BAISER
Quand ton col de couleur de rose Se donne à mon embrassement Et ton œil languit doucement D'une paupière à demi-close.
Mon âme se fond du désir Dont elle est ardentement pkine Et ne peut souffrir à grand'peine La force d'un si grand plaisir.
Puis quand j'approche de la tienne Ma lèvre, et que si près je suis Que la fleur recueillir je puis De ton haleine ambrosienne ;
Il me semble estre assis à table Avec les dieux, tant suis heureux, Et boire à longs traits savoureux Le doux breuvage délectable.
JoACHiM DU Bellay (1),
(1) Né à Lire, près d'Ancenis, en 1524, mort le 1*' janvier 1560. Après une enfance assez pénible, il alla à Poitiers étudier le droit et se lia avec Ronsard, qui l'enrôla dans la troupe de Daurat (1548). Dès l'année suivante, il publia la Défense et illustration de la langue française, manifeste de la Pléïade, et un recueil de sonnets en l'honneur de sa maîtresse Olive (Mlle de Vide). Emmené en Italie comme