CHAPITRE XIX
Coopieat nom drrpoâ «outenir l'attaque «fca tIm et noua
(Mendre de la (cntaiioa.
La guerre que le vice déclare aux (icrsonnes vertueuses, pour les précipiter dans le mal, ne finit jamais sans qu'elles en retirent un profit et on avantage considérable. Or, il y a deux ordres de personnes vertueuses : les unes sont lelleiiient disposées, qu'elles ne sentent qu'à peine, ou du moins très légèrement , les attaques du vice ; mais les autres , quoiqu'elles soient dans les occasion* qui ae présentent tentées au dehors ou dans les sens, et sollicitées au péché, comme par exempk à la colère , à la vaine gloire, à l’intempérance de la bouche, à l'impureté ou à toutes sortes d'autres crimes, èiles ne souffirent néanmoins au dedans ou dans la partie supérieure de leur âme aucune émotion vicieuse : elles y ont au contraire une entière aversion pour tous ces péchés, parce qu'ayant pris une résolution ferme et inébranlable de ne consentir jamais à la colère, à l'orgueil ni à quelque autre vice que ce puisse être , Cilcs résistent avec un courage mâle â tous leurs efiorts. Et quoique peut-être elle* aient quelque* vices attachés à la comiptioo de leur nature, comme on voit des personnes qui sont naturellement portées à l'or-
FBÈRE J. TALLËR.
I gueil , à la colère ou â d'autres hutes , Il n'y i rien toutefois qui le* puisse jamais porter à y donner leur conseotemeot.
O sont ces dernière* sortes de personnes que Dieu bénit et approuve particulièrement, et qui possèdent les vertus dans un degré bien phi* noble et Imcu plus excellent que les autres; puisqu'il est vrai que la perfection des vertus ne s'aoquierl que par un combat légitime et opiniâtre. Car • la puissance du Seigneur, comme dit l'apètre, te fait paraître dans la faiblesse.» D'o6 il s'ensuit que la tentation nous est nécessaire : d'autant • qu'un athlète n'est point couronné qu'après avoir combattu selon l'ordre et le* lois du combat.» Or celui qui n’est point attaqué ne peut pat combattre , et personne ne peut , tans combattre , acquérir la palme et la récompense qui est due â la victoire; au contraire , il serait honteux à celui qui n'a point eu de part â la victoire ni â la guerre, d'usurper la couronne et de s'attribuer l'honneur du triomphe. Comme donc « notre vie, qui est remplie de tentation* et de combats, n'est qu'une guerre continuelle sur la terre, » et que cependant nqu* ne pouvons de nous-mêmes résister â aucune tenta tion, ce qui n'empèehe pas que nous ne devions demeurer conten* et satisfaits dans notre faiblesse ; puisqu'il nous est plus avantageux de puiser en Dieu que dans nous-mèmrs la force de résister au mal, etde nous soumettre plutôt à sa volontéque de conserver laliberté de notre choix, et qu'il n'y a rien de plus agréable ni de plus sûr , soit dans le temps, soitdans l'éternité, que d'apparteuir à Dieu, qui, jouissant en tout d'un plein repos, fait aussi que celui qui lui appartient se trouve dans une paix parfaite , et possède Dieu réciproquement avec plus de propriété qu'il n'a jamais fait aucune ctiose; comme donc, ainsi que je l'ai dit, nous ne pouvons rien sans Dieu , il nous est absolument nécessaire d'étre sans cesse attentifs et appliqués aux mouvemens de sa grâce, afin que nous puissions surmonter par sa force toutes les tentations qui nous assiègent, puisque autant de fois que nous remportons sur elles quelque avantage, nous donnons â Dieu un noux'cau sujet de gloire, et une nouvelle matière de réjouissance aux anges saints. Enfin la pente que nous avons au mal n'est pas elle-même un péché , mais le péché consiste dans la volonté que nous avons de le commettre. II y a pourtant
INSTITUTIONS DE FRERE J. TAULER
qurU|ue$ ptebit , comme par exemple , les pen- i sées impures et déshonnêtes , dans lesquelles : nous ne pouvons pas nous àrréter lonf;-temps 1 sans pécher, quoique nous n'ayons peut-être pas | la volonté de passer jusqu'i l'action , parce I qu'elles inclinent et font trop peneher l'homme vers le mal ; c’est pourquoi aussitôt qu'on les remarque, il les fout cliasser incontinent et en détourner notre esprit , qui peut vaincre tous les autres péchés par la résistance, mais qui ne peut surmonter celui de la chair que par la foite.
Certes, si quelqu’un avait l'âme exemple d'in- Rnnités , il ne devrait pas vouloir , quand cela dépendrait de son choix , être â couvert des tentations et aflnnchi des inclinations vi cieuses, parce que ceux qui n'en ont point font toutes leurs actions sans aucun soin et sans aucune circonspection; et n'appréhendant rien de leur ennemi, ils n'ont nulle part à la couronne qui se donne â ceux qui combattent ^néreuseloenL Le parfoit athlète est celui qui, surmontant les tentations et la pente que sa nature a au péché , exerce une domination et un empire sur ton esprit. Les inclinations vicieuses sont comme les introductrices des vertus dans l’âme ; elles nous rendent plus fiervens au service de Dieu; elles servent d'aiguillon â l'esprit pour le foire raarrher plus vite dans la voie des commandemensdivins,et le foire réfléchir sur soi même; et elles excitent en nous un amour violent et une pratique continuelle des bonnet ceuvres. Enfln, le soin et l'application qne nous avons de veiller sur notre propre corruptioa et sur notre propre misère , nous conflrme et nous affermit dans le bien. Car plus nous avons de connaissance de nos infirmités, plus nous sommes obligés de soupirer ardemment après la grâce et les bénédictions du ciel, et de les conserver précieusement , puisque le vice aussi bien que la vertu dépendent de notre volonté.