I.NSTIïUTlOiSS DE
l embrase , lui aoienl aussi intimes que sa propre essence; c'est-à-dire qu'il soit aussi disposé à le reccTuir, et qu'il s'y porte avec autant d'indiiiation que si c'était un privilège de sa nature , de l'avoir présent en lui-méme en tout temps et en tout lieu ; car comme celui qui désire apprendre à écrire est obligé d'apporter un soin estréme dans les commencemens, de prendre garde euctement à la maiu de son maître, puis de s'exercer lui-méme dans l'écriture , et de tracer souvent avec beaucoup de peine et de difficulté les caractères ; et que s'il continue dans cet exercice qui lui est d’abord si pénible , il arrive insensiblement à un état oA, n'étant plus obligé de faire réflexion sur la Agurc des lettres, il les forme sans pebie (ce qui arrive semblablement en toutes tories d’arts et de disciplines ) ; ainsi on doit comme fixer et arrêter la présence de Dieu dans l'homme par divers exercices; car c'est lui qui nous sollicite et qui nous avertit de telle manière en toute rencontre que si noos prenions garde le moins du monde à ce qu'il nous dit , saps nous dissiper et nous répandre inoonaidérément au dehors, nous l'aurions partout présent devant les yeux , nous le sentirions eu nou8><Dèmes, nous serions transformés en lui, nous nous vrrrioos unis, et pour ainsi dire familiarisés avec lui , en sorte que noua serions sans cesse occupés de sa présence adorable; et cette pente, qui nous emporterait ainsi vers Dieu, nous mettrait dans un état de liberté et d'affrancbissement qu’aucune difficulté , aucun trouble, ni aucune idée des choses du monde ne nous pourrait ravir.
Mais que celui qui veut arriver à ce degré doit être vigilant ! qu'il doit observer les ordres de Dieu avec une grande exactitude, et les exécuter fidèlement I qu'il ne possède donc rien avec une attache déréglée; mais qu'il rapporte tout à la i;loire de Dieu , et qu’il ne s'applique jamais de propos délibéré aux choses vaines, inutiles et frivoles ; que s'il s'aperçoit d’y avoir quelque engagement , qu’il le rompe et le détruise à l'instant avec une douleur extrême et une confusion sensible de son inconstance ; car s’il veut acquérir ta véritable fermeté, il faut qu'il ne conserve rien de propre et de particulier, maisqu'il quitte tout pour retrouver tout, et toutes choses lui .seront douces et avantageuses en toutes rencontrrs. Et quoique cela ne se puisse foire sans
FRÈRE J. T.XLLKR. 661
peine, et que peut-être U ne puisse pas arriver là duoommeiicemetit, qu'il ne laisse pourtant pas d'y foire tout son possible , parce que son travail ne demeurera point sans recevoir une grande récompense, et que la grande sainteté n'est le prix que d'un travail extraordinaire; quoiqu'en effet celui qui est embrasé d'une ardente charité ne soit point incommodé du tratravail,on que, s’il en est incommodé, il l'aime et l'embrasse de grand cœur pour la gloire de Dieu.
Certes, tous les saints qui nous ont précédé ont passé par de rudes épreuves , et ont été de sévères examinateurs de leurs défauts , comme on voit en ce qui arriva il n'y a pas long-temps à une certaine personne, qui , ayant négligé de réciter vêpres à l'heure accoutumée à cause d'on assoupissement où elle se trouvait , et s'en étant ensuite aperçue, s'emporta avec tant décolère contre elle-même, qu'elle se condamnait à foire le tour de la province pour châtiment de sa négligence. Sans doute que celle humiliation lui servit davantage pour acquérir la véritable humilité que si elle avait récité vêpres à l'heure d’obligation. U fout doue examiner soigneusement nos négligencesafiu de devenir plus fermes et plus soigneux. Cest pourquoi, ù mon. âme, ai tu veux acquérir l'entière perfection des vertus, dégage-toi de toutes choses, et donne-toi seule sans réserve à celui qui t'a choisie et que tu as choisi entre mille, et même par-dessus tout le monde, afin d'être L'ê|>ouse de celui qui est le roi et le Seigneur de l'univers. QuCaa-lu affaire aveo les créatures périssables?' Travaille seulement à t'en dégager en attendant ton unique époux, qui est l'auteur de toutes les créatures, afin qu'il trouve ton cœur dans une entière liberté, toutes les fois qu'il lui plaira d'y enttre.