LA PETITE FILLE AU DESSERT
Ma sœur rougit, à quoi bon ?
C'est de couroux : sous la table J'aperçois le jeune Amable Qui lui trousse son jupon.
— Il lui prend... selon l'usage, Ce ruban, précieux gage
De son honneur, que partage Tout garçon siégeant ici.
— Maman, l'exemple m'invite, Et je vais grandir bien vite Pour que l'on me prenne ainsi.
LA PETITE FILLE, surprisc à minuit par sa mère, regardant par le trou de la serrure de la chambre de sa sœur.
Que vois-je sous les rideaux ?
— Ma fille, ils sont en prière !
— Mais ma sœur, vois donc, ma mère, Est à genoux sur le dos.
— C'est l'ordre de la Genèse, Femme doit, ne t'en déplaise,
Pour prier être à son aise.
— Ah 1 Dieu 1 que n*ai-je un mari 1 Dût-on m'appeler bigote
Je voudrais être dévote, Pour prier toujours ainsi.
LA PETITE FILLE allait partir, un soupir lui fait donner un coup d'œil à travers la serrure et prêter une oreille attentive.
Maman, vois-les donc tous deux,
Avec quelle ardeur ils prient I
Les entends-tu qui s'écrient :
« Mon amour... je vois... les... cieux 1 »
— Ils font, la chose est notoire, Comme un acte méritoire, L'oraison jaculatoire
Qu'en mon temps j'ai faite aussi.
— Que je serai fortunée, Quand, pendant toute l'année, Je verrai le ciel ainsi.