LE PREMIER JOUR DE MAI
Laissons le lit et le sommeil,
Cette journée :
Pour nous Taurore au front vermeil
Est déjà née.
Or* que le ciel est le plus gai, En ce gracieux mois de mai,
Aimons mignonne.
Contentons notre ardent désir :
En ce mondie n'a du plaisir
Qui ne s'en donne.
Viens, belle, viens te promener
Dans ce bocage ; Entends les oiseaux jargonner
De leur ramage.
Mais écoute comme sur tous Le rossignol est le plus doux,
Sans qu'il se lasse.
Oublions tout deuil, tout ennui, Pour nous réjouir comme lui.
Le temps passe.
Plessis et succéda à Ramus dans sa chaire d'éloquence au Collège de France. Il fut, avec Nicolas Rapin et Jacques Glllot, un des principaux auteurs de la Satyre Ménippée. Ses vers, latins ou français, qu'il n'avait faits qu'en manière de délassement, ne furent publiés qu'après sa mort.
Ce vieillard, contraire aux amants,
Des ailes porte, Et, en fuyant, nos meilleurs ans
Bien loin eonporte.
Quand ridée un jour tu seras.
Mélancolique tu diras :
a J'étais peu sage Qui n'usais point de la beauté Que si tôt le temps a ôté
De mon visage. »
Laissons ce regret et ce pleur
A la vieillesse ; Jeunes, il faut cueillir la fleur
De la jeunesse.
Or'que le ciel est le plus gai, En ce gracieux mois de mai.
Aimons, mignonne. Contentons notre ardent désir :
En ce monde n'a du plaisir
Qui ne s'en donne. (1)
Jean Passerat.
(1) Tous les poètes de la Pléiade et de l'école de Ronsard se sont essayé à paraphraser la fameuse ode de celui-ci :
Mignonne, allons voir si la rose...
Jean Passerat est celui qui a le plus volontiers rimé des variations sur ce thème.