‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 96 sur 97 · LE CRUCHON · texte numérisé non relu

LE CRUCHON

Que j'enrage d'aimer Nicaise, Disait Dorine l'autre jour ; Tout autre que lui serait aise De m'inspirer autant d'amour :

Mais, loin d'en marquer quelque envie, C'est le plus sot et froid garçon ; Il mérite bien qu'on s'écrie :

Ah I le cruchon I Ah I ah I ah I ah I le cruchon I

Sur une naissante verdure, Avant le lever du soleil, Goûtant la fraîcheur la plus pure, J'affectais un tendre sommeil.

Ma gorge était à demi-nue, Tout lui <Msait : il y fait hon.

Il se contenta de la vue.

Ah ! etc.

Dans une paisible retraite, Aux accents de son chalumeau.

Je formais des pas sur l'herbette ; Que son sort devait être beau !

Pour le favoriser, je glisse Et je tombe sur le gazon ; Il me releva sans malice.

Ah î etc.

Hier, pour le jour de ma fête, Je lui demande un beau bouquet.

« Quel bouquet faut-il que j'apprête, Dit-il ? Je n'en ai jamais fait. »

J'eus beau lui marquer, d'un air tendre, Le bouquet alors de saison, Il ne put jamais me comprendre.

Ah ! etc.

Dans un chemin couvert de glace, Le hasard nous fit rencontrer ; Que ce jour-là j'avais de grâce !

J'étais faite pour tout tenter.

Je tombe, et ma jupe voltige.

Il me couvrit de son manchon.

« Vous êtes complaisant I lui dis-je. » Ah 1 etc.

Un jour, pour la lui donner belle, Ah 1 devinez ce que je fis ?

Feignant de moucher la chandlelle.

Adroitement je l'éteignis.

Le sot, pour témoigner son zèle, Court vite chercher un tison.

Il te faut donc de la chandelle !

Ah î etc. (1)

(1) Pour qu'on puisse se laire une idée de ce qu'étaient les réunions du Caveau moderne pendant la dernière moitié du dix-neuvième siècle, nous reproduisons ici une des chansons, publiées sans nom (I'.éuIcui-. <]iii <ml été pro-

dultes dans cette célèbre réunion. Le Caveau, d'ailleurs, n'était pas composé seulement de chansonniers ni même d'hommes de lettres rimant à l'occasion des couplets plus ou moins bachiques : tous les bons vivants, tous les épicuriens qui vécurent sous le règne de Louis-Philippe ou au début du second Empire ont tenu à en faire partie et à y payer leur écot par quelque chanson. Parmi ceux qui s'y sont fait longtemps remarquer, il faut citer le docteur Ricord (1800-1889) : le cé<lèbre praticien fut un convive assidu des dîners de la joyeuse compagnie, où il chanta fréquemment des couplets de son cru et notamment la chanson suivante, que nous publions ici pour la première fois :

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