CHAPITRE XII
Qu» Omi rtoMDpnue lr« booem (nvro par ta bonU , ri qu'il punit In crimn par u jotltcc.
Qu'est-ce que Dieu ? Il est la peine des méchans, aussi bien que la i;loire des humbles. En effet , il est une r^le d'équité très raisonnable, inflexible et immuable , qui atteint partout , et contre laquelle il fiiut nécessairement que toute iniquité se brise et se confonde. Et devrai, romment tout ce qui est enflé et déréglé ne tinnberait-il point en pièces eu 1a choquant ? Malheur à tout ce qui se rencontre opposé à cette rectitude , parce qu'étant la force même , elle ne saurait jamais céder. Quoi de plus contraire et de plus facheui aux volontés des médians, que de faire toujours de vains efforts et de résister toujours inutilement? htalhrur aux volontés qui s'opposent â l'équité , puisqu'elles ne remportent jamais d'autre asantage que la peine de leur résistance. Hé ! quel plus grand supplice que de vouloir toujours ce qui ne sera jamais? Quoi de plus misérable qu'une volonté qni est UHijours nécessitée de vouloir et de ne vouloir pas; de telle sorte que comme elle ne peut se porter ni i l'un ni i l'autre qu'avec une intention mauvaise, aussi ne peut elle éviter la misère qui l'accompagne luujoors? Jamais elle n'obtiendra ce qu'elle veut, et toutefois elle souffrira éternellement ce qu'elle ne veut pas. Aussi est-il bien juste qoe celle qui ne se p«1e jamais S ce qui est honnête et raisonnable , ne puisse amssi jamais parvenir S 1a possession de cequ'rlle souhaite le plus. Qui lait eda? C'est le Seigneur notre Dieu, le quel étant juste, s'oppose au méchant à son tour. Il n'y aura jamais d'accord entre le bon et le mauvais , parce qu'ils sont opposés Tun û l'autre, quoiqu'ils ne s'oflênsent pas rédproquement. La blessure est reçue dans un sujet particulier, ce qui ne peut être en Dieu, comme U est dit dans les actes, <tu souffles du mal en regimbant contre l'éperon ; • ce n'est pas i’éperoB qui reçoit le mal , mais celui qui re gimbe contre l'éperon.
Dieu est encore le supplice des impudiques , par la raison «qu'il est la lumière. » Or il n'est rien de plus odieux aux Imes impures et crimiocUes. « Quioooqar foil du mal , hait la lu -
roière.s Mais ne pourront-elles point Nulirmmt. Celte lumière luit partout, c pas pour tous. • Elle luit, dit saint Jea les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point Celte lumière voit les ténèbres, parce q’ est une même cliose de voir et de luire ; ténèbres ne la voient point réciproquemei que les ténèbres ne la comprennent pa on 1rs voit, afin qu'ils en aient de la cm et ils ne voient point , afin qu'ils n'en n pas de consolation. Mais ils ne sont pasn ment par la lumière et dans la lumière, donc sont-ils vus encore? De tous eeux i vent voir , afin qu'ils reçoivent une plus confusion par le plus grand nombre ceux qui les voient. Cependant, parmi IP'ande multitude de spectateurs, il n'y d'ieil si insupportable û l'impudique qm propre. Il n'y a point de regard soit soit sur la terre , qu'une conscience ren ténèbres souliaite davantage et puissi éviter que le sien. Les ténèbres ne soi cachées à elles- mêmes , elles se voien qu'elles ne voient point autre chose, les des ténèbres les suivent partout, et il n'e de lieu uû elles se puissent cacher d'ellesnon pas même dans les ténèbres. • Voil qui ne meurt jamais. > Le souvenir de:
passés, lequel étant une fois entré ou, pou dire, engendré par le péché, s'est si foi attaché i l'ûme, qu'il ne peut plus en èti cbé. U ne cesse point de ronger la cons et se repaissant de celte nourriture qi consumera jamais , il perpétue sa vie éti ment. Ah I que j'ai Itorreur de ce vrr r et de celte mort toujours vivante ! Que j' reur de lomlier entre les mains de ceti vivante, et de cette vie toujours mouran C'est U cette seconde mort qui ne tue tout-à-fàit, quoiqu'elle tue toujours; q fera la grâce de les faire mourir une fo qu'ils ne meurent point éternellement, qui disent aux montagnes, tombez sui et aux collines couvrez-naus,> que prête ils, sinon de finir ou d'éviter la mort moyen de la mort même? Et saint Je «Qu'ils invoqueront la mort et qu'elle nev pas. > Faites un peu plus d'attention à i est constant qoe l'âme est immortelle, cl ne vivra pas un seul moment sans sa mé
PAR SAINT BERNARD. -LIVRE V
de peur qu'elle ne cesie ua manient d'étre ce qu'elle est ; de sorte que, tandis que l'âme subsiste, la mémoire subsiste aussi. Mais, 6 Dieu ! dans quel état? Toute inféclée de péchés, horrible par ses crimes; enflée de vanité, hideuse par le mépris et la négligence. Les choses qui ont précMé sont passées et ne le sont pa.s; elles sont passées de la main, mais elles ne le sont pas de l'esprit. Ce^qui a été fiiit ne peut qu'il ne soit fait; ainsi, quoique faire, ait été dans le temps , avoir été ^it demeurera éternellement. Ce qui a passé les temps ne passe point avec le temps, et par conséquent il est d'une nécessité inévitable que vous soyez éternellement tourmenté de ce qu'éternellrment sous vous souvenez avoir mal lait. Ce sera là éprouver la vérité de cette parole : «Je t'accuserai et te ferai paraître toi-méme devant tes yeui. • C’est le Seigneur qui parle de la sorte; et il est nécessaire que tout ce qui lui est contraire , soit aussi contraire à soi-méme, de sorte qu'il n’est plus temps de se plaindre avec Job ; «O le conservateur des hommes, pourquoi m'avez-vous fait contraire à vous , et que par ce moyen je sois devenu insapportable à moiméme?» C'est donc one vérité, mon cher Eugène, que tout ce qui est contraire â Dieu ne peut point s’accorder avec soi-méme , et que quiconque est repris de Dieu est repris en même temps de soi-méme. Alors il n’est plus temps que la raison dissimule la vérité, ni que l'âme, étant détachée de ses membres corporels et toute recueillie en elle-même, puisse éviter la lumière de la raison. Et comment le pourrait-elle pour lors, ses sens étant ensevelis dans la mort, par lesquels elle avait coutume de satisfaire sa curiosité, de sortir hors d’elle-méme, et de courir après la vanité de ce monde qui ne fait que passer? Vous voyez donc qu’il ne manquera rien â la confusion des impudiques, lorsqu’ils paraîtront comme un spectacle â Dieu, auz anges, aux hommes et â eux-mémes. Ah! que ces nii.sérablcs seront bien mal placés, se trouvant opposés au torrent de cette droite équité, et exposés à la lumière de cette vérité manifestée ! N'est<e pas là être perpétuellement tourmentés et dans une confusion perpétuelle? » Seigneur notre Dieu , dit le prophète , accablez-les d'iinr douDlr aftiietion. >