‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 40 sur 97 · L'AMANTE ABANDONNÉE · texte numérisé non relu

L'AMANTE ABANDONNÉE

Dans les gardes frauçaises^ J'avais un amoureux, Fringant, chaud comme braise, Jeune, beau, vigoureux ; Mais de la colonnelle (1) C'est le plus scélérat :

Pour une péronnelle Le gueux m'a planté' là.

Se découvrant sans feinte, A la Courtille un jour Il grelottait de crainte, Quoi qu'il brûlât d'amour.

Je meurs, chère maîtresse.

Dit-il, prenant ma main.

J'en pleurai de tendresse Et ne lui cachai rien.

11 me jurait sans cesse Qu'il m'aimerait toujours.

Hélas 1 sur sa promesse J'approuvai ses amours.

De toute sa tendresse

(1) C'est ainsi qu'on désignait la première compagnie du régiment.

Je faisais mon bonheur, Et par ses tours d'adresse Il s' rendit le vainqueur.

Quoi I fallait-il se rendre Pour cet amant ingrat ?

J'avais le cœur trop tendre Pour un simple soldat.

Je veux être plus fière ; Puisqu'il me laisse là, Je serai plus altière Et n'aimerai comm' ça.

Il avait, la semaine, Deux fois du linge blanc Et, comme un capitaine, La toquante (1) d'argent.

Le fin bas écarlate A côtes de melon, Et toujours de ma patte Frisé comme un bichon.

Pour sa dévergondée.

Sa Madelon Friquet, De pleurs tout inondée, Je remplis mon baquet, Je suis abandonnée ; Mais ce n'est pas le pis, Ma fille de journée Est sa femme de nuit.

(1) La montre.

Une petite rente Qu'un monsieur m'avait fait, )Mon coulant (1), ma branlante (2), Tout est au berniquet (3).

Il retournait mes poches Sans me laisser un sou ; Ce n'est pas par reproches, Mais il me mangeait tout.

La nuit, quand je sommeille.

J'embrasse mon coquin ; Mais le plaisir m'éveille Tenant le traversin.

La chance est bien tournée :

A présent, c'est Catin Qui suce la dragée Et moi le chicotin.

De ton épée tranchante Perce mon tendre cœur ; Fais périr ton amante Ou rends-lui son bonheur.

(1) Le coulant était la boucle qui retenait les cheveux des femmes par derrière, quelque chose comme notre « peigne de nuque ».

(2) La chaîne de montre.

(3) Le berniquet était une espèce de bahut où l'on renfermait le son. Par extension, être au berniquet c'était « être réduit à la mendicité ».

Le passé n'est qu'un songe, Une foutaise, un rien ; J'y passerai l'éponge :

Viens rentrer dans ton bien.

Sans écouter ma plainte, Le drôle avec Catin, Sans aucune contrainte, Va boire un pot de vin.

J'étais pour lui trop bonne De souffrir ses amours ; Et puisqu'il m'abandonne Je le fuirai toujours.

J'étais parfois trop bête D'aimer ce libertin, Qui venait tête à tête Manger mon saint-frusquin.

S'il me trouvait gentille, D'autres aussi verront Que je suis brave fille Qui ne veut point d'affront.

Attribuée à Vadé (1).

(1) Il n'est pas bien certain que cette célèbre complainte soit de Vadé. Elle n'est peut-être due qu'à un de ses nombreux imitateurs. Le succès de ses chansons poissardes était tel, en effet, que les éditeurs demandaient de tous côtés « du Vadé », comme ils ont demandé « du Saint-Evremond », ainsi que les marchands de tableaux demandent, suivant la mode, « du Corot » ou " du Bolticeili ». Quoiqu'il

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