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CHAPITRE XVIII

Qo’ii R'y a nen d’itnpoaalbfe à ta Witonié hiimaina, éUnI imtr à la voloolé âivior, file ne rticrdir <r>p laeu vu touict eboMi. l)e la cooaotatioa latémiire ci du délaiaa»* meut.

Tant qu'on se sent rempli de bonne volonté on ne doit se troubler ni s’aftligeT avec excès d'acune chose , ni croire que l'on soit fort éloigné de Dieu , parce que la vertu et toutes les bonnes œuvres dépendent de ki volonté. Il ne manque donc rien à ceiui qui pos.sêde vraiment une volonté juste. C’est pourquoi si vous désirez d’avoir l'humilité, la charité ou quelques autres vertu», vous n’avez qu'à le» désirer de toute l'étendue de vos force», et sans doute von» le* avez déjà ; personne n'est capable de vous les ravir, ni le» créatures ni Dieu même, pounn que votre volonté suit droite et conforme à la sienne. Or la volonté est conforme à celle de Dieu et comme déifiée iorsque nous voulons purement (K)ùr la gloire de Dieu lout ce «pie nous voiiluii»; ce qui ne »e rencontre pas iiaturrHenient dans la volonté ; et il n'y a point dé mar-i que plus assurée pour connaître sa conf'onnilé et son union avec Dieu que si on voit qu elle en recherche uniquement la gloire en toutes choses.

Il n'y a rien qui puisse vaincre cette volonté , ni la mort , ni la vie , ni le démon , ni l'enfer , ni quriqu'autre créature que ce poisse être, roulefois, ce n’est pas assez de dire siraplemrut je voudrais être de celte façon ou de celle-là ; mais il faut vouloir puissamment et de Kuile l'efificacilé de ses désirs, en disant, je veux absolument faire ainsi et être tel. Quand je serais éloigné d'une distance infinie de quelque vertu ou de quelque bien spirituel , si j'en souhaitais la possession avec une volonté parfaite, j'en serais plus le possesseur est le maître que des choses mêmes que je tiendrais enfermées dans mun sein sans les vouloir posséder; car la bonne volonté n'est pas moins puissante pour produire le bien devant Dieu que la volonté criminelle a de force pour faire le mal. Or il est certain qu'encorc que je ne commette peut-être aucune action vicieuse, néanmoins si je suis dans une volonté délibérée d'en commettre quel<|u'nne, je ne sois pas moins coupable devant Dieu que si je l'avais effectivement commise , jusque-là même <|u'il se pourrait faire que je consentirais à la mort de plusieurs personnes avec une si forte détermina-

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liuo de au eolontt, qa'eocare bien que je n'exécutaMe pas ce prqjet , je ne laisserais pas d'étrc coupable devant Dieu de ces crimes et de passer pour homicide à ses yeux. Ce n'est pas que je veuille assurer que le crime qui est consommé par l'action ne soit plus énorme que celui de pure volonté ; nuis je prétends que le consentement seul fait le péebé sans même être accompa|;oé d’une action, puisqu'il consiste bien plus dans la volonté que dans l'opération.

Que si cela est de la sorte , pourquoi est- ce que la voloolé juste n'aura pas la même force } •Sans doute que nous sommes plus puissaus pour faire le bien que le mal, parce que Dieu étant le coopérateur de la bonne volonté , il la soulage et lui adoucit les peines de sou action ; mais la volonté ii\juste n'est aidée ni secourue que de la seule iniquité.

Or, d'autant plus que la grâce de Jésus-Oirist jointe â la bonne volonté est plus puissante que la vofunté crlniinelle étant seule, d'autant plus U bonne volonté Fortifiée du secours de la grâce pourra plus efficacement opérer tout ce qqeile voudra que la volonté criminelle qui n'est soutenue que par sa propre malice. J'assure donc , et j'assure fermement, que ma volonté me rend toutes choses pos.sibles. Par elle je suis capable de soutenir tous les travaux imaginables, de nourrir tous les pauvres , de &ire seul tout ce que les autres font de bonnes oeuvres , et enfin d’accomplir tout le bien qui se peut concevoir ; car si je veux ardemment toutes ces choses et qu'il ne me manque que la seule puissance de les exécuter, si je suis tout prêt â les faire avec joie, pourvu que j'en aie l’occasion et le ntoyen , je serai réputé devant Dieu comme si je les avais toutes exécutées.

Et il n'y a personne qui me puisse ravir pour un moment le fniit de cette bonne volonté; au contraire, si elle se portait â quelqu'œuvre avec plus de pente et d'ardeur que celui qui la produit, et que je contribuasse de tous mes d^rs â son accomplissement, quand même je ne l'accomplirais pas extérieurement , je ne laisserais pourtant pas de recevoir de Dieu ( qui juge des eboses avec justice ) une plus grande récompense pour celte action que celui qui aurait eu de la peine â la faire. Je n’oserais pas néanmoins assurer la même chose de ceux en qui la volonté et l'amour ont une égale force, et dire qu'il y a

FHËHE J. 'FAULER.

égalité de récompense en celai qui agit et en celui qui ne contribue rien en l'actioa; car, en vérité, celui qui ne souffrira point tes tourmens du martyre n’aura peunt cette couronne qui doit être la récompense particulière des martyrs, quoique d’ailleurs il ail les mêmes désirs et le même sèle que ceux qui ont efFectivement endwé les peines du martyre. Que si quelqu'un voulait soutenir que la parfiiile vohmté sans les œuvTes mérite autant seule que lorsqu'elle est jointe avec les bonnes oeuvres, je ne voudrais pas m'opiniâtrer â «mibaltre cette opioioa, sachant combien est grande la vertu et la pu»aance d'une bonne volonté qui veut pleinement et fait tout ce qui est en sou pouvoir; car, si vous pouvez avoir autant d'amour et de zèle que jamais personoe en ait eu pour publia' les louanges de Dieu , vous ne manquerez pas de mériter autant que si vous l'aviez hit effectivement, pourvu que votre volonté soit entière, droite et parfaite.

Enfin , il n'y a jamais de temps trop court pour i'bonune qui est juste et droit , â csuse de U perftctioa de sa vokmté; car iorsqu'etle est leUement disposée quelle voudrait faire tout son possible, mm-seulemeot dans le temps si court de cette vie, mais encore durant l'espace de mille ans, si la vie durait aussi long-temps , on lui imputera devant Dieu tout le bien qu'eiU aurait pu faire pendant une si longue suite d’années. Or la volonté est droite et parfaite lorsqu'elle n'est point corrompue par le mélange d'aucune propriété virieiue; c'est-b-dira lorsqu'elle ne se sent noircie d'aucune malice, mais que devenant ennemie et même entièrement séparée de sa propre méchanceté, elle est transformée dans U volonté divine , en sorte qu'elle ne désire que oc qu'elle croit être agréable â Dieu , et même elle déclate oette disposition intérieure autant qu'elle le peut et qu'elle le juge â propos tant dans ses muvres que dans ses omissious. Plus doncla volotdé est ferme dans ces srotimens, plus elle est juste et parfaite , et il u'y a rien qui lui soit impossible, soit qu'elle veuille aimer Dieu ou bien quelqu'antre chose.

Il faut néanmoins savoir que si quelqu'un désirait d'avoir autant de sainteté que les plus saints en ont jamais eu , U ne l'aurait pas pour cela tout ausiitét. Nul n'est saint qu'à proportion de l'ardeur avec laquelle sa volonté se porte

O’STITÜTtOlNS DE

vcn Dieu ; c'est pourquoi si notre volonté étsit { aussi grande et aussi partiiite qu'elle ait jamais été en aucun autre, nous aurions autant de sainteté que les |dns saints même en ont eu ; mais nmis avons brâu la soubaiter seulement, elle ne croîtra en nous qu'à mesure que s'augmentera notre bonne vahmlé.

Quelqu'un me demandera peut-être, comment pourrai-je (k»c acquérir cette sainteté, puisqu'elle ne tombe point sous les sens, quelle ne laisse en moi aucune trace qui me la fasse connaître, et qu'outre cela je vois un grand nombre de personnes qui s'occupent à des eserctees (oosidérablea, et qui fimt des «ruvres rares et merveilleuses dont je ne rencontre pas la moindre partie en moi ? A eda il faut considérer deux choses qui appartiennent à l'amour ; la première est son essence même, cl la seconde est son ouvrage ou bien plutôt son effet. Pour son essence, ce n'est antre chose que sa grandeur, qui réside dans la volonté; d'oA il s'ensuit que edni qui est le plus rempli de bonne volonté est aussi celui qui a le plus de véritable cliarité. Or cette charité ést cachée au fond de l'àme, et c'est pour la grande difficulté qui se rencontre à la découvrir dans le prochain, que Dieu nous défend de juger légèrement des autres. Quant à l'onvrage ou l'effol de l'amour, il parait quelquefois extraordinaire, comme dans ooe joie extrême, dans une dévotion fervente, ou dans quelque chose semblable; maisce n'est pas là ce qn'il y a toujours de meilleur et de plus considérable, puisque ces signes extérieurs se peuvent rencontrer sans la véritable charité , et qne la nature a souvent accoutumé de verser en noos ces douleurs et ces plaisirs , ou que Dieu permet, même à l'esprit méchant, de les exciter en l'homme afin de le foire estimer des autres.

Ce n'est donc pas edui qui en est rempli le plus abondamment qu'on doit estimer le plus saint; mais U fout examiner soigneusement si c'est Oien qui nmu comble de ses foveurs, et pourquoi 11 nous en comble, parce que souvent sa miséricorde ne donne ces consolations que pour encourager l'homme à s'élever à une plus gnnde perfection, et pour le conserver dans la sainteté de sa vie; c'est pourquoi lorsque celui auquel il avait accoutumé de départir ses dons s’avance dans la parfoite charité, il lui relire peu à peu la jenissance de ces douceurs. Et quand qnel-

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qu'un serait fidèle à Dieu dans ces cousolatioiis , il faudrait toqjours prendre garde avec beaucoup de drcoospeclion si sa fklélilé viendrait véritablement d'un principe de charité; et après tout, quand il en demeurerait assuré , il ne s'ensuivrait point de là qne cet état fot parfait ; ce qui SC peut assez connaître de ce que celte conaobtioo , qui se goAle dans la pratique de quelque cravre de charité, est moins estimable que les actions que nous sommes obligés de foire nécessairement, soit qu'elles regardent l'àme, soit qu'elles regardent le corps; juaqne-là mémr, que quand une personne serait aussi élevée dans b conlemplalion qne l'ont été saint Plnre rl saint PanI, ou birn quelqu'un des antres apôtres, s'il venait à connaître qu'un pansre malade eflt besoin de lai pour lui Faire chaufférun bouillon , ou bien pour lui rendre quelque autre service, il ferait beaucoup mieux d'interrtxnpre le repos de sa contemplation pour assister diaritablement ce pauvre, qne de s'arrêter dans b doucenr préwnle de b vie contemplative.

En effet, il ne font jamab négliger les corn- , mandemens de Dieu sous prétexte de quelque saint exercice que ce soit ; mais quittant Dieu pour Dieu même, c'est lui foire un sacrifice plus agréable de s'employer par amour à secourir ceux qui sont ses membres. Et il ne font pas s'imaginer qne ce clungement nous puisse être pr^udiciablc; car Dieu rend avec usnre ce qu'un quille pour lui pbire, comme il le témoigne dans l'Êvangile par ces paroles • Quiconque abandonnera son père on sa mère , etc. , sera récompensé au centuple, et aura pour héritage b vie riernelle. • Où il est clair que le mot de centuple marque b joie rt le pbbir que ressent celui qui quille et abandonne quelque chose pour la gloire de Dieu ; car b joie spirituelle qui vient de ce débissemrni , est cent fob pins pure et plus excellente que n'est celle que cous donne b possession de quelque bien particulier. Cea pourquoi , si quelqu'un souhaitait avec empressement de ressentir en son àme la présence divine et lesconsobtions qn'y ressentent plusieurs saints personnages, et que Dieu lui refosàl celte faveur, s'il sacriflait de tout son coeur sa volonlê à b gloire de Dieu , il obtiendrait bien plus véritablement l'effet de scs désirs qne s'il le recevait d'une manière qui frappe le sens ; car l’abnégation de b propre rolonU nous donne une satis-

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faction , et nous attire une récompenae cent Ns plus 0;rande que u'est une oonsolatioa sensiUe en retenant l'usafj^ et la propriété de sa volonlé.

Certes, on tronve en l)ieu tout ce qu'on peut prétendre et espérer ou pour le corps ou pour l'esprit ; et il est bien plus avantageux de recevoir en nous son action, que si nous agissons nous-mêmes pour l'amour de lui. Or qu'il faille iulerronipre l'exercice de la contemplation pour satisfaire aux devoirs de la cliarité; c'est ce que léinoi|pie l'apàtre , lorsqu'il dit : • Je désirais moi -même devenir auatbéme, et être séparé de Jésus-Christ pour le salut de mes Rrères. » Ce qu'il eutend , non de la privation de la véritable charité, mais de l'éloignement de la consolation sensible que Dieu versait en son éme; car il n'a jamais voulu pour rien au monde être privé un seul moment du parfait amour; quoiqu'il suit vrai néanmoins que ceux qui sont amis de Dieu ne manquent jamais d'en être consolés, puisqu'ils trouvent leur conlentement daus tout ce que Dieu leur envoie et dans tout ce qu'il lui plaît d'opérer en eux, quelque cliosc que ce puisse être, soit fïcheuse, soit agréable.

Au reste, il y eu a plusieurs qui se croient remplis d'une bonne volonté, ce qui n'est point effectivement; car ils sont dominés par leur amour-propre, qui prétend que Dieu les doit traiter de telle ou de telle sorte : mais ils se trompent lourdement; et c'est être entièrement éloigné de la bonne volonlé, qui ne doit demander ù Dieu ni joie, ni consolation intérieure, ni une chose plutôt qu'une autre, mais qui doit souhaiter de toute l'étendue de ses désirs d'accomplir aa volonlé adorable. Et quoique dans l'état de grâce on puisse, absolument parlant, demander quelque autre chose, c'est toujours une imperfection de la désirer avec trop d'empressement. Ce que Dieu désire de nous avant toutes choses, est que lui cédant entièrement notre volonté , nous lui laissions hiire tout ce qui lui plaît , en quoi consiste la paix véritable et continuelle dont nous jouissons. Sans cela , tout ce que nous disons i Dieu, ou bien ce qu'il nous dit lui-méme , ne nous sert de rien ou de très peu de chose, jusqu'il ce que nous puissions dire dans le sentiment de l'apôtre : i Seigneur, que voulei-vous que je fasse?» C'est alors que Dieu sait oe qu'il doit faire, et nolM résignation lui est bien plus agréable que si nous lui |iro-

FRERF, J. r ALLER.

mettions de faire de notre propre vokmté des choses entièrement extraordinaires pour sa gloire; car, quoi que nous puissions faire ou dire. Dieu ue demande et ne désire rien tant de nous , sinon que nous lui disions du fond de notre oæur : iSicigtieur, que votre volonté, qui m'est plus chère que toutes choses, soit accomplie.

Lorsque l'ange Gabriel porta à iaVierge mère la nouvelle du dessein de la suprême Trinité, toutes ses paroles eussent peu servi pour la rendre mère de Dieu , si elle oe lui eût offert sa volonté. Mais aussitôt qu'elle la lui eut oITerte avec une résignation si parhiite, elle devint la vraie mère du \ erbe éternel , qui est Dieu , et , concevaot celui qui était Fils de Dieu, elle mérita de l'avoir aussi pour ion propre fils, et d'étre véritablement, et de porter le nom de sa I mère. Il n'y a rien qui puisse mettre l'homme en sôreté et le rendre juste, que de renoncer à sa propre voioiilé. Avant cela , qu'il sache qu'il n'a rien fait devant Dieu pour a'avaocer dans la perfection, quoique le choix d’une diose plutôt que d'une antre ne laisse point de subsister avec la grôce qui fait bien choisir. Mais lorsqu'il est arrivé à ce point que de se résigner et s'offrir enliémuent i Dieu , de souflrir et d'endurer tout pour l'amour de lui, tant au dedans qu'au dehors de sui-iuéme, il commeoee i être dans le hou cliemiu, et il n'y était point auparavant. Il est, pour aiusi dire, dans une aussi graude sûreté que Dieu même; il est plus maître généralement de toutes choses qu'il ne l'était d'aucune en particulier; et il goûle uue joie que nul autre que celui qui a renoncé à aa propre volonté n’est capable de reaaentir.

Comment se peut-il doue faire qu'il s'en trouve si peu qui aient ni parfaitement aasttjeltf leur volunté i celle de Dieu? Il oY ■ (>resque plus personne qui veuille mourir entièrement è son propre sens, soit qu'il s'eu aperfoive, ou qu'il n’en reconnaisse rien. Plttsieilrs se passionnent pour ce bien-ci ou pour celui-iô , pour ce geure de vie ou pour oet autre; et cependant tout oe qu'ils font n'est urdinairemenl qu'un effiel de leur propre vokmlé. Mais celui qui , par an parfait dégagement , s'est démis de sa volonté entre les mains de Dieu , et l'a attachée fortement à lui , reqoit de bon cicur tout ce qui lui arrive dans le temps et dans l'éleniilé, exe-

INSTITUTIONS DK

ente volontiers tout ce que Dieu demande de lui , et rè|^e tous scs désirs sur les siens.

Je ne craindrai donc point de dire qu'un seul salut de l’ange , récité pour la gloire étemelle de Dieu avec abnégation de soi-niéme, est plus utileet vaut beaucoup mirus que tout le psautier entier chanté plusieurs ibis en son honneur avec attachement à sa propre volonté ; car celui qui s'est entièremrnl quitté, et qui a abandonné toutes choses, entre si avant en Dieu , qu’il Haut que celui qui le veut toucher touche Dieu auparavant, puisque cet homme ainsi détaché demeure en Dieu , et que Dieu habite réciproquement en lui. Il reçoit tout ce qui lui arrive comme venant de la main du Srignenr; Il s'efforce de Ini en rendre grâces et de l'en gtoriffer ; et ainsi prenant tout ce qui lui vient comme de la part de Dieu, il trouve un plaisir secret et inefÂbie en toutes choses. Aussi ne peut-il rien venir de lui qui soit fficheox ni amer; car tout de même qu'un breuvage ne peut Mre d'impression sur notre palais , qu'il n'ait auparavant arrosé notre langue, laquelle étant infectée d'une humeur acide et piquante, nous fait trouver rude et désagréable, â cause de son indisposition, une liqueur qui est en soi douce et délicieuse; ainsi celui qui s’est entièrement renoncé en ce qui regarde les vices et qui est déjà mort en Dieu, en est tellement environné de toutes parts, qu'il est impossible , comme j’ai déjà dit , qu’aucune créature en approche, qu’elle n'approcÂe auparavant de Dieu, par lequel passe premièrement tout ce qui lui arrive , et dans qui chaque chose reçoit un assaisonnement qui la rend toute divine. D'où vient que , quelque sensible que soit le mal qui l'afflige , il n'a point de peine à le supporter, pnisque Dieu le porte le premier, et ne permet qu'il lui arrive que pour son avantage. Aussi ne le reçoit -il que comme de la main de Dieu , et non pas de la part de celui qui le lui fait souffrir , ce qui ne peut pas venir de la force de sa nature.

Enfln , Dieu ne permet jamais qu’avec quelque sorte de répugnance et de regret , que personne soit traversé d'aucun déplaisir; c'est pourquoi il ne le souffrirait jamais s'il ne prévoyait le fruit et l’utilité qu'on en doit tirer. Car l'affliction , en qualité d’affliction , n'est point une chose qui soit agréable à Dieu , si ce n'est à cause du bien inestimable qu'fl sait que nous en recevons.

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comme fl l’a voulu et ordonné de toute éternité. Et parce qu’il partage, comme nous l’avons déjà remarqué, le poids des calamités avec celui qui s'est parfaitement abandonné à sa providence, et qu'^ n’arrive aucune adversité à l'homme dans cet état qui n’ait passé auparavant daius Dieu ; toutes ses croix et ses afflictions deviennent entièrement douces et acquièrent quelque chose de divin, en sorte qu’il ne met plus de différence entre le mépris et l’honneur, entre la douceur et l'amertume, toutes ces choses étant sanctiflées et comme déifiées dans le sein de la Divinité. Mais je dis plus, il préférerait de beaucoup l'amenume à la douceur, parce que l'ayant mieux méritée, il sait qu'elle lui est plus convenable : néanmoins, parce qu'il s'est assiyetti tout entier aux ordres de Dieu , il reçoit avec plaisir tout ce qu'il lui plaît de lui envoyer, et il tâche de chérir tout ce qui vient de sa part. Il ne cherche rien , il n'aime rien que Dieu , et ne trouve de satisfàction que dans Ini seul, tant il en est rempli , aussi bien dans ses dégoôts et dans ses déplaisirs, que dans sa joie et sa consolation.

C'est ici qu’on peut voir briller la lumière au milieu des ténèbres; car il n’est pas possible que quelqu’un souffre pour la gloire de Dieu, qu'il ne trouve dans ses souffrances quelque avantgoùt des douceurs célestes de U Divinité ; et quoiqu’il n'en sente peut-être rien, c'est â-dire qu'il ne les goûte point d’une foçon smsible, Dieu se tenant caché en hii pour un temps, dès lors néanmoins qu'il endure comme il fiiol, il ne peut pas manquer de trouver du plaisirdans ses peines, connaissant qu'il les endure volontairement pour procurer à Dieu une gloire éternelle. Et puis il est absolument impossible qu'on ne trouve une secrète satisfacthm en rendant à Dieu , avec un esprit pur, le véritable honneur qui lui est dû.

Mais à quoi bon , je vous prie , dire que toutes ces choses servent au salut, si ce n'est pour encourager ceux qui sont dans l'accablement ou dans des obscurcissemens d'esprit, à tâcher d’en faire un bon usage? Car en effet, quelle autre sorte d'avantage en pourrait-on retirer? Certes si quelqu'un s'était entièrement quitté en ce qui regarde le vice , pour se retirer en Dieu , il n’accomplirait jamais aucune oeuvre qui ne fût accompagnée de la présence divine; car quolqoe,

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