‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 80 sur 97 · VOILA GOMMENT L'ESPRIT VIENT · texte numérisé non relu

VOILA GOMMENT L'ESPRIT VIENT

Air : C'est la petite Thérèse.

Ne v'Ià pas deux mois encore

Qu' j*étais sott' comm' je n' sais quoi.

On m'app'lait p'tite pécore,

Et tout chacun s'moquait d'moi.

J' leur répondais en colère :

Est-c' que Tesprit pouss' comm' ça ?

Gn'y a temps pour tout : laissez faire...

P'tit à p'tit, j* sens qu'ça m* viendra.

Chez nous, l'autr' jour, sans qu' j'y pense, Benjamin arrive, et v'ià Qu' tout en badinant il m' lance R'gards par-ci, p'tits mots par-là :

Ma têt' brûle, mon sang s' fige, Qu'est-c'qu'c'estdoncquec'mal qui m'tient?

Si c'est d' l'esprit, mon Dieu, m' dis-je, Qu' ça fait mal quand ça vous vient 1...

D'puis c' moment, ma p'tit' cervelle A d'mi-mot sait tout saisir.

J' veux toujours paraîtr' plus belle ; Vrai, je m' forme à fair' plaisir.

Plus j'avance, plus je trouve Queuq' chose en moi d'inconnu...

Je n* sais pas trop c' que j'éprouve.

Mais j' sens ben qu' l'esprit m'est v'nu.

DÉSAUGIERS

LE COUP DU MILIEU Air : In vino veritas.

Nos bons aïeux aimaient à boire, Que pouvons-nous faire de mieux ?

Versez, versez ! je me fais gloire De ressembler à mes aïeux 1 Entre le Chablis que j'honore Et TAï dont je fais mon dieu, Savez-vous ce que j'aime encore ?

C'est le petit coup du milieu.

Je bois quand je me mets à table Et le vin m'ouvre l'appétit ; Bientôt ce nectar délectable, Au dessert, m'ouvrira l'esprit.

Si tu veux combler mon ivresse.

Viens, Amour, viens, espiègle dieu, Pour trinquer avec ma maîtresse, M'apprêter le coup du milieu.

Ce coup, mes très chers camarades, A pris naissance dans les cieux ; Les dieux buvaient force rasades.

Buvaient enfin comme des dieux.

Les déesses, femmes discrètes, Ne prenaient point goût à ce jeu.

Vénus, pour les mettre en goguettes, Proposa le coup du milieu.

Aussitôt cet aimable usage Par l'Amour nous fut apporté ; Chez nous son premier avantage Fut d'apprivoiser la beauté.

Le sexe, à Bacchus moins rebelle.

Lui rend hommage en temps et lieu Et Ton ne voit pas une belle Refuser le coup du milieu.

Buvons à la paix, à la gloire I Ce plaisir nous est bien permis ; Doublons les rasades pour boire A la santé de nos amis I De Momus disciples fidèles.

Buvons à Panard, à Chaulieu ; Mais pour la santé de nos belles, Réservons le coup du milieu.

Armand Gouffé (1).

(1) Armand Gouffé de Beauregard, né à Paris en 1775, mort à Beaune (Côte-d'Or) en 1845. Ayant fait d'excellentes études au collège d'Harcourt, il entra, sous le Directoire, au ministère des finances où il devint sous-clief de bureau. Il s'affilia, en 1796, à la société gastronomique des Dîners du Vaudeville d'où devait naître le Caveau moderne. — Il est l'auteur de la chanson populaire : Plus on est de fous plus on rit.

LES CARESSES Air : Femmes, voulez-vous éprouver.

Et pour les cœurs et pour les sens Une caresse est toujours chère ; C'est le plus heureux des présents Que le ciel avait pu nous faire.

Les caresses doivent charmer Tout être fait pour la tendresse :

Pourrions-nous ne pas les aimer 1 Nous naissons tous d'une caresse.

Au sein d'un plaisir enchanteur, Même quand la bouche est muette, Pour doubler le prix dlu bonheur Le plaisir veut un interprète :

Ah 1 lorsque l'on sait bien aimer, Plus éloquente en son ivresse.

Bouche qui ne peut s'exprimer Nous dit tout par une caresse.

Ah 1 combien j'aime à caresser Une taille fine et jolie 1 Combien ma bouche aime à presser Le cou, le sein de ma Délie I

Vers son cœur que j'aime à pencher I Des sens veut-on doubler l'ivresse ?

C'est dans le cœur qu'il faut chercher Tout le charme d'une caresse.

Une caresse a mille attraits ; Mais la rose cache une épine :

Quelquefois des plus doux bienfaits On pare ceux qu'on assassine.

Oui, d'une caresse à son tour La douceur est souvent traîtresse :

Car le serpent, comme l'amour, Naît de la plus douce caresse.

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