‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 64 sur 97 · SÉGUR · texte numérisé non relu

SÉGUR

(1) J.-Alexandre vicomte de Ségur, né à Paris en 1756, mort à Bagnères en 1805. Frère cadet du comte Louis-Philippe de Ségur, il parcourut rapidement la carrière militaire, commanda les régiments de Noailles, de Royal-Lorraine et des dragons de Ségur, et prit sa retraite, comme maréchal de camp, en 1790. Il se consacra dès lors à la littérature et fit sensation en publiant de soi-disant Lettres de Ninon de Lenclos et en éditant les Mémoires du baron de Besenval qui firent scandale. C'était un passionné de théâtre et un convive assidu des dîners du Vaudeville.

COLLNETTE

Colinette au bois s'en alla, En sautillant par-ci par-là

Traladéridéra (bis).

Un beau monsieur la rencontra, Frisé par-ci, poudré par-là.

Traladéridéra ibis).

« Fillette, où courez-vous comm' ça ?

— Monsieur, j' m'en vais dans c' p'tit bois-là

Cueillir la noisette. »

Traladéridéra (bis).

N'y a pas d* mal à ça,

Colinette, N'y a pas dl' mal à ça.

A ses côtés, 1' monsieur s'en va.

Sautant comme elle par-ci par-là.

Traladéridéra « Où v'nez-vous donc, monsieur, comm* ça?

— J' vais avec vous dans c' p'tit bois-là.

Traladéridéra Mais jusqu'à temps qu' nous soyons là, Chantons gaîment par-ci par-là La p'tit' chansonnette. »

Traladéridéra

N'y a pas d' mal à ça,

Colinette, N'y a pas d' mal à ça.

L' monsieur lui dit, quand ils fur'nt là : « Assej'ons-nous sur c' gazon-là. »

Traladéridéra Sans résistance il l'embrassa Et, p'tit à p'tit, et cœtera.

Traladéridéra La pauvre fille, en sortant d' là, Garda 1' silence et puis pleura.

Personn' ne répète :

Traladéridéra N'y a pas d' mal à ça,

Colinette, N'y a pas d' mal à ça (1).

Le Cousin Jacques (2).

(1) Cette chanson est extraite de Nicodème dans la lune ou la Révolution pacifique, « féerie en prose et en trois actes, mêlée d'ariettes et de vaudevilles », représentée pour la première fois le 7 novembre 1790, sur le Théâtre-Français comique et lyrique (le petit théâtre de la rue de Bondy, qui devint en 1796 le théâtre des Jeunes Artistes). La troisième édition de cette pièce, qui fut publiée chez Moutardier en 1797, mentionne qu'elle fut jouée «- pour la trois cent soixante-treizième fois en 1793 ». Le succès en fut tel. en effet, qu'on la reprit au Théâtre de la Cité en 1796 et qu'elle y eut encore deux cents représentatioiis.

(2) Louis-Abel BelTroy de Reigny, né à Laon. le 6 novembre 1757, mort à Paris le 17 décembre 1811. Après avoir fait ses études au collège Louis-le-Crand, où il fut le condisciple de Camille Desmoulins et de Robespierre, il fut

CONSEILS A UNE FIANCÉE (I) Air : Mon rapport est parfait (Chanu).

Ecoute bien cela,

Cher' Paméla, Tu vas tâter d'hymen

Après-demain...

Il n'est, dans la nature,

Je t'assure, Rien de plus ennuyeux

Que d'coucher deux.

quelque temps abbé. Mais, ayant publié avec succès une satyre contre les petits abbés coureurs de ruelles, il jeta le froc pour s'adonner à la littérature. Sous le pseudonyme de Cousin Jacques, il s'essaya dans plusieurs genres et ne trouva le succès qu'avec une manière de journal fantaisiste intitulé les Lunes. Il réussit mieux encore au théâtre où son Nicodème dans la Lune lut peut-être le plus grand succès dramatique de la Révolution. Il se jeta dans l'opposition, publia le Consolateur qui fit guillotiner son éditeur et l'obligea à se cacher. Il fit en vain des avances à Bonaparte et mourut assez misérablement. — Cf. le portrait du Cousin Jacques, dans Les Oubliés et les Dédaignés, de Charles Monselet (Charpentier, édit.) et la préface des Souvenirs de Louise Fusil, par Paul Ginisty (Charles Schmid, édit.)

(1) Le titre complet de cette chanson est : « Conseils de Mme Lucrèce Boulichon, veuve de trois maris, à son amie Mlle Paméla Douillart, à la veille d'en prendre un. »

Je sais bien qu'au commencement Tu trouveras la chos' charmante, Mais au bout die huit jours ou d'trente Tu penseras tout autrement...

Ecoute bien, etc.

Sur le point, comme t'es maintenant, De t'voir unie à ton Dodore, Tu n'peux pas t'fîgurer encore Tout ce qu'un homme a de r'poussant...

Ecoute bien, etc.

Ces gueux d'hommes semblent parfaits Tant qu'on les juge sur leur mise :

Ce n*est que quand ils sont en ch'mise Qu'on voit c'qu'ils ont d'bon et d'mauvais. Ecoute bien, etc.

En vous mettant au lit, souvent.

Vous vous qu'rell'rez d'ia bonn' manière ; Tu voudras lui donner l'derrière, Il n'voudra pas céder l'devant...

Ecoute bien, etc.

Au plus léger mouv'ment qu'tu f'ras, Il s'écriera qu'tu prends trop d'place, Qu'il n'as pas l'quart de la paillasse Et qu'tu tir's à toi tous les draps... Ecoute bien, etc.

Je Tsuppos* dans la ruell'... C'est bien. Tu crois pouvoir dormir tranquille, Mais lui, pour t'échauffer la bile, Va s'coucher en rondi comme un chien... Ecoute bien, etc.

Quand il se s'ra gratté Ttalon, Ou bien l'corps dans tout's les parties, Il viendra t'faire des cajol'ries Et t'passer la main sous l'menton...

Ecoute bien, etc.

Rentrant plus d'un' fois à minuit, Sur ses jamb's à peine solide.

L'estomac plein, la bourse vide.

Il s'ra mourant l'reste d'ia nuit...

Ecoute bien, etc.

Sur le besoin d'faire lit à part, J'pourrais t'dire encor bien des choses ; Tu ne vois à présent qu'les roses, Tu verras l'épine plus tard...

Ecoute bien, etc.

Berruyer (1).

(1) Né vers 1760, mort en 1816 des suites d'une blessure reçue à la bataille de Waterloo. Fils du célèbre général Jean-François Berruyer (1737-1804), qui commanda le fameux roulement de tambours lors de l'exécution de Louis XVI, il embrassa lui-même la carrière des armes, bien que ses goûts le portassent plutôt vers la littérature badine, et devint aussi maréchal de camp.

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