CHAPITRE XIX
Que U KBOoeUtkm A Mi-tn^ne e( A (mitn rtaose» cM le fuoüefDeDt de U «ie cbreiiemie.
La puissance de la foi est fort grande. Elle est immobile et immuable , et rend semblable à elle le Chrétien qui vit d'elle, et qui agit par son nwuvement. Elle ne voit rien que Dieu, ne désire rien que lui : elle se repose doucemrnt en lui, parce qu’il est sa lumière et sa joie et qu'il
B O. N A. -PARTIE I. r,0\
remplit tous ses désirs. Elle ne cherche aucun plaisir en ce monde , et ne met point sa conflancr dans les princes ni dans aucun homme , parer qu'ils ne sauraient sauver. Toutes les choses qui sont sous le ciel étant foibics et périssables, relui qui s’appuie sur elles tombe avec clics, au lieu que celui qui s'appuie sur ce qui est fenne et inébranlable, demeure lui -même inébranlable. Nous ne devons rien voir que par la lumière de la foi , comme les bienheureux ne voient rien que par celle du Verbe. Il faut que notre vie soit une vive image de la foi , une Adèle expression de la vérité , et nous ne devons nous glorifler en autre chose qu’en la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, bien qu'elle soij un sujet de honte pour ceux qui suivent les maximes corrompues du siècle, la; premier homme pouvait, dans l'état de l'innocence où il avait été créé, arriver à sa dernière fin par un usage légitime des plaisirsque Dieu luiavait préparés. Mais depuis qu'il a abandonné son Créateur, et qu'il a infecté de son péché ses descendans , avant même que de leur avoir communii|ué la vie, la divine .s;igesse a trouvé une autre voie pour nous conduire â notre fin , savoir, la voie de la croix rt de la bassesse par où le Seigneur a marché, et qu'il a montrée â tout le monde quand il a prêché la renonciation â soi-méme : «Si quelqu’un , ditil , veut venir après moi , qu'il se renonce à soimème , qu'il porte sa croix tous les jours et qu'il me suive. Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas .son père et .sa mère, sa femme, ses enfans , ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Quiconque d'entre vous ne renonce à tout ce qu'il a, ne peut être mon disciple. »
\ oilà le fimdemcnt de la vie chrétienne , la science suMime du Sauveur, qui parait si dure au monde , et qui est si contraire â son esprit : la souveraine félicité, la haute sagesse, qui est inainnue aux sages de la terre, et qui enseigne â connaître et â suivre Jésus-Christ crucifié, à se haïr soi-mème avec tout ce que le monde aime et estime , comme les honneurs, les richesses et les plaisirs, et â aimer ce que le monde hait, comme la pauvreté, la douleur, le mépris, les afflictions.-ll faut avoir une grande grâce pour bien comprendre ce principe, une plus grande pour le goûter avec plaisir, et une très grande pour l’accomplir par ses action».
VIE CHRETIENNE
CH.\PrrRE XX,
De U Mie de ceax qai Teiileot Are damirf*.
Les supplices t‘lemels n’étant que pour cens qui SC les préparent par les pi'cliés qu'ils commetlent voloiili-.'ement, et les récuinpenses élenielles étant aussi destinées à tous ceux qui veulent les ohlenir, qui n'aurait cru que l'enfer aurait été vide, et que le ciel aurait été rempli d'une multitude iimombralilc de personnes? Car qui pourrait se [versuader qu'il se trouvât tut homme assez insensé pour vouloir être éter nellement malheureux dans le temps qu'il ne dépend que de lui d'étre éternellement bienheureux? Il est certain, néanmoins, que le nombre de ceux qui arrivent an royaume du cid est très petit , et que celui de ceux qui se (urdent est si fpand qu'en comparaison celui des élus n’est presque rien , selon le témoi|pia|;e de l’Ecriture, et selon cintc parole du Sauveur même : «Ne craiipiez point, petit troupeau. » D'oil vient donc la folie qui fait préférer aux hommes une éternelle misère k une éternelle félicité? Qui voudrait porter à .sa bouche une coupe où il se douterait qu’il y aurait du poison, de quelque soif qu’il pût être pressé? On commet cependant en tout temps et en tous lieux des pécités pour la punition desquels on sait , non par coitjccture, mais avec toute sorte d'as.siiranre, qu’il y a un fieu allumé, lequel ne s'éteindra jamais.
Quelques-uns attribuent une si horrible folie au défaut de la foi. Il est vrai qu’elle peut être attribuée ù cette cause h l'éf^ard de quelques personnes. Mais il semble qu’elle ne doit être imputée qu'ù un défaut d’attention ùré(;ard du plus (pand nombre. Bien que ceux qui composent ce (p'and nombre soient persuadés qu'il y a un enfer, et que personne n’est condamné i en souffrir les tourincns s’il ne se les prépare en quelque sorte lui-méme par les péchés qu'il commet durant cette vie , ils oublient pourtant â l’heure mémccelte vérité, et leur imaf^ination, fortement attachée aux objets des sens, et comme abrutie par une trop lon(;ur jouissance des plaisirs, détourne les pensées de l’avenir, et empêche que l’entendement ne considère l'horreur et la durée des supplices où se termine une volupté d’un monvnt , et la focilité que nous avons pendant le cours de cette vie d'éviter un malheur étemel , et d'acquérir une souveraine
félicité. Plût à Dieu que les hommes fissent une sérieuse réfiexion sur ces choses, qu’ils les comprissent bien , et qu’ils pourvussent i ce qui leur doit à la fin arriver ! Rien n’étant si propre à l’homme que de penser , l’ordre naturel de ses pensées est qu’il s'occupe avant toutes choses à connaître sa fin. La né|;li(;ence du salut va audelà de toute sorte d’erreur et d'ignorance, quelque grossières ou criminelles qu'elles puissent être.