LXXXVIII
Avis du conseil sur les demandes des plénipotentiaires
anglais.
22 juillet 1400.
C'est ce qui a esté advisé par le grant conseil du Roy, où estoient messeigneurs les ducs de Bourgongne el d'Orléans, les contes de Nevers et de Saint- Pol, les conestable, et chancellier de France, le sire de* Giac, le patriarche d'Alexandrie, l'archevesque d'Aux, les évesques de Noyon, de Meaulx, d'Arras et de Saint-Flour, le mareschal Boussicaut, le sire de Bueil, le vidame de Laonnois, Pierre de La Trémoille, et Jehan Chanteprime , le joedi xxii* jour de juillet , sur une cédule apportée par messire Jehan de Hangest, sire de Heugueville, message du Roy, envoié avecques l'évesque de Chartres et maistre Pierre Blanchet, conseillers, avecques lesquelz est maistre Gontier Col , secrétaire dudit seigneur, pour assembler avecques les messages d'Engleterre , es marches entre Bouloigne et Calais. Laquelle cédule a esté baillée par lesdiz messages d'Engleterre aux diz messages du Roy.
Premièrement. Au premier point dont ladicte cédule fait mencion , contenant la response que les diz messages d'Engleterre ont fait sur la restitucion de la Royne d'Engleterre, laquèle ilz dient que leur seigneur restituera réaiment et de fait, le jour de la Chandeleur prochainement venant, au Roy ou à ceulx qu'il y commectra, entre Calais et Bouloigne, franche et desliée de tous liens de mariage et autres obliga*
cions, selon la fourme du traictié et conveoences sur ce faictes, etc., a esté conclut que l'en responde aux diz messages , que, puis que le Roy Richart d'Engleterre est aie de vie à trespassement , l'obligacion faicte sur la restitucion de ladicte dame avecques ses meubles, joyaux et autres biens et franche et destiée de toutes obligacions de mariage et autres, est pure, et absolu te. Et pour ce , puis que le Roy le a fait requérir, elle doit estre incontinent restituée, avecques ses meubles, joyaux et autres biens dessusdiz, ainsi comme elle le doit estre selon ladicte obligacion , en laquelle mesme cellui qui se dit Roy d'Engleterre est obligié en son propre nom, et le a juré et promis. Et semble que ladicte restitucion se pourra bien faire par tout le mois de septembre et dedens la fin du dit mois au plus tart, et ne donneront, à leur povoir, plus grant dilacion. Et toutes voies, se l'en la vuelt restituer dedens le xv* d'octobre , ilz se tendront le plus qu'ilz pourront audit terme de la fin de septembre, mais finablement ils consentiront audit xv e d'octobre, et au fort, jusques à la Toussains, à tout le plus tart.
Item. Quant au second point, faisant mencion que les messages du Roy aient povoir de faire déclaracion des biens appartenans à ladicte Roy ne d'Engleterre, diront que les meubles, joiaux et autres biens de ladicte dame furent bailliez par inventoire à Calais , et le doivent avoir, et encores leur pourront monstrer le vidimus de la lettre du Roy Richart , faicte sur la récepcion d'iceulx, ou l'original, se il est besoing. Et aussi demanderont la somme de deux cens mille frans, qui clèrement doit estre restituée par ledit traictié. Mais très instamment ilz insisteront que la-
dicte dame soit , incontinent et avant toutes choses , restituée au moins au terme dont en la cédule dessus escripte est faicte mencion.
Item. Quant au tiers point contenu en ladicte cédule, ouquel les diz messages d'Engleterre requièrent avoir pleine response sur la demande qu'ils ont faicte -de xvi c mille frans pour la raençon du roy Jehan, que Dieux absoille, responderont que quant il en fu parlé de leur partie à messire Arnaut de Corbie, chancellier de France à présent, et à l'évesque de Baieux, Tévesque de Duresme, qui y estoit pour la partie d'Engleterre, sçet bien que lui fu respondu; et ne entent le Roy faire sur ce autre response.
Item. Quant au quart point de ladicte cédule, faisant mencion de la proclamacion des trêves, fu conclut qu'ilz respondent que le Roy a tenu et fera tenir de sa part ce qu'il a juré et promis touchant lesdictes trêves, et les a fait proclamer et publier par son royaume, et semble qu'il doit soufïire ce qui en a esté fait de sa part, avecques la lettre que les messages ont baillié sur ce aux diz messages d'Engleterre. Et se ilz les veulent faire proclamer de leur partie , ilz le pevent faire , afin que de leur dicte partie elles soient mieux tenues que elles n'ont esté jusques à ores.
Au dos de la pièce :
L'avis de Messeigneurs du conseil sur la cédule apportée par messire de Heugueville, à lui baillée par les messages d'Engleterre. Lequel avis fu prins le xxn e jour de juillet l'an m occc.
N". Ces mots sont de la main d'an secrétaire du roy nommé J. de Sain», on de Sanctis en latin.
(iMinnte orig. sur pap. — Supp. du Très, des Ch. Carton J. 922.)
Minutes de pièces diplomatiques concernant la restitution de la reine Isabelle, et f ambassade envoyée en Ecosse.
Août 1400.
Charles , etc. A tous ceulx qui ces lettres verront, salut. Comme par noz messages que par plusieurs fois avons envoyé es marches de entre Bouloigne et Calais pour assembler avec les messages de nostre cousin d'Engleterre , aient esté faictes plusieurs requestes aux diz messages de nostre dit cousin sur la restitucion de nostre trèschière et très amée fille, Ysabel, royne d'Engleterre. Et derrainement leur aient requis que elle fust restituée dedens la feste de Tous Sains prochainement venant au plustard, et plustost se bonnement se povoit faire, laquèle selon la forme du traictié du mariage fait entre feu Richart jadiz roy d'Engleterre et nostre dicte fille, et des obligacions sur ce faictes, tant par le dit roy Richart, comme par nostre dit cousin et plusieurs autres grans seigneurs du dit royaume d'Engleterre , que se le dit feu roy Richart trespassoit de ce siècle avant la consummacion du dit mariage , doit estre rendue et restituée avecques tous ses joyaux, meubles et biens , franche et desliée de tous liens et empeschemens de mariage et autres obligacions quelconques, à nous ou à noz hoirs et successeurs qui pour le temps seroient. Aux quèles requestes ait esté respondu par les diz messages d'Engleterre que ilz raporteroient à nostre dit cousin ce que noz diz messages leur avoient.dit. Comme aussi nous aions très grant désir, comme raison est, que nosjj-c dicte fille/
considéré son joenneaage et que le dit feu royRichart est aie de vie à trespasse ruent avant ce que le dit mariage ait esté consummé , nous soit tost restituée ainsi comme elle le doit estre. Savoir faisons que nous, confians bien pleinement des sens, loyauté et diligence de noz amez et féaulz, Jehan de Hangest, sire de Heugueville, nostre chevalier et chambellan, et de maistre Pierre Blanchet, maistre des requestes de nostre hostel, noz conseillers, iceulx et chascun d'eulx, avons ordené envoier et envoions noz messages devers nostre dit cousin d'Engleterre, pour le requérir et sommer, et aussi les autres seigneurs de pardelà qui sont tenuz et obligez à ladicte restitucion de nostre dicte fille, les quelz nous requérons, se mestier est, par ces présentes, que ilz nous rendent et restituent ou facent rendre et restituer nostre dicte fille dedens la dicte feste de Tous Sains prochainement venant au plus tart ou plus tost se faire se peut , franche et desliée de tous liens et empeschemens de mariage et de toutes autres obligacions, et ainsi comme elle le doit estre selon la forme des traictié et obligacions dessusdictes. Auxquelz noz conseillers et chascun d'eulx nous avons donné et donnons povoir , auctorité et mandement espécial de faire à nostre cousin d'Engleterre et autres dessusdiz les dictes requestes , de poursuir l'effect d'icelles, de accepter quant à la restitucion de nostre dicte fille le dit terme de la feste de Tous Sains , ou autre endedens icellui, dont ilz pourront estre d'acort avec les dessusdiz, et généralement de faire en ces choses et en leurs circonstances et dépendances tout ce qu'ilz verront estre expédient et nécessaire et que faire pourrions, se présens y estions en nostre personne,
supposé que les choses fussent tèles que elles requeissent mandement plus espccial. Et promettons, en bonne foy et en parole de roy, avoir ferme et aggréable tout ce que par noz diz conseillers et c hase un d'eulx sera fait es choses dessus dictes et chascune d'icelles. En tesmoing de ce, etc. Donné à Paris le jour.
Lettres de Charles Vï a sa fille Isabelle.
Très chière et très amée fille. Pour le grant désir que nous avons , tant de savoir Testât de vostre personne, comme de avancier vostre retour pardeçà, nous envions présentement devers vous noz amez et féaulz Jehan de Hangest, sire de Heugueville, nostre chevalier et chambellan , et maistre Pierre Blanchet , maistre des requestes de nostre hostel , noz conseillers , auxquelz nous avons chargié vous dire certaines choses sur les queles les vueillez ouir et adjouxter pleine foy à ce qu'ilz vous diront de par nous. Et nous faites savoir de vostre dit estât et de voz autres nouvelles le plus souvent que vous pourrez. Donné.
Instruction baillée de par le Roy au sir de Heugueville et à maistre Pierre Blanchet envoiez de par lui en Angleterre.
(Ce sont les instructions du 6 septembre 1400, qui se trouvent au numéro suivant lxxxx.
Instruccion pour ceulx qui seront envoiez de par le Roy en Escoce.
Premièrement après ce quilz auront présenté audit roy d' Escoce les lettres du Roy, le salueront de par lui, et lui diront que le Roy est très désiraut de savoir son
bon estât et le prieront que souvent Fen vuille certifier , et lui diront cellui du Roy et de nosseigneurs de pardeçà.
Item. Lui diront que pour ce que depuis le cas qui avint au roy Richart d'Engleterre il ne a peu bonnement avoir oportunité de envoier devers lui , combien que très volentiers le eust fait , tant pour parler à lui de ce qui estoit à parler et à aviser entre eulx sur celle nouvelleté , comme des choses qui touchent les amistiez et alliances qui sont entreuh, il lui a escript par raaistre Jehan Forestier, né de son royaume et son conseiller, et lui a fait sentir sur ce aucunes choses de son entencion, et lui prie que de ce vuille estre content. Car depuis le dit cas il n'eust peu bonnement envoier ses messages par le royaume d'Engleterre, et aussi les Anglois ont tousjours tenu sur la mer vaisseaulx d'armée pour garder que aucun ne peust aler pardelà, ainsi comme le Roy tient que ledit roy d'Escoce a peu savoir, et aussi tient que par le dit maistre Jehan il a esté informé des choses dessusdictes.
Hem. Que assez tost après le dit cas avenu du dit roy Richart , le dit duc de Lencastre , qui se dit roy d'Engleterre, fist savoir au Roy qu'il envoicroit ses messages devers lui pour lui parler d'aucunes choses. Mais le Roy ne voult lors point recevoir ses lettres es quèles il se nommoit roy d'Engleterre , ne depuis n'en a voulu aucune recevoir, ne aussi ne voult que ses diz messages venissent devers lui afin que aucun ne peust ymaginer que il approuvast taisiblement ou appertement le title du dit duc qui se appelle roy, et de la seignourie qu'il a ainsi usurpée.
Item. Que considéré que par le traictié du mariage
d'entre le dit feu roy Richart d'Engleterre et madame Ysabel royne d'Engleterre , sa femme et fille du Roy, estoit convenu que ou cas que icellui roy Richart iroit de vie à trespassement ancois que ledit mariage feust consummé , ladicte royne devoit estre rendue et restituée au Roy , franche et desliée de tous liens et empeschemens et de toutes obligacions de mariage et autres, il fu conseillé au Roy par les seigneurs de son sang et les gens de son conseil qu'il ordenast ses messages pour aler assembler avecques les diz messages d'Engleterre pour requérir la restitucion de la dicte royne sa fille, la quèle chose fu faicte, et ne y eust point envoié ses diz messages se ne fust la cause dessusdicte.
Item. Que lesdiz messages du Roy assemblez avecques les diz messages d'Engleterre à Leulinghen , qui est lieu en marche entre Bouloigne et Calais ouquel autrefois les messages d'une partie et d'autres ont esté assemblez pour les traictiez, les diz messages d'Engleterre disrent que leur seigneur leur avoit enchargié sentir l'entencion du Roy se il vouldroit tenir les trêves prinses entre le Roy et le dit feu roy Richart pour eulx, leurs alliez, leurs royaumes, terres, seignouries et subgiez, disans que ainsi se devoit faire, car les dictes trêves sont réeles et ne regardent mie seulement les personnes des roys, mais regardent généralment leurs alliez, royaumes, terres, seigneuries et subgiez.
Hem. Que cesle chose fu rapportée au Roy par ses diz messages, le quel ot sur ce avis et délibéracion en son conseil. Et après ce que ceste besoigne ot esté bien disentée, fu conseillié au Roy que bonnement il ne povoit venir contre les dictes grèves, considéré que elles sont réeles, comme dit est, et ne touchent mie seu-
lement lui, mais ses alliez, leurs royaumes, terres seignouries et subgiez, et que ès dictes trêves est expressément contenu que pour quelque cas qui peust avenir les dictes trêves, leur temps durant, ne seroient rompues, mais demourroient en leur vertu. Et pour ce ont esté faictes de l'une partie et de l'autre certaines lettres dont l'en lui envoie la copie.
Item. Que par deux ou trois fois depuis ont rassemblé ensemble les diz messages pour parler et traictier du fait de ladicte restitution de ladicte royne d'Engleterre. La quèle restitucion il y a espérance que au plaisir de Dieu se fera briefment, et comme l'en espère au terme de la feste de Tous Sains prochainement venant, ou plus tost se faire se peut.
Item. Que en parlant de ces matières a esté cause entre lesdiz messages que il est expédient que aucun de la partie du Roy aille en Engleterre pour savoir l estât de ladicte royne, requérir ledit duc qui se dit roy, à sa personne, qu'il la restitue, et aussi pour appoinctier de son retour. À la quèle chose faire le Roy a consenti , tant pour la grant affection qu'il a du dit retour de sa dicte fille, comme aussi en espécial pour avoir saufconduit pour envoier seurement ses messages devers le dit roi d'Escoce pour lui notifier les choses dessus dictes.
Item. Diront audit roy d'Escoce que le Roy signifie ces choses ainsi pleinement à lui comme à son cousin et allié afin qu'il soit informé de la vérité. Car le Roy a entendu que de la partie des Anglois et mesmement dudit duc de Lencastre, ont esté données à entendre audit roy d'Escoce plusieurs choses en entencion de povoir faire rompre les lignes et a mis liés qui ont esté
de long temps et encores sont, tenues et gardées fermement entre les roys de France et d'Escoce.
Et pour ce, le Roy lui prie et requiert trèsacertes qu'il ne vuille croire aucunement que le Roy se veulle comment que ce soit, départir des dictes alliances, ne sur ce donner aucune foy aux paroles des diz Ànglois. Car il n'en a eu ne a aucune volenté, ancois les a voulu et veult tenir fermes et estables sans enfraindre. Et de ce vuille tenir certain. Et aussi lui prie et requiert que il les vuille tenir fermement de sa partie ainsi comme il tient pour certain que si fera il. [Et aussi il lui vuille faire savoir à plain de ses nouvelles et se le dit duc de Lancastre lui a fait parler d'aucuns envoiez, et de quelz. Car le Roy a entendu que le dit duc de Lancastre lui en fait parler. Pour quoy le Roy en vouldroit bien estre acertené, et lui prie que ainsi le face] 1 .
Item. Diront que en parlant entre lesdiz messages d'une part et d'autre des dictes trêves a este aussi parlé de la partie de ceulx d'Engleterre de aucunes correccions, modéracions et addicions sur le fait d'icelles, sur quoy le Roy n'a voulu que ses messages aient tenu aucunes paroles jusques à ce que ledit roy d'Escoce soit avisié des choses dessusdictes, afin que sur ce il rescrive son plaisir.
Item. Parleront semblablement de ces matières au duc de...' conte de Harric, ainsné filz du dit roy d'Es-
1. Ce qui est entre crochets est une addition, d'une petite écriture très- fine, qui est celle d'un notaire et secrétaire du roi, nommé Jean de Sains , lequel paraît avoir été très-employé dans les affaires du temps.