‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 671 sur 684 · LE DIRECTEUR DES · texte numérisé non relu

LE DIRECTEUR DES

e( vous ne pouvez point tenir ) Jésus-Christ le kmgage du prince des spdtres. A son exemple, dJbsrrsssezvous de tout ce qui pourrait vous empêcher d'aller sur les traces de votre divin maître ; quittez tout , biens, désirs, espérances; renoncez à tout, au monde et i vous-méme. t^e tout ce qui n'est pas Dieu soit incapable , je ne dis pas de former un attachement dans votre cœur, mais encore de lui servir d'amusement. Que ce ceeur, dévoué S Dieu seul et indépendaut de tout le reste , se maintienne toujours dans celte précieuse liherté ; qu'il soit tel au milieu des plus grands revers qu'il est dans la prospérité la plus flor ssante; que celle-ci ne lui inspire point une folle joie , ni ceux-la des cha- Ijrius amers. Soit qu'on vous refuse ce qui vous manque, soit qu'on vous ravisse ce que vous possédez, soyez toujours le même. Conservez toujours la paix du emur et la tranquillité de l'esprit, et vous serez toujours riche et toujours iMureux, quand même vous perdriez tout le reste. Je le répète , renoncez entièrement pour ramoiff de Dieu non-seulement an monde , mais an»i à vous-même. Or vous dire de renoncer de la sorte A vous-même, c'est vous dire d'étouffer les mouvemens de la concupiscence, d'amortir tout sentiment naturel de plaisir , de colère et d'indignation, d'être insensible à tout ce qui peut vous arriver de fbeheux ou d'agréable , et de vous soumettre en tout cela , sans la moindre contradiction , aux ordres de la Providence.

VuilA quelle est la route abrégée de la perfection , celte morliflcalion parfaite de nos désirs, ce sacrifice entier de notre amour-propre, cet anéantissement total de nous-mêmes. Telle est la carrière qui s'ouvre aujourd'hui à vos yeux, et que vous devez fournir avec courage. Elle abcMitira , elle vous conduira droit au comble de la perfection, A ce lieu de repos, de sftreté, de sainteté, A ce terme heureux qui n'est autre chose que la parfaite pureté de l'Ame et la divine cliarité.

3. Vous me demanderez peut-être comment vous pourrez connaître si vous êtes parvenu A un état si sublime et si saint. Je vous répondrai que vous y êtes déJA si vous vous tenez renfermé dans votre cœur, après l'avoir rendu inaccessible au bruit et au tumulte; si ce cœur, dégagé de tout soin trop vif et trop empressé, de tout * attachement vicieux , de toute iinpiession trop

AMES RELIGIEUSES

forte des objets sensibles , de toute inquiétude es de tout embarras, se porte tendrement vert Dieu et se repose amoureusement en lui ; enfin si votre mémoire , votre entendement , votre volonté, c'rsI-A-dire toute votre Ame, se trouve heureusement unir A cet unique et souverain bien. CesI en cela que consiste le point essentiel de la perfection.

Il est vrai que tandis que nous sommes revêtus de cette chair corruptiMe nous ne pouvons pas nous attacher tellement A contempler Dieu que nous ne le perdions quelqnefois de vue; nuis nous devons au moins Axer sur lui toute l'attention dont nous sommes capables, et rappeler dans notre esprit sa divine présence toutes les fois que des pensées vaines et déréglées l'emportent ailleurs. Au reste, potir ne pas penser A Dieu dans tous les instans de la journée, il ne s'ensuit pas qu'on perde sa présence et qu'on s'éloigne de lui. Ou lui demeure toujours uni au milieu même des occupations les plus étrangères A la piété, pourvu qu'on s'y porte avec pureté d'intention , par un motif de nécessité ou d'utilité, dans les circonstances qu'il faut et de la manière qui convient. C'est avec ces saintes dispositions que vous devez lire, méditer, écrire, écouter, vous entretenir et travailler; et quand vous vous appliquerez de la sorte ou A des matières de spéculation ou A des choses sensibles, a.ssurez-vous qu'elles ne seront pas capables de vous éloigner de Dieu. Au contraire, on pourra dire alors que le corps de vos actions est une oraison continuelle.

Que vous êtes heureux, mon cher frère! que vous êtes un digne élève de la science des saints , de la philosophie chrétienne, de la théologie mystique , si ce que je viens dire , après avoir frappé vos oreilles , a pénétré jusque dans votre cueuri Plus heureux encore, si véritablement animé de cet esprit d'abnégation de vous-même , vous avez déjA mis o la cognée à la racine de l'arbre ! • Quel est cet arbre? c'est l'amour-propre, la volonté propre , dont nous avons déjA tant parlé. Quelle est cette cognée? c'est la ferveur dans les exercices de la vie intérieure ; surtout cette ferveur qui s'allume |>ar une méditation continuelle de la passion du .Sauveur, qui se nourrit par defréipientcs aspirations vers Dieu, et qui est toujours accompagnée d'une obéissance exacte et d'une très grande sobriété. Arbre mau-

I>AU LUL'IS

dit, mais cognée beureiue! O ciel quelle difllérencc entre les deux! Celui-U esl cliargé de fruits amers, et celle-ci est remplie d'agréinens et de douceurs : celui-là duniie la naissance et l’accroissement à toutes sortes de mallieurs et de désordres , et celle-ci procure les biens les plus précieux et la cliarité la plus parfaite ; celui-là , indigne de la lumiéie , est obligé de cacber sa honte dans le sein de l'obscurité; et celle-ci, plus brillante que l'or et plus éclatante que les pieireries, mérite d'avoir le tiel et la terre pour spectateurs. Cet arbre ténébreux est eu vous, mon cher frère, comme dans le reste des hommes. Oui , il est dans vous-mème; et tandis qu'il y sera , vous ne Jouirez jamais d'une parfaite clarté. Si vous voulez donc que le soleil de justice répande sa lumière dans votre âme, coupez cet arbre et le jetez loin de vous. Il est dur, il est épais ; et peut-être que ni les premiers coups , ni les premiers jours , ni les premières années , ne suffiront pas pour l'abattre. Apportez donc ici une persévérance et une patience à toute épreuve.

Une àine délivrée de tout amour-propre ne cherclie que ce qui plaît à Dieu. Elle n'a point de peine à s'élever et à s'unir au divin auteur de son origine ; semblable à la flamme qui monte naturellement en haut quand elle n’y trouve point d'obstade. Mais comme bi grossièreté des autres corps les précipite toujours en bas, de même l'amour-propre appesantit lesàmes. Tandis qu'elles n'en sont pas entièrement déchargées, elles peuvent tout au plus tendre vers le ciel d'une manière imparfaite , et voir de temps en temps quelques faibles lueurs de la lumière étemelle. Mais enfin elles ont toujours un poids fatal qui , les entraînant vers la terre , leur Ote la liberté (Je se perdre heureusement dans l'abbne des divines clartés. Elles ont toujours quelque reste d'un malheureux levain qui, fomentant encore en elles la corruption de la nature , les empêche de s’unir parfaitement à Dieu , qui est tout leur bien souverain , et qui peut seul les rendre heureuses.

Le Seigneur, plein de miséricorde et de bonté , épargne a quelquesames de ces âmes choisies la trop grande violence ou la trop longue durée (les tentations, et les conduit à son saint amour par des routes moins pénibles. Mais on ne doit pas aiséninit sr persuader qu'on est Favorisé

d'un si grand privilège, quelque enrirlii qu'on soit des dons célestes. Qii'ainsi personne ne se flalle d’ètre arrivé à la )>arfaitc abnégation de soi-mème, qu'il n’ait passé par un grand eumbrr de rigoureuses épreuves, et qu'il ne les ait souffertes avec uoe entière soumission. Que de gens paraissent dévots, patieiis, humbles, quand ils n'ont ni contradictions, ni mauvais traiteniens, ni tentations, ni chagrins à essuyer; mais qui à rapproche des croix 1rs plus légères éclatent en murmures , sont pleins d'indignation et se livrent aux transports de la plus vive Impatience! Preuve évidente qu'il sont encore remplis d'euxméuies, délicats, immortiflés. la; sceau des Iribulatiuus souffertes avec courage jusqu'au bout esl donc bi seule marque qui caraclérise ceux qui ont le véritable esprit de i'abnégalion efarélienne. Si quelquefois le Seigneur n'éprouve pat d'abord uoe àroe dans la fournaise des afflictions, quelle sache que c'est pour la ménager, et parce que sa vertu est encore trop lâible pour soutenir des épreuves aussi fortes. Ceni qui ont une piété véritable ne mawpieni d’occasions de souffrir que quand ils manquent de force et de courage pour obtenir la grâce et le mérite de la souffrance. Dieu prend plaisir à purifier par mille peines différentes rOme avec qui il veut s'unir de l'union U plus intime. Il la charge de croix , pour la parer des omemeos les plus propres à la rendre agréable a tes yeux, et a lui donner les traits de la phis parfaite ressemblance avec Jésus Christ.

On n'arrive donc au plus haut point de la perfection que quand , dépouillé de tout amourpropre , on n'a d'autre volooté que celle de Dieu , quand on est prêt a recevnir pour l'amour de lui les adversités, les humiliations et les désolations intérieures , avec la même égalité d'âme que la proapérilé, les honneurs et les consolations; enfin quand on en est parvenu joaqu'à soufirir avec un véritable goOt et une sainte joie toutes aortes de peines et de teutation8.Quieoo({iie en est la , a trouvé la perle' précieuse de l'Évangile, préférable a tous les trésors de la terre. U est uni a Dieu en tout lieu , en tout temps et dans toutes sortes d'occupations. Rien ne l’empéche de s'élancer à tout moment dans le sein de la Divinité. Comme il ne s'éloigne jamais de U présence de Dieu, une lumière céleste guide scs pat; la |>urelé. la tranquillité, la simpliciU,

Page 1