LÉGER
(1) François-Pierre-Auguste Léger, né à Bernay en 1766, mort à Paris en 1823. D'abord abbé, puis précepteur, il s'engagea, au début de la Révolution, dans la troupe du Vaudeville. Il suivit Piis quand celui-ci fonda le Théâtre des Troubadours et il écrivit le spectacle d'ouverture de cette scène. L'insuccès de l'entreprise le dégoûta du métier d'acteur et le décida à ne plus s'occuper que de composition dramatique. C'est dans une de ses pièces, VOrphelin et le Curé (1790), que l'on vit pour la première fois le costume ecclésiastique sur les planches.
ADÈLE ET LUCAS Air breton.
Rien n'était si joli qu'Adèle, Qui, grâce à Lucas, Arrivait à grands pas A l'âge où l'amour dit tout bas :
Amusez-vous, Belle aux yeux doux, Amusez-vous, Trémoussez-vous, Amusez-vous, belle ; Amusez-vous, Ne craignez rien.
Trémoussez-vous bien.
Un jour Lucas surprit Adèle Au fond d'un p'tit bois Où r drôle, en tapinois.
Lui cbanta pour la premier' fois :
Amusez-vous, etc.
Ce r'frain amusa tant Adèle Qu'avant de s' quitter, Sans pouvoir s'arrêter.
Elle et Lucas n' firent qu' chanter Amusez-vous, etc.
Mais un soir qu' sur Therbe nouvelle Adèr chantait ça, Un gros loup la croqua...
Fillett's, di*après cett* leçon-là, Méfiez-vous D' ce r'frain si doux :
Amusez-vous, etc.
DÉSAUGIERS (1)
(1) Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers, né à Fréjus (Provence) le 17 novembre 1772, mort à Paris le 9 août 1827. Après de solides études au collège Mazarin, où il eut pour professeur de réthorique le célèbre critique dramatique Geoffroy, il faillit entrer dans les ordres et séjourna môme quelques semaines au séminaire ; il en sortit pour faire jouer sa première pièce, le Médecin malgré lui arrangé en opéra-comique, dont son père écrivit la musique. Ce fut son premier succès : il n'avait pas dix-neuf ans. Effrayé par la Révolution, il crut trouver la tranquillité en se réfugiant chez une de ses sœurs, à Saint-Domingue. C'était jouer de malheur : l'insurrection y commençait. Il prit les armes comme tout le monde, fut fait prisonnier et faillit être fusillé. On se contenta de le jeter en prison. Il s'échappa et fut recueilli à bord d'un navire anglais en partance pour les Etats-Unis. Il tomba gravement malade à bord ; on y crut qu'il avait la fièvre jaune et, de peur de la contagion, on le débarqua presque sans ressources sur la côte, près de New-York. Il y fut recueilli par une femme qui le soigna avec dévouement et le guérit. Après un court séjour à Philadelphie, où il donna pour vivre des leçons de clavecin, il revint en France en 1797 et s'adonna tout entier au théâtre où il fit représenter, seul ou en collaboration, plus de cent vingt pièces dont quelques-unes (citons, entre autres, le Dîner de Madelon) obtinrent le succès le plus franc. En 1808, le libraire Capelle ayant ressuscité le Caveau, sous la présidence de Laujon, fit appel à Désaugiers,
LE LOUP N'EST PAS SI MÉCHANT Air auvergnat du vaudeville : // arrive.
Vous vous souv'nez d' la pauvre Adèle Qui chantait tant le r*frain d' Lucas ? Quoiqu'un loup eût croqué la belle, Vous saurez qu'ell' n'en mourut pas ; Et partout, En se gaussant d'elle, On disait : Mam'selle A donc vu le loup 1 Mais c'tapendant, En gaussant d'ia sorte, Chaque fille au champ S'en allait chantant :
Drès qu'Adèle n'est pas morte, L' loup n'est pas si méchant.
qui en devint bientôt le président à son tour. Ce fut lui qui découvrit, et produisit dans le monde littéraire Déranger, dont il avait deviné le talent. Désigné par Barré pour lui succéder à la tête du Vaudeville, il en prit la direction en 1815 et en 1825 et ramena la faveur du public à cette scène un peu délaissée. C'est alors que sa santé s'altéra. On crut le guérir en l'opérant de la pierre : il ne i)ut résister à l'opération et mourut stoïquement. — Il est l'auteur de la chanson populaire: Quand on est mort, c'est pour longtemps, et le créateur de deux types popularisés par ses chansons ou ses vaudevilles : M. Dumollet et M. Vautour. On l'a surnommé VAnacréon français.
Par la curiosité piquée, Suzon, un soir, en tapinois, Au risque de se voir croquée, Va trouver I* loup au fond du bois.
Pour Suzon Ce croqueur de filles, C*t émoi des familles, Fut un vrai mouton...
Via qu' révén'ment Dans r pays s' rapporte, Claudine l'entend Et s* dit en souriant ; Drès qu'Suzon n'est pas morte, L' loup n'est pas si méchant.
L'iend'main Claudin', en p'tit' bavarde, S'en va criant dans tout l'canton Que r loup dont tout le monde s' garde N'est autre chose qu'un mouton.
V'ià qu' sur c' mot Thérèse, Jeannette Victoire, Fanchette, Javotte, Margot,
Au bois vifment Courent sans escorte Et le soir gaîment Revienn'nt en chantant :
Drès qu' pas un' n'en est morte L* loup n'est pas si méchant.
Au bout d' queuqu's jours, vite et pour cause, Fallut marier tous ces minois ; D'autres minois, plus frais qu' la rose, Vinrent au monde au bout d' queuqu's mois; Et par nous Chaqu' fillette instruite, Loin d' prendre la fuite Quand on parle d' loups,
Dit tout bonn'ment.
Sitôt qu'on l'exhorte A fuir sagement :
Drès qu' maman n'est pas morte, L' loup n'est pas si méchant.
DÉSAUGIERS