; écoute : ce qui me reste à te dire te la fera comprendre de plus en plus. Dieu se servant du bien comme d'un gouvernail pour tout conduire en ce monde, et tout, comme je te l'ai montré, tendant naturellement au bien, peut-on douter que I tout n'obéisse volontairement aux lois de cet être suprême ? autrement sou gouvernement , loin de faire le bonheur des êtres qu'il gouverne, serait une espèce de servitude et de tyrannie. Ainsi , tant qu'on se conduira par le véritable instinct de la nature , on ne s'opposera point aux volontés du Créateur. Eh ! qui pourrait s'y opposer, puisque étant la souveraine béatitude, il est souverainement puissant? Rien donc ne veut ni ne [leut résister au souverain bien. C'est donc ce bien suprême qui conduit avec force , et règle tout avec douceur.» — «Ce que vous me dites, et la manière dont vous le dites, me plaisent également , et les hommes insensés devraient bien rougir des vaines objections qu'ils font avec tant d'ostentation contre ces vérités.» — «La fable, reprit-elle , en te racontant les attentats des g^ns , et leur révolte contre le ciel , n'a pu te dissimuler qu'ils ont été terrassés et punis, comme ils le méritaient , par la force et par la douceur tout ensemble. Téméraires comme eux, ces insensés dont tu parles auront la même sort. Mais opposons leurs raisons aux miennes, peutêtre du choc de ces raisons contraires , sortirat-il quelque étincelle de vérité. Dieu est tontpuLssant, tu le sais, et personne n'en doute

CO.NSOI.AI lO.N DK

8'il est tuut- puissant , il n'y a rien qu'il ne puisse filirr; rrpendant tu conviendras qu'il ne peut faire le mal : le mal n'est dune rien, puisque celui qui peut tout ne le peut ftiire. • — « Prenez-vuns donc plaisir, rÿpliquai-je , à m'embarrasser dans un labyrinthe de raisonnemens dont il parait impossible de se retirer? Cette multiplicité de principes n'est-elle point contraire à l'infinie simplicité de l'essence divine? Tantôt vous oommenciez par la béatitude ; vous disiez qu'elle est le souverain bien , et vous ajoutiez quele souverain bien est Dieu ; que Dieu conséquenunent est la VTaie béatitude, et que quiconque Jouit de cette béatitude, est Dieu. Vous avez ajouté que l'essence du vrai bien est en même temps l'essence de Dieu et celle de la béatitude, et que le vrai bien est celui que tout désire. Vous avez dit ensuite que la bonté de Dieu est le sceptre dont il gouverne le monde ; que tout en suit volontairement les lois, et vous avez fini par dire que le mal n'est point un être réel. Vous avez tiré toutes ces propositions les unes des autres, et vous ne les avez appuyées que sur des raisons tirées d'elles-inémes, sans en chercher au dehors. » — « Non , mon cher élève , non , reprit-elle, je n'ai point voulu t'embarrasser, mais t’instruire : et par la grilce du Dieu que nous avons invoqué, nous voilé parvenus à expliquer ce qu'il y a de plus difficile et de plus inqiortanl. Telle est en eflet la nature de l'easence divine, qu'elle ne se communique à aucun être, et n'adinet rien d’étranger en elle, mais, comme le dit Parméiiides, c’est un cercle infini de perfections, qui se renferment toutes les unes les autres. J'ai donc dA ne iwiiit chercher au dcliors 1rs raisons des grandes vérités que je viens d'établir, mais les tirer du firnd même de ces vérités; car, comme le pense excellemment Platon , les raisons doivent totijours être analogues au sujet que l’on traite.

A'. «Heureux qui, brisant les tristes liens qui nous attachent i la terre , petit s’élever vers le bien suprême et le contempler dans .sa source, la: fiimeui chantre de la Thracc, déplorant la perte de sa chère Kurydke, tira de sa lyre des sons si touchans , qu'il rendit tous les êtres sensibles é son malheur, les forêts couraient après loi ; les fleuves sospendaiimt leur cours inqiélueux ; les animaux les plus farouches, oubliant leur férocité, laissaient ceux dimt ils ont accoutumé de

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