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CHAPITRE IX

De rorxucil, <1« l’amblUon et de b vaiite gloire. Caractère d‘un bomme mperte. Combira k* honneura anot raîM et dangereux. ComtNefi reoRure du ociur e«t chmifielle. De* muyens de >'rti gu^nr.

1. L’orguril . l’ambition et la vaine gloire sont tous vices qui ont ensemble un rapport fort étroit , et qui donnent naissance aux divers maux qui aFdigrnl les hommes, de même que la mer est la source féconde de tous les fleuves. Quand un homme s’est une fois proposé pour fin sa propre grandeur , il néglige ce qu'il doit au prochain , et il bannit de son cœur toute crainte de Dieu. S’il lui fout des crimes pour s’élever, il ne balancera point à eu commettre , et à s’ouvrir un chemin à ce qu’il appelle la gloire par la perfidie, par la désolation des fomillcs et parla cruauté. Quoiqu’il soit haï de Dieu et des liommes, il court avidement après les louanges. S’il se trouve en un poste élevé , il s’y plaît , il s'en croit digne ; il entreprend même de se placer plus haut que sa lortune ne lui permet. Entrant dans toutes les affaires , se mêlant de tout , parlant de soi sans pudeur, et des autres avec mépria. On le voit quriquefois prendre des dehors modestes pour cacher son orgueil; mais s’il vieot à être refusé du poste où il espérait de parvenir,

: alors il ne gatde plus de mesures, il foit tout retentir de ses plaintes, et sème partout des haines et des querelles. Gomme il traite avec une hauteur insupportable ceux qu’il croit au-dessous de lui , il a une indigne complaisance pour ceux qu’il voitau-dessus; il les Hatte lâchement,

I et leur est plus dévoué que le plus vil esclave.

S’il a quelques taleus , au lieu de reconnaître que I Dieu en est l’unique auteur , il se les rapporte à ' lui-mème. Voyez-îe s’entretenant avec d’autres : hommes. Il vent attirer toute l'attention sur lui , il parle sans fin , il veut totÿouTS briller fût-ee

Dio-- =

173 LE CHEMIN DU CIEL

aux dépeua de ton jugement , et discourt sans rougir des matières les plus sublimesqu'il ignore. Examinant avec une curiosité maligne les actions des hommes, en jugeant témérairement, les condamnant avec rigueur, ou les empoisonnant par des interprétations désavantageuses. Il liait les réprimandes; il rejette les conseils; il méprise les plus sages avis ; à la démarche et au ton de sa voix on juge aisément de la bonne opinion qu'il a de lui-méme , et du peu de cas qu'il fait des autres. En efliet , il se croit de belles qualités qu'il n'a pas, et celles qu'il peut avoir sont dans son imagination fort au-dessus de leur juste valeur. Enfin il ne connaît point la douceur du repos ; car, comme la gloire oA ilaspire dépend du jugement des liommes, il faut qu'il se donne de longs et pénibles soins pour s'assurer leur estime. I L'orgueil est la source de tout péché. >

2. .Si vous mettiez dans une balance d'un côté la moindre partie des biens qui nous sont destinés dans le ciel , et de l'autre les états , les empires et tout l'univers , celte légère partie du bonlieur éternel l'emporterait toujours infiniment sur le monde entier et sur toutes ses pompes, et les enlé\erait par son poids comme le vent enlève les feuilles. Tournez donc vos regards vers le ciel, et rendez-vous digne de ce séjour pour qui vous êtes né. Défaites-vous des folles pensées de votre propre excellence , et connaissez vos vrais avantages. Si un prince vons avait adopté pour son fils, combien seriez-vous jaloux de votre sang! Or vous êtes le fils de Dieu ; vous êtes racheté du sang de Jésus-Christ. N'ouUicz pas votre origine et vos privilèges. Pourquoi vous attacher aux choses de la terre , si méprisables et si peu dignes de vous? Le Père céleste vous appelle k l'héritage des deux, à des biens immortels. Que de si magnifiques promesses vous inspirent de nobles senlimens. Vantez sans cesse un père si puis.sant et si bon , et devenez , s'il se peut , semblable à lui par la sainteté de vos mœurs. Il n'y a point d'autre route pour arriver à la véritable gloire.

3. Que sont-ce , à votre avis , que les sceptres et les couronnes , sinon des clialnes dorées et une misère réelle couverte d'un faux éclat ? Si les hommes savaient juger de la grandeur, loin de combattre pour le trtine ils voudraieut en descendre, et il y aurait plus de royaumes que de rois, l.'nc grande fhiiune est un grand esclavage.

J'en prends 1 témoin ceux-mèmes que le monde croit si heureux. Ils ont bien d'autres sentimens de leur état; si leur puissance est quelquefois à charge à tout un peuple , elle le leur est encore davantage. On les voit soupirer après la liberté, regretter la douceur d'une vie privée , et haïr ces marques extérieures de grandeur dont ilsavaient été si fort éblouis. Plusieurs , connaissant b vanité du monde, regardent avec frayeur cette |iompe dont ils se trouvent environnés. Ils redoutent U mort et le jugement d'un Dieu , auprès duquel les distinctions et les dignités ne peuvent rien, et qui punit sévèrement les moyens criminels qu'on a employés pour y parvenir. Vivez donc de manière que vous puissiez paraître avec confiance devant ce redoutable tribunal. Celui qui est maintenant humilié sera alors comblé de gloire.

4. Vous vous trompez grossièrement si vous croyez trouver dans des accroissrmens de dignités et d'honneurs la paix et le repos. Ces mêmes choses que vous faisiez sans contrainte dans une médiocre fortune, vous ne pourrez plus vous les permettre. Plus vous serez élevé , plus il sera facile de remarquer vos défauts. Si vous avez eu autrefois des jours tranquilles pensez-y souvent, et jouissez au moins d'un si doux souvenir ; car vous espéreriez en vain de revoir des momens aussi heureux. H vous sera interdit d'être seul, de disposer du temps è votre gré , et de suivre vos penclians. Apprenez de plus qu'on ne tombe de si haut que dans des précipices, et que plusieurs ont trouvé une infinité de chagrins et de périls et une funeste mort , où vous vous promettez de rencontrer le repos. Les tables des grands sont chargées de viandes délicates , mais suspectes ; et c'est d'ordinaire dans les coupes enrichies de pierres précieuses que se mêlent les poisons. Combien de rois ont teint le IrOne de leur sang I Le chemin est glissant dans les lieux les plus élevés; ce ne sont alentour qu'aHreux précipices. On marche sArement sur un terrain bas et uni. Tant de flatteurs qui accompagnent un prince lui portent tous envie , et sont ses plus grands ennemis. Que de pièges qui l'environnent! que de périls de toutes parts ! que d'infldélité dans les amis! que de dissimubtion dans les proches! I.es crimes souillent rarement les rabanes des pauvres : pour vivre tranquillement il faut vivre caché Celui que les hommes ne

PAR LE CARDINAL BONA

craif{iicnt point n'a rien à craindre des hommes.

5. Si vous voyiez un cliien ou un cheval vouloir tenir le premier rang entre les animaux de leur espèce , pourriez - vous vous empêcher d'en rire? f:tes-vous moins ridicule de voua croire audessus des autres hommes , parce que vous avez plus de richesses ou de crédit qu'ils n'en ont ? Poussière superbe,d'oA vous vient donc tant d'orgueil? On n'est en droit de se faire valoir que par des avantages qui nous sont propres. Or quels biens sont vraiment à vous , puisque vous n'en avez point que vous n'ayez re^s de Dieu ? Il n'y a que votre misère et vos péchés qui vous appartiennent k juste titre. Si donc vous tenez de Dieu seul les biens que vous avez , ne lui dérobez pas la gloire qui lui est due , en vous les attribuant. S'avise-t-on au reste de préférer un cheval à un autre, parce qu'il a de meilleurs pèturages, que son frein est d'or, et qu'il est couvert d'un riche harnois ? Ne sont -ce pas pliitAt sa vitesse et sa fiirce qui en font tout le prix ? De même on ne peut sans folie tirer vanité de quelques avantages qui nous sont purement étrangers. Mais, me direz-vous, je suis meilleur que les autres. Je sors d'une maison illustre. Si vous tenez ce langage , vous ne méritez pas qu'on vous estime , puisqu'on ne doit sincèrement honorer qu'un homme de bien vraiment humble et qui sache mépriser la gloire. La véritable noblesse consiste de plus k être exempt de tout faste et de tout orgueil , puisqu'il n'y a point de solide grandeur sans une extrême modestie. A un homme panenu au comble des honneurs il ne reste plus qu'un seul moyen de s'élever, qui est de s'abaisser au-dessous des autres.

6. Pensez bien aux misères de votre condition mortelle. .Mesurez la petitesse de votre corps , et vous trouverez dans ces réflexions de quoi mortifier votre orgueil. Si la terre est un point , comme quelques philosophes l'ont sagement définie , c'est sur un point que vous établissez des empires et que vous affermissez des états. Pensez que cette terre , sur laquelle vous marchez avec tant de faste , vous couvrira bientôt, et que de tant de possessions il ne vous restera qu'un petit espace qui renfermera vos membres glacés. Après cela, élevez de grands édifices qui durent plusieurs siècles ; signalez-vous par vos emportemens , &i!cs sentir il de vastes contrées la dureté de votre joug : désolez - les par de longues

et de sanglantes guerres. Un temps viendra on vous comprendrez trop tard le vide des dignités et la vanité des honneurs. Ce qui brille comme le verre en a la fragilité, et un moment voit tomber ces chênes si élevés, qui ont été plusieurs siècles à se ionner.

7. On peut se garantir de la vanité en menant une vie retirée ; car on ne s'avise guère d'étre magnifique pour soi seul , et on se soucie même fort peu de l'être aux yeux de ses plus confidens amis. Cest en faveur du grand nombre, c'est pour une foule de spectateurs qu'on étale ses richesses et qu'on fait briller son orgueil. S'habille-t-on de pourpre dans une retraite ? se foit-on servir dans de la vaisselle d'or lorsqu'on est seul? déploie-l-on de riches meubles dans un désert? Non sans doute. L'ambition cherche un théâtre , et n'est jamais plus vive qu'au milieu des applaudissemens des hommes, f.'abeille compose son miel , le cheval fournit sa carrière , les arbres donnent leurs fhiits dans la saison ; et ces animaux et ces plantes n'ont point d'autre fin. Mais l'bomme, non content de foire le bien, veut encore être applaudi , il veut être remarqué et montré au doigt. Après tout, qui sont ceux dont vous recberchez l'estime avec tant d'ardeur ? des hommes vains , inconstans et légers que vous méprisez vous-même , et qui condamneront demain ce qu'ils approuvent aujourd'hui. D'ailleurs la vie de celui qui applaudit est courte, aussi bien que la vie de celui qu’on loue. Os honneurs ne se rendent que dans un petit coin de la terre , qui n'est elle-ménie qu'un point , et dans cet espace si étroit l'approbation n'est jamais générale, et est rarement sincère. Quelle sorte de gloire y a-t-il d'être loué de la postérité, de ces hommes qu'on n'a jamais vus et qu'on ne verra jamais? Que ne vous plaignez -vous aussi de n'avoir pu vous assurer l'estime de ceux qui sont venus avant vous ? Je suppose que les hommes qui vous honorent fussent éternels sur la terre, et que votre nom ne d&t jamais mourir : â quoi cela vous servirait - il durant votre vie et après votre mort? On est vainement loué où l'on n'est plus , et réellement tourmenté en des lieux où l'on est. De plus, le prix de chaque chose est en elle-même, et le blâme ou l'estime qu'on en fait n'en peuvent ui augmenter ni diminuer la bonté. Qu'on cesse de regarder le soleil , en sera-t-il moins lumineux? Indépendamment de

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loute approbatioa et de tout ék^, un fruit ne peut-il pas avoir de la douceur , une fleur de la beauté, et un diamant de l'cdat? I,e caractère d'une Ime élevée et convaincue de la (p-andeur de son origine est de mépriser les louanges , et | de se contenter du témoignage qu'elle se rend ensecret. Vous voulez être loué? Vous voulez donc imposer aux hommes? car enfin, qu'y a4-il en vous qui soit digne de louange? Combien êtes - vous fragile, misérable, incertain de votre salut ? Vous seriez un serviteur inutile, quand même vous auriez rempli tous vos devoirs; mais oseriez- vous | vous flatter de cet avantage ? Prenez donc garde | que vous ne soyez autre qu'on ne vous croit , et | qu'on ne loue dans vous ce que vous y condam- j nez vous-même. Reconnaissez devoir à Dieu ce | que vous ne tenez que de lui, Fêtre, la vie, l'intelligence, et il ne vous restera que le pioché. N'étant : donc rien, vtMs n'avez nul droit de vous élever, et . vous ne serez quelque chose qu’autant que vous sanrez vous convaincre de votre néant et de votre bassesse.

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