I.K DIRECTEIR DES AMES REUGIELSES
(lii'un «Ir vos cxpmi-i’S ordinaires, gardez-vous bien de vous en in(|uiéler.
Cest la liberté d'esprit, l'égalité d'âme, la pureté du etrur, que vous devez cliercher avant toutes choses , et tous vos cfForts doivent principalement aboutir â vous procurer une paix inaltérable que nul retour d'amour-propre ne puisse troubler. Tâchez de vous maintenir dans ret état , sans perdre Dieu de vue; par-lâ vous vous rendrez plus agréable â ses yeux ((u'en faisant les bonnes œuvres les plus pénibles et les actes de vertu les plus héroïques. laissez donc sans crainte tout ce qui pourrait donner atteinte â cette heurcose tranquillité; et de quelque utilité qu'une chose vous paraisse, quelque rapport qu'elle puis.se avoir à la piété , fàites-en le sacrifice et ahandonnez-la pour un temps, pourvu que l'obéissance n'y soit point intéressée. Le scnipule est un obstacle â la véritable paix , â la parfaite confiance en Dieu et au progrès spirituel. C'est pourquoi l'un ne saurait assez prendre de mesures pour en prévenir les suites.
Évitez avec soin l'oisiveté ; c'est un poison qui gagne peu â peu, et qui donne enfin la mort â l'âme. Fuyez avec la même attention les occupations qui ne .sont d'aucune utilité pour le .salut. Quand je parle de l’oisiveté , j'entends celle qui est vicieu.se ; car il y a une espèce d'inaction qui n’a rien que de louable ; c'est lorsque l’ânie repose dans le sein de la Divinité, et que, délixTx'c du bruit et de l’impression des objets sensibles , elle se tient dans un silenee intérieur, où elle semble ne |ias agir mais seulement recevoir les faveurs de son bien-aimé. Si la main de Dieu vous y conduit queli|ue jour, ô que vous .serez utilement et Iirureusemcnt oisif! Partout ailleurs ne soyez pas un seul moment sans vous appliquer ou â la lecture, ou â la méditation, ou â la prière, ou â quelque autre occupation sérieuse.
2. .Si vous vous rendez assidu à la lecture des livres spirituels , si vous vous y portez avec empressement , vous éprouverez bientôt qu'il n'y a rien de plus propre â remplir l'âme de joie , â lui adoucir les exercices de la piété, â l'accoutumer iusensiblement aux pures délires de l’es- i prit , â la dégoûter des plaisirs des sens , â l’affermir parftiitement dans ses bons desseins. Mais pour en retirer de si grands fruits, il faut s’appliquer non-seulement axmr ardeur , mais
encore avec sages.se ; c’est-à-dire , y rechercher des instructions .salutaires, des motifs d'aimer Dieu de plus en plus, et non de quoi flatter la curiosité, comme serait un vain étalage d'érudition, ou l'uruement du discours et la politesse des tmnes. Le royaume de Dieu ne consiste pas dans la beauté du langage, mais dans la .sainteté de la vie. Cependant comme on ne doit pas se faire une peine de ne pas rencontrer dans un livre de dévotion l'élégance du style, il ne faut (toint aussi , quand die s’y trouve , la rejeler avec mépris, mais en profiler avec reconnaissance; car c’est un don de Dieu. Recevez tout avec actions de grâces, et tout contribuera â votre avancement dans la vertu.
Ne vous chagrinez pas de voir que ce que vous lisez ou ce que vous entendez dire de bon s'efface aussitùt de votre souvenir. Ce définit de mémoire , qui, malgré le soin que vous prenez d'éviter dans vos lectures la précipitation et l'excès, parait vousenleverla divine semence, ne vous en dérobe pas tout le fruit. Les maximes de la vie spirituelle dont on se nourrit souvent, et qui semblent d'abord s’effacer de l’esprit , ne laissent pas de maintenir l'âme toujours pure aux yeux de Dieu ; semblables à ces eaux vives, qui purifient les canaux par où elles ne font que couler , sans s'y arrêter. Après tout ,' le grand avantage que vous devez retirer de la doctrine céleste répandue dans les livres ne consiste pas à en retenir les paroles , mais â en conserver les effets, qui sont la pureté de l’âme et une foric résolution de faire toujoiœs et en toutes choses la volonté du Seigneur,
Appliquez-vous tout ce que les livres disent contre les défauts et les vices , et n'en faites jamais l'application aux autres , par un travers où il y aurait peu de sûreté pour vous et beaucoup de prévention contre le prochain. Celle nmduite |>eu cliarilabic pourrait facilement altérer la paix de votre conscience , et même la souiller.
Si vous tombez par hasard sur certains en- , droits qui pourraient alarmer la chasteté , et que vous ne puissiez vous dispenser de lire , passez-y rapidement. Il finit espérer alors que , vos lectures se faisant dans l'ordre de Dieu , ces matières délicates ne feront point d'impression snr votre cœur. Mais si , malgré vos soins et vos précautions, elles trouvent entrée dans votre
PAR LOUIS
esprit , qu'elles ne lussent qu'en effleurer la pointe , et qu'elles soient aussitôt rejetées avec fidélité ; c'est un excellent moyen d'arrêter les suitesque pourraient avoir les imagées indécentes qui se présentent à l'esprit , et de prévenir les mouveiuens impurs. Que si cela ne suffît pas, et que des tentations importunes continuent il vous fatiguer et 1 vous troubler, désavouez-les promptement. Opposez la raison il la chair, refusez de consentir au crime , munissez-vous du signe sacré de notre rédemption , invoquez le Seigneur, tournez vers lui toutes vos pensées, car ce n'est point ici qu'il faut combattre de front pour vaincre l'ennemi. C'est en fuyant , c'est en pensant à toute autre chose, que vous échapperez au danger.
Ne suivez pas l'exemple de ceux qui ne gardent aucun ordre dans leurs lectures , et qui se jettent indifféremment sur tout ce que le hasard présente à leurs yeux. Imitez encore moins ceux qui ne veulent que du merveilleux , i qui rien ne saurait plaire sans la grice de la nouveauté, et pour qui les choses les plus utiles sont fades et insipides dès qu'elles sont communes , à la portée de tout le monde et autorisées par un long usage. Loin de vous des sentiniens si bizarres , plus prxtpres à vous égarer dans les voies spirituelles, qu'à vous faire avanoer. Loin de vous une maladie si dangereuse et si capable de vous exposer aux plus grands risques.
Bornez-vous donc à une lecture utile , dont vous aurez fait un choix prudent. Demeurez-y attaché, malgré les dégoûts que vous y pourriez sentir. Relisez même plusieurs fois h» endroits qui vous paraîtront importans et propres à vos maladies spirituelles. En un mot biles vos lectures avec méthode , et non avec confusion , ni en passant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Ce n'est pas que dans le tempe de la tentation, des peines intérieures et de la disette spirituelle, on ne puisse quitter pour un temps le livre qu’on aurait commencé , et chercher ailleurs la force , la consoiatioa et la nourriture dont on a besoin. C'est à la prudence à choisir alors ce que la nécessité semble exiger.
Rien de plus vrai que cette maxime des maîtres de la vie spirituelle , qu'il est très utile de passer de la leeture à l'oraison , et de l’oraison I la lecture. C'est une pratique très louable de
les faire succéder l’une à l'autre pour en bannir le dégoAt et l'eunui. L’esprit , plein de vigueur an sortir de l’un de ces exercices , se trouve en état de reprendre l'autre aveedes forces toujours nouvelles. Enfin ces deux sources étant jointes ensemble , les biens qui en découlent n'en sont que plus ainndans. Et qui vous empêche même de mêler de telle sorte l'oraison avec la lecture , que vous n'en fassiez qu'une seule et unique oecupation ? Vous n’avez qu'à interrompre de moment à autre ce que vous lisez , pour faire de courtes aspirations vers le ciel , pour soupirer après Dieu par de tendres élancemens d'amour. Et combien y a-t-il de traités , combien de livres, d'oô vous pourrez tirer tout à la fois des sujets de lecture , de prière et de méditation ? Tels sont en particulier les livres de l'Êcriture- Sainte , dont on peut dire que la lecture n’est autre chose qi^’un entretien continuel de l'àme avec son Dieu.
3. Dans le concours des prières et des oraisons qui se font en communauté, avec celles que vous vous êtes prescrites à vous-même , souveue%-vous de donner toujours la préférence aux premières. S'il vous semble que vous n’y êtes pas aussi fervent qu’aux autres , soyez persuadé qu'avec moins de goût sensible, vous y trouverez plus d’avantages réels. Préférez de même tout ce qui est dans le train de la régularité à toute enivre de surérogation ; car il but que l'obéissance tienne dans votre esprit la première place, et elle doit aller avant tout 1e reste.
Peut-être voudriez -vous savoir les matières dont vous pourrez vous occuper dans les oraisons que vous ferez en particulier? Si vous m'en croyez , vous les commencerez par vous accuser vous-même devant Dieu, et par lui demander le pardon de vos offenses. Après quoi vous le prierez d'éteindre en vous les passions déréglées et les inclinations vicieuses, et de vous affranchir de tout ce qui est contraire à l’ordre et à la raison. Vous lui demanderez la grâce de supporter avec patience et avec joie les tentations et les autres peines de la vie. Vous lui demanderez l'humilité la plus profonde, la charité la plus ardente. Vous le conjurerez de régler vos démarches , de vous apprendre la scienee du salut , d'éclairer votre ignorance, de vous soutenir dans vos faiblesses, de vous prendre sous sa protection. .Voilà les points où je crois que vous devez le plut insister.
7V« I.K Ü1RF.CTELK DI.S AMES IIELIGIELSES,
!)<■ lellfs |ip"âiTs sont qiit'l(|ue chose lie bien /trand et de hirii relcvi’, aussi ne les obtiendrezvous que par une constante HdiHili^ , et par une longue persévérance à tes dciiiandcr. Persévérez, donc à frapper cliaquc jour i la porte : le Sciipieur à la lin vous ouvrira , et vous donnera la nourriture ei'lcsie dont vous avez besoin pour marcher toujours avec touraj'C dans les routes difficiles de la vertu.
.Soyez tidéle A le rrinercier des dons qu'il vous ^it. Rien ne le cboipie davanta|;e que de voir qu'on oublie scs bienfaits, et qu'on les paie d'ingratitude.
Un grand secret pour at|iwr plus ficilement et plus pniiupteiueiit sur vous, .a miséricorde du , Seigueur , c'est de redoubler liv.4erveur de vos i prières , en les faisant pour toi « l'Église, pou tous ses besoins, pour tous les fii 'es qui la coin: ; (Misent, pour les vivans , |iour Us morts , enfin, p.iiir t; us 1rs boimiics sans everption.