‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 598 sur 684 · DU CIEL · texte numérisé non relu

DU CIEL

l'unique soin d'embellir ses outils? Cest le propre d'un esprit grossier et pesant de ne penser qu'â ce qui regarde le corps.

3. Comme la mort entre dans l'âme par le ministère des sens, il faut les dégager autant qu'il est possible des clioses de la terre, affoiblir l'attention trop vive qu'ils ont aux objets, afin que s'unissant â eux sans s'y plonger ils ne nous ôtent pas le goôt des vérités célestes ; car c'est aux sens â obéir, et non pas â commander. Sur tout on doit réprimer avec soin la liberté des yeux qui, présentant fort vite â l'esprit les images reçues, excitent des désirs contraires â la pudeur et donnent naissance aux plus grands crimes, lorsqu'on ne les munit pas d'une Adèle garde. Si la pureté de l'homme intérieur accompagne et conduit vos regards, vous ne verrez partout que des traces de la main du Tout-Puissant , et adorant Dieu dans les créatures, vous vous élèverez avec joie â la contemplation de ses grandeurs. O vous qui désirez votre salut, détournez vos regards de dessus une femme parée. Elle est la plus vive image de la cupidité. Fuyez le liai , la comédie et les autres spectacles de même nature. Ils amusent vainement, ils remplissent l'esprit didées frivoles, et l'empêchent de goôter les choses de Dieu. Le ccpur suit toujours les routes dangereuses que les yeux ont tracées.

3. L'ouie est un sens qui porte â l'âme la connaissance de la sagesse et de la vèiHté; mais il est extrêmement à craindre que ne mettant pas une garde de circonspection â vos oreilles elles n'introduisent le mensonge au lieu de la vérité, et de folles erreurs au lien de la .sagesse. Fermez-les donc aux vains discours, aux murmures indiscrets, aux rapports et à ces ciuivcrsalions oisives qui ne peuvent contribuer à votre avancement spirituel. Comme le plaisir d'un beau concert dure encore après que le concert est Ani par le souvenir d'un chant plein de don ceiir, de même des discours séduisans qui tcunbent dans le cteur, sans peut-être le blesser d'abord, y laissent des im))res$ions dangereuses qui se font sentir dans la suite et qu'on ne saurait presque effacer. Moins vous vous entretiendrez avec les hommes , et plus Dira se communiquera â vous au fond de votre ctrar. A l'égard des parfums , et des senteurs composées avec art , laissez-lcs aux hommes mous et cnrrompus.Pour vous, ne songez qu'a répandre ru

PAR LE CARDINAL BONA. 575

(nus lieux la bonne odeur de Jésus-Christ. Du reste mortiHrz votre goût parle jebne, et le toucher par le cilice, par la discipline, et en couchant sur la dure, n vaut mieux en chitiant son corps le sauver, que le perdre éternellement avec sonéme, en lui faisant des caresses meurtrières.

4. L’extérieur de la personne étant une marque peu équivoque de la situation du dedans , bannissez les manières qui laissent deviner que le cœur est mauvais et que l'esprit est peu maître de lui-même. Les sages païens ne voulaient pas qu'un homme de bien remuât seulement le doigt sans quelque raison. Content de souhaiter une pareille régularité , je ne l'exige pas ; mais je veux que vous vous interdisiez à vous-méme les bouffonneries indécentes, les contenances peu modestes, on rire immodéré, des gestes et une démarche mal réglés. Je veux que vous ne laissiez rien échapper qui prévienne les hommes contre vous. Évitez le désordre dans vos habits, n'ayez point une contenance peu assurée ou ridicule, un visage distrait, un air plein de mépris, ni tout ce qui peut donner du dégoAt nu de l'ennui ; car il y a bien des choses honnêtes en elies-inéines que la bienséance défend de laisser voir.

6. L'bommeétait nu dan.s le paradis terrestre, et ne rougissait point de sa nudité, parce qu'il ne la connaissait pas; mais à jteine eut-il p^é que, n'ayant plus sa robe d'innocence, il eut besoin d'habits pour cacher sa honte et pour se couvrir. Ensuite , par la malice des hommes, la peine du crime est devenue une marque dedignité et une ressource â l'orgueil. On se pare plutôt qu'on ne s’habille , et on a moins en vue de satisfaire à la uécc.ssité que de plaire cl d'allumer la convoitise. Comme les habillcmcns sont une marque de la disposition ducœur,lesiqustemens étudiés, les miroirs et les parfums font voir un esprit efféminé. la)rsi|u'nn se parc avec tant de luxe, songe-l-nn bien â ce que radient de si vaines parures? Celui dont l'âme est ornée de vertus foit peu de cas d'omemens étrangers. I>a vertu aime â se montrer simple et sans làrd , convaincue qu'elle e.st que les choses dont on voudrait l’accompagner sont fort au-drs.sons d'elle. Mais la folie des hommes est de couvrir de pourpre une âme de boue. II y en a qui portent avec joie des clialnes d'or, comme si la luagniflcencc de leurs liens en diminuait la pe-

santeur et l'incommodité. D'antres se font des plaies pour y introduire de l’or ; ils se percent les oreilles et y attachent desjoyanx dont le prix pourrait faire subsister plusieurs familles , plaçant leur vanité dans une chose qui fut autrefois un genre de supplice. Plusieurs, plus curieux de la beauté du corps que du salut de leur âme , perdent tons les jours beaucoup de temps à s'ajuster. Ainsi on se charge d'omemens qu'on foulerait aux pieds si on connaissait ses vrais intérêts , tant les folles opinions des hommes ont prévalu. Habillez-vous donc simplement et sans attention, dans la vue du seul besoin, fuyant également la malpropreté et le foste, et vous conformant en tout â \a bienséance de votre étal. Mais fhssiez-vous couvert d'or et de pierres précieuses, vous êtes difforme si vous ne vous revêtez de la beauté de Jésus4lhrist : cette beauté est solide et ne change jamais ; au lieu de jeter on vain éclat sur on corps mortel, elle orne et elle enrichit le dedans. C'est une vanité ridicule que de répandre de l’or sur du fomier.

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