LA FEUILLE A L'ENVERS
L'autre jour la jeune Lisette, Aussi simple que son mouton, Quoiqu'elle ait la mine coquette Et le regard un peu fripon, A son amant, simple comme elle Et le plus sot de l'univers.
Disait : « Qu'est-ce que Ton appelle, Berger, voir la feuille à Tenvers ? »
Tout autre qu'un pareil jocrisse
Aurait saisi l'occasion
De montrer à cette novice
Ce qu'on entend par ce dicton.
Lui, pour y ruminer s'arrête
Et lui dit : « Sous ces arbres verts,
Tiens, comme moi lève la tête.
Tu verras la feuille à l'envers. »
Lisette, se sentant émue.
Lui dit : « Berger, reposons-nous. »
Et, sur le dos toute étendue.
Lançait les regards les plus doux.
« Quelle agréable solitude 1
Que ces bosquets sont bien couverts I
Dit-elle, ah 1 qu'en cette attitude
On voit bien la feuille à l'envers 1 »
« Essayons ! » dit-il, à sa belle, fit tout aussitôt le nigaud Se met sur le dos auprès d'elle, S'amuse à regarder en haut.
Amants, quand, près d'une bergère, Tant de plaisirs vous sont offerts, Vos yeux doivent voir la fougère Et les siens la feuille à l'envers.
Chansonnier français (1).