‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 335 sur 684 · TRAITÉ DE LA CONSIDÉRATIO · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE LA CONSIDÉRATIO

Si vous ètc« plus patient ou plus impatient qu'à l'ordinaire, plus colère ou ^us doux, plus superbe ou plus humble, plus afFable ou plus sévère, plus traitable ou plus difficile, plus lâche ou plus courageux, plus sérieux ou plus dissipé, plus timide ou peut-être plus hardi qu'il ne faudrait. Voilà, certes, un grand champ qui vous est ouvert pour entretenir votre considération. Je ne vous en fais soiivniir que d'une petite partie pour vous en servir comme d'une semence que je ne sème pas moimème, mais que je vous présente pour la semer. Il faut que vous connaissiez la qualité de votre zèle , votre clémence et votre discrétion qui est la modératrice de ces vertus ; quel voua êtes à pardonner les injures , quel à les venger , et le soin que vous apportez en l'une et en l'autre à garder la mesure, le temps et le lieu. Car ces trois cboscs sont tout-à-fàit à considérer dans l'usage de cet vertus , de peur qu'elles ne cessent d'étre vertus, du moment qu'elles passent ks bornes prescrites; puisque ce n'est point la nature, mais l'usage qui leur donne la qualité de vertus, n'étant rien de plus visible que d'ellesmèroes elles sont indifférentes. Cest vous qui en faites des vices, lorsque vous en abusez et que vous les confondez, ou qui en Faites des vertus, lorsque vous enfaites on bon usage et que vous y gardez l'ordre. Et souvent il arrive que l'œil de la discrétion venant à s'obscurcir, l'une usurpe la place de l'autre et s'empare de scs limites. Or, il y a deux causes de cet obscurcissement , qui sont la colère et la mollesse du cœur : celle-ci énerve la censure du jugement , et l'autre la précipite. Comment donc la piété de la clémence et la droiture du zèle ne se trouveraient-elles pas en danger de l'un des deux côtés? L'n œil troublé de colère ne regarde jamais rien avec doncenr, et un esprit touché d’une certaine mollesse, lâche et efléminée, ne voit point ce qui est juste. Enfin , vous ne serez point innocent, si vous punissez celui auquel vous deviez peut-être pardonner, ou si vous pardonnez à l'autre que vous étiez obligé de punir.

Page 1