CHAPITRE XX
(tOfimw U fJut rendrr grices  Dtru de mnic avoir non>mtle-
nuNM pardonné not péché», mai» moore de nou» avoir pré*
«Tvé» de ploaiair» vice» ; et comme non» devooi muoroer
A hii par la douleur K par la ountrltioo.
I-e péché étant une chose si détestable, qu’aucune aorte de biens ni de maux qui nous puissent arriver dans le monde ne devrait être capable de nous en faire eommetlre ni grand ni petit, et ce-
pendant ayant été assez misérables pour en avoir commis un si grand nombre , c'est sans doute un sujet d’étonnement de voir qne nous ne soyons point détruits et consumés par le fra violent de notre amour, quand nous considérons comment ce Dieu, remplide charité et de miséricorde, nous foisant sortir de la mort du péché, nous a foit entrer dans la rie nouvelle de la grâce, et de ses en nemis que nous étions nous a rendus ses amis ; ce qui est assurément uii plus grand effol de son pouvoir que de tirer le monde du néant. Mais ce qui nous doit encore plus toucher , c'est que sa bonté trouve le moyen de foire servir à notre avantage nos propres péchés , en sorte que si nous le voulons , ils contribuent même â notre salut.
Ce n'est pas qu’on doive entendre ceci comme si nous n'étions point obligés d'avoir du regret ni du repentir de noa foutes ; mais je prétends qu'elles nous sont utiles, parce qu'elles nous engsgent â la pénitence, et nous sont un sqjrt d'humiliation et d'abaissement. Cette humiliation et cet abaissement ne laissent pas d'avoir encore une autre cause qu’il est â propos de connoltre , comme il parait en la glorieuse Vierge, mère de Dieu, qui, ayant toujours été sans souiliurc et présenée de tout péché , est bien plus obligée de s'humilier devant Dieu que la Madeleine qui a été délivrée de l'iniquité par la miséricorde divine, de même que la Vierge sainte en a été exempte par un privilège particulier; car c'est une Faveur bien plus grande d’empècher qu'une personne ne ret^oive une blessure que de la guérir après avoir été blessée.
Nous devons donc pareillement rendre grâce â Dieu non-seulement des péchés qu'il nous a pardonnés par un excès de compassion , mais bien plus encore de ceux dans lesquels nous aurions pu tomber si sa bonté infinie ne nous avait soutenus; et il ne fout pas nous contenter de lui témoigner senlement notre reconnaissance pour les bienfoits qne nous en avons reçus, il fout encore le remercier de tous ces biens qu'il nous aurait départis si notre malice ne s'y était opposée. Or plus les foreurs de Dieu se répandent sur nous avec abondance, plus nous sommes engagés â lui rendre avec respect et humilité des actions de grâces proportionnées â sa liMralité ; c'est pourquoi, si quelqu'un veut bien considérer tout ce qu’il doit â Dieu , il trouvera qu'il a im siqef bien plus grand et plus pressant de s'hu-
C70 liNSTlTUTIONS DE FRÈRE J. TALLER
inilier pour luulcs le> grlces qu'il en a retuea, et qui l'oot empêché de $e précipiter daoa la |>ruÂ)odr.ur des abîmes, que dcce qu'étant tombé dans le péché, il a trouvé miséricorde devant scs yeux; et puisqu'ils nous a remis tous nos crimes si obligeamment , nous devons entrer dans cette sainte confiance qu'il n'aurait jamais permis que nous eussions commis tant de désordres , s'il n’avait voulu se servir de notre propre chute pour procurer plus efficacement notre salut, et en tirer notre félicité, si nous voulons toutefois coopérer à sa gréce.
Car lorsqu’un criminel , qui est ressuscité de la mort du péché, et qui a lait un heureux divorce avec lui , a résolu de servir Dieu éterael- Irmenl , et de ne vivre que pour lui seul , ce père d'infloie miséricorde lui ouvre ses entrailles avec autant de charité que s'il ne l’avait jamais offensé ; il lui remet entièrement tous ses péchés pour ne les lui jamais imputer, quand ils seraient en aussi grand nombre que ceux que tous les hommes ensemble ont commis, pourvu qu'il pleure et qu'il gémisse sincèrement pour la seule gloire de Dieu, et qu'il ail principalement de l'aversion de ses iniquités, à cause qu'il sait qu'elles lui déplaisent ; car le fou de la cliarité , qui est la source de celte douleur, consume toute la rouille du péché, lorsqu'elles sont assez fortes l’une et l’autre, et qu'elles procèdeut, comme elles doivent, de toutes les forces de l’ime. Quelque làible pourtant que soit la contrition qui est conçue dans la seule vue de Dieu, elle lui est néanmoins bien plus agréable que les larmes que toutes les créatures unies ensemble ont jamais versées pour leur propre intérêt.
Enfin , le pécheur qui est ainsi converti est déjà en état que Dieu le reçoive aussi avant dans sa familiarité , et lui donne autant de part dans scs secrets qu’Q a jamais fait à personne ; parce que, le trouvant dans la préparation néensaire, il ne se ressouvient plus de ce qu'il a été auparavant; car Dieu étant un Dieu de présence, dans lequel il n'y a ni passé ni avenir, il prend et il reçoit un chacun tel qu'il le trouve présentement , et il ne considère pas ce qu'il a été autrefois , mais ce qu'il est aujourd'hui. C'est pourquoi la grandeur de son amour lui fait souffoir de bon coeur pendant une longue suite d'années tous les mépris et les outrages qu'il reçoit des péclicurs, afin que l'homme entrant après tant
de temps dans la connaisaancede sescrimes â de la bonté que sw créateur a pour lui de toute éternité , son affection, sa gratitude, sa révérence et son zèle envers l'auteur de son être, s'augmentent, se perfectionnent et s'enflamment davantage ; car la connaiæance des péchés fait souvent naître dans l'àme tous ces mouvemens , et c’est ce qui oblige la patience divine à tolérer les affirons et le déslionneur que lui font tes élus par leurs dérèglement , pour les fiiire monter un jour à une grandeur et une élévatino extraordinaire.
Qui est-ce, je voua prie, qui a été plut cher et plus familier à Jésus-Christ que ces vases de sa miséricorde , c'est-à-dire ses apôtres , dont pas un n'est demeuré dans l'innocence parfaite , mais qui sont tous tombés dans le péché, quoique plus grièvement les uns que les autres?
Nous voyons dans l'ancienne et dans la nouvelle loi que les personnes dont Dieu a souvent reçu des outrages- lui ont été ensuite les plus chères, et il arrive rarement qu’il élève quelqu'un à de hauts degrés de faveur qui n'ait fait auparavant quelque chute. Mais pourquoi w fidèle amant nous traite-t-il de cette sorte, si ce n'est afinque noais nous humiliions plus profondément en considérant la grandeur de ses miséricordes , et afin que nous brûlions d'un zèle plus ardent de le servir et d’étre attachés à lui par amour durant toute l'éternité? Car notre affection et la ferveur de nos exercices se doiveut renouveler toutes les fois que le souvenir de nos péchés renouvelle en nous la contrition et la douleur : de sorte qu'aussilôt que vous vous apercevrez d'avoir commis quelque faute, retournez à Dieu de toutes les forces de votre cœur, et ayant un extrême dégoût de vous-même et une averskm véritable pour toutes aortes de péchés, considérez bien moins la confush», le mal , le tourment , l'ignominie que vous méritez d'endurer par cette faute, que la moindre chose que vous avez entreprise contre l'honneur et la volonté de Dieu , et retournez à lui , comme j'ai dit, de toutes les forces de votre conir, avec une résolution forme et inébranlable de ne plus jamais l’offonser à l'avenir; mais que ce retour soit joint à une charité immuable vers Dieu comme vers un ami très fidèle, et dont la fidélité est si grande, qu’il ne peut et n’a jamais pu abandonner personne qui ait rechendté avec confiance sa protection et son appni.
Di-ji*'.-— ' by CjOO^Ic
l.NSsTlTUTlONS DE
Enfin le grand mipria et le dégoût inaui>por' table que noua avons de nous-intaies, la résolution fenne et siuetre que noua prenons de ne tomber jamais dans le pàdté , non regards amoureux vers Dieu , la confiance que produit en dm» la seule vue de l'aœertnine de ses souffrances et de l'immensité de son amour, toutes ces cJioses , dis-je , sont la parfaite pénitence. la>n> donc que Tbonune pénitent ne trouve rien de plus fâcheux ni de plu.s horrible que de déplaire i Dieu et de mépriser ses commaudemens , et qu'il est plus vivement touché d'étre coupable de ce mépris si criminel que de sa propre perte , il s'allume une sainte fianiroe dans son ûme, et il s'y élève une généreuse confiance en Dieu, qui commence à lui faire sentir qu'il lui pardonnera très volon tiers tous ses pécités. Or cette etmirition n'est pas la fille d'une crainte basse et servile, mais d'une charité pure et désintéressée qui remplit rime d'une joie toute spirituelle , qui la bit sortir de toutes ses douleurs et de toutes ses misères par un raviswment en Dieu avec lequel fidsant une espèce d'aUianoe inviolable, eUe trouve en lui toute sa consolation. En un mol, i mesure qu’elle retoit de la consoiatioa , la cootritioa véritable s'augmeote en elle, en sorte que MO amour la porte è a’oRnr et s'abandonner avec joie û la justice de Dieu, dans la réaoe lution de supporter tous h» suppUoes et tous les chilimensqu’U plaira àcejuge^uUaMedtexe»- <er sur elle pour sa plus grande gloire. Et il n'est pas possible qu'une ûme qui s'élève ainsi è Dieu par cette compouctioa aurnaturelle n’obtienne de lui la rémisakm de ses péchés, si elle en a seulement l’espérance ; car il n’y a point de partie ai petite et si imperceptible dans la raiséricarde divine qui n'ait plus de poids et de ftvrce que la malice la plus noire et la plus eriminelle.
Que ai cela est de la. sotte, n’est-ce pas uoe dune digne d’étonuemenl de voir que rbomme se puisse empêcher d’aimer Dieu de toutes les puissances de son âme , lui qui l’a attendu àpéniteoce, qui l’a reçu avec tendresse brsqu'il s’y est présenté et qui s’est livré è la mort pour lui obteoir le pardon de sea crkaeai CerCea, ee* lui-là eat trop avaro û qui la possession de Diea, qui renferme eu api plus de biro qu'on n'en peut souhaiter, ne suffit pas pour en ronplir et raa» sasier les déai». Les richesses de Dieu sont sans piix et sans mesure. Contentes-vous donc délai
FRERE J. TAULËR. «7l
sent, et oceupez-voos aux exerdees qu'il vous a enseignés par sa vie sainte , par sa passion charitable et par sa mort douloureuse. Contentesvous qu'il sache récompenser abondamment toutes vos (nivtes; car tes choses qu’il ignore demeurent ensevelies dans un oubli éternel, ou bien il a résolu de tes punir seluis U rigueur de sa justice.
Enfin U fiiut retracer dans notre mémoire que Dieu eat le rédempteur universel de tout te monde, ce qui nous oblige de l’aimer ptuavdemment, de te glorifier avec plus de stle et de lui rendre de plus humbles actions de grâces que s’il n’était simptement que te rédempteur particulier de quelques-uns de nous; car chaque bienheurenx nous sera nn sujet singulier de joie dons te ciel , et nous sermu comblés d’une nouvelle allégresse autant de fois que quelqu’un de ces esprits glorieux publiera les grandeurs de Dieu dans cette céleste patrie , parce que nous entendnms retentir les louanges de celui que nous ebérisaoBS de toutes tes forces de notre ime par-desais toutes choses, et qui a voulu refiiire, rétablir es sauver ce que noos avions détniit(»r nos péchés.