‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 86 sur 97 · LA MARRAINE · texte numérisé non relu

LA MARRAINE

Air de la Boulangère.

Marraine, qui nous instruisez,

Dès Tmoment où nous sommes, Rien qu'à l'tenir vous qui prisez

L*cœur de messieurs les hommes ; J*suis en âg' d'avoir un amant :

Dit's-moi donc, ma marraine.

Comment,

Comment qu'y faut qu'je l'prenne ?

J'vois deux morveux qui m'font la cour

Se frotter à ma jupe ; L'un a l'nez long, l'autre a l'nez court,

Et c'est là c'qui m'occupe ; Ces deux morveux sont bien tournés :

Dit's-moi donc, ma marraine.

Est-ce au nez,

Au nez qu'y faut qu'je l'prenne ?

L'un est un roux, dur et sournois, Tout frais v'nu d'sa province,

Qui n'me fait rien qu'en tapinois.

Qui m'chatouille et qui m'i)incc' ;

Dur comme il est, c'est un homm' sûr : Dit's-moi donc, ma marraine,

Est-c' le dur.

Le dur qu'y faut que j 'prenne ?

L'autre est un brun, bien dru, bien droit,

Plein d'esprit et d'bravoure ; Otez-lui la main d'un endroit,

Dans un autre il la fourre ; Dru comme il est, j'aurais d'son cru :

Dit's-moi donc, ma marraine, Est-c' le dru.

Le dlru qu'y faut que j 'prenne ?

^/un n'est pas plus haut que cela,

Mais il n'iui faut pas d'aide ; Quand je l'tiens dans ces cinq doigts-là,

Jarni I comme il est raide I Tout p'tit qu'il est, ça m'divertit :

Dit's-moi donc, ma marraine, Est-c' le p'tit.

Le p'tit qu'y faut que j'prenne ?

L'autre est si gros que je n'crois point

Que par ma porte il passe ; Mais rien n'Iui sied comme l'embonpoint.

Car jamais y n's€ lasse ; Gros comme il est, ça n'a pas d'os :

Dit's-moi donc, ma marraine, Est'c' le gros.

Le gros qu'y faut que j'prenne ?

Le choix vous semble embarrassant,

J'en juge à vot' silence ; Vot' filleule a Tcœur innocent !

C'est c'qui fait qu'ell' balance.

Pour n'pas fair' de choix hasardeux, Dit's-moi donc, ma marraine, Est-c' les deux Les deux qu'y faut que j'prenne ?

Attribuée à Déranger.

LES BAISERS Air du Baiser au porteur.

Hier, je pinçais de la guitare.

Mon cousin admirait ma main ; Pour la baiser il s'en empare ; Moi, je la retire soudain.

En fille sage et bien apprise, J'ai toujours cet avis présent, Qu'il faut, die peur d'une surprise, Savoir se retirer avant.

Mon cousin fit un peu la moue ; Puis, en se levant brusquement, Il m'appliqua sur chaque joue Deux baisers un peu lestement.

Je fis semblant d'être sévère Et, sachant à propos rougir.

Je lui montrai de la colère Afin de cacher mon plaisir.

On eût dit, à mon air farouche.

Que rien ne pouvait m'apaiser, Lorsqu'Armand me ferme la bouche En la couvrant d'un long baiser.

C'est bien à tort que l'on répète Que notre sexe aime à jaser ; Je resterais cent ans muette Au prix d'un semblable baiser.

En jouant, mon fichu s'envole,

Et mon cousin, fort peu décent,

Reste tout debout et se colle

Sur deux jumeaux qui n'ont qu'un an.

De mon corps une douce flamme

Embrasa le plus petit coin ;

Je n'aurais pas cru, sur mon âme.

Qu'un baiser pût aller si loin.

Le soir, vêtue à la légère,

Et quoiqu'il fît un peu de vent,

Je m'endormis sur la fougère ;

J'y fus surprise par Armand.

Hélas I dans ce lieu solitaire,

Le fripon, en diéterminé,

Me donne un baiser où mon père

Ne m'en avait jamais donné.

Pour échapper au téméraire.

Le lendemain, dans le vallon, Je dormis ks yeux, contre terre, Et les deux mains dessus mon front.

Je ris en le voyant paraître

Et je crus son espoir déçu...

Il s'approche, il me prend, le traître 1...

Par bonheur, je n'en ai rien vu.

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