CHAPITRE V
D’où riml qne pkitinin pmoann apprennent k« ifffW de
la vie chréüenoe, et que pra de pmonne* In MiivenL
Il n'y a personne qui ne puisse aisément lire, apprendre, et méditer les règles et les préceptes de la vie chrétienne ; mais ce qui donne uii Juste sujet de douleur, c'est qu'il n’y a presque personne qui en comprenne le sem et la force. Nous reconnaissons sans peine que nous devons nous ouvrir le chemin du cirl par la renonciation i nous-mêmes, par les jeûnes , par les veilles, par les mortifications dn corps, et par un grand nombre d'afflictiom; mais quand il est question d'agir, il semble que nous soyom dam un autre sentiment. Il nous est aisé de dire qu'un Chrétien doit souffrir patiemment les calomnies, les persécutions, les supplices et la mort ; mais dès que res maux - là sont proches de nous , dès que le danger de perdre la vie est présent , alors notre esprit est obscurci d'un épais nuage, et ce qui nous paraissait autrefois fort clair nous parait tout ténébreux. Nous sommes humbles quand personne ne nous méprise, et patiem quand nous n'avons rien à souffrir. Nous demeurons d'accord des préceptes de la vie chrétienne quand il semble qu'ils ne nous regardent point ; mais dès qu'ils nous touchent de près , la douceur des cupidités de la terre s'insinue dans notre àme, l'inquiète, la trouble, et lui fiiit chercher une interprétation aisée et commode de ces préceptes. U vérité est enveloppée de ténèbres, lies hommes en ont aversion à cause de son austérité, que la nature corrompue ne saurait souf- IKr. Etant rebutés de l'amertume qui acoom-
VIE CHRÉTIENNE
pagne la vertu , et attirés par la douceur qui se mêle au vice, ils se portent à ce dernier avec une extrême impétuosité, et rejetant la vérité, ils embras.sent le mensonge. Que s'ils écoutent quelquefois des prédicateurs qui la leur disent , bien qu'ils reconnaissent qu'ils marchent dans la nuit et dans l'ombre de la mort, et qu'ils corn menrent à entrevoir le jour, ils te replongent à l'heure même dans leurs ténèbres, et ferment les yeux de peur de voir la lumière qui leur est présentée, comme ceux qui Ibot un faible effort pour s'éveiller, et qui, étant accablés de sommeil, retombent dans leur premier assoupissement. Il ne font donc pas s'étonner que nous lassions tant de résolutions qui ne sont suivies d'aucune exécution : c'est que nous ne prévoyons pas tes difficultés qui ont accoutumé de se rencontrer dans la pratique des bonnes iruvres, et qui nous font reculer dès qu’elles se présentent. Cest aussi que, mettant notre confiance dans nous-mêmes plutôt que dans le secours de Dieu quand la tentation survient , nous sommes vaincus, afin que nous apprenions que la victoire ne vient point de nos forces, mais de la miséricorde de Dieu. Enfin cela vient encore de ce que , nous adonnant assez à la méditation de la vérité, noos prenons fort peu de soins de régler nos affoc- Ikms. Nous aimons mieux apprendre les lois de la vertu que de 1rs pratiquer, et nous rccberebons la science de Dieu à dessein de réformer nos mœurs selon les règles qn’ellr prescrit , mais seulement pour attirer les louanges des hommes. Or, c’est un travail fort inutile que d'apprendre la sagesse pour vivre dans la folie.