CHAPITRE XL
Il (lûeril quriki Plaint an hrtaoltilloni et m dKefac* pcQ«éct loucbial U rîe qn'il cnibraMcrail.
Mais rien ne m'étonnait davantage que lorsque je rcpas.sais dans mon esprit et considérais attentivement le long temps qui s'était écoulé depuis la dix-neuvième année de mon ége, en l.iquelle j'avais commencé à brûler de l’amour de b sagesse, me disposant , aprèsl’avoir iiiiefbis
acquise , A renoncer A toutes les vaines espérances et aux trompeuses promises de ramiu'tioD et de b fortune. Car j'avais déjà trente ans, et je me voyais encore plongé dans h fuige et dans b booe où j’étais alors, ne pensant qu'è jouir des choses présentes qoi m'édiappaient des mains et qui divisaient mon esprit par une inflnité de désirs et de passions, n Demain , disais -je loitjours, nous trouverons ce que bous cherchons. U vérité SC découvrira à nous , et nous nous atbcticrons i elle. Fauste s'en va venir , et il nous éclaircira toutes choses. O Académkiens, c’est vous qui avez excellé parmi tous les philosophes, lorsque vous nons avez ap|iris qu'un ne peut rien suixTc de certain et d'a5.seré pour le règlement de cette vie! Mais pourquoi désespérer de la sorte PCberchons pluiûl avec soin et avec confiance; c’est déjà beaucoup que les passages de l'Écrifure sainte ne me semblent plus absurdes rt insoutenables, comme je les avais crus auparavant ; mais que je reewmaisse au contraire qu’on les peut fort bien soutenir, et d'une manière qni ne choque nullemmt b raison. Il faut m’arrêter cependant en ce même lieu où mon père et ma mère m’avaient mis dés mon enfance, en attendant que je m'écbircisse de la vérité; mais où b chercher, et quand la chercher? L’évèque Ambroise n’a point de temps pour me résout mes doutes, et je n’en ai point moi-même pour pouvoir lire; mais quand j'en aurais, où trouverons-nous des livres? quand les aorons-hous? où est l'argent pour en acheter? où sont les personnes qui nous en pourraient prêter?»
D'un autre cùté je disais ; >11 faut régler mon temps, et distribuer mes heures d’une telle sorte qu’il m'en reste pour songer à mou salut ; voici un grand sujet de mieux espérer pour l'avenir. L’Église catholique n'enseigne pas ce que je pensais, elle est très éloignée des erreurs dont je l’accusais si injustement ; ceux qui sont instruits dans sa doctrine condamnent conune un blasphème cette pensée, que Dico soit renfermé dans b circonWrence d’un corps hnmain. Puisque je suis déjà satisfait sur un point si hnportaiit , .1 quoi tient-il que je ne presse pour recevoir l'éclaircissement des autres? Si je suis obligé de donner à mes écoliers tontes les heures de U matinée, qu’ai-je à faire durant le reste du jour? Pourquoi ne l'emploierais- je pas à ithe ! ucriipaliun si importante? Mais quand iral-jc
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CONFESSIONS DE SAINT
donc rendre mes devoirs ü mes principaux amis et aux peraonnes de condition, dont le support et la Eareur me sont nécessaires? Quand étudierai-je pour préparer les leçons pour lesquelles je reçois quelque récompense de mes écoliers? Quand prendrai-je du temps pour moi-méme, afin de donuer quelque relâche â mon esprit après tant de soins et tant de veilles? Mais que tout se perde, que tout périsse, à la bonne heure. Abandnnnoas toutes les choses du monde qui sont si vaines et si inutiles, et donnons-nous tout entier â la recherche de la vérité. Cette vie n'est que misère, et l'heure de la mort est incertaine : si elle nous surprend tout d'un coup, en quel état sortirons-nous de ce monde? Où apprendrons-nous ce que nous n’)' aurons pas appris par notre faute? Ou plutôt que nous restera-t-il, sinon d'ètre punis sévèrement d’une négligence si criminelle? Mais peut-être qu'il ne reste plus aucun sentiment A l’homme après sa mort, et que l'âme étant éteinte toutes les inquiétudes cessent avec elle.
U est donc d’autant plus nécessaire de bien éclaircir ce point. Mais i Dieu ne plaise que cela soit ainsi. Ce n’est pas en vain que la religion chrétienne s’est élevée en un si haut point de gloire, et s’est acquise une si grande autorité par toute la terre. Dieu n’aurait jamais fait pour nous tant de prodiges et tant de merveilles si notre âme devait mourir avec notre corps; pourquoi donc dilTérons nous davantage de renoncer â toutes les espérances du siècle, pour nous employer tout entier â connaître Dieu, et â rechercher la vie bienheureuse?
Mais attendons encore un peu : < cette vie qu’on mène dans le monde a ses douceurs et ses charmes; et il ne faut pas aisément s’en retirer, parce qu’il serait honteux d’y rentrer après en être sorti. Je suis sur le point d’obtenir quelque emploi considérable; et quand j'en serai venu â bout, n’aurai-je pas sujet d’étre content? J'ai beaucoup d'amis qui sont très puissans, et quelque hâte que j’aie de borner mes espérances, je puis toujours aspirer â quelque char);;e de judicature. Après cela, je pourrai prendre une femme qui ait du bien, afin de pouvoir entretenir une famille; et mon ambition et mes désirs seront alors satisfaits. Combien a-t-on vu de grands personnages et très dignes de servir «Teianple â tons les autres , qui pour s’ètrc en-
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gagés dans le mariage, n’ont pas laissé de stiocuper de l’écode de ht sagesse ! »
Dans cette diversité de mouvements et de pensées dont mon comrétait agité en même temps, et poussé tantôt d'un côté et tantôt d’un autre, comme un navire battu par les vents contraires, le temps se passait et je demeurais irrésolu. Je différais de jour en jour , ô mon Seigneur et mon Dieu, de me convertir et de vivre en vous, et ne différais un seul jour de mourir eu moi. Aimant la vie bienheureuse, j'appréhendais le lieu où elle réside, et en même temps que je la cherchais je la fuyais. Je croyais que ce me serait une extrême misère de passer ma vie sans une femme, ne considérant pas que c’est votre grâce qui nous doit guérir de cette Ihiblesse, parce que je n’avais jamais éprouvé un remède si divin ; et me ftgurant qu'un homme doit être chaste par ses propres farces, en quoi je reconnaissais mon impuissance: j'étais si aveugle que de ne savoir pas cet oracle de votre Écriture : a Que nul ne peut être continent ai vous ne lui donnez cette vertu. » Et vous me l’eussiez donnée sans doute, mon Dieu, si j'eusse frappé vos orciOes par le gémissement intérieur de mon âme, et si j’eusse remis entre vos mains toutes mes inquiétudes et mes peines par une foi solide et véritable.