‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 347 sur 684 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Qoe le MUTertia pontife étant obligé de vaquer ao' pitu lin[iorliii>te<, ne doit pouit t'aiDiiaer Ji prri de le* ifTaim dum^stiquéi; mais qu'il eu «toit oonimiHion à une (lenoaoe particvliére.

Je suis tout-à-fait ennuyé du trac cour, il faut sortir du palais et nous en r à la mai.son , oit l'ou nous attend avi tience. Ceux que nous y trouverons ne seulement autour de vous; mais ils quelque faqon au dedans de vous. C( pas une ronsidération inutile que celle porte à mettre l'ordre dans votre mai |H)iirxoir à ceux qui sont pour ainsi c votre seiu et dans votre giron. Elle voi tièrcmcnt nécessaire. Éicoulez , s'il vo l'apôtre saint Paul : « Si quelqu'un n'es pable de gouverner sa famille , comme t-il le soin qui est nécessaire au gouvt de l'Église. » Et ailleurs ; «Si quelqu'u soin des siens et de ses domestiques, assez qu'il n'a |Kiint la foi et qu'il est i Mais en disant cela , je ne prétends vous deviez vous attacher à des choses i vous qui êtes obligé de vaquer à celles de la dernière importance, ni vous aba à propos , en donnant aux plus petite le temps que vous devez employer grandes. Pourquoi vous rejetteriez-vou

PAR SAINT BERNARD — LIVRE IV

veau en dea embarras desquels Dieu vous a retire? «Toutes ces clioses, dit-il, vous seront infiiilliblement données, s II est sTai qu'il faut faire celles-ci et ne pas omettre les autres ; mais en faisant les unes par vous-mème, il faut que vous preniez soin de trouver des personnes à qui vous donniez la charj^e et la conduite des autres. En effet , si un sen itcur n’est pas seul suflisant pour avoir tout ensemble et la conduite des chevaux et le soin de la table , comment pourriez-vous par vous-ra6nic vaquer en même temps et aux affaires de votre maison et à celles du Seigneur, de laquelle il est écrit : «Olsraël, que la maisondu Seigneur est grande ! » Il fimt nécessairement qu'un esprit occupé à des affaires si diffiirentes et si importantes, soit tout A fait dégagé du soin des choses basses et de moindre conséquence; il làut qu'il soit tellement libre , qu'il ne souffre nulle contrainte par quelque occupation attachante; si fort ingénn, qu'il ne se laisse aller à aucun sentiment indigne de son caractère ; si droit et si juste , qu'il ne gauchisse jamais par aucune intention mal réglée; si bien avisé, qu'il ne forme point de soupçon sans fondement; si vigilant, que nulle pensée étrangère ou curieuse ne le fasse sortir hors de soi-mème; si ferme, que nul accident inopiné ne l'ébranle; si invincible, que nulle tribulation , de quelque durée qu'elle soit , ne l'abatte; et enfin si grand et si étendu , que la perte de toutes les choses tcraiHu-clIcs ne le fasse jamais tomber dans la tristesse ni dans le chagrin.

Ne doutez nullement que vous ne soyez privé de tous ces biens et accablé de tous ces maux , si , divisant votre esprit , vous voulez le partager entre les affaires de Dieu et vos petits intérêts domestiques. Il faut que vous cherchiez quelqu'un et qiievousVcngagiez à travailler en votre place ; je dis en votre place , et non pas avec vous ; car il y a des choses que vous devez faire par vous-même , quelques-unes qui se doivent faire par d’autres et par vous tout ensemble , et d'autres par des personnes particulières et sans vous. Qui sera assez sage pour bien comprendre toutes ces choses? Certainement il ne faut pas que votre considération s'y endorme; et je crois que vous devez mettre les affaires domestiques de votre maison entre les choses que j’ai nommées les dernières, et que vous les devez administrer

par une autre personne, comiiic je viens de le dire. Maiss'ilarrivequccelui-lànesoitpas fidèle, il vous trompera infailliblement , et s'il n’est pas assez prudent, il sera trompé lui -même. C'est pourquoi il faut que vous chcahiez un économe fidèle et prudent , Â qui vous puissiez confier sans inquiétude le ipmvcmcmcnt de votre m.aison; encore serait-il inutile, s’il n'avait pas une troisiènte chose. Me demandez-vous quelle elle est.? C’est l'autorité. En effet, il lui servirait dépende vouloir et desavoir faire toutes choses parfaitement, s'il n'était pas en son pouvoir d'effectuer ce qu'il .sait et ce qu’il veut. Il faut donc que vous lui donniez le ivouvoir de faire ce qui lui semble le meilleur. Que si vous avez la pensée que celte conduite {wurrait être au préjudice de la raison, souvenez-vous ((ue c’est un économe fidèle, qui ne voudra jamais rien faire contre la raison ; et songez qu'il est prudent , et par conséquent qu'il sait parfaitement comment il faut agir .selon la raison. Mais surtont sa volonté fidèle et prudente fera des merveilles lorsqu'on lui donnera tous les moyens d’exécuter aisément ce qu’elle aura jugé nécessaire, en faisant que tous ceux de la maison lui obéissent sans contredit. Il faut que tous les domestiques lui soient parfaitemeut soumis, qu'il ne trouve point des gens qui contredisent il tout, et qui lui demandent continuellement : « Pourquoi avez-vous fait de la sorte? » Qu'il ai t le (louvoir de recevoir et de renvoyer tous ceux qu'il juge il propos; de Changer les offieiers et de donner les commissions de servir à ceux qu'il lui plaira , et quand il lui plaira ; que tous le craignent, en sortequ'ils en profitent tous, et qu'il les gouverne d'une si bomic manière, qu'il soit utile à tous et en tontes choses. Gardez-vous bien de prêter l'oreille aux rapports secrets et aux murmures particuliers qu'on vous fera de lui , mais plutôt croyez que ce sont des médisances. Et je vous prie de prendre cette maxime générale, de tenir \H)iir suspects tous ceux qui craignent de vous dire en public ce qu'ils vous disent en particulier. Et quiconque refusera de vous dire publiquement ce que vous jugez à propos qui soit dit de la sorte, croyez que c'est un calomniatciu' plutôt qu'un accusateur. Enfin, il n'en faut qu'un seul qui ordonne il tous les autres ce qu’ils doivent faire, et à qui tous soient obligés de rendre compte. Ayez une entière confiance en celui-lil , et ne pensez qu'à.

Diÿiiizou uy v^OO^I'

374 TRAITE DE LA CONSIDLUAITON

vaut cl aui aRàircs de rÊ|;lisc de Dieu. Que si vuiis o'en trouvez pas un qui soit et fidtie et prodent tout ensemble, il vaut mieui vous ron- Hcri celui qui est bdde, comme au plus sAr des deuj. Et au cas que vous n’en puissiez trouver un setd qui vous soit lout-ii-rait pn)prc , je vous ronseillc de supporter plutôt quelque chose de relui qui est moins lîdôlc que de vous embarrasser dans ce labyrinthe , vous .souvenant que le Sauveur s’est sen i d’un Judas pour son économe. Quoi de plus honteus ô un évi-que que de prendre soin de son inéna(;e et de la moindre ba(pitelle, de s'informer de toutes clioses en général et de tout le particulier en détail, de se laisser ronger par les soupçons et de se mettre en colère pour les moindres choses ou perdues ou négUgées? Je dis ceci h la amfusioo de certaines personnes qui font tous les jours la visite de tous leurs biens, qui calculent tout, et qui se fout rendre un compte exact jusqu'à des choses de néant. Cet Égyptien n’en usait pas de la sorte, lequel ayant donné le soin de tons scs biens à Joseph , ne savait rien de ce qui était dans sa maison. Qu’un chrétien donc rougisse de ne vouloir |>as se fier à un chrétien, après qu’un homme sans foi s’assure en la foi d’un serviteur et même d'un étranger, jusqu’à lui donner l’intendance de tous ses biens.

Chose étrange! les évêques ne manquent point de gens à qui confier les âmes , et ils ne trouvent personne à qui donner l’administration de leurs revenus. O les justes estimateurs des choses, de prendre un très grand soin des choses de néant, et de n’en prendre que très peu ou point du tout de celles qui sont de la dernière coiûéquence! Mais, comme on le peut connaître assez clairement, c’est que nous supportons bien plus patiemment les pertes de Jésus-Christ que les nôtres. Nous calculons soigneusement tous les jours la dépense que nous foi.sons; mais nous nous mettons fort peu en peine des dommages continuels qui arrivent au troupeau de notre Seigneur. On tient chaque jour un compte exact avec les officiers, du prix des viandes et de la quantité du pain ; mais on confère fort rarement avec les prêtres de tous 1rs péchés ordinaires des peuples. Si une hète de charge vient à tomber |>ar terre, il .se trouve aussitôt quelqu'un pour la relever ; mais qu’une àme périsse , personne ne s'en soucie. Pour moi , je ne m’é-

tonne pas de ce désordre, puisque l>erccvons pas même les défiiuls dam nous tnmlHins tous 1rs jours. N'est-il qu'à chaque compte que l'on nous rc mms fâchons, nous nous échauffons nous lnis.sons aller à l’inquiétude et tiencc? Ah! qu’il nous serait bien plu geux de supporter la perte des biens des âmes! il’oiinpioi, dit TApôtre, n vous pas plutôt qu’on vous trompe.’ prie donc, vous qui enseignez les autre instruire vous-même, si toutefois vo pas déjà appris A faire plus d'état de v( que de vos biens temporels. Faites en ces choses (tassagères qui ne peuvent i se fixer en vous , passent au-delà de vc par-dedans vous. Coinnic le ruisseau terre par oô il coule, de même le cour ses teniporrlles ronge la con.science qi roit. Que si un torrent peut passer si pagne sans offenser les blés, vous a de croire que vous pouvez manier tou faircs sans que votre àme en reçoi dommage. Enfin , je vous conseille de vos efforts pour détourner de vous h toutes ces choses ; qu'il y en ait plus vous ignoriez, d'autres que vous dissii quelques-unes dont vous ne vous res jamais.

Néanmoins, il y en a de certaines q haite que vous connaissiez particulière sont les mœurs et les déportemens d mestiques. Il ne faut pas que vous soj nier à savoir les désordres de votre n que Von sait être sauvent arrivé à ph vos prédécesseurs. C'est pourquoi , a déjà dit, donnez l'administration d choses à d'autres personnes; mais pn même le soin du bon règlement qui se der chez vous, et ne le confiez point à Si quelqu'un se laisse aller à quelque | solente devant vous, ou qu’il y |>araiss état indécent, ne manquez point de sui^le-champ, et de venger l’injure qi faite. C'est l'impunilé qui engendre i meut la hardies.se, et la hardiesse l’in: est de l’honneur d'un évêque qu’on ne sa maison que sainteté, que modestie c nêteté, et c’est le soin de la discipli y maintient. Il faut que les prêtres qi

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rent avec vous, soient ou plus honnêtes qoe les autres, ou qu'ils leur servent de risée. Ne souffrez donc point qu'il y ait rien de dissolu ni d’indécent dans le visage , dans les habits , et dans le marcher de ceui qui sont autour de vous ; que les évêques, vos confrères, apprennent de vous à ne point tenir chez eux de jeunes élégants frisés et ajustés i ta facondes mondains. Certainement c’est une chose fort messéante , de voir des perruques frisées se mêler avec des têtes niitrées. Souvenez-vous de cet avis du sage: vSi vous avez des filles, prenez garde de leur montrer un visage trop gai. »

Ce n’est pas que je prétende vous inspirer de la sévérité , mais bien de la gravité. Celle-li éloigne trop les esprits faibles , et celle-ci tient en toide ceux qui sont trop légers. L’excès de la première vous rendrait odieux , et le défaut de la seconde mépri.sabic ; mais la médiocrité est toqjours la meilleure. Je souhaite donc que vous ne soyez ni trop sévère ni trop mou. Quoi de plus agréable que ce iniKeu , qui fiiit que vous n’êtes point insupportable par trop de sévérité , ni méprisé par trop de familiarité? Dans le palais, montrez que vous êtes pape, et dans la maison , que vous êtes père de Ihmille. Que vos domestiques vous aiment , ou tout au moins qn'ilsvous craignent. Il est toqjours avantageux de parler peu, pourvu toutefois que vous n'en liendiez point l'agrément de l'affiibilité. Il faut donc réprimer la langue en toute occasion, mais surtout dans les festins. Enfin , la meilleure conduite que vous puissiez tenir en toutes choses , est de foire paraître de la sévérité dans vos actions, de la gaieté sur votre visage, et de la gravité dans vos paroles. Il fout que voschapelains, et ceux qui vous accompagnent ordinairement ilans les offices divins, soient respectés ; et il est de ves soins d'en dioisir qui méritent cet honneur Chaorn doit kenrrendre service comme a vous-méme,et Us doivent recevoir de votre main toutes les choses nécessaires, il faut qu'ils se contentent de celles que vous leur donnez , et que vous preniez garde aussi qu’ils ne manquent de rien. Si vous en trouvez quelqu'un qui demande quelque chose à ceux qui viennent en cour, traitez-le comme un autre Giezi. Vous en devez faire de même des huissiers et des autres ofBeiers de votre palais. Mais si je vous donne tous ces avis , c'est par surabondance dediscours ;

car je me souviens fart bien qu’il y a déjà long temps que vous avez établi ce bon ordre. En effet , quoi de plus digne de votre apostolat, de plus salutaire pour votre conscience, de plus honorable pour votre réputation, et de plus avantageux pour l'exemple de tous les peuples! C’est un excellent canon que celui qui ne détruit pas seulement l'avarice dans le cœur . mais qui l'enlève même aux atteintes de la calomnie.

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