‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 17 sur 97 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Entre les fleurs, entre les lis, Doucement dormait ma Philis, Et tout autour de son visage.

Les petits Amours, comme enfants, Jouaient, folâtraient, triomphants.

Voyant des cieux la belle image.

J'admirais toutes ces beautés.

Egales à mes loyautés.

Quand] l'esprit me dit à l'oreille :

Fol, que fais-tu ? Le temps perdu Souvent est chèrement vendu :

S'on le recouvre, c'est merveille.

Alors je m'abaisse tout bas Sans bruit, je marche pas à pas Et baisai ses lèvres pourprines ; Savourant un tel bien, je dis Que tel est dans le paradis Le plaisir des âmes divines.

Vauquelin de la Fresnaye (1).

(1) Jean Vauquelin de la Fresnaye, sieur des Yveteaux, né au château de la Fresnaye, près de Falaise (Calvados), en 1536, mort à Caen en 1606. Il fut successivement, à Caen, avocat du roi, lieutenant général du bailliage et président du présidial. Ses poésies comprennent un Art poétique en trois livres, des Satyres, des Idylles.

LA NOUVELLETTE

Il est certain qu'un jour de l'autre mois M'est advenu très merveilleuse chose :

Toute seulette étais au fond du bois ; Vint mon ami, plus beau que n'est la rose. Il me baisa d'un baiser sage et doux, Et puis après il me fit chose amère.

Si que je dis, avec un grand courroux : Tenez vous coi, j'appellerai ma mère.

Il est certain qu'il devint tout transi. Voyant courir larmes sur mon visage.

A jointes mains il me cria merci.

Et cela fit que je fus moins sauvage.

Quand il me vit que je parlais si doux, L'ami s'y prit die tant belle manière Que je lui dis sans avoir de courroux : Tenez-vous coi, j'appellerai ma mère.

Il est certain que lors il m'arriva Chose nouvelle, à quoi n'étais pas faite ; Et, quasi morte, un baiser m'acheva Qui me rendit les yeux clos et muette ; Puis m'éveillai, mais d'un réveil si doux Que remourus, tant il me fit grand'chère ; Enfin besoin ne fut d'être en courroux. Et devint coi sans qu'appelai ma mère.

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