‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 89 sur 97 · TOURNEMINE · texte numérisé non relu

TOURNEMINE

(1) Nous avons tenu à reproduire, à titre de curiosité sinon d'exemple, une de ces chansons que les membres des dîners du Vaudeville ou du Caveau improvisaient à table en quelques minutes.

(2) Pierre Tournemine, né vers 1790, mort à Paris en 1846. Il fut directeur de l'Ambigu-Comique en 1829 et 1830. puis du petit théâtre Bobino depuis 1842 jusqu'à sa mort. Membre du Caveau, il a, seul ou en collaboration, fait représenter de nombreuses pièces de théâtre, mais surtout des mélodrames dont quelques-uns obtinrent un grand succès.

LA COUSINE STUDIEUSE Air du Carnaval de Déranger.

Ils sont enfin terminés vos voyages 1 Mon cher cousin, vous voici de retour ; Vous connaissez bien des mœurs, des usages, Vous m'apprendrez tout cela tour à tour ; Vous avez vu l'univers à la ronde, Moi je voudrais, vous ayant pour soutien, Voir du pays : voici ma mappemonde, Ah ! montrez-moi ce que vous savez bien î

Utilisant les loisirs de l'absence, Vous avez mis les instants à profit ; Aussi j'appris que dans chaque science Vous aviez pu devenir érudit, Que vous saviez les revers et la gloire Du nouveau monde ainsi que de l'ancien ; Oui, l'on vous dit des plus forts sur l'histoire, Ah I montrez-moi ce c[ue vous savez bien I

De la nature admirateur fidèle,

Vous avez su deviner ses secrets

Et chaque fleur, à vos vœux peu rebelle,

A vos regards dévoile ses attraits.

La botanique à mes yeux est divine ; Les fleurs, dit-on, forment un doux lien : Dans le pistil je veux voir l'étamine, Ah I montrez-moi ce que vous savez bien I

Mon cher cousin, Florence vous vit naître

Et les trésors du langage toscan

Vous sont connus. Ah 1 devenez mon maître ;

Je sens mon cœur rempli d'un noble élan :

Je veux traduire idylle, ode ou harangue,

Je veux enjQn parler italien —

On la prétend si douce votre langue ! —

Ah I montrez-moi ce que vous savez bien I

Dans l'art léger qu'enseigne Terpsichore, Rival heureux des Albert (1), des Perrot (2), On croit en vous revoir l'amant de Flore ; Grâce et vigueur sont, dit-on, votre lot. Vers ce bel art un doux penchant m'entraîne, Instruisez-moi ; réformez mon maintien.

On dit qu'un six, vous le passez sans peine. Ah I montrez-moi ce que vous savez bien I

{{) Célèbre danseur, puis maître de ballets à l'Opéra, surtout connu pour avoir composé et mis à la scène de façon agréable le divertissement de la Favorite et la Jolie fille de Gand (1842), un ballet d'Adolphe Adam qui eut quelque succès.

(2) Célèbre danseur, puis maître de ballets à l'Opéra, surtout connu pour avoir épousé Carlotta Grisi, la rivale de Taglioni et de Fanny Elssler, la célèbre créatrice de Giselle.

J'entends citer en tous lieux votre adresse,

A maint rival vous l'avez fait sentir ;

De votre coup on vante la justesse ;

Que je voudrais, cousin, vous voir au tir !

De ce désir mon âme est occupée,

De l'accomplir vous avez le moyen :

Je veux vous voir tirer à la poupée.

Ah I montrez-moi ce que vous savez bien !

Notre cousin était aimable et tendre Et la cousine avait si doux minois Qu'à ses souhaits il fallut bien se rendre. Le cours complet ne dura pas neuf mois. Dès le premier, le professeur devine Qu'à son élève il n'enseigne plus rien ; Car le cousin à sa belle cousine Avait montré ce qu'elle savait bien.

Alphonse (1).

(1) Alphonse-Théodore Cerfbeer, né en 1797, mort le 25 décembre 1859. Ancien élève de l'Ecole polytechnique, il a été régisseur du théâtre du Gymnase sous la direction Delestre-Poirson et s'est consacré aux œuvres de vulgarisation sociale et à la littérature dramatique. Ses nombreuses pièces de théâtre ont été signées de son seul prénom d'Alphonse.

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