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CHAPITRE XIII

De U loogaeor. Ursettr, prdoodnir cl beutrar de Ucu.

Qu’est-ce que Dieu? I.a longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur. Quoi donc, me dites-vous, faites-vous maintenant profession de la quaternité que vous avez si fort détestée par le passé? Point du tout , je l'ai détestée et la déteste encore. Il semble d'abord que j'aie voulu parler de plusieurs choses différentes, mais elles n'en sont qu'une en effet. Nous expliquons un Dieu selon la portée de notre esprit , et non pas selon ce qu'il est en lui-méme. Nos pensées sont différentes et non pas son essence : nos façons de parler sont diverses ; il y a plusieurs voies pour le trouver ; mais elles ne signifient qu'une même chose et elles ne cherchent qu’un même Dieu. Ce n'est point la diversité de substance que l'on exprime par ce nombre de quatre , ni les dimensions ordinaires que nous voyons dans les corps, ni la distinction personnelle que nous adorons dans la Trinité , ni le nombre des propriétés que nous confessons dans les personnes, qui n'est autre que les personnes mêmes; car chacune de ces quatre choses en Dieu est les quatre tout ensemble, et toutes ces quatre ne sont que la même chose. Mais comme nous ne pouvons pas atteindre â la simplicité de Dieu, lorsque nous tâchons de comprendre cette unité . elle se présente â notre imagination comme multipliée en quatre. Et c'est le miroir et l'énigme, pa' lequel seulement il nous est permis de voir icibas ces cho.ses, qui Fait cela ; mais lorsque nous le verrons face à fticc, nous le verrons comme il est. Car, pour lors, la lumière de notre âme, qui est maintenant extrêmement foible, quelque effort qu'elle puisse faire, ne tombera point dans le défaut de sa pluralité: elle se recueillera davantage en elle -même, s'unira et sc conformera â l'unité de Dieu ou plutôt â l'unité qui est Dieu ; en sorte qu'une seule face réponde à une seule face, â cause que « nous serons semblables â lui en le voyant comme il est. « Vision bienheureuse après laquelle David soupirait avec grande raison quand il disait : «Seigneur, ma ftee vous a cherché et je chercherai votre fiicc. » Et parce que nous sommes ena)re dans l'état de la recherche , montons cependant sur ce char â I quatre roues, puisque étant foibles etinfiiTnes,

I nous avons besoin d'un tel aide afin que par ce

390 TRAITÉ DE LA CüiNSIDERATION

moyen nous puissions comprendre ce qui nous comprend, c'csi-à-dirc la disposition de ce char admirable. Car celui qui est le conducteur et le premier inventeur de ce char nous avertit que nous travaillons i a comprendre, avec tous les saints , quelle est la Ioo(pieur, la largeur , la hauteur et la profondeur. » Il a dit comprend et non pas seulement connaître, ahn que ne nous contentant pas de la curiosité de la science , nous aspirions de tout notre possible au fruit, qui ne consiste pas à connaître, mais à comprendre. Autrement, comme a fort bien dit l’apdtre saint Jacques, or celui qui sait le bien et qui ne le fait pas , est véritablement coupable. » Et saint Paul en un autre endroit , <r coures en soric que vouscomprcnicz.» J'expliquerai d-aprés ce que c'est que comprendre.

Qu'est-ce donc que Dieu? Je dis que c'est la longueur, et celle-ci, l'étemité, la quelle est si longue qu’elle n'a point de bornes soit pour le lieu, soit pour le temps. Je dis encore que Dieu est la largeur , et celle-ci la charité , laquelle est si étendue en Dieu, quelle n'est resserrée par aucune limite, > puisqu'il ne hait rien de ce qu'il a fiiit. Il fait lever son soleil sur les bons et sur les mauvais , et pleuvoir sur les Justes et sur les impies. » De sorte que ce sein comprend ses ennemis mêmes, et n'étant pas encore saisfait de cela , il s'étend jusqu'i l'infini. Il surpasse nonseulement toute afitoion , mais aussi toute connaissance , ainsi que l'apétre ajoute en disant ; • qu'il fout savoir encore la charité de Jésus- Christ qui excède toute science. » Que dirai -je davantage? Elle est éternelle, si ce n'est peutêtre qu’il soit même quelque chose de plus , parce qu'il est l'étemité même. Vous voyez parlé que la largeur est égale à la longueur ; et je souhaite que vous ne la conceviez pas seulement ^ale; mais aussi la meme que ce que l'une est, l'autre l'e.st aussi , et qu'une n'est pas moins que deux , ni les deux plus qu'une. Dieu est éternité, Dieu est charité; une longueur sans étendue, unelargeur sans élargissement; dans l'une et dans l’autre il excède également les bornes du lieu et du temps; mais cela se fait par la liberté de sa nature, et non par l'énormilé de sa substance. De cette matière, celui qui a feit toutes choses avec mesure est immense; et quoique immense, il est pourtant la mesure de la même immensité.

Qu'est-ce encore que Dieu ? I j liautcur et la

profondeur. Par l'une il est au-dessus de tontes choses , et par l’autre il est au-dessous ; de sorte que dans la divinité jamais Tégalité ne manque d'aucun c6té; elle se soutient partout fortement, et demeure étcracllement immuable en ellemême. Remarquez, s'il vous plaît , que la hauteur est la puissance et la profondeur, sa sagesse. Ces choses se répondent également l'une é l’autre, lorsque l'on connaît la hauteur A laquelle on ne peut atteindre, et la profondeur que l'on ne peut non plus pénétrer ; ce que saint Paul admirait et qui le portait â s'écrier : «O hauteur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu, que vos jugeraens sont incompréhensibles et vos voies inconcevables ! • Il faut aussi que nous nous écriions avec saint Paul , en considérant en Dieu et avec Dieu la très simple unité de ces clioses ; «O sagesse très puissante qui atteint partout fortement ! O puissance très sage qui dispose toutes choses avec douceur!» Ce n'est qu'une seule et même chose ; mais il y a plusieurs effets, et les opérations sont différentes. Celte unique et même chose est la longueur ù raison de l'éternilé, la largeur A raison de la charité, la hauteur A raison de la majesté, et la profondeur A raison de la sagesse.

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