GARDEZ-VOUS, FILLETTES
Air du vaudeville du Devin du village.
Gardez-vous, sensibles fillettes, De badiner avec l'Amour ; Craignez qu'au doux son dJes fleurettes, La raison ne s'endorme un jour.
On cède, on s'oublie,
On fait la folie ; Quelque fois ce n'est rien, souvent C'est un enfant.
Agnès dit qu'elle est hydropique, Qu'elle sent un cruel tourment ; Des médecins, toute la clique.
Lui donne un vain soulagement.
Enfin l'on devine
Quelle est l'origine De la douleur qu'elle ressent :
C'est un enfant.
De son embonpoint notre abbesse, Inquiète, s'afflige fort ; Le gros prieur qui la confesse Le fait partir pour le Monfort.
Savez-vous, ma mère, Ce qu'elle y va faire ?
Des remèdes ? Non, non 1 Vraiment, C'est un enfant.
Livrée aux transports de sa flamme, Iris craignait quelque accident :
« Arrête, arrête, ah 1 je me pâme, S'écrie-t-elle. Mon cher amant,
Que rien ne t'étonne.
(Il ne vient personne ?) Je vais, dit-elle en bégayant, Faire une enfant. »
Chansonnier français (1).
(1) Le Chansonnier français ou Recueil de chansons, ariettes, vaudevilles et autres couplets choisis (1760).
LE PETIT FRÈRE Air de la Boulangère.
Qu'un jour de noce a d'agrément I
Bon Dieu ! quel jour prospère Pour le papa, pour la maman,
La tante, la grand'mère I Mais qui paraît le plus content ?
Ah 1 c'est le petit frère, Vraiment,
Ah I c'est le petit frère.
Chez la mariée, au matin,
Une prudente mère Lui doit du plus heureux destin
Confier le mystère.
La mariée, en .oupirant,
Attend le petit frère, Vraiment, etc.
Souvent, à ses jeunes parents, La future bien chère
Leur donne de jolis présents Qui savent toujours plaire.
Ses plus beaux dons, assurément, Sont pour le petit frère, Vraiment, etc.
A l'église on s'en va gaîment, C'est là la grande affaire ;
On prononce le oui charmant, Flambeau d'hymen éclaire.
Qui tient le poêle en ce moment ?
Ah 1 c'est le petit frère, Vraiment, etc.
Sans doute, au service divin Il est bien nécessaire ;
Mais dans une noce, au festin, Le jour, la nuit entière,
Le premier garçon, constamment, C'est bien le petit frère.
Vraiment, etc.
Comme l'on n'a pas toujours faim.
On devient téméraire ;
On convoite un vol clandestin, Certaine jarretière.
Qui fera ce vol sourdement ?
Ah I c'est le petit frère.
Vraiment, etc.
Le petit frère est bon à voir, Soumis, même en colère ;
Lorsqu'il a rempli son devoir Et bien fait son affaire,
La bonne sœur plus tendrement Chérit le petit frère, Vraiment, etc.
Quand l'Amour va fermer les yeux Pour un charmant mystère.
Je suis fâché d'être si vieux, Car enfin de Glycère
Je voudtrais bien en ce moment Etre le petit frère,
Vraiment, etc.