‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 63 sur 97 · LE TEMPS ET L'AMOUR · texte numérisé non relu

LE TEMPS ET L'AMOUR

A voyager passant sa vie, Certain vieillard, nommé le Temps, Près d'un fleuve arrive et s'écrie :

« Ayez pitié de mes vieux ans.

5 avril 1794. Il fut tour à tour peintre, graveur, musicien, comédien, poète et député à la Convention. Une églantine d'or qu'il remporta aux Jeux floraux, dans sa jeunesse. lui causa une telle joie qu'il ajouta à son nom celui de cette fleur et qu'il abandonna le métier d'acteur pour s'adonner uniquement à la littérature. Après plusieurs insuccès au ttiéâtre qui eussent découragé tout autre auteur, il trouva enfin le succès triomphal avec son Philinte de Molière qui a longtemps passé pour la seule bonne " suite » du Misanthrope. Ami de Danton et de Camille Desmoulins, il fonda avec eux le Club des Cordeliers. Député de Paris à la Convention, il siégea à la Montagne et vota la mort du roi sans appel ni sursis. Membre du Comité de Salut public, il prit une part active à la réfection du calendrier et imagina les noms si poétiques des mois républicains. 11 fut entraîné par Danton dans sa chute, compromis dans l'obscure affaire du décret falsifié de la Convention relatif à la liquidation de l'ancienne Compagnie des Indes, impliqué dans l'affaire Chabot et condamné à mort (5 avril 1794). Il marcha au supplice avec courage, préoccupé uniquement du manuscrit d'une comédie inédite qu'on avait saisi dans ses papiers et qui fut en effet perdu. Si l'on en croit la légende, Danton, sur la charrette, lui aurait répondu par cette plaisanterie macabre : « Des vers, de? vers ' nous en ferons bientôt tous dans le sépulcre. » — Fabre d'Eglantine est l'auteur de la fameuse chanson populaire : Il pleut bergère.

Hé quoi I sur ces bords on m'oublie, Moi qui compte tous les instants I Mes bons amis, je vous supplie, Venez, venez passer le Temps. »

De l'autre côté, sur la plage.

Plus d'une fille regardait.

Et voulait aider son passage Sur un bateau qu'Amour guidlait ; Mais une d'elles, bien plus sage.

Leur répétait ces mots prudents :

« Ah 1 souvent on a fait naufrage En cherchant à passer le Temps. »

L'Amour gaîment pousse au rivage ; Il aborde tout près du Temps : Il lui propose le voyage, L'embarque et s'abandonne aux vents.

Agitant ses rames légères.

Il dit et redit dans ses chants :

« Vous voyez bien, jeunes bergères.

Que l'Amour fait passer le Temps. »

Mais tout à coup l'Amour se lasse ; Ce fut toujours là son défaut.

Le Temps prend la rame à sa place Et lui dit : « Quoi 1 céder si tôt 1

Pauvre enfant ! Quelle est ta faiblesse ! Tu dors, et je chante à mon tour Ce vieux refrain de la Sagesse :

Ah ! le Temps fait passer l'Amour. »

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