LE BAISER
Sur le gazon, dans la prairie, Lucas, au déclin d'un beau jour, Demandait à sa douce amie Le salaire de son amour.
Elle se tait ; c'est faire entendre Que son ami peut tout oser :
Lucas aimait d'amour bien tendre ; Il se contenta d'un baiser.
0 volupté I bonheur suprême !
Combien leurs cœurs furent émus I Un baiser vaut mieux, quand on aime, Que tout, sitôt qu'on n'aime plus.
Couple charmant, dans ton délire, Garde-toi bien de tout oser ; Ce doux moment doit te suffire :
On est heureux par un baiser.
-Mais plein du feu qui le dévore, Lucas, heureux et non content, Se plaint, demande et veut encore...
Hélas I nous en ferions autant.
du fameux GeolTroy. Pour ne pas laisser influeiiciM- ses appréciations par des camarades, il se condamna j'i une véritable retraite et refusa un fauteuil à IWcadthnie.
De Cloris l'œil humide et tendre Lui dit qu'il peut encore oser :
Mais cette fois ce qu'il sut prendre Ne se nomme pas un baiser.
Depuis ce jour, j'entends la belle Dire partout avec douleur Que son Lucas est infidèle, Qu'il l'abandonne à son malheur.
Je plains l'ennui qui te dévore ; Mais, hélas I pourquoi tant oser 1 Ton Lucas t'aimerait encore S'il n'avait reçu qu'un baiser.
Et vous, si, près d'une maîtresse, Vous sentez croître le désir.
Ah I prolongez sa douce ivresse ; Sachez qu'attendre c'est jouir.
Malgré le feu qui vous dévore, Gardez-vous bien de trop oser :
Vous aimerez demain encore Si vous n'obtenez qu'un baiser.