GAILLARDISE
Air : Philis demande son portrait.
— Je cherche un petit bois touffu
Que vous portez, Aminthe, Qui couvre, s*il n*est pas tondu.
Un joli labyrinthe ; Tous les mois on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ; Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.
— Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ; Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ; Car, si vous pleuriez tout de bon.
Des pleurs comme les vôtres Pourraient, dans une autre saison.
M'en faire verser d'autres.
— Quoi 1 vous craignez l'événement
De l'amoureux mystère ?
Vous ne savez donc pas comment On agit à Cythère ?
L'amant, modérant sa raison, Dans cette aimable guerre.
Sait bien arroser le gazon Sans imbiber la terre.
— Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire ; Mais, dans ce fortuné moment,
On ne se connaît guère. L'amour maîtrisant vos désirs.
Vous ne seriez plus maître De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l'être.
Voltaire (1).
(1) Marie-François Arouet de Voltaire, né à Châtenay, près de Sceaux — d'aucuns disent à Paris môme — le 20 février 1694, mort à Paris le 30 mai 1778. — Et Je pense pouvoir me dispenser de raconter la vie de Voltaire.
ZONI ZON! ZON!
Air : Et non, non, non, ce n'est pas là Ninette,
Quand on a su toucher Le cœur de sa bergère, On peut bien s'assurer Du plaisir de lui faire...
Et zon, zon, zon, Lisette, ma Lisette,
Et zon, zon, zon, Lisette, ma Lison.
De soupirer dix ans C'est une vieille affaire ; Aux premiers compliments On vient à présent faire...
Et zon, etc.
L'amour est un malin Qui toujours nous suggère.
Près d'un objet divin, De lui dire et lui faire... £t zon, etc.
Le plus joli serment, Dans l'amoureux mystère, Ne vous en dit pas tant Qu'une seule fois faire...
Et zon, etc.
En vain par vos appas.
Belles, vous savez plaire.
Si vous ne voulez pas Vous en servir pour faire..
Et zon, etc.
Vous avez l'œil fripon, Ma charmante voisine :
Si vous ne faites... zon Vous en avez la mine...
Et zon, etc.
On vous prend pour Vénus En vous voyant si belle :
Il ne vous manque plus Que de faire comme elle...
Et zon, etc.
La vertu, dans Paris, N'est que pure chimère Que prêchent les maris Pour être seuls à faire...
Et zon, etc.
Ma mère était Vénus, Bacchus était mon père :
Ne vous étonnez plus Si j'aime à boire et faire.
Et zon, zon, zon, Lisette, ma Lisette,
Et zon, zon, zon, Lisette, ma Lison.
L'Attaignant (1).
(1) Gabriel-Charles de l'Attaignant, né à Paris en 1697, mort dans la même ville en 1779. Elève des Pères de la doctrine chrétienne, il entra dans les ordres et obtint un canonicat à Reims. Mais, comme il n'avait aucune vocation, il demeura à Paris oU il était très répandu dans les mauvais lieux. Il disait de lui-môme : « J'allume mon génie au soleil et je réteins dans la boue. » A quatre-vingts ans, usé par la vie qu'il avait menée, il se retira chez les Pères qui l'avaient élevé et y mourut en odeur de sainteté. Il a, entre autres, écrit, en collaboration avec Fleury, le poème du Rossignol, un opéra-comique célèbre de l'ancien répertoire. Il est enfin l'auteur de la fameuse chanson populaire : J'ai du bon tabac dans ma tabatière.