‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 622 sur 684 · DI · texte numérisé non relu

DI

FRÈRE JEAN TAULER

CHAPimE PREMIEH.

De l'énoniiiU du péché . et coniim'nl on pnil «’miir uiiitemeut à Dieu par nae vérilable et uncére piHiiletKv.

Jÿsus-Christ notre Dieu et notre Sci(;neur 1res Kdèle , qui par la saiutrie de sa vie , par les préceptes et par les conseils qu'il donne dans son Évangile, nous a enseigné suflisainmrnt le chemin le plus court qui conduit à la béatitude étemelle, commence sa prédication sainte par ces paroles : a Faites pénitence , car le royaume des cieus est proclie. > En effet , la chose du monde qui nous est le plus nécessaire A tous tant que nous sommes , si noos voulons un jour être sauvés, est de iàire pénitence et de n'en interrompre jamais l’exercice pendant cette vie, qui n'est point exempte de péché. Or il faut savoir que nous ne pouvons |>as faire une parfaite pénitence, si auparavant nous ne savons tenir la balance juste pour peser avec équité l'énormité du péché; car quiconque pèche traite le Dieu tout-puissant avec tant d’outrage et de mépris, et il se fait A lui-méme un si grand tort, que s'il connaissait bien l’un et l'autre, ni le ciel, ni la terre, ni tout ce qui est dans le ciel et sur la terre, ne serait capable de lui faire commettre la moindre faute de propos délibéré ; au contraire il choisirait plutôt de mourir tous les jours d'une nouvelle mort que de souiller son Ame de quelque péché.

Le péché donc est ce qui nous sépare de Dieu et nous attache aux créatures qui ne sont que vanité ; c’est une tache et une souillure de l'Ame ; c'est la mort de l’esprit , le piège du démon , la perte irréparable du temps, la privation de la grAce divine , de tontes les vertus et du bonheur Àernel. Le péché est une tristesse et une afüictHNi de la conscience , un obscurcissement de l’esprit , un déréglement de la volonté , un trouble du coeur et une inquiétude de tous les sens.

C'est une idolMrie, iiii renoncement A la foi, le triomphe de l'ennemi , un |>oison mélé de douceur, le commencement de la damnation , l'occasion de plusieurs autres péchés , une joie passagère, une peine durable , une honte éternelle, un objet aimable A la vérité aux yeux du inonde, mais odieux et détestable aux yeux de Dieu et de ceux qui l'aiment. En un mot , il n'y a point de termes qui puissent exprimer l'horreur du péclié ; le mal qu’il nous fhit ne se peut coniprendre ; la honte et la confusion qui le suivent ne sauraient s’effacer, et les tourmens qu'il nous cause sont insupportables.

Et parce que tout pécheur choisit et aime en péchant une chose vile et périssable et préfère son propre plaisir au bien souverain et immuable , en mettant sa volonté au-dessus de la volonté de Dieu , il commet par ce choix criminel une irrévérence inHniecontrela majestéde Dieu, et il lui fait un affront d'autant plus sensible que le Créateur est plus noble et plus exeellent qu’une misérable créature et qu'un malheureux plaisir d'un moment ; aussi se rend-il coupable par ce critme d’un supplice qui ne doit pas durer moins qoe rétemilé.

C'est pourquoi il est besoin, afind’entrerdans une véritable pénitence, que le pécheur, pour ex pier l'irrévérence et le mépris avec lesquels il a traité Dieu, .se présente devant sa face avec une profonde réflexion sur soi-mème. qu'il se confesse coupable avec humilité, qu'il demande grAce et miséricorde, qu'il loue et glorihe l'iieii du plus profond de son cœur, qu'il s'abaisse et se prosterne au-dessous de tous les hommes et qu'il abandonne tous scs désirs A la eonduile aimai le de la volonté divine.

Mais |>arcc qu'il a cherché dans les créatur 's un placsir et une satisfaction qu'il devait attendre uniquement du Créateur, il est juste qu'il pleure scs péchés dans l’amertume et dans l'af-

flictiaQ de son coeur, qu'il s'sccuse au tribunal de la confession devant le pr^re, qui tient la place de Dieu et qui a la puissance de lier et de délirr , et que , formant une ferme résolution de s'amender avec un vif sentiment de douleur, il accomplisse les œuvres d'austérité et de satisfaction qui lui auront été epjointes suivant la discipline sainte de l'Ë|;lise, et qu'il porte des fruits dignes de pénitence.

Au reste , cette contrition et cette douleur ne doit pas prendre sa naissance d'une crainte purement servile, comme des peines de l'enfrr ou du purgatoire, ni d'un sentiment tout charnel et tout humain qui nous fasse pleurer avec plus d'amertume le tort que nous nous sommes fait à nous-mêmes que l'injure que nous avons faite i Dieu ; car une douleur de cette sorte jette l’homme dans une espece de désespoir, comme si Dieu n’avait plus de soin de le conduire, et quelque véhémente qu’elle puisse être, elle ne mérite pas le pardon d'un seul péché , parce qu'elle ne vient (lasdu parfait amour de Dieu ,qui est la soim-eet l'origine de toute véritable «mirition.

Mais il faut que notre repentance soit toute divine et toute surnaturelle, et que , faisant gémir l'homme pour ses péchés , il suit moins vivement touché de sa propre perte que du dé*honneur sanglant et du nombre d'offenses et d'affronts qu'il a faits à Dieu son père fidèie et tout-puissant , qui iui a donné l'étre, qui l'a racheté, et qui i'a comblé et le comble tous les jours de tant de bienfaits.

Cependant lorsqu'il pleure et qu'il envisage le moindre péché qu'il a frit contre Dieu avec plus de déplaisir que tous les chfttimens, toute la confiision et tous les maux qui loi en pouvoient «river, il naît en son éme une ferme confiance en Dieu , de ce qu'il veut bien lui pardonner si volontiers ses désordres : car cette contrition vient de l'amour, et l'amour n'est jamais sans queiqiic douceur et quelque consoiat ion. El lorsqu’il con.sidére ensuite ipie ce Dieu, qui est si grand et si éievé au-dessus de ce qu’il y a de plus grand dans le monde , ne lui a pas seuicment remis ses fautes, mais qu'il a encore daigné le consoler par sa bonté infinie , tout abominable pécheur qu’il est , alors le feu de la contrition s'aliume si fort dans son Ame qu'il s'imagine qu'il n'aura jamais assez de douleur, et il demande à f iiu nen sculeinenf de lui pardun-

FRERE J. TAÜLER.

ner ses péchés par un efifrt de sa miséricarde , mais encore de les punir et d'en tirer vengeance sur lui-méme par une action de sa justice , si ce doit être pour sa majesté sainte un plus grand sujet de gloire; car plus il ressent les effets de la bonté divine et plus est-il percé du regret des fastes qu'il se souvient d'avoir commises contre elle.

Or quiconque est arrivé A ce degré sublime de contrition , d'avoir le mèmeamouret le même respect pour la justice que pour la miséricorde, tous ses péchés et la peine de tous ses péchés lui est remise au même moment. Et certes c'est bien une plus grande consolation de se livrer A la justice que de s'abandonner A la miséricorde , puisque c'est bien une plus grande mortification, et que la consolation doit être plus abondante oA la mortificatioD est plus rude et plus austère. Chacun doit donc frire une alliance d'autant plus étroite avec Dieu et s'unir A lui par un anxHir d'autant plus ardent et plus attachant , et par une volonté d'autant plus ferme de ne pécher jamais , qu'il se trouvera sqjet A un plus grand nombre de défauts.

Que si quelqu'un peut-être n'est pas encore pénétré d'une si cuisante douleur et ne la peut pas même obtenir, qu'il t'afflige de ses péchés , qu'il forme de brûlans désirs d'en concevoir un véritable regret , plutôt par le déplaisir qu'il a de l'outrage qu'il a frit A Dieu que par un ressentiment de sa propre ruine; et qu'ainsi, par une sainte confiance, il espère que le Tout-Puissant par sa miséricorde, qui n'a point de bornes, lui pardonnera tous ses crimes.

Le pécheur donc qui sera dans ce sentiment , s'étant prosterné aux pieds du Seigneur, jettera 1rs yeux sur ses péchés avec un saisissement rigoureux; il m fora un examen sévère, et s'armant d'une forme confiance , il s'en rendra luimême l'accusateur devant Dieu , et il en obtiendra d'autant plutôt le pardon qu'il en aura frit une recherche plus exacte; car encore qu'une mère puisse quelquefois oublier son fils unique, le Seigneur nous rend lui-même ce témoignage qu'il ne saurait jamais nous oublier, et il est si disposé A faire miséricorde qu'un peu d'étoupe jetée au milieu d'un brasier ardent n’est pas si prompte A prendre le fou qu’il est prompt lui même A pardonner au pécheur qui a une véri- I table repentance de toutes ses fautes.

l’n effot, il ne se rencontre ni temps ni ob-

INSTITUTIONS DE

nlaclf otilra la (p^ce df Dieu et le pf'thrur p#nilenl ; il mialt mire l'un et l'autre une fidélité ausai paéfaite que si elle n'avait point été violée par le péché ; et l’amuar de Dieu est si fp^nd et ai fort au-dessus de notre conception qu'il n’iinpule jamais ce qu'il a une fois )>ardonné , et qu’il ne veut pas qii'on en reçoive ni déplaisir, ni diâtimrnt, pourvu qu'on eontinue de travailler à rainendenient de sa vie.

Au reste, l'easence de la sincère péniteuce, qui nous réconcilie parhiitement avec Dieu, consiste en ce que l'homme pénitent étant touché d'une douleur sincère de tous scs péchés et en (Ténéral et en particulier, se porte h Dieu par un mouvement d' amour, et à toutes les vertus i cause de Dieu , en se s<''|iarant pour toujours de tout ce qui est contraire à Dieu, avec une résolution fèrmeet inflexible de u'avoir jamais d'attachement pour ces clioses , ni par la crainte de la mort, ni )iar la considération de quoique ce soit qui lui puisse arriver. Ainsi, appuyant tous les désirs de son errur sur la bimté divine, qu'il fonde toute son espérance sur les mérites de la vie sainte et de la mort douloureuse du Sauveur ; qu’il n’alt point d’autre occupation ni d’antre exercice que les louanfyes de Dieu, et qu’il hn rende des actions de fp*ices infinies de ce qu’il lui a pardonné ses péchés, qu’il lui en a donné une véritable contrition, qu’il lui a fait naître le dessein de s’en abstenir it jamais, cependant que par un arrêt juste et équitable , il a précipité dans le feu des enfers un fpand nombre de personnes qui valaient beaucoup mieux que lui , et n’avaient pas commis tant de crimes.

C’est ce qui fait qu'il produit ensuite les actes extérieurs de la pénitence, comme 1rs jeûnes, les vrilles , la prière, l’aumône cl d’autres onivres semblables, qui sont d’autant plusafpXiables û Dieu qu'elles ont davanla|;e de ce rcj^ard et de cette pente aimable vers lui. C’est poui^ quoi occu|)ez-vous surtout à toutes les sortes d'exercices qui vous font mieux concevoir la bonté divine , qui vous disposent davanla|;e à pleurer vos péehés et i les examiner de plus en plus, et qui vous encouraqml à prendre une nouvelle conflauce en Dieu ; et plus la pratique . de ces enivres sera fréquente, plus aussi l’avancement dans la pénitence sera considérable; car il est besoin, pour la perfection de celle vertu, que nous fassions une profoiule réflexiim sur la mi-

FRÈRE J. TAUl.ER. OU

séricordede Dieu cl sur la fldélilé incomparable i|u'ila pour nous, que nous nous abaissions avec un (pand mépris de nous-mêmes, que nous ne comptions toutes nos bonnes œuvres pour rien , que nous nous estimions enlièreroeiit indifpies de l’excès des faveurs dont il nous a comblés et dont il nous comble encore, et que nous publiions que nous sommes incapables de lui rendre des actions dcfpttcrsproportioniœcs au moindre de ses bienfaits. El que pourrons-nous lui répondre lorsqu’il nous reprochera l’infldélilé ou- Iragruse avec laquelle nous avons trahi son inviolable fldélilé?

. C’est (Kiurquoi il fliiil , eoinme Je viens de dire, ne foire aucune estime de toutes nos Isinues œuvres, <|uand elles seraient aussi méritoires et en aussi grand nombre que le sont celles de toutes les créatures ensemble. N'estiraous rien de grand que ce qui mius manque encore ; concevons autant de dédain et de mépris pour nous -mêmes que nous aurons de respect et de vénérai ion pour Dieu , sans néanmoins nianquer jamais à faire tout le bien que nous pouvons faire , en rapportant à lui seul le mérite des bonnes œuvres qu’il opère en nous; et certes il n’y a poiul de moyen plus efflearc pour effocer le péché et la peine du péché que cette sorte d’exercice, jusque-là même que dans un fort petit espace de temps , une personne pourrait , par un pur acte d’amour de Dieu , et par une sorte de dé^piùt , d’aversion et d’Iiorreur qu’il aurait de soi-méine, se procurer un si parfait et si généreux affranchissement de tout péché par la seule vue de la gloire de Dieu, que tous ses crimes et les chàtinieus dus à ses crimes lui seraient remis ; en sorte que , s’il venait à mourir en cet état , son àme s'envolerait tout droit dans le .sein de Dieu, quaud il aurait été auparavant coupable lui seul de tous les péchés de l'univers.

Que s'il arrive qu'après l'alMolutiun de nos péchés nous ne recevions le pardon que d'une petite partie de la peine, c’est que notre contrition ou l’aversion que nous avons au péché et notre retour à Dieu ne se fliil pas sde toute l'étendue de notre cœur, de toute notre âme , de tout notre esprit, ni de toutes nos forces, ■ comme Dieu nous le commande; car le vrai amour et la vraie confiance en Dieu étant unis à la haine parfaite , au dégoût cl au mépris de

GI2 NSriTl’IlO.NS 1>K

nous- niâmes, est comme un riche trésor avec lc<|url noua pouvons acqnérir tout ce que nous désirons, et pins encore que nous ne saurions désirer, n'étant pas possible que Dieu se dispense de nous accorder l'efièt de tous nos désirs, se semant lilessé par les traits de notre amour dans un endntit oA il n'a pas , pour ainsi dire, la force de se défendre.

Au reste, il n'y a personne qui piii.s.se plus véritablement obtenir le don de pénitentx que relui qui s'applique ü méditer sur la passion adorable de notre Seifjncur Jésus-Qirist , sur .ses souffirances rigoureuses, sur sa mort pleine d'ignominie, et sur sa vie sainte en laquelle il a foit'paraltre une fidélilé tout entière.

C'est [larticulièrenient de cette passion dont il faut tâcher d'imprimer sur nous de profonds caractères , en faisant une sérieuse réflesion sur la qualité de celui qui l'a voulu souffrir pour l'amour de noua , mais avec un recueillement et une attention plus grande que la brièveté de cet ouvrage ne permet de le dire.

Et certes, c'est un grand sujet de joie et de ronsolatiou d'avoir la mémoire incessamment occupée de cet aimable objet , et l'on ne saurait lmp s'étonner de ce que nous pouvons oublier pendant un moment â nous entretenir de la i;randeur et de la fidélilé de Dieu , ou bien de notre bas.scsse et de notre perfidie, et de parler cependant ou d'entendre parler de quelque autre cIhisc , puisque la réflexion fiéquente sur tes pema^ est l'exercice le plus profitable pour l'aiie naiire en nous le mépris de nous-mêmes, et nous dimner une douleur parfaite de tous nos péchés cl de tous nos déréglemen.s. iN'ayons donc point d'autre objet de toutes nos pensées i|ue la seule passion de notre Sauveur, en sorte néanmoins que nous nous arrêtions davantage sur l'excès de sa fidélilé et de son amour envers nous que sur la rigueur de ses souffrances.

Mais chacun se proposera comme un modèle â imiter dans toutes ses actions et ses abaissemens l'amour fidde, ta vie et la passion de notre Sei|;nciir Jésus-ChrLst , et de quelque affliction qu'il SC trouve accablé il fera celle prière ; « .Seigneur mon Dieu , infiniment fidèle et aimable, comme vous avez voulu de toute éternité cl avant <|ue je fusse, que les maux que je sotiFIre m'arrivassent , je demande que cet ordre s’exécute, non pas selon mes désirs, mais

FKKIIE J. fAULER.

selon votre volonté adorabh:, qui m'est dés à présent, et qui me sera éternellement plus chère que la liberté de choisir ce qui serait le plus selon mon inclination, s

Enfin la meilleure pénitence qu'on saurait faire est de dégager son âme des choses qui l.i peuvent traverser, et de l'unir élruilement à Dieu. C’est (KHirquoi il faut être soigneux de pratiquer avec plus de zèle toutes les actions qui nous peuvent le plus servir pour obtenir cet avantage, et éviter adroitement tout cequi nous en peut éloigner, prenant garde surtout de ne pas se rechercher soi-méme dans ces sortes de choses. Ije plus sâr est de marcher dans les voies par lesquelles Jésus-Christ et scs saints ont marché, et de suivre les mêmes vestiges qu'ils nous ont marqués. Que si (|uelqu’uu est si foible et si infirme que de ne les pouvoir suivre au travers des exercices rudes et difficiles , qu'il fasse son pos.siblc ; car Dieu n'en demande pas davantage de lui , et il ne considère pas tant les œuvres que l'amour, l'intention et l'esprit avec lequel nous les lui rapportons ; et c'est là particuliérement ce qu'il demande et ce qu'il désire de nous.

Abandonnez-vous donc tout entier sans réserve à la conduite de votre Dieu, vous soumettant à ce qu'il fasse de vous tout ce qu'il lui plaira, et il y rétablira sans doute ce que vous y avez détruit par le péché ; car puisque vous avez corrompu votre corps, votre àme, vos sens, vus forces et tout ce qui est en vous , jetez vous hardiment entre les bras de celui avec lequel 1rs défauts sont incompatibles, qui vous aime plus que vous ne vous aimez vuos-mème , et qui vous aimait au moment même que la haine que vous aviez pour vous était si grande que vous vous donniez la mort. S'il vous a donc aimé pendant votre rébellion et votre désobéissance , vous avez bien plus sujet d'espérer qu'il vous aimera , qu'il vous assistera et qu'il vous donuera les choses qui vous sont nécessaires , lors<|ue vous serez soumis à ses ordres.

Il y avait un saint homme aimé de Dieu , auquel le seigneur avait donné une connaissance infuse de toute l'Ecriture sainte, et lui en avait découvert l'esprit et les sens diflérens ; il lui enseignait encore de quelle façon les hommes vivaient en ce temps-là , et comme il y en avait dont les œuvres n'étaient point du tout cunsidi'réesdevant Dieu, quoiqu'elles parussent grandes

INSTITlj PIONS DK FRERE J. TAÜLER.

ani ycui dca lumimo; il lui nS'ÿlail aussi quelle était 1a mort de plusieurs personnes dont on ne faisait aucun état dans ce monde , œ qui arrive ordinairement A l'éipird des |;cns de bien , et qui étaient pourtant plus grands devant Dieu que Ions ccu\ qui paraissent grands ici-bas. Et comme le .Seigneur opérait encore plusieurs autres grandes merveilles en sa faveur, cet homme de Dieu le priait de celle sorte : < Seigneur, ne m'accordez ni les unes ni les autres de ces grAces; relirez de mbi, je vous prie, ces dons qui me tourmentent si cruellement. « Dieu lui 6ta ces lumières et le laissa pendant cinq ans dépourvu de tontes consoJalions, eiposé A de ip'andes tentations, et traversé d’un grand nombre d'afBictions et de misères.

Il arriva donc qu'un jour, comme il pleurait A chaudes larmes, deux anges s'étant présentés pour le consoler, il dit ces paroles ; • Seigneur mon Dieu, je ne demande aucune consolation, et je serai assez heureux si je puis garder le lieu oA vous habitez dans mon Ame , afin qu'il n'y entre et n'y paraisse jamais aucune autre chose que vous. > A ces paroles il fiit A l'instant environné d'un si grand éclat de lumière qu'il n'est pas possible de trouver des termes pour l'expliquer; et le Père céleste iui dit ; «Je vous donnerai mon fils, afin qu'il vous accom|>agnc toujours en quelqiH’ lieu que voos soyez. » — « Non, mon Dieu, repaiiil ce saint homme, je désire demeurer en vous et dans votre essence même. » Alors le Père céleste lui répondit ; o Vous êtes mon fils bicnaimé, dans qui j'ai mis toute mon afféction. »

Ce même ami de Dieu , interrogé sur ra qu'il jugerait A propos de faire s'il avait pa.ssé tous les jours de sa vie dans des crimes énormes, comme fttn un grand nombre de pccticurs : « Si j'avais, dit-il , exécuté tous les ordres qu’un sage et prudent directeur m'aurait prescrits après une mnlêssinn parfiiite de mes péchés, je n'y voudrais plus jamais |icDser ensuite, ni souiller mou cneurde leur souvenir, mais je m'efforcerais, par la pureté de ma vie, défaire oublier A Dieu tous les péchés où je serais tombé; car le péché u'est rien , il ii’a ni être ni subsistance , et ne peut produire que le mal, en réduisant au néant ceux qui le commettent : lors donc que nous ii'y voulons plus consent ir, que nous en avons une entière aversion , et que nous produisons « des fruits dignes de pénitence , » Dieu le met en oubli ; car

si nous ne le rommettons point , n'étant rien de lui-mème, il ne parait point devant Dieu; et quand il est une fois hors de connaissance, c'est alors que l'Ame reçoit une guérison parfaite. »

A quoi ce saint personnage ajouta encore ces paroles ; o Quand j'aurais, dit -il, passé quarante ans dans le péché, et que le moment de ma mort serait tout proche, si j'avais fait une confession sincère de mes pédiés , cl qu'il me restât autant de temps qu'il en Faut pour récitei le salut de l'ange A la Vierge, afin de Faire un acte de retour A Dieu par un sentiment d'amour parlait , tiré du plus profond de mon cœur, après celte conversion A Dieu et cette barreur du péclié, j’espérerais sortir de ce monde dans la pureté et l'innocence. Maisqnand jcn'aurais Fait qu’un seul péché , et que je mourrais dans la douleur, dans la contrition et dans lés larmes, ma mort serait la mort d'un pénitent. »

«Je ne veux point, disail-ü, me maître en peine d'acquérir la connaissance de mon Dieu; je sais que cela surpasse mes forces dans cet état malheureux ; j'aime bien mieux acquérir les dispositioas qu'il Faut avoir pour être tout A lui , afin de connaître rnsailc par les choses que Dieu fiu't en moi et sans moi, ce que je suis obligé de Faire pour lui.

« C'est A lui A éclairer mon entendement , et A nmi A m’abandonner A la conduite de ses lumières. L’amour et la connaissance sont deux choses qui sont toutes deux bonnes; mais la véritable union de l'Ame avec son Dieu vaut la beaucoup mieux. Pendant le sommeil, je sois A la vérité sans action ; mais je ne laisse pas tonlefois d'élrc. Mais lorsque je m'abandonne tout entier sans réserve A la conduite de la Providence, et c'est alors que je me trouveheureusement uni A Dieu , et que je suis devenu par la grAce une même clwse avec lui , personne ne me saurait plus nuire ; car celui qui est uni A Jésus-Christ , souffre .sans déplaisir réloignemcnt et la séparation de toutes choses. »

Or que celui qui est arrivé A cet heureux état prenne soigneusement garde en toutes sortes de rencontres de n'en pas déchcoir, et qu’il ne s'attache jamais A aucune créature par quelque sentiment d'amour et de plaisir. Certes nous quittons .sans peine tout ce que nous possédons avec Dieu ; mais si nous sommes fAcbés de le

INSTITl'TIO.VS DE FRERE J. TAll.ER.

pfrdrr, r'nt une marque que nmis Ir possÿdiomt contre la voioaté de Dieu. EnAn personne n'est digne d'une véritable pénitence que celui qui la désire de toute l'étendue de son coeur; et il n'y a que Dieu seul qui la puisse donner ; car Dieu est un don qui ne peut être donné que par soi-méme ; il est une lumière que lui seul peut produire dans nas Ames ; il est l'opération de la grâce; il est la vie en lui-même; il est toute l'essence de la créature; prions-le que, suivant les exemples, la doctrine et les maximes que nous venons de rapporter, il nous donne la grâce de taire une parfaite et véritable pénitence. Ainsi soit-il.

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