‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 81 sur 97 · DUPATY · texte numérisé non relu

DUPATY

(1) Louis-Emmanuel-Félicité-Charles Mercier Dupaty, né à Blanquefort (Gironde) en 1775, mort en 1851. C'est le frère du statuaire et le fils du célèbre magistrat communément appelé le président Dupaty. Il assista, comme marin, au combat dans lequel périt le vaisseau le Vengeur, fut quelque temps ingénieur hydrographe et ne tarda pas à s'abandonner à son penchant pour le théâtre. Il débuta, en 1802, par un petit opéra-comique, les Valets dans l'antichambre, qui était une critique assez mordante des adulateurs de Bonaparte. Cela lui valut un petit emprisonnement et l'interdiction de sa pièce. Sous la Restauration, il se fit journaliste et écrivit avec succès dans la Minerve. L'Académie française l'accuelim en 1835.

ÉLOGE DU FRÈRE BONAVENTURE Air de Joconde.

Ne disputons pas des couleurs,

Des goûts ni de l'usage :

Pour blâmer ce qu'on aime ailleurs

On n'en est pas plus sage ;

Florence a certaine façon

Dont la France murmure ; Pour moi, je n'aime que le confrère Bonaventure.

D'abord, je l'ai connu petit :

Qu'alors il était drôle I On jugeait à son appétit

Qu'il jouerait un grand rôle.

On vous le bourrait de bonbons,

Sans règle ni mesure ; Cela fit souvent mal au confrère Bonaventure.

Il est ami dlu genre humain.

Nul n'est plus charitable ; On dit qu'il s'est fait capucin

Pour être secourable ; Si le flambeau de Cupidon

Vous fait quelque blessure, Chacun vous dira: « Vite, au confrère Bonaventure 1 »

Je ne sais pourquoi bien des gens Blâment son ordinaire ;

Il a pour la chair en tout temps Dispense du Saint-Père ;

Par délicatesse ou par ton, Mainte triste figure Demeure à la porte du confrère Bonaventure.

Félicitons, petits et grands.

Cent fois ce vénérable ;

Jamais il n'aura mal aux dents, — Cest chose indubitable, —

Pour une assez bonne raison :

L'auteur de la nature

A refusé des dents au confrère Bonaventure.

Il a quelques défauts pourtant, Je n'en fais point mystère ;

Il tette encore et fait l'enfant, Grand comme père et mère ;

Et quoi qu'il soit sans dents, dit-on, Bien des gens, je vous jure, Ont été mordus par le confrère Bonaventure.

Il est plus profond qu'on ne croit, Malgré les apparences ;

Nul ne possède mi^ux le diroit, C'est un puits de science ;

Il m'inspire cette chanson

D'où l'on peut bien conclure Que je raisonne comme un confrère Bonaventure (1).

(1) Quelle que puisse être la répugnance qu'on ait à aller des chansons galantes, voire gaillardes, aux chansons licencieuses et môme graveleuses, il était bien difficile de ne pas citer ici quelqu'un des vaudevilles chantés couramment au dix-huitième siècle, sur tous ces théâtres privés, — « clandestins », comme on les a appelés, — qui furent de véritables écoles de libertinage. Parmi ceux-ci, le plus célèbre est demeuré le théâtre de la Guimard, surtout à l'époque où elle fut entretenue par le maréchal de Soubise. Nous avons choisi, parmi les chansons qui furent chantées là, et que Métra appelait justement « d'assez plates polissonneries », un des vaudevilles les plus caractéristiques — il y a pire 1 — qu'ait recueillis la Correspondance secrète politique et littéraire (19 mars 1776). 11 ne faut pas oublier, d'ailleurs, que ces spectacles n'étaient pas seulement donnés sur les théâtres « privés ». Aux fêtes que le comte de Provence fit célébrer à Brunoy, en 1780, devant le roi et la cour, on joua VAmant statue de Desfontaines, dont plusieurs scènes étaient si graveleuses que « les comédiens, rougissant eux-mêmes des rôles qu'on leur faisait jouer, ont déclaré qu'ils n'oseraient jamais le faire sans les ordres du monarque ». SI l'on en croit un annaliste du temps, cette comédie était en effet « si libre qu'il fallut envoyer chercher au dehors une nouvelle provision d'éventails ». Plus tard, quand cette même pièce fut représentée au Théâtre-Français, on dut, a-t-on expliqué, « supprimer ne qu'il y a de trop fort dans les gravelures qui, excellent/ s dans un spectacle particulier, ne peuvent se tolérer dan', un spectacle public ». (Cf Armand Brette, Propos du Siècle, Maison des Publications littéraires et politiques, édit.). — Et voilà qui suffira à démontrer que la licence n'est pas née d'hier et que ce n'est pas uniquement aux cafés-concerts que nous devons les chansons égrillardes jusqu'à "ordure.

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