‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 70 sur 97 · LA FEUILLE A L'ENVERS · texte numérisé non relu

LA FEUILLE A L'ENVERS

L'autre jour la jeune Lisette, Aussi simple que son mouton, Quoiqu'elle ait la mine coquette Et le regard un peu fripon, A son amant, simple comme elle Et le plus sot de l'univers.

Disait : « Qu'est-ce que Ton appelle, Berger, voir la feuille à Tenvers ? »

Tout autre qu'un pareil jocrisse

Aurait saisi l'occasion

De montrer à cette novice

Ce qu'on entend par ce dicton.

Lui, pour y ruminer s'arrête

Et lui dit : « Sous ces arbres verts,

Tiens, comme moi lève la tête.

Tu verras la feuille à l'envers. »

Lisette, se sentant émue.

Lui dit : « Berger, reposons-nous. »

Et, sur le dos toute étendue.

Lançait les regards les plus doux.

« Quelle agréable solitude 1

Que ces bosquets sont bien couverts I

Dit-elle, ah 1 qu'en cette attitude

On voit bien la feuille à l'envers 1 »

« Essayons ! » dit-il, à sa belle, fit tout aussitôt le nigaud Se met sur le dos auprès d'elle, S'amuse à regarder en haut.

Amants, quand, près d'une bergère, Tant de plaisirs vous sont offerts, Vos yeux doivent voir la fougère Et les siens la feuille à l'envers.

Chansonnier français (1).

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