‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 39 sur 684 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Il ■ûotr» enellnninmt qii*il le Irotrre du» le pécbé tac

fauMt iaütatiOQ de Uica ; et U le diercbe du» ton tard».

Que pouvais-je donc aimer en toi , 6 malheureux larcin , malheureux crime que je commb alors durant b nuit étant Agé de seize ans ? Car tu ne pouvais pas avoir rien de beau étant un brein. El je ne sais.méme pourquoi je t'adresse ma parole, puisque tu n'as point d'existenee véritable. Ces poires que nous dérobAmes étaient belles, parce qu'elles étaient votre créature, 6 mou Dieu créateur de toutes choses, infiniment beau et infiniment bon, qui êtes le souverain bien et le seul véritable bien de mon Ame. Ces poires , comme je dis, étaient belles; mais, hélas ! misérable que j'étais , je ne les désirais pas A cause de leur beauté , puisqu'en ayant quantité d'antres beaucoup meilleures, je q'aimais dans cellesci que le plaisir que j'avais de lés dérober. Car je ne les eus pas plus tôt cueillies que je les jetai , sans qu'il m'en reslAt d'autre satisfaction que celle de mon péché et de ma malice qui me tenaient lieud'un it^tin délicieux. QuesI j'en mangeai quelqu'une, je n'y trouvai du goût que parce que le erime était une espèce d'assaisonoemenl qui me rendait dons i t agré.ible ce que j'enman- I geais.

54 CONFESSIONS DE SAINT

Et maiolenant , mon Dieu , je cherche ce qui m'a pu plaire dans ce larcin, et je n’y trouve aucune apparence de beauté. Je ne dis p» seulement de cette beauté qui reluit dans la prudence et dans la justice, ni même ^œUequi parait dans l'esprit et la mémoire de l'homme et dans toutes les Ponctions de ses sens et de cette vie qui lui est commune avec les plantes.

Je ne parle pas non plus de cette beauté que nous remarquons dans les astres et dans les étoiles, qui brillent chacune en leur place avec un ordre et une harmonie men eilleuse , ni de ceUe encore qui se voit dans U terre et dans la mer, en cette multitude innombrable de plantes et d'animaux qui succèdent les uns aux autres par une génération continuelle. Je parle de cette beauté imaginaire dont le péché couvre et déguise sa bideur , et je n'en trouve aucune dans cette action.

Car il se trouve dans les vices mêmes une image obscure, ou plutôt une ombre des biens solides qui trompe les hommes par une fausse apparence de beauté. Ainsi l'orgueil n’a pour but que la grandeur et l'élévation ; et vous seul, mon Dieu, êtes souverainement grand et infiniment élevé au-dessus de toutes ch<^. L’ambition aspire aux honneurs et à la gloire : et vous seul méritez un honneur suprtme et êtes environné de gloire dans l éternité, cruauté des tyrans ne tend qu’4 se faire craindre: maisqui mérite d’ètrecramtque vous seul , mon Dieu dont le pouvoir absolu comprend si généralement tous les temps, tous les lieux et toutes les créatures , que quoi que l'on lasse pour tirer quelque chose de vos mains, il est impossible ni de l’enlever par surprise , ni de le ravir par violence? L’amour infâme se veut rendre agréab e par ses caresses : il n'y a point de douceur ni de tendresse égale à ceUe de votre amour; et rien ne mérite d'être aimé avec tant d ardeur, ni ne rend si heureux ceux qui l'aiment que votre vérité qui est plus belle sans comparaison et plus felalante que toutes les belles chos« du monde. la curiosité veut passer pour la science, parce qu elle désire tout savoir ; mais vous seul , mon Dieu , savez tout , et rien n’est caché à votre lumière. L’ignorance même et l’indi^tion se couvrent du nom de simplicité et d’innocence, parce que vous êtes le plus simple de tous les êtres, cl que rien n’est pur ni innocent comme

vous , toutes vos œuvres rendant un témoign^ public que vous êtes ennemi de toute oorruptioo et de tout mal. La paresse semble ne désirer que le repos : et oû se trouve le repos assuré et véritable que dans le Seigneur ? le luxe et la superfluité veulent passer pour richesse et pour abondance ; mais vous êtes seul 1a source abondante et inépuisable d'une douceur toute céleste et incorruptible. La profusion veut paraître libérale et magnifique; mais c’est vous qui répandez toutes sortes de biens sur les hommes avec une libéralité et une magnificence vraiment divine. L’avarice veut posséder de gimids trésors , et vous les possédez tous. L’envie dispute de la prééminence et de rexcellencr : et qu’y a-t-il d’éminent et de sublime qui ne soit bas en comparaison de vous? La colère veut se venger ; mais vous seul savez vous venger avec une semveraine justice, la crainte te trouve surprise dans la vue d’un accident subit et inopiné, elle tremble pour ce qu’elle aime, et elle tâche de s’assurer contre les maux en prévenant les périls : pour vous, mon Dieu, que vous peut-il arriver qui vous surprenne ? qui peut vous ôter ce que vous aimez ? et où trouvera-t-on hors devons un ferme repos et une pleine assurance? La tristesse se dessèche et se consime dans le regret des choses qu elle a perdues, et que le cœur avait aimées avec passion , parce qu elle voudrait qu’on ne lui ôtât rien de tout ce qu’eUe possède, comme il est impossible de vous rien ôter de ce que vous possédez. Ainsi l’âme devenant adultère te sépare de vous qui êf« ^ époux unique, pour s’abandonner â 1 affection des créatures, et eUe s’efforce de trouver hors de vous les biens qu’eUe ne peut posséder tout purs et sans mébnge que lorsqu’elle retourne à

vous. .

En cette sorte, mon Dieu, ceux mêmes qui s’éloignent de vous et qui s’élèvent contre vous par leurs péchés , ne laissent pas de s’efforcer au

milieu de leur déréglement de vous devenir semblables en quelque chose , quoique d’une mam^ criminelle. C’est ce qui feit voir â tout le monde que vous êtes le principe et l’auteur souverain de tous les êtres , puisque votre créature ne peut s’écarter tellement de vousqui êtes la beauté sunrêrae, qu’eUe n’en conserve quelques ombres, et qu’elle ne fasse paraître, dans sa difformité même, quelques traits confus qui marquent le

doigt de son (Xateur. Qu'ai-je donc pn aimer dans ce larcin , et en quoi ai-je voulu me rendre semblable à mon Dieu, même par une fausse et une criminelle ressemblance? Est-ce que dérobant de la sorte durant la nuit j'ai pris plaisir il violer la justice par une secréte tromperie , si je ne le pouvais faire par une puissance souveraine , voulant paraître fàu.sscment libre lorsque j'étais véritableinent esclave, et me flattant dans ce pouvoir que j'avais de ésire impunément ce qu'il ne m'était pas permis de faire, comme dans une image noire et ténébreuse de la toute-puissance divine ?

Page 1