I.E DIRECTEUR DES
la joie , la dnurrur , l'acrompai^ent partout ; il entra dans la rontemplation la plus sublime avec autant de facilité que nous en avons à vivre et à respirer. Mais il ne nous appartient pas de vouloir expliquer par nos faibles expressions les faveurs que Dieu fait en cette vie, même i res Ames choisies. Il ne nous appartient pas de parier des communications intimes, des (p'Aces sinipilières et de la sainte ^miliarité où elles entrent avec leur divin époux. O vous qui godiez les avantages de cet heureux état, rendez-en gloire au Seigneur , cl confessez que c'est Dieu seul qui , transformant ainsi en ange et rendant «1 quelque manière semblable A soi-méme un homme encore sujet aux faiblesses de la nature humaine, « sait tirer f indigent de la |KHissiére et le pauvre de dessus le fumier, pour le mettre au rang des plus grands princes. •
3. PeuWtrc, mon cher frère, serez-vous tenté de me dire que cet étal est trop relevé pour vous, que vous n’)' sauriez panenir, et que vons n'y aspirez pas pour ne point vous donner une peine inotile. Excuse vaine et frivole. Si vous êtes dans ces sentimens, vous n'èles point religieux. Votre professiou ne vous oblige point A la vérité A être parfait, mais elle vous oblige A faire tous vos efforts pour le devenir : elle vous oblige A tendre A la perlèclion , c'eiZ-A-dire A ne rien négliger pour y arriver. Flattez-vous tant qu'il vous plaira , suivez A votre gré les maximes les plus relAchées , employez tous 1rs faux-fuyans et tous les vains prétextes que l’amour-propre a coutume de fournir, il ne sera pas moins vrai de dire que vous êtes obligé en conscience d'aspirer A la perfection de votre état , et d'employer toutes vos forces pour l'acquérir. La chose est ainsi; vos idées particulières n'en diangeront pas la nature, et loin de vous dispenser de vos oUigatioBS, elles aggraveront votre faute. .Si vous l'avez ignoré jusqu'ici , apprenez-le dn moins en ce moment. Ainsi plusd'ncuse, plus de prétexte. Vous vous êtes lié, vousvoos êtes engagé; vous demeurerez toujours dans vos liens et dans vos engagemens. Et véritablement que prétendon en disant : • Je ne suis pas capable d'une si grande perfection?» D'od peut venir une telle défiance? Ignorez - vous que Dieu peut faire infiniment plus que la faiblesse humaine n'est cap.xble de penser? Vous ne pouvez point arriver i la perfretion par vos propres fnrres, j'en cxmi-
.\ME.S REI.IGIEUSES, viens ; mais Dieu peut vous y conduire. Ayez de la fui , espérez en Dieu , non en vous - même ; mettez votre confiance dans sagrAceet non dans votre indu.strie, non plus que dans vos efforts, et dès IA vous êtes dans la voix de la perfection. Gcqni suppose qu'en comptant sur la gcAce, vous y coopériez fidèlement en travaillant de votre côté selon toute l'étendue de vos forces. Ne manquez pas A Dieu de fidélité, et son assistance ne vous manquera pas. Faites donc, encore un coup, tout ce qui est en votre pouvoir; disposez-vous au combat , préparez vos armes , animez-vous A détruire vos vices et A les exterminer ; infiiilliblement vous en viendrez A bout, si vons ne cessez point de les combattre par un véritable renoncement A vous-mèmè, par un profond recueillement, par l'usage fn^uent des saintes aspirations, f*ar des élévations continuelles dn votre cmir au ciel , par une heureuse habitude de marcher toujours en la présence du Seigneur. Une des choses les plus capables de vous faciliter ces saintes pratiques , c'est la méthode que je vous ai donnée, de vous proposer un point de la passion de Jésus-Christ , d'y avoir l'esprit attaché durant toute la journée, et de vous en occuper tendrement avec lui ou avec vous-même. Je ne cesserai de vous dire qu'il finit vous nourrir ainsi de saintes pensées pendant tont le jour, antanl que vos forces le permettront. Que ce toit lA votre but, votre étude, votre application. Tendez A cet heureux état avec une sollicitude qui ne saurait être trop vive , pourvu qu'elle soit toitjours accompagnée de paix et de tranquillité.
Quand A chaque instant , pour ainsi dire, des dlstract ions importunes voudraient vous arracher A ce digne objet de votre attention , point de découragement ni de pusillanimité. .Soyez forme et constant, et faites que vos retours A Dieu soient aussi fréquens que vos égaremens. I n travail assidu surmontera tous ces obstacles , cl ce travail même, perdant |ieii A peu ce qu'il avait d’abord de pénible, deviendra bientôt une occupation douce et agréable. Environné d'une lumière nouvelle, dont l'édat n'avait encore jamais frappé vos yeux , vous commencerez A voir les merveilles que Dieu cache aux prudens du siècle, et A goôtcr les délices qu'il réserve aux Ames justes. Une heurense régénération vous fera cesser d'être ce que vous étiez , et vous cbaugeant eu
PAR LOUKS DE BLOIS
un autre bonunr, elle vou.s rendra scmklablr au\ angea, cl voua fera partaijer avec eux le bonheur de n’étre janiaia un moment sans aimer et sans bénir le Seigneur. Alors vous ferez un grand cas de ce que vous regardiez autrefois avec indifférence, et vous mépriserez souverainement ce qui faisait auparavant l'objet de votre estime. Alors ce qui plaisait à l'amour-propre , commencera à vous déplaire ; et ce qu'il avait en horreur n’aura pour vous que des charmes. Alors tout ce qu'il y a de pénible dans la vertu s'évanouissant devant vous , vous porterez avec joie ce qui vous paraissait insupportable. Alors enfin vous ne trouverez plus de difficulté ni d'obstacle dans votre chemin , parce que l’habitude de la vertu vous en fera comme une seconde nature, et que l’amour de Dieu remplira toute votre àme , et vous contentera parfaitement. Or , comme il est impossible que l'esprit ne soit continuellement occupé de ce que le cœur aime avec ardeur, vous aurez autant de facilité pour penser 1 Dieu et aux choses du ciel que vous en aviez autrefois à concevoir des pensées vaines , extravagantes , et semblables aux songes de la nuit. O transformation heureuse ! 6 changement de la droite du Trés-Hout ! que vous méritez bien de faire l'unique objet de tous DOS désirs !
Ceci n’est point pour vous, religieux lâches, tièdes et indévots, religieux de nom et d'habit, mais qui n'étes rien moins que religieux par votre conduite. Malheur â vous , parce que méprisant la sainteté de votre état , et violant les vœux que vous avez faits à Dieu , vous croupissez sans pudeur et sans remords dans la boue de vos vices, dans la vanité , dans la paresse , dans toules vos passions. Heureux, au contraire, et mille fois heureux les religieux qui, quoique peu avancés dans la vertu et chargés encore de plusieurs défauts, ne laissent pas de tendre de toutes leurs forces à la perfection ! Il est constant qu'ils sont du nombre des enfans que Dieu s'est adoptés, et que Jésus-Christ console par ces tendres paroles : < Ne craignez point, petit troupeau , car il a plu J votre père de vous donner son royaume. > Quoiqu'ils ne soient peutêtre qu'au commencement de leur carrière , ils peuvent en toute sûreté attendre le jour de leur mort ; elle sera précieuse aux yeux du Seigneur. Qu'ils l'attendent donc tranquillement cette mort bienheureuse. Mais que dis-je? Ce ne sera pas
pour eux une mort , mais un jour de paix et de repos en Dieu , et un simple passage de la morl à la vie.
Eh bien ! mon cher frère, que diles-vmis-v ce’a ? Etes- vous toujours flottant dans l'inreriitude du parti que vous devez prendre? Dalancerez-vous encore? Allons, courage : que de si pnissans motifs vous fassent entrerdans la route qui conduit au salut. Préparez généreusement votre âme â la lutte des tentations, et ne voua rebutez point quelques difficultés qui se présentent. Au milieu des croix du dedans et du dehors, dites avec soumission : < Que la volonté du Seigneur s'accomplisse. » Faut-il suer et longtemps et beaucoup? Faut -il livrer de rudes combats avant de surmonter et dedétruire toutâ-fàit le vieil homme? Que cela ne vous étonne point.
Fermez les yeux sur ce qu'il pourra vous en coûter pour remporter la victoire, et ne faites altentioD qu'a l'avantage inestimable dont elle sera un jour suivie. D'ailleurs vous ne pouvez pas douter que la bonté divine ne se fesse un plaisir dévoua aider dans vos travaux , de vous secourir dans vos besoins, de vous rassurer dans vos craintes, d'affermir vos pas ebanedans, de voQssoutenir dans vos dangers, de vous soulager dans vos maux, de vous relever dans vos chutes, de vous consoler dans vos peines. Elle répandra, n'en douiez pas, de temps en temps dans votre âme l'onction précieuse de sa grâce. Vous n'avez qu’â persévérer, et il fendra nécessairement que la violence des tentations cède à la force de l'amour divin. Les tentations perdront peu â peu leur force, et la ferveur de la dévotion en ûtera â la fin toute amertume. Le poids des tribulations diminuera insensiblement , et l'espérance vous les fera trouver légères. Ainsi le mal se dissipant chaque jour , vous ne verrez plus que des sujets de joie et d’actions de grâces. Les disgrâces, les afflictions de cette vie changeant dénature en votre faveur, la terre même deviendra pour vous un paradis.
. Tout ceci arrivera infeillibiement pourvu que vous persévériez avec courage sans jamais vous rebuter, et que vous ne soyez pas du nombre de ceux qui commencent bien, mais qui, trompés ensuite par les artifices du démon ou rebutés par les tenlatioos et les peines, abandonnent légèrement leurs entreprises, rejettent le joug