‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 41 sur 97 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Air : Dans les gardes françaises.

Comment 1 De ma constance, Malgré tous mes discours, T'avais de la doutance, Ma Babet, mes amours ?

Ignorais-tu, cruelle, Qu'un regard de tes yeux Etait une étincelle Qui rallumait mes feux ?

A Madelon la frique (1) Si j'ai promis ma foi, Ce n'était que par pique Que j'avais contre toi ; Songe bien qu'à la porte Tu m'as mis rudement.

Me disant que je sorte De ton appartement.

en soit, cette fameuse chanson fut publiée pour la première fois, sans nom d'auteur, en 1760, dans le Chansonnier français ou « recueil de chansons, ariettes, vaudevilles et autres couplets choisis ». Elle provoqua de nombreuses imitations et une « Réponse » de Dorneval. (1) Légère, vive, alerte, d'où « friquet ».

Pour un amant sensible C'était un vilain tour ; Moi qui suis susceptible D'un véritable amour.

Je me dis à moi-même :

« Babet ne t'aime plus ; Faisons-en donc de même Puisque je suis exclus. »

Ta fille de journée, Voyant mon désespoir.

Me dit, tout attristée :

« Ce trait est par trop noir !

Ma maîtresse est donc folle I De son emportement Viens que je te console :

Tu seras mon amant. »

Respirant la vengeance, J'acceptai ce parti ; Faute d'expérience Je me croyais guéri ; Mais, hélas I ce qu'on aime, Toujours on doit l'aimer :

Fût-ce le diable même, Jamais ne faut changer.

Tu me fais un reproche Qui me fâche bien fort.

Si j'ai vidé ta poche, Rompu ton coffre-fort,

Ton coulant (1), ta branlante (1), Je te les ai rendus ; Et ta petite rente, Elle est à fondis perdus.

Connaissant ma tendresse, T'oses me proposer De périr ma maîtresse Ou bien de t'adorer :

Peux-tu douter, cruelle, Du cœur de ton amant ?

Que le tien soit fidèle.

Le mien sera constant.

Mais on vient de m'apprendre Qu'un certain raccoleur, Contrefaisant le tendre.

M'avait ravi ton cœur, Qu'il te conte fleurette.

Qu'on le voit sur le port Baiser ta gorgerette ; Ma Babet, c'est bien fort !

S'il t'a donné sa pipe

Et prêté son briquet.

Je crains bien qu'il ne grippe

Ton linge et ton baquet.

(1) Voir p. lûO.

— io:i -

Alors, dans ta tendresse, T'aurais beau fair' des yeux, Je te dirais : « Traîtresse !

Porte à d'autres tes feux. »

Souviens-toi bien, ma reine, Qu'un simple amusement Fait souvent plus de peine Qu'un tendre engagement :

De ses amants le nombre Quand fille veut grossir.

C'est s'attacher à l'ombre Pour laisser le plaisir.

Oubliant mes fredaines.

Tu m'offres le pardon ; J'en fais autant des tiennes, Baise-moi, Babichon.

Je reprends l'héritage Que m'a donné ton cœur ; Mais le moindre partage Troublerait mon bonheur.

Page 1