‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 72 sur 684 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Que le» rnécham ne Hurairnl fnir U prteroee de Di«o , et qu'iU doivent pJuiùl retourner à lui.

Que les médians étant troublés et inquiétés s’en aillent et s’enfuient où ils voudront pour tâcher d'éviter votre présence; vous les voyez partout où ils vont ; vous percez les ombres dent

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CONFh^SSIONS UK SAINT ALUliSTlN.— I.IVKK V.

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ils se couvrent, cl diiouvrrz leur (lifft>rmil(î et | leur laideur parmi les lieautt's de tuiiles les (»rlies de la nature qui les envininueut. Quel mal vous imt-ils pu faire? ou en quoi ont-ils pu ddsliüiiorer la majesté de votre empire, qui subs sic dans sa justice et dans sa fermeté inébranlable depuis le haut des deux jusques au fond des abîmes? Car où ont-ils fui lorsqu'ils ont fin devant voua , et en quel lieu ne les avez-vous |Kiint trouvés? Mais ils ont fui afin de ne pas voir celui qui les voit, et ils sont tombés entre vos mains au milieu de leur aveuglement, parce que vous n'abandonnez aucune des choses que vous avez faites. Ils ont fui, et tmit ce qu'ils ont fait par cette fuite, c'est qu'étant injustes ils vous ont rencontré armé de vengeances et de peines pour les chMier justement ; et que se tirant des mains de votre bonté, ils .sont tombés en celles de votre justice, et se sont venus briser contre la sévérité de vos lois et la rigueur de votre colère. Us sont si aveugles qu'ils ne voient lias que vous êtes partout , que nul lien ne vous («•ul comprendre, et que vous seul êtes présent îi ceux mêmes qui s'éloignent de votre présence.

Qu'ils se convertissent donc et qu'ils vous cherchent , puisque vous n'abandonnez pas vos créatures comme elles abandonnent leur créateur. Qu'ils se convertissent et qu'ils vous cherchent, puisque vous êtes dans leurs cu'urs, dans les ctrurs de ceux qui vous confessent leurs crimes, qui se jettent entre vos bras, et qui pleurent dans votre sein après un long et pénible égarement. Votre lionté est même si grande que vous essuyez leurs larmes ; mais ils pleurent enroee davantage, et ih trouvent leur joie et leur consolation dans leurs pleurs , parce que ce n'e.st pas un homme de eliair et de sang , mais c'est \ OHS-mêrae leur créateur , qui les soutenez dans leurs faiblesses, et les consolez dans leurs misères. Ofl étais-je donc quand je vous cherchais? Vous étiez présent devant moi , et j’étais éloigné et comme alisent de nioi-niêpic, et je n'avais tpirde ainsi de vous trouver, puistpie je ne |m>uvais pas me trouver moi-même.

CIIAPITIIK 111.

Or FsiHic. erSev nunjciiMl : rt de l’îirruKVBïflU tW pliik^ •uftbn A qui U amnaittdiHv Je la lultii-e n'a inlni arnl pour adomr Diru.

Je parlerai maintenant, en la présence de mon Dieu, de l'état où j'étais en la vingt-neuviénir année de mon âge. L'n év«iuc des Manichéens nommé Fauste était alors venu â Cartilage. On peut dire de lui que c'était un grand piège du démon , et où plusieurs personnes se prenaicut étant attirées et charmées par l'élégance de ses discours. Mais quant â moi. encore que je louasse son éloquence , je savais bleu néanmoins la di.sccmcr de la vérité des choses que je désirais d'apprendre, et je considérais plutùt quelle était la doctrine que cet homme, si estimé parmi eux, me proposait comme une viande pour rassasier mon esprit , que non pas ses belles jiarules , qui étaient comme les vases et les plats dans lesquels il me la pR^sentait; car sa réputation me l'avait fait pas.ser pour très savant dans toutes les bellea-lcttres, et très instruit dans tous les arts liliéraux.

Or, d'autant que j'avais lu plusieurs livres des philo.sophes et avais fort bien retenu leurs stsitimens et leurs maximes, j'en conférais quelques-uns avec ces longues fables des ManicI n'eus . et je trouvais beaucoup moins de vraiscmblanre en ces fables , et plus de probabilités dans les opinions des philosophes, dont l'esprit a bien pu connaître les secrets de la nature et les merveilles du monde, mais non en trouver le Seigneur et le créateur, parce que votre grandeur est incompréhensible en elle-même, et que re gardant de près et d'un mil fiivor.'ible les modestes et les humbles, vous ne regardez que de loin et avec aversion ceux qui s'élèvent dans leur orgueil ; vous ne vous approchez que de ceux qui ont le conir contrit et humilié, et ne vous laissez point trouver par les superbes, quoique Inir curieuse et vaine science les rende capables de compter les étoiles et les grains de sable, de mesurer les vastes n'gions du ciel, et de découvrir les routes des planètes et des astres ; car ils cherchent ces choses par la lumière naturelle de l'esprit que vous leur avez donné , et trouvent beaucoup de secrets : ils prédisent plusieurs années auparavant les rclipsesdu soleil et de U lune; ils en marquent le jour, l'heure et la |p":indcur ; et les elîds sui-

CONFFSSIÔ.AS DE SAINT AUCnSHN - LIVRE V.

vent leurs prédictions ; ils en ont même écrit des régies qui se lisent encore anjoord’hni , par lesquelles on prévoit en quelle année, en quel mois de l'année , en quel jour du mois , à quelle heure du jour, et en quelle partie de leur globe le soleil et la lune doivent s'éelipser; et ce qu’on a prévu arrive toujours.

Ceux qui ignorent ees choses s'en étonnent et les admirent ; ceux qui les .savent s'en glorifient et s’en élévent ; et par un orgueil impie, en s’éloignant de votre lumière, et s’éclipsant dans leurs âmes par les ténèbres que leur cause cet éloignement , ils prévoient la défaillanee du soleil, lorsqu’elle est encore si éloignée, et ne voient pas la leur propre lorscpi'clle est pré.scntc. Gir ils ne cherchent pas avec une piété religieuse quel est l’auteur de cet esprit avec lequel ilscherchent ccschoses. Et lorsqti’ils tnuiventquec’est vous qui les avez créés, ils ne se donnent pas à vons afin que vous cimserviez ce que vous avez fait en eux-mémes : ils ne vous offrent pas en sacrifices leurs pensées vaines et superbes, comn;e des oiseaux qui volent dans l'air; leurs spéculations curieuses , comme des poissons qni se promènent par les sentiers secrets des abîmes d’eaux ; et leurs sales impudicités , comme les bétes des champs , qui se plongent dans la boue; afin que vous, mon Dieu , qui êtes un feu dévorant, consumiez en eux ces malheureuses passions qui les conduisent A la mort, et leur donniez un nouvel être et une vie immortelle.

.Mais ils ignorent le chemin qui les peut conduire à vous :etce chemin n’est autre que votre \ crise, par lc<]uel vous avez créé toutes les choses dont ils trouvent la mesure et font le | dénombrement ; par lei|uel vous les avez créés j eux-rnèmes qui 1rs noinbrent et les mesurent ; I par le<|uel vous avez créé les sens qni leur 1 fimt ajtercevoir ces objets qu’ils mesurent et qu'ils nombrent , et par lequel vous avez créé j l’esprit qui les rend raiiables de les mesurer et i de les nombrrr. Cest votre sagesse qui est .sans bornes et sans mesures ; et c’est votre fils unique j qni, en s'incarnant, a été fiiit notre sagesse, | notre justice et notre sanctification; qui a été pris pour un d'entre nous, et qui, en cctteqnalité, a payé le tribut îi César. Ils ignorent ce chemin par leipicl, en descendant de leur vanité, et eomme d'eux-mèmes pour aller à lui, ils pourraient cnsaiite monter vers lui. Ils igtuirent

entièrement ce chemin; et sc croyant aussi élevés et aussi respleudissaus que les astres, iU tombent en terre, et leur arur enflé de folie se remplit de ténèbres et d'aveuglement. Ils disent plusieurs choses véritables en parlant des créatures; mais ils ne cherchent pas avec piété la vérité même qui est l'ouvrier qui les a formées; et c'est [Hturquui ils n'ont garde de le trouver : ou s'ilsic trouvent, en connaissant qu'il est Dieu, ils ne l'honorcnt pas eomme un Dieu, et ne lui rendent |ias les actions de grâces qui lui sont dues; mais ils s'égarent et se perdent dans la vanité de leurs pensées ; et comme ils se vantent d'être sages, en s’attribuant ce qui vient de vous, ils vons attribuent au contraire , par un aveuglement détestable, ce qui vient d’eux. Us veulent Faire trouver le mensonge en vousqui êtes la vérité même : ils changent la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance cl en l’image de l’homme qui est corruptible , et en celle des oiseaux , des bêles et des serpens. Us convertis.sent ainsi votre vérité en mensonge, et rendent à la créature les honneurs et les adorations qui ne sont dues qu’au seul créateur.

J’avais néanmoins retenu beauconp de choses véritables que ces pliilosophesont dites des créatures; et comme j'en comprenais les raisons par la supputation et l'ordre du temps, et par les visibles révolutions désastres, je les conférais avec les discours de Manichès, qui ayant beaucoup écrit sur ce sujet , s'est immtré ftirt hkarnd en rêveries ; et je ne trouvais point dans ces fobles les raisons dès solstices, des équinoxes et des éclipses , ni de tout le reste de ce que j'avais appris de la nature et du cours des astres dans Icslivres de ces philosophes païens. On me voulait néanmoins obliger d'y ajouter foi, bien qu’il n’y eht aueun rapport avec cette connaissance que j'en avais acquise , tant par les règles de mathématicpie que par mes yeux propres, maisqu’au contraire il y eftt une différence merveilleuse.

cii.vi'rrnE IV.

Iji «>«110 roatiaisMnce dp Dira nom mid hcumiT.

Sei^fup, qui êtes leOini de vmt^, «iffit-il, jNKirvous (‘{rra^p^aldr, d iMre inMruit dans ces connaissances? Malheureux est celui qui uoimatt toules choses, et qui ne vous connaît pas! Bien'heureux est celui qui vous (*onnalt, quoiqu'il les

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CO.NFKSSIO.NS DE SAIM ALGL STLN. — LIVRE V. 83

i|;iiorc! El quant à cdui qui tous cuniult cl fiiniull aussi ers choses, il n'en est pas plus lirurrus pour les connaître; nais c'est la seule connaissance qu'il a de vous qui ic rend henreus, ixmrvu qu'en vous connaissant comme Dien, il vous glorifie aussi comme Dieu; qu'il vous rende (jrâces de vos dons, et qu'il ne se perde pas dans la vanité de ses pensées.

Car, comme celai qui possède un arbre, et vous rend grâces des fruits qu'il rapporte, sans savoir combien il a de hauteur, ni combien il a de tour, est plus heiirrui que cehii qui, sans le |K>s8éder et sans connaître ni aimer l'esprit toutpuissant qui l'a formé, sait toutes les mesures et tout le nombre de scs branches : de même ce serait une folie de douter qu'un fidèle chrétien, ü qui toutes les richesses du monde appartiennent de droit, et qui n'ayant presque rien, possède toutes choses en s'attachant i vous , mon Dieu , i qui elles sont toutes assujetties, ne soit beaucoup plus heureux, encore qu'il ne connaisse pas seulement le cours des étoiles qui sont à l'entour du pùie , que relui qui , sachant mesurer le ciel, nombrer les étoiles et peser les élémens , néglige de vous connaître , vous qui avez disposé et arrangé toutes les parties de l'imivers avec poids, nombre et mesure.

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