‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 5 sur 684 · LES AUTEURS · texte numérisé non relu

LES AUTEURS

le tombeau de Boèce, placé dans la même ville, et y 6t mettre l'inscription suivante :

Mffooi» et latior liiiguæ claritainm» , cl qui CootuI eram , bic perii , m'iaau» în exilium.

Sed quem mors rapuU, probita» evesit ad aura»,

El Dunc foma viget maiiou, rivet opu».

En 996 l’empereur Othon III, dans un voyage A Rome, 6t retirer les ossemens de Roèce de ce tombeau et lui 6t ériger un nouveau tombeau de marbre, pour lequel le savant Gcrbert, archevêque Je Reims , puis évêque de Ravenne et ensuite pape sous le nom deSilvestre li, composa rinscripiiun suivante :

Roma potens dtin jura auo déclarai in orbe ,

Tu, paler, et pauiae lumen, Severioe Boêlbi,

CoiMulis offirio renim dispooii habenas ,

Infiindb lumen MudUa, et ca^lcre oeads Gneconnn ingeniis, aed mena divioa cœrcet Imperium mundi. Gladio bacchante Goiborum liberia» romana périt , tu, conaul et exul,

Insigne» titulos , praedarâ morte, rtlinqHt*.

^unc dem» iicpaü , »ummaa qui pregrarat artes , Trrtiu» Oibo , uA d^gnuro te judicat auU , Ælcmumque tibt atatuit moomoeota labori» ,

Et beoè promeritum œeriiis exoroai booe»iif.

Les principaux ouvrages de Boèce sont :

Un traité de la musique;

Un traité d’arithmétique;

Un traité de géométrie;

Ses trois ouvrages sur la Trinité et sur les deux natures de Jésus-Christ ;

Ses commentaires sur Aristote, Cicéron et Porphyre;

Et en6n, le plus justement et le plus universelicment connu de tous, son petit traité ayant pouf titre de Cojuotatione PhUosophUey dont nous réimprimons ici une traduclion.

On lui a aussi attribué un traité intitulé, (U DisciplinA Scholamm ; mais c'est un ouvrage de Thomas de Canlimpré, moine du xiii* siècle.

Plusieurs sont restés manuscrits et se trouvent dans un grand nombre de bibliothèques, mais la (^nsofation de la Philosophie a été souvent réimprimée. L'édition la plus estimée est l’édition in-4®, cum notis variorum.

Ce traité, qui est écrit moitié en vers et moitié en prose latine, mais les vers d'un meilleur latin que la prose, a traduit dans presque toutes les langues de l’Europe et même dans les langues grecque et hébraïque.

La traduction en langue hébra1:;uc est de Ben- Bans-Cbad. Elle existe en manuscrit dans la btbliotbèciue de Vienne.

La traduction grecque est de Maxime Planudc, moine du xiv* sièclt. U en existe sept manuscrits

utgiiizeu by CjOu^Ic

NOTICE SUR LES AUTEURS

à la Bibliothèque royale de Paria. Celui que j'ai examiné est colé 2094 ; la traduction est complète.

Elle a été, me dit-on, publiée par C. Weber en 1 vol. iD>4^« à Danmtadt; mais je n'ai pu me procurer ce volume.

On compte , à la Ribliolhèque royale de Paris% plus de cinquante exemplaires de l’original latin « dans des maouaents de difFérens siècles. Les autres bibliothèques de France en possèdent également un grand nombre.

Le grand roi Alfred l'a traduit en anglcHsaxon, et cette traduction a été également imprimée.

On compte en outre :

Plusieurs traductions flamandes;

Plusieurs traduclions allemandes;

Plusieurs traductions anglaises, et l'une entre autres par le poète GeofFreyChâucer, du aiv* siède;

Plusieurs traductions espagnoles;

Plusieurs traductions italiennes;

Et enfin, nne bonne quantité de traduclions françaises.

La plus ancienne des traductions françaises a été écrite en vers un peu avant 1900, par jean de Meun, l'un des auteurs du roman de la Rose, qui la dédia à Pbilippe-le-Bel. Elle a été imprimée à Lyon en 1823. La Bibliothèque royale eo possède un exemplaire manuscrit aussi bien que d*ane traduction en prose du même Jean de Meun.

Une seconde traduction en vers fat composée en 1336, par frère Renaut de Louens. Elle existe en manuscrit dans la Bibliothèque royale de Pans, n** 7586, et dans la Bibliothèque de la ville d'Arras.

Une troisième est en vers et de Jean de Cys ou de Gis. La Croix du Maine dit l’avoir possédée dans sa bibliothèque. Il serait possible que * ce fttt celle contenue dans le manuscrit 7200 de la Bibliothèque du Roi, sous ce titre: LaComplcùnie ta triùüacion del mirable phUosophe qui fu appftés Boèces , et de ta Coruotacion de la Philosophie qui te consûtoii en sembtance d’une dame.

La quatrième m'a semblé la plus intéressante de toutes. Elle est aussi eo vers, et je la crois presque certainement du xv* siècle. Bien que dan« ijujfe tes les bibliothèques où je l'ai trouvée, à Paris et Bruxelles, par exemple, elle soit citée sous le nom de Jean de Meun, mon opinion est que l’auteur est réellement Charles , duc dBrléans , père de l/HiisXIl, le mèmedoot nousavons de charmantes poésies et qui resta si long-temps prisonnier en Angleterre après 1a baUille d’Azincourt. Le manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne A Bruxeb lf«, coté 8642 et 552* du nouveau catalogue, est un format in>4*, écriture du xv* siècle sur papier, avec de belles miniatures au commeucenient de chaque livre. Le manuscrit de Paris, coté 7284

est sur vélin et à peu d'années près de la même époque, pour 1a forme de style aussi bien que pour la forme de l'écriture.

Voici le prologue.

Celui qui bi«o bat tes bUMOOs Est digne d'avoir les moissons.

Je réputé rengieo pour vil .

Qui est de lui dsir et subtil Quant A lui prent et attribue Pour avoir vaine gloire et nue ,

SttblUlité fiite d'Sntruy.

L'ooncur doit laMer A cdlui f Qui pour l'avoir a traveillié Et perséréranunent veilllé ,

Tant qu'a deservi dignement . Qu'avoir le doit taot seullemeot.

Cir s'il advient après qu'en sache Que l*autruy enivre sieoe (bebe ,

A peines jamais creut sers De sublillilé qu'il fera;

En soutpeçon seront font dit Ses faia nouveaux et subtils di^.

Qui de vieil cuir nouvelles duc»

VeuU faire . c'est vUlains reprorcs.

Pour tant ce dy , car il n'a f;uet c*

Qu'ainri que quéroie roaières Subtilles, pour estodier Et iDoo engien solacter , il advint que j'eu trouvay une Que ne tien paa A trop coaunuciQ;

Ce fu le livre de Bocce ,

Qui sliile a de grant espèce Pour bien translater en francois.

Translaté estoit toutes vois Le dit livre, en son propre uoiu,

Nomnié deConsolacton.

ONMoladou y prins grant.

El du livre fu trop eu granL Tèanalaté le trouvé en prose ;

Nais moult me sembla rude chose,

Selon ce que la grant matière Est banlle et de noble mistère ,

Et si laissoil le trantlaieur Souvent l’entente de l'acteur.

Aussi , sauve u révérence ,,

Laisn assez de la seotcfice ;

Car trop brîef en lieux ftl .

Et en aucuns trop superflu,

Espécialiaenl nu plus grief,

Aux meures, qui.sont fdrt et brier Car du lieri, do quart, etduqnint Tnnslacer pou de coule tint :

Les Ibbles sans plus excqicért Qup troirvay assez translatées Longuement et en bulx fraoçois ,

Bont les corrigsi plusiears M.

Et en soixante lieux et pins Passa , com oysel , sans fMus ;

Cl souvent quatre ou esnq feuilles Laissa . sans point exposer lez.

Nais qnand je oie tonl itarfMt .

NOTICE SUR LES AUTEURS

Je liXHiray que Tavoit extrait Moult bien maistre Jrlian de (Ua , Kurs qu>K mettre* fu m préc»

t^e nulz bonis ne les entendruii tjui aillieurs ne les preodroii.

Hourquoy encore est bon le mien Que j'ay extrait , non reu le sien , Ou quel }e met enUèrement Les ysUMres tout pUineineni.

F.t notez bien , qui lisez cy,

Qu'aucun de* métré* subtiU , qui Ne sont de orant utilité,

J'ay brief trailà moralilé:

Ftsnr le quint Ihrre demiii, Dematère et siille hautan Un petit proloque Tait *y Pour moi excuser ; car de rrar , Nulz bom* qui n'a enqin dirin Ne puet compivndre le talin.

Donc encor se doit mains fier De tel latin rnniniancier.

Pourmieux appaisier inesditan* Qtii, par arrnture, diroient Que la translacions est qran*.

Car le latio plus brier rerrutml .

Sacbect, luit ce livre lisait*.

Que pou sont , qui bien enteudroient Lfe latin , ainsi qu’est gisans , b'enson précis francoiz l'uoient

Boèce raconte souvent Ystoires assez convenables Mais il s’eu passe t rop tuiefmcnt ; Four ce ne sont tant agréable*.

Aussi dbt-il courtoisement Aucunes Ttccions et fobles.

Quant ne les met plus clerement Ellesen sont mains deleliables.

Et pour ce ay^je voulu entendre.

Et mettre m'estode et ma cure De clairement itoui aprendre,

Sans aucun voile ou couverture .

Y sioire brief è comprendre .

Et la fable qui est ote'urc,

Au moins tant que se puet esiendre De mon petit sens la nature.

Gardé u'ay pas la différence ,

Qui est moult deaquliiée chose :

Car le livre par vers rommence Et puis tairtost s'ensuit la prose ; Nais pour l'annyeuse influence De plail, qui contre rooy s'oppose , LMaiii* i'ay de droite science;

La cause cy pu ne expoae.

VotB Ions qoi ce livre lirez,

S’ai failli, veullez m'excuacr Le grain de la paille cuirez Et le prendrez pour votre uaer Si ce livre bien remirez ,

Vous ne deree pas retaser D'amer Boèce, ains lui direz,

Grant mercis ai voulex m’naer, Qu'ay de meur et corps aprsMé

Fn mrtre iranilalé, afin QueUiarles Roy, qui a esté .Soucf nourry , nommé Dolphin En sa nouvelle niaqesié.

Ne suit A courroux trop eiicliu ■ Quant voit son peuple molesté De labanière antinritlin.

pour ce que mon coer si desire Qu'il régné en taiiclé et en joie ,

Que se déduise , et que respire Son penser , quant il lui envoyé Merancoliant et luspire Des nouvelles qu'esuiet qu’il nye ,

Dont point ne me vetille despiro Dr ce présent que lui euvuye.

PHneipaument ay fait |iour liiy,

El pour tous mes amis de Fraucc Qui sont pris, robé et banny.

Tout convftilsaetil eu penance Et en leur purgatoire, aussy Corn Boèce , qu'en grant puisMiM-e Fortune mist et enrichi.

Qui puis lui Alt griefve muanca.

La fortune, quant Fu muée,

Ledeacunforla doulcemeot,

Mail a raison enluminée Le réconforta durement ;

Lors proposa en sa pensée Faire pour noMre enseigmetieni Aucune chose de durée.

Or oez le comiDeocement.

Voici le prologue du livre Y dont il fait mention daus les vers qui précèdent.

La mstére du livre quint Est S) forte c'ociques h«iu n'y avinl Sioun par la grâce divine Qui touscueurs liumains enluiuiur ,

Qu’elle est si parfoiide matière Que saiirt Augustin la cotnperc,

Combien c'on n'y puist [larcil faire ,

A la mer, feu , et ray solaire.

En la mer

Aiiis , tant que plus avant se bonté De laot il cooebok plus de double.

Rien main, alon ma ferme fby l^'avait Boèce , t'ienz et emy .

Translateny son livre quint Selon la sentence qu’il tint ,

San y aJjouciar rleoi du mien .

Mail en voyant le propos rien,

La Iranslarion exceptée Or soit donc recuniinuée l.a matière qu'entrepris ay Selon ce tint pou que je say.

NOTICE SUR LES AUTEUns.

]/^üo(pie eni aiDti roDçu :

Qr/tne te texte de Boece de Oonsoteuion.

€ih qui biea etiudieroit De ce Um U aubMaaee Fortune point ne piiaeroit , fTen lui n’auroit point d'cqiénoce.

Quand du maina bkoa babonderoii Tout dia Tenrott en ^rant duubUncc ,

Et quant aoufTirueux en aeroii ,

Point ne tairoit peraevéranoe ;

Son OŒur en Dien repoeeruil En qui ne poet eatre inoence Et tout dia en luy trouTeroit Plenté de biena et babondaiace,

Aioai que nieatier lui aeroit Selon Ia dirtue ordonnance.

Car en Dieu ærvant saengoenrit En ee aiècle aa aufBaanre,

Puia aana fin l’entrouizeroit En réCerncl gloire et vailluMt ;

Lequel noua doint par aa plaiaaoce.

Cdluy qu’en Traie obbéiaaaoce Tout bien aœt , craint , ayme et croiL Amen.

Pliuieurs chanaona de ce priace, tn latin et en franca^, dans un atyle un peu leste, prourent qu'Q était familier avec la langue latine; et dans son rang c’est un talent dont on devait fairo cas.

CIdU boa» (d(l-(7) qui n’a oigîn divla Ne poet coiDprendre le latin.

L’époque de l’écriture des maDuscrits de Paris et de Bruxelles correspond exactement avec celle où florissalt (Siarles d’Orléans. Les soins particu- ■ llers donnés au manuscrit de Bruxelles, quoi qu’il soitsnr papier, indiquent unesorte déconsidération de famille. Le ton de la dédicace au dauphin de France, depuis le roi Charles VII, son neveu, est d'une familiarité qui serait fort extraordinaire dans un autre qu’un royal parent. C’est pour consoler Charles VÔ dans ses malheurs politiques, par . l’examen des grands malhenrs passés; c’est potilf^ t consoler aussi tes amis de France que l'auteur, cherchant dans un pays étranger une distraction ù ses ennnis, s’est mis à cette traduction.

Le style de cette traduction est aussi en conformité parfaite avec le style et même avec les sentimens du même poète royal, tel qne nous le connaissons par les poésies fugitives composées par lui dans son exil, et dont Fauthemicité est prouvée. Les deux ballades qui soivent suffiront; je l’espère , pour porter témoignage en faveur de mon opinion.

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