CHAPITRE VI
[it rÿloqomce de fjiiilr ; pl de ion ignorjibce dans ka •omon.
Durant ces mêmes années qu'avec un esprit errant et volage j'écoutais ces Manichéens , je brûlais d'impatience de voir Fauste, d’autant que ccut que j'avais rencontrés jusqu'alors , ne pouvant répondre à mes questions, me promettaient toujours qu'aussitût qu'il serait arrivé et que je serais entré en conférence avec lui , il me donnerait sans peine un éclaircissement et une satisfaction tout entière, noo-sculcmeni sur ces difficultés, mais aussi sur toutes celles qui me pourraient venir en l’esprit , bien qu'elles Fussent beaucoup plus grandes.
Lorsqu’il fut venu , je trouvai qu'il était de fort douce humeur et de fort bonne com)>agnie, et quedans sa facilité de parler il contait beaucoup (dus agréablement que nul des autres les fables qu'ils avaient accoutumé de me dire. Mais toutes ces belles paroles qui étaient comme des vases précieus qu'il me présentait de flirt lionne griAcc, n’élaient pas ca|>ables d’éteindre ma soif. J'étais déjà las et rebuté de pareilles choses. Je ne les trouvais pas meilleures pour être mieux dites, ni plus vraies pour être plus éluquentes ; et l'esprit de cet homme ne inc paraissait pas plus sage pour voir son visage bien composé, et ses discours bien étudiés. Je connus alors que ceux qui me l'avaient tant vanté , étaient de mauvais juges du mérite et de la suffisance des personnes , et qu'ils ne restimaient
docte et prudent qu'à cause qu'ils le trouvaient disert et agréable dans set discours.
J'ai connu aussi une autre sorte de gens à qui la vérité est suspecte, et qui refusent de la recevoir lorsqu'elle leur est proposée en de beaux termes. Mais vous m'aviez dès lors enseigné, mon Dieu, par des voies secrétes et admirables , qu'il y a de l’erreur dans l'opinion des uns et des autres. Et ce qui me porte à croire que c'est vous qui me l'aviez enseigné, est que cela est véritable, et que nul autre qne vous ne peut enseigner la vérité de quelque part et de quelque lieu qn'elle nous vienne. J'avais donc déjà appris de vous, que l'on ne doit pas estimer qu'une chose est véritable parce qu'elle est dite avec éloquence, ni qu'elle est busse parce qu'elle est exprimée avec des tenues rudes et barbares ; comme aussi , au contraire, qu'une chose ne doit pas être tenue pour véritable parce qu'elle est énoncée sans aucune politesse, ni pour fausse parce qu’elle est expliquée avec un style élégant et magnifique : mais que la vérité et le mensonge , la sagesse et la folie sont comme de bonnes ou de mauvaise» viandes , qui nous peuvent être présentées dan» des paroles nobles ou basses , comme dans des plats d'argent ou de terre.
Cet extrême désir que j'avais depuis si longtemps de connaître Fauste, fut donc satisfait en quelque manière par la chaleur et la vivacité qu'il fai,sail paraître dans ses discours, et par la grande facilité qu’il avait à se servir de termes fort propres à expliquer ses pensées. En quoi je le louais et l'estimais autant que faisaient les autres, et même plus qu'eux. Mais je souffrais avec peine de ce qu'étant au milieu d'une grande foule d'auditeurs, je n'avais pas la lilierié de lui représenter mes doutes, et de lui Faire des questions dans une douce et paisible conférence, pour m’en éclairer avec lui en lui proposant mes raisons et en écoutant les siennes. C'est pourquoi , ayant enfin trouvé une occasion assez favorable, étant accompagné de mes plus intimes amis, je lui demandai audience en un temps et en un lieu oû, sans blesser la bienséance, nous pouvions conférer ensemble dans une liberté tout entière.
Lui ayant proposé quelques questions qui me semblaient considérables , je reconnus d'abord que, de toutes 1rs sciences, il ne savait que la
grammaire, et encore assez communément. Et l>arcc qu’il avait lu quelques oraisons de Océron , queiques traits de Sénèque , mais fort peu, qiieli|ues vers desjx^lcs, et les lisxes de ceu» de sa secte qu'il avait trouvés ie plus élégamment écrits en latin , et que d'ailleurs il s'cierrait sans eesse ù parler, il avait acquis ertle facilité de langage, qui était d'autant plus agréable et plus propre à séduire et il inspirer l'erreur, qu’elle était accompagnée d’adres.se d'esprit , et d’une certaine grâce naturelle. Seigneur, mon Dieu, qui êtes le juge de ma conscience , et dont l'oeil discerne parlàilcmrnt tout ce que j’ai dans le etmr et dans la mémoire , ce rapport que je fais n'est-il pas conforme â la vérité? Cependant , vous me conduisiez dehors par les voies secrétes et ineflâblrs de votre providence, et vous conaiiienciez â mettre devant mes yeux la difformité de mes erreurs et de mes égarcmens, afin que je les visse et que je les eusse en horreur.