LA BACCHANTE
Air : Fournissez un canal au ruisseau.
Cher amant, je cède à tes désirs :
De Champagne enivre Julie, Inventons, s'il se peut, des plaisirs ; Des amours épuisons la folie.
Verse-moi ce joyeux poison ;
Mais surtout bois à ta maîtresse :
Je rougirais de mon ivresse
Si tu conservais ta raison.
Vois déjà briller dans mes regards
Tout le feu dont mon sang bouillonne.
Sur ton lit, de mes cheveux épars, Fleur à fleur vois tomber ma couronne.
Le cristal vient de se briser :
Dieux î baise ma gorge brûlante, Et taris l'écume enivrante Dont tu te plais à l'arroser.
Verse encor ! mais pourquoi ces atours
Entre tes baisers et mes charmes ?
Romps ces nœuds, oui, romps-les pour toujours; Ma pudeur ne connaît plus d'alarmes.
Presse en tes bras mes charmes nus.
Ah I je sens redoubler mon être !
A l'ardeur qu'en moi tu fais naître Ton ardeur ne suffira plus.
Dans mes bras tombe enfin à ton tour ; Mais, hélas 1 tes baisers languissent.
Ne bois plus, et garde à mon amour Ce nectar où tes feux s'amortissent.
De mes désirs mal apaisés.
Ingrat, si tu pouvais te plaindre, J'aurai du moins pour les éteindre Le vin où je les ai puisés.
BÉRANGER (1)
(1) Pierre-Jean de Béranger de Mersix, né à Paris le 19 août 1780, mort dans la môme ville le 16 juillet 1857. Son enfance s'écoula d'abord en Bourgogne ; puis, à partir de 1789, dans une petite pension du faubourg Saint-Antoine, sur le toit de laquelle il assista à la prise de la Bastille ; enfin, à Péronne, chez une de ses tantes aubergistes qui eut pitié de lui et lui fit apprendre à lire, à écrire et à compter. Peu après, un ancien député à la Législative, Ballue de Bellanglise, ayant fondé à Péronne des écoles primaires gratuites, c'est là qu'il fit des études rudimentaires. Tour à tour, il fut dès lors apprenti imprimeur, commis chez son père, qui s'occupait pour l'instant d'opérations de banque (il ne tint même qu'à lui d'être aussi établi à son compte), et commis de cabinet de lecture, rue Saint-Nicaise, où il faillit périr dans l'explosion de la machine infernale. C'est de cette époque que datent ses premiers essais qu'encouragea Lucien Bonaparte. Mais la fortune ne lui souriait guère. A vingt-cinq ans, il n'avait encore d'autres moyens d'existence qu'un modeste emploi chez le peintre Landon, qui lui confia la rédaction de son Musée, catalogue illustré du