LA CHATTE
Air : La petite Cendrillon.
Tu réveilles ta maîtresse, Minette, par tes longs cris.
Est-ce la faim qui te presse ?
Entends-tu quelque souris ?
Tu veux fuir de ma chambrette, iPour courir je ne sais où.
Mia-mia-ou ! Que veut minette ?
Mia-mia-ou I C'est un matou.
Pour toi je ne puis rien faire ;
Cesse de me caresser.
Sur ton mal l'amour m'éclaire :
J'ai quinze ans, j'y dois penser.
Je gémis d'être seulette
En prison sous le verrou.
Mia-mia-ou I Etc.
Si ton ardeur est extrême, Même ardeur vient me brûler ; J*ai certain voisin que j'aime, Et que je n'ose appeler.
Mais pourquoi, sur ma couchette.
Rêver à ce jeune fou ?
Mia-mia-ou 1 Etc.
C'est toi, chatte libertine,
Qui mets le trouble en mon sein.
Dans la mansarde voisine
Du moins réveille Valsain.
C'est peu qu'il presse en cachette
Et ma main et mon genou.
Mia-mia-ou I Etc.
Mais je vois Valsain paraître 1 Par les toits il vient ici.
Vite, ouvrons-lui la fenêtre :
Toi, minette, passe aussi.
Lorsqu'enfin mon cœur se prête Aux larcins de ce filou, Mia-mia-ou 1 que ma minette Mia-mia-ou 1 trouve un matou.
BÉRANGER
LE COxXTRAT DE MARIAGE
(imité d'un ancien fabliau) Air : Ah ! daignez m' épargner le reste.
« Sire, de grâce, écoutez-moi I »
(Le prince courait chez sa dame.) « Sire, vous êtes un grand roi ; Daignez me venger de ma femme. »
Le roi dit : « Qu'on tienne éloigné Ce fou qui m'arrête au passage.
— Ah ! sire, vous av€z signé Mon contrat de mariage. »
Ces mots font sourire le roi :
« Gardes, je défends qu'on l'assomme.
Vilain, dit-il, explique-toi.
— Sire, j'ai fait le gentilhomme.
J'acquis d'un argent bien gagné Château, blason, titre, équipage ; Et, sire, vous avez signé
Mon contrat de mariage.
J'ai pris femme noble aux doux yeux, Aux mains blanches, au cou de cygne.
Son père a dit : « Par mes ayeux, « Mon gendre, il faut que le roi signe. »
Votre nom fut accompagné D'un pâté de mauvais présage, Sire, quand vous avez signé Mon contrat de mariage.
J'étais en habit de gala, Sire ; et, pour abréger l'histoire, Rappelez-vous que ce jour-là Un beau page tint l'écritoire.
Ma femme ici l'avait lorgné.
Hier, je l'ai surpris... Quel outrage Pour vous dont la plume a signé Mon contrat de mariage I 9
Le roi dit : « Je n'ai qualité Que pour guérir les écrouelles.
Un diable, cornard effronté, Vilains, ici guette vos belles.
Sur les rois même il a régné Et met un sceau de vasselage A tous les gens dont j'ai signé Le contrat de mariage. »
Le livre où j'ai puisé ceci Ajoute que l'époux morose Faillit mourir de noir souci.
Et que d'un dicton il fut cause :
Dès qu'un mari peu résigné Prêtait à rire au voisinage, Le roi, disait-on, a signé
Son contrat de mariage. béranger.