‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 87 sur 97 · ROUGEMONT · texte numérisé non relu

ROUGEMONT

(i) Michel-Nicolas Balisson, baron de Rougemont, né à La Rochelle le 7 février 1781, mort à Paris le 16 juillet 1840. Ayant perdu son père en 1797, il servit quelque temps dans la marine, puis combattit dans l'armée vendéenne en qualité d'officier d'ordonnance du marquis de Grignon et du comte de Suzannet. Venu à Paris en 1800, il y embrassa les idées libérales, fit du journalisme et surtout du théâtre. Décoré de la Légion d'honneur en 1826, membre du Caveau et de la société des Soupers de Momus, il a, seul ou en collaboration, signé près de deux cents pièces de théâtre dont la plupart ont eu du succès et parmi lesquelles il suffira de citer le Sultan Misapouf ou Vours du sérail, donl Scribe a tiré plus tard VOurs et le pacha.

LES PETITS PIEDS DE LISE Air : Suzon sortait de son village.

Qu'un autre chante de Délie

Le corsage et la blanche main,

Le bras ou la jambe arrondie,

Les beaux yeux, la bouche ou le sein ;

Je veux chanter

Et répéter Qu'avec ses pieds Lise a fait ma conquête :

Ses pieds jolis

Sont si petits

Qu'il m'est permis Je crois d'en être épris.

Que de tourments l'amour m'apprête !

Depuis le jour qu'il me blessa.

Lise, avec ces petits pieds-là Vous trottez dans ma tête.

Rempli dti feu qui me dévore.

Souvent je cherche à vous saisir ; Mais ces petits pieds que j'adore Vous servent, hélas I à me fuir.

Sans nul égard.

Quand par hasard J'ose exprimer mon ivresse sincère,

Vous refusez, Vous m'opposez Mille raisons Et d'ennuyeux sermons.

Ah I Lise, malgré votre mère, Le tendre amour qui vous forma Vous a fait ces petits pieds-là Pour marcher à Cythère.

Quand le réveil de la nature S'embellit des jours du printemps.

Seule sur l'humide verdure Vous parcourez les bois, les champs ;

Dans un taillis

Je me blottis, Brillant d'espoir, mon œil charmé vous guette ;

J'attends tout bas

Quelque faux pas ;

Mais, vains projets I Vous ne tombez jamais.

Et pourtant, cruelle fillette.

Le plaisir qui vous anima Vous a fait ces petits pieds-là Pour glisser sur l'herbette.

Quand je vous trouve trop agile A fuir les amoureux dangers, Je puis vous nommer comme Achille :

Divine Lise aux pieds légers.

Mais si toujours Pour les amours Vous nourrissez C€tte austère rudesse, Le temps jaloux, Dans son courroux.

Pour me venger Saura vous outrager !

Vous brillez d''attraits, de jeunesse ; Mais, un jour, tout se flétrira :

Lise, avec ces petits pieds-là, On court à la vieillesse.

MONPERLIER (1).

(1) Jean-Antoine-Marie Monperlier, né à Lyon en 1788, mort à Paris en 1819. Tandis qu'il étudiait le dessin industriel dans une fabrique lyonnaise, il publia un recueil de vers (1811) et fit représenter quehiues œuvres dramatiques qui furent accueillies favorablement. Cela l'incita à venir à Paris où, après avoir fait jouer, sans s'enrichir, une vingtaine de pièces, il mourut à trente et un ans à peine, épuisé par le travail.

THOMAS ET USETTE Air : Mon père était pot.

Piron plus gai que délicat, Sans nul préliminaire, Dit partout qu'un chat est un chat.

Moi, je suis plus sévère.

Souvent un seul mot

En dit beaucoup trop ; Mais qu'un gaze fine.

Sans cacher les traits.

Voile les portraits, Le reste se devine.

Lisette aimait le beau Thomas,

La chose est naturelle.

Thomas était joli garçon,

V avait su lui plaire ; Mais, sages tous deux.

Chacun sent fort bien

Que, chez leurs pèr's et mères.

Ils ne pouvaient pas.

Par rapport aux mœurs...

Le r€ste se devine.

Cependant, suivez-bien le fil

De cette triste histoire.

Thomas, revenant du hameau, Aux champs surprit Lisette.

Soudain, chapeau bas

Et fort poliment, Il lui tint ce langage :

« M'aimes-tu toujours ? »

Lisette dit : « Oui. »

Le reste se devine.

Ils avaient fort longtemps bavardé

Sur la verte fougère Et Teau qui tomba par torrents Les surprit dans la plaine.

Lors, pour mieux courir,

Lisette troussa Ses jupons et sa robe ;

Puis, prenant la main

De l'heureux berger, Le reste se devine.

Il n'était pas encor très tard, Ce qui fut bientôt cause Que, lorsque la belle rentra.

Ses parents l'aperçurent.

Las ! en quel état L'amoureux Thomas Avait-il mis la belle I Son œil était vif,

Son cœur était gros, Le reste se devine.

Après avoir examiné

La tremblante bergère, Sa mère lui dit : « Se peut-il ?

Il n'est donc plus de dtoute ?

Vos bas sont salis.

Vos jupons fripés,

Votre marche est gênée.

Vos yeux sont brillants, Votre dos est vert...

Le reste se devine. »

La fillette allait s*excuser

Quand le père, en colère.

Se lève de contre le feu

Et dit, cassant sa pipe :

« Ah I je n'y tiens plus.

C'est un peu trop fort !

Sors d'ici, malheureuse. »

Puis, armant son bras

D'un manche à balai, Le reste se devine.

Sans se le faire répéter, La tremblante bergère.

Au troisième coup de balai.

S'enfuit à toutes jambes.

Dans son désespoir.

Passant sur un pont, Elle eut assez de force

Pour prier le ciel ;

Et, du parapet,...

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