‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 83 sur 97 · LE BEDEAU · texte numérisé non relu

LE BEDEAU

Air : Sens devant derrière, sens dessus dessous.

Pauvre bedeau I métier d'enfer !

La grand'messe aujourd'hui me damne.

Pour me régaler du plus cher,

Au beau coin m'attend diame Jeanne.

Voici l'heure du rendez-vous ;

Mais nos prêtres s'endorment tous.

Ah I maudit soit notre curé I

Je vais, sacristie !

Manquer la partie.

Jeanne est prête et le vin tiré.

lie, missa est, monsieur le curé I

Louvre. Enfin, Arnault lui fît obtenir une place d'expéditionnaire dans les bureaux de l'Université. Cependant, au cours de ces années de misères, il avait entassé rimes sur pimes, avait voulu tâter du théâtre, esquissé une comédie en vers (les Hermaphrodites), commencé un poème épique (Clovis), une idylle en quatre chants (le Pèlerinage) manifestement due à l'influence de Chateaubriand. C'est alors que Désaugiers le présenta au Caveau (1813) et que le succès très franc du Roi d'Yvetot imposa son nom à la foule. Ce n'est cependant que deux ans plus tard qu'il se risqua à publier son premier recueil de chansons (1810), lequel fut très favorablement accueilli. Le second recueil (1821) lui fit perdre sa place et lui valut, malgré une étincelante plaidoirie de Dupin, une condamnation à trois mois de prison et cinq cents francs d'nmende pour atteinte à la

Nos enfants de chœur, j'en réponds, Devinent ce qui me tracasse.

Dépêchez-vous, petits fripons, Ou vous aurez des coups de masse.

Chantres, c'est du vin à dix sous : Chantez pour moi comme pour vous.

Mais maudit soit, etc.

morale religieuse et offense envers le roi Louis XVIII. Cette rigueur réussit simplement à le faire incarner, aux yeux du peuple, l'opposition libérale qui fit un succès triomphal à son troisième recueil de chansons (1825). Le quatrième (1828) lui valut une nouvelle condamnation, cette fois à dix mille francs d'amende et à neuf mois de prison, pour de nouveaux outrages à la religion et des attaques contre le roi Charles X. En exploitant le souvenir de ces persécutions, il n'eût tenu qu'à lui d'obtenir de la monarchie constitutionnelle tous les honneurs qu'il eût voulus et les emplois les plus brillants. Tout au contraire, il refusa la croix et s'éloigna de Paris. La faveur populaire l'y rappela en 1848 où il fut, malgré ses protestations, envoyé à la Constituante. Il démissionna dès les premier jours, malgré les objurgations les plus pressantes, et regagna sa petite retraite. Le retour de l'Empire ne réussit pas à le faire sortir de sa réserve : il repoussa plus dédaigneusement que jamais tous les honneurs et refusa, comme avait fait Désaugiers, le fauteuil que lui offrait l'Académie. Cependant, la diminution de ses revenus, due surtout à son inépuisable charité, l'obligèrent à rentrer à Paris où il fut, jusqu'à ses derniers Jours, l'objet d'un véritable culte populaire. Sa mort fut un véritable deuil public et ses obsèques donnèrent Heu à une inoubliable manifestation. — Son nom reste attaché à la création de types immortels tels que Lisette, Roger Bontemps ou le Marquis de Carabas. Les chansons de lui qui sont devenues populaires ne se comptent plus. Enfin les principaux personnages de ses chansons, comme lui-môme, ont inspiré de nombreuses pièces de théâtre.

Notre suisse, allongez le pas ; Surtout faites ranger ces dames.

La quête ne finira pas :

Le vicaire lorgne les femmes.

Ah I si la gentille Babet Pour se confesser l'attendait 1 Mais, maudit soit, etc.

Curé, songez à la Saint-Leu :

Ce jour-là vous dîniez en ville.

Quel train vous nous meniez, morbleu I

On passa presque l'Evangile.

En faveur de votre bedeau

Sautez la moitié du Credo.

Mais, maudit soit, etc.

BÉRANGER

Page 1