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SOUS FR4NÇ0IS 11
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ih sont à là gritnde fraie da peuple, et font tant depiUeriesles maktret et valeu, qa'ea un moment Me sont les plus riehes du pslaîs. Il est néoetsaire pour le Men de justice, restreindre lenr sriâir« àfo moMéde eeqn'ils prennent par eensnime et eomipteile, et réfom^r lenr iorme d'escrtre.
«Les aBtres ministres des Juges sont lesser* gens, que Pon peut appeiler les harpyes et gril- Iemis en peuple. Soqbs le nemdiiroy, par l'anthorité dwiiiel Us exécutent les décreu de Jostice, font infinies oppressions, eoneossioDs et exaetkms. Et eomWen q«e le nombre soit augmenté, pow h* asseoir par les diasteUenîes et liages pour le peuple en estre seeonm, tontesft>to ils dernoonent presque tons es villes ; faut que les liHageois 1^ y viennent chercher. Est expédient assigner à ehascnn sergent son baH- Hage aux champs ; leor frire commandement y résider, les pmiir aigrement des q>i»e8sions quelle ferott sur le peuple.
«Tous ces maux de la distribution de justice sont cause de ee que les juges et offiders sont perpétuels, qu'ils achètent leurs offices du roy , de ce qu'ils sont authorisés parle roy de praiidre leur salaire des parties litigantes. Pour y domer ordre, est requis supplier le roy, si ses afliiires le peuvent porter, rembourser tous les Juges de fargent par eux déboursé; et si les afliiires du roy sent si grandes qu'il n'y puisse Ibumir, sera prolBtabie au pays que le peuple les rcnAourse; et supplier le roy qu'il luy plaise ordonner que Justice seraf distribuée parj«^|es et magistrats qui de trois ans en trois ans seront choisis et présentée au roy par les estatd. Et pour leur osier occasion delarronner, hmt assigner suffisans et honnestes gages selon leur quaKté, leur faire defienses de rien prendre éo peuph pour quelque cause que ce soH, sur peine de la vie. Oultre, ordonner qu'i la fin des trois ans , chasoun desdicts juges sera subject au syndicat , pour ouyr les plaintes et doléances que le peuple voudra faire contre eux; comme a esié f^é et observé en l'administration de fempire romain.
«En cesteiidfoit convient perlerde kpoteme, ou frasM pone de juscloe : c'est la cour de féflDse. A laquelle tous meschans presbtreset lonsurés,bomicidiaires, panricides, larrons, voleurs, fMilx-monnoyisurs et sacrilèges, sont mmjéêwmm àeai avjteiet «nnoMse 4e
leurs déHets, en laquelle nul n'est si mesebant et malheureux qu'il ne soit sauvé. Et pouvons dire de ceste cour que c'est la forest en la^ quelle teb voleurs se retirent, et par une connivence publique se mussent, latitent) et scml rendus impunis de tous mes&ticts, qui les rend desbordés a toute licence de malheur. Tellement que de toutes les parties de meschanceté qui se trouvait aujourd'huy, y a touafours un presbtre qui trouve moyen de se sauver par ceste porte derrière de justice qui est contre le commandement de Dieu, qui veut que tous délicts soysat punis et vengés par les rois et magis* trats du monde, et en signe de ce, leur a baillé le Cousteau. Et en l'examen de leur administra* tion, les punit de ce'qq'ils n'ont faict justice des hommes mauvais et mabeureux. Ce privi-* lége des preshtres, d'estre seulement jugés par eux, est du droiet positif, et donné par les cm* pereufs Constantin, Théodose, Jusiinian, ^ autres princes qui depuis ont régné. Mais puis que l'usage nous enseigne que les gens d'égUsè ont tdiement abusé du privilège que par le moyen d'iceiuy ils troublent le repos publie, oflénsentlesbons, leurs délictset crimes demeurant impunis, et la maison de Dieu est fiicte caverne et spéhmque de larrons, est expédient supplier le roy pourveoir sur l'abolition ou modération de tel privilège, ainsi que trop mieux par son conseil il trouvera estre i &ire; relaissant toutesfois aux gens de l'église jurisdiotlon es causes spiritueUeeetsacramentalesseidement. «Reste le tiers-état, lequel trouvons sans ma<cole pidïlique. C'est cehiy qui soustient les guerres; en temps de paix entretient le roy, laboure la terre, fournit de toutes choses nécessaires à la vie de l'homme, toutesfois est grandement taillé de sd)sides et taxes insupportables. Le roy et messieurs de son conseil en ont eu pitié, ont commencé à hiy faire diminution des tributs qu'il avoit. Est nécessaire faire rmnonstrance à Sa Majesté de l'indigence de ce pauvre commun ; auquel sont tant imposées de tailles, qu'il travaille jour et nuiet et ne peut du salaire de ses journées et labeur de ses mains fournir à les payer ; et pour y suppléer ett souvent contrainct vendre sa vache, son porc, son lict; ne manger et boire que du pain etite l'eau, et coucher sur la dure. Amre tribut ^ra^rille «t moleste tous estais sans le sceu du foy, c^^k fabelle du sel, duquel le bM
DE L'ÉSTAT DE FRANCE
homme porteroit patiemment le proffit que le roy en reçoit, n'estoit qu'il y a des marchans, fermiers» grenetiers, contrerolleurs , greCQers et archers de la gabelle, lesquels vont es maillons des pauvres gens, remuent leurs lards et tout ce peu de meubles que Dieu leur adonné; et le plus souvent s'en emparent, font adjourner les pauvres à comparoir par-devant eux aux villages» où n'y a aucuns conseils; se mon^ trent au peuple en grand' furie et crainte, arhiés de pistoles, pistolets et long boys, font aux rustiques procès extraordinaires, les arrestent prisonniers, exécutent de leurs bœufs, chevaux et charrettes. Tellement qu'en une seule matinée, par leurs actions ils ruinent quarante à cinquante pauvres rustiques qu'ils envoyent à l'aumosne ; et se trouvera en ce pays d'Anjou qu'ils ont ruiné plus de mille. Le malheur est que plusieurs des archers de gabelle, soubs l'ombre d'icelle et puissance de porter armes defTendues, volent, frappent et tuent, comme a esté vérifié en plusieiurs procès qui ont esté faicts contre eux, pour raison desquelles plusieurs ont esté condamnés et exécutés à mort. Le pauvre bon homme est comme la brebis qui tend le dos pendant qu'on luy oste la laine ; il est pauvre, destitué de biens et d'amis contre la richesse et support des fermiers et officiers du grenier. Dieu commande à vous, messieurs les nobles et de l'église, qui avez les biens du monde, prendre la cause de ces pauvres rustiques en main, porter leurs plaintes au roy. Il est prince clément et débonnaire, gouverné et conduict par une très excellente, très sage et très pitoyable dame, madame sa mère, par très prudens et sages princes et seigneurs amateurs du peuple. U oyra volontiers ceste plainte, la plus juste et lamentable qui sera faicte aux estats. Le moyen d'y remédier est, le supplier recevoir le peuple à amortir ce tribut, comme ont esté receus les manans et habitans de Poictou ; ou s'il ne luy plaist, à tout le moins son plaisir soit recevoir le pauvre peuplé à supprimer tous les officiers des greniers, et imposer autant sur le peuple comme il reçoit des proffits des greniers. Et ce faisant, lé prince sera sans intércst, et le peuple soulagé du plus grief tribut qu'il ait.
** Messieurs, voilà les abus que nous avons trouvés es estats du pays d'Anjou, par lesquels Ja; majesté du roy est grandement yiojée; et
s'ils régnent longuement, il ne pourra retenir sa dignité royale en sa grandeur et excellence de gouvernement, duquel les rois jà décédés ont laissé si grand los et mémoire à la postérité. Garces gens d'église pour se sauver de leurs crimes, et fuyr la main armée .du roy qui est sa justice et authorité royale, eschappent et fuyent en leur cour, comme en une franchise, où ils sont asseurés d'impunité. Les nobles ea leurs crimes et maléfices prennent les armes contre l'authorité du roy, voulant par la force se sauver de leurs mesfaicts ; se retirent de l'obéyssance du roy, et mesprisent l'authorité de son magistrat. Les gens de justice par tes pilleries et corruptions foulent le peuple, ne distribuent justice suyvant la volonté du roy et de ses loix. Si tels abus et entreprinses contre l'authorité du roy ont cours plus longu^nent, il est grandement à craindreque ce ne tourne en séditions publiques, assemblées illicites, révoltement des subjects d'avec le prince. Est requis et nécessaire pour la manutention et conservation de la grandeur,, majesté et dignité royale, trancher tels abus. U despend de nostre charge et service que devons au roy, vous remonstrer telles fautes. Et par ce qu'à luy seul appartient la réformation de telles corruptions publiques, laquelle il entend faire en ses estats, nous ne nous sommes peu contenir au rapport des abus de chascun estât, pour la grandeur d'iceux, d'user de véhén^ce, à ce que plus clairement lesdicts abus fussent cogneus, et que particulièrement y soit remédié par le roy. U despend de vous dresser articles desdicts ahus, à fin que le roy clairement les cognoisse, et que par sa prudence, et nos seigneurs de son conseil, il y soit pourveu, soit par c<mcile ou autrement, ainsi que Sa Majesté advisera; aussi, suyvant la volonté dudict seigneur, eslirez notables personnes de chascun desdicts estats, pour envoyer vers luy, et faire rapport de ce que par vous sera arresté estre bon le supplier. • Ceste harangue prononcée n'ofTensa moins celle de du Plessis, ceux du party contraire ; toutes lesquelles procédures entendues par ceux de Guyse, ils feirent tout devoir possible pour attrapper ceux qui s'estoyent si avant meslés de tels affaires, voire jusques à y employer monsieur de Montpensier, comme :dict a esté. Mais eux ayant gaigné au pied, leurs biens en respondirent,* estant exposé»^ l'abandon des feqs
SOLS FRANÇOIS II
de guerre là expresséement envoyés, iesqoeU «près avoir osé de tonte hostilité, rasèrent plosîeors maisons et chasteaux. Entre autres, les maisons de Souoelles estoyent recommandées, comme aussi ceux de la fection d^Amboyse, auxquels on en vonloit sur tous autres. La harangue de Grimaudet aussi parvenue es mains des sorbonnistes (qui s'attribuent Fauthorité de corriger toutes choses, et de n'estre subjects à correction), fut par eux censurée, etPautheur d'icelle déeiairé hérétique et schismatique, ressentant la doctrine des huguenauds. Mais Grimaudet ne demeura muet, les accusant par sa defifense quMb sont coustumiers de traicter de mesme ceux qui osent descouvrir leurs abus. i Or, puis que nous sommes venus jusques à Paris, ce . heu sera propre pour monstrer comme s'y portèrent ceux qu'on appeloit huguenauds. Combien doncques que leur nombre fost petit à comparaison de leurs adversaires, et que le cardinal eust rangé entièrement à sa dévotion la cour de parlement, qui ne faisoit et disoit que ce qu'il vouloit, pareillement ceux du cbastelet et de la maison de ville ; combien, dis-je, que les gibets, feux et glaives fussent tous apprestés pour engloutir ces personnes estimées comme la ballieure du monde, et qu'eux fussent sans ressource selon les hommes, si est-ce qu'après avoir publié le jeusné, pieuré et gémi à Dieu, il se trouva quelques-uns d'ebtre eux qui se r^polurent de rcôidre à Dieu, au ro-y et à leur patrie le service qu'ils estimoyent estre du devoir de bons subjects de Sa Majesté, et loyaulx François. Entre autres un nommé Cappel, le père duquel estoit mort advocat du roy en la cour de parlement de Paris, homme fort estimé de son temps, lequel avec des plus apparens de l'Église de Paris en assez bon nombre, alla en la maison de ville, et proposa en pleine assemblée ce qu'il cognoissoit nécessaire pour le bien du roy et du royaume. De là entrant aux termes de la religion, il usa d'une deffense entière contre les calomnies de leurs adversaires, bailla leur confession de foy, laquelle ils offroyent maintenir et prouver qu'elle estoit prinse et tiréedesSainctes Escriptures, et icelle accorder avec les docteurs anciens, pourveu qu'il pleust à Sa Majesté leur bailler juges non suspects. Bref, il requist lesdicteis rémonatrance et;confe8sion estre insérées -an cayer de! Pariji, et qu'il pleqst au roy leur
donner estât paisible pour la religion, avec temples aux lieux propres à l'exercice d'icelle» et les prendre en sa protection et sauvegarde, jusques à la détermination d'un sainct et libre concile, auquel ils espéroyent, Dieu aidant, avoir gain de cause, et que lors Sa Majesté cognoistroit qu'il n'avoit en son royaume de plus humbles, obéyssans et afTectionnés subjects. Ceux qui estoyent envoyés en ceste assemblée de la part de ceux de Guyse furent merveilleusement estonnés de voir ce jeune homme parler d'une telle hardiesse. Car avec la craincte qu'ils avoyent que l'on proposast quelque chose à Paris contre leur authorité, et du faict de la religion, sçacbant bien que le train que prenoit Paris estoit coustumièrement suy vi par les autres provinces, et que la détermination des estats estoit d'un grand poids, ils s'imaginèrent un autre inconvénient, et que ceste procédure des huguenauds n'estoit sans nouvelles entreprin^s. De quoy le cardinal adverty, et que le semblable estoit advenu par la pluspart de toutes les autres bonnes villes du royaume, il advisa de faire defTendre aux estats de parler aucunement du faict de la religion, et de mander partout qu'on meist en prison ou qu'on feist mourir tous ceux qui avoyent osé tenir tels propos et y adhérer. Par quoy, avec ce que Cappel et ses compaignons ne peurent obtenir d'insérer leurs supplications au cayer des estats particuliers de Paris, ce fut à eux à desloger. Ce néantmoins ils ne laissèrent «de conclure d'envoyer eux-mesmes à Orléans leurs députés pour présenter ceste remonstrance. Et furent pour ce faict esleus ledict Cappel, la Rougeraye, autrement dict la Troche, advocat, et autres, qui promirent de faire tout devoir. Et de faict, ils allèrent à Orléans en grand danger de leurs personnes, s'ils eussent esté descouverts.
De réciter par le menu ce qui advint par tous les autres bailliages et séneschaulsées, ce ne seroit jamais faict. Car de treize provinces, les dix feirent à peu près comme ceux desquels nous avons cy-dessus faict mention, ce qui donna une merveilleuse fascherie au cardinal encores qu'il s'asseurast que la pluspart des députés estoyent à sa dévotion, et qu'il eust des forces et moyens à suffire pour les faire condescendre à ses desseings.
: Oj,'. bientost après l'assemblée de Fontaine^
DE L*ESTAT DE FRANCE
Meau, «t la résolation prinse de convoquer les Mtats généraux, le cardinal de Toumon estoit venu de Rome an mandement de la roine, eomme il a esté dict. Car elle espéroit beantonp de secours de luy pour estre de longue mainnourry aux affiiires d*estat, maiseUe s*en trouva aucunement deceue. Car ce vieil routier, d*abordée trouva fort mauvaise cette ré« solution de foire communiquer le roy avec des estats, et en blasma fort le cardinal, tant en plein conseil, comme l'on dict, qu'en privé et particulier, disant que ce seroit remettre le roy loubs la puissance de ses subjects, et luy foire prendre la ioy de ceux auxquels il la devoit bailler, et que c'estoit Tune des choses où il avoit le plus travaillé avec le connestable, vivant le roy François premier, que d'abolir la mémoirede telles assemblées, lesquelles avoyent toujours eu ceste coustume à toutes mutations de roy, de trouver fort mauvaises les choses passées, ep sorte que cepx qui avoyent gouverné et manié les atfoires avoyent beaucoup à souffrir. Davanuge 11 voyoit comme soub$ oe jeune roy, les peuples s^estoyent ticentiés pour le foiet de la religion. Ce qu'estant souiFont remémoré par ledict cardinal de Toumon pour y pourveoir. Us ne trouvèrent meilleur ^pédient que de se saisir de la personne des princes qui leur sembloyent contraires, d'amener à Orléans et tenir auprès du roy et et environs une forte et puissante année, par k moyen de laquelle on peust tenir en bride ceux des estats qui voudroyent reprendre la possession de leur première liberté, et les foire estre présens à l'exécution des entreprinses ainsi basties que nous avons dict cy-dessus, et leur foire le tout ratifier et approuver; voire à un besoing les contraindre d'eux -mesmes le requérir et demander, à fin que la postérité connust ce estre provenu du propre mouvement et authorité (ks estats généraux du royaume.
Ces desseings furent favorisés des plus grands seigneurs de France, auxquels ce qui se pouvoit communiquer de Fentreprinse estoit r^ité, selon et jusques où on cognoissoit ehaseun estre propre à y servir. Monsieur de Montpensler et autres, qui bayssoyent la religion, estoyent abreuvé^ seulement du désir de Texterminer , et de teur foire part des meiUeures confiscations. Et quant au duo de Nemours et à Ciperre, en leur foisoit hakaer la giandcur qu'ils
devoyent espérer , déUvrant le roy de tous est hérétiques. A quoy ceux quî tenoyent Aes bè* néfiees, ou leurs filières, enfons d parens^ q^ eroissoyent leors maisons du reveau ém évêiK ehés, abbayes, prieurés et antres Mens de PE^ gitse, furent Ms^ement pratiqués. Entra antrtt les parisiens, car il n'y a eemne point da te»* nés maisons qui ne tienneni de groa bénéicet. Les mardians mesmes en font mestier et nar* ohandise. Les conseillers , présideiM et jvgea n'ont gvères de meffleurs revenus. Comme «• semUaUe par tout te royaume, tes oapHainea et gens de guerre, tant des plaoes fortes ifm des plats pals , ne demandoyent et «i^avoyeDl aucunes meilleures récompenses de levrs services. Et ainsi etiaseun estent penoadi^pse si la reHgion des huguenauds avoit Hsu , Is revvMi des eedésiMtiques seroit employé aiHeiHrs , al deviendroyent tous coquins, ehaseun se oon^ tituoit leur ennemy, et s'oilMt à leur <x>urtr sus. Bref , pour le direen m mot , eeoa de €uyst avoyent si bien conduietieDrsdesseings et pour* veu à leurs affitires , ^'ils commaïKkyjient pat tout à t>aguette , et n'estoyent oontrediets que de ceux de la religion, qui eatreienoyent letf crédit, ainsi que nous l'avons df datant p^r I escrtpts que remonstrances,iesqui41eii plus de poids en Allemagne que eewde Guyas n'eussent voulu. Car les serviteurs seerM as pouvoyent ^estoumer les primées praleelaaB de vouloir bien fovorianr emade la reNgion, d*a«- Unt qu'ils y avoyent intéreet^ et qi^ estoyent par là advertis des ruses et agMla4t ces gouverneurs , à fin de ee tenir sur k«n gardes.
Les affoires ainsf acheminées par émx de Guyse, et asseurés ^ rien se renusoM eaafM eux que tes plaintes et langues de ceux delà religion , Ils despartirent leurs forces es viles drconvoisines , et ks estendirent jusfiies à Bourges, MouKnsen Beurtieiinois, Bfeys,Tours, Saumur, Angers, Chinon, Loudunots, Metou, et sur toutes les advenues pareè fis estimoycot que secours pourroit venir aux prtaiees idnsl par eux rendus eaptifo. Et à fin qu'fi n'advlnst aucune surprise du eosté de Lyon, ib nandè^ rent à Fabbé de Savigay de foli« tem ee qu'A pourroit en l'abseneedu maresehalSainetrAÂdré et de préparer toutes eboses pewr lerefoor qu*l Ibroit biemost de delà pour le reste do f^iicqriopdesa<ia«iissii».iaKa«liHKl6rttrpir
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là fttêi à IM tfé tfdlli^tt6 , 4^ tôiité^ ^cns itttt «dveo ny ooiiiitteroè éù^seùt S ttnder ht tttefiir ftehit de te haft , anl hostéA et bom- |edl» de se ÉàïtJtt dès «nnes de feors bostes et fât cbaâetm jâwr hiy porter ie hondire des eithuagers qtd arriveroyent cheî éol et leurs fMtfttés, ^iir ^etnede respcÂidre de la feme de kwÊ iMUm et de leurs vie*.
lie fteosbhble fait faict pkt UmteÈ Iti bonnes tileà iaroyaoaie et eeHei de firtmtièreé, et notttHneEtt à Paris cela fin estrolctement gardé. Car een qttt ^egfoye^t révoltés de leur (Mirty j^ur avoir véi lesafbfres tonober en aCotre e^ m ^n'ibii'éipéroyeiit, trouvant la cohdftionde Oeot de Cuyse meilleure , usoyent d'une merveiriettsedlKÎgetik^ à rechercher lés maiécmâr, et fkire prendre tous èeux qu'ils co^is^ènt fiffè profeséfotf de la religion. Ib servoyent d'aectaateérs, de te«afHHngs,de soIRcTteurs.de luges et exécuteurs de h haute jomfièe tout ensemble. Et encoréârqu'ib ftissent remarqués pxt fes farléittens et juges du Chastèiet pour gar- Mmenset vagabonè, et déférés de crimes capîtau, si est-ce qtfits tf y donnoyent aucun em- ^(^ehemeM ; mai pMsto^t obélssoyent à leurs counnissions expédiées en telle ferme qu'ifs ivoyént pouvotr de coïnmander aux juges ordinaires et ofltclers royaux de leur obérr en èe qftt^tls voodroyent, sur pchie de désobéissance, et d*e^treeux-mestties punis comme rebeHes et finitecirs descrhntâeb de lèse-miyesté, en sorte ^au grand opprobre et contemnement de justee, tes meitleures viHes dû royaume estéyent fÊt eat pillées, Saccagées et brigandées.- Aussi tout ne faisoît sans y garder aucune Ibrmalîté èe jtetite par ces set^viteurs seèrefs. Entre lés- ^b un jèuAe geùtilhilitnîlhe noitoié Barbezrèfes, (lue SouUse avoit nourry en ceste doctrine, estant alléché de l'autre party , et un a|)pelé Berman du pays (te Fhukh^.chas^ pour larron d'âne des meâlétfires maitonis desmarchans de Parisquf laboyent ph)ressiottdé f Evangile, fetrent des matrx.imwnnérables enbdicte ville. Vôytàrexercicedeceux deGuyse,lesqueIs aussi baMoyent défaire te procès au prince de Condé, an attendant rassemblée des estats.
Nbàs avons veu la diligence que ceux de •uyse avoyent falcté de despartîr leurs foré^, et (te plN)céder à la capture de ceûi qu'ib pemtoyent feor pouvofr pte nuire, en atteri- 4mi le timpa de rassemblée des esUb, et
ieomme lé inareschal Sainct-André estoit ré^ tourné de Lyoti avec ses {nriscuniers et touteif les charges et infohnâtioni (pfû avoh peu fah^é Contre le prttice de Condé. Toutesfôis elles ne toicontrèrent Selon leur déifir ; car ptour garder la IbnnaEté de justice , il fiilloit ({uelque chose davantage. Us furent inémoratib dé h protestation fkicte par ledict së!- ^neùr prince de jamais n^alter à b messe , et ^^fl n^assbteroit à aucune Cérémonie ùy superstition (te l'Eglise romaine contraire à la ^rdRe de Dteu, et de la charge donnée à Genly de lé faire ainsi enten<h^au roy.'Cela fot mis eu jetf, i fin (te hfy faî^ procès ^ur la tf^figich , et qu'évitifcnt un danger if né peust fayr Pautrc , (te sorte qae le faisant mourir par justice .ainsti (ju'Ss avoyent conclud ,on peust asseurer a^ peu!^ pie qtf il avort esté atteint et Convain(ru de critne (te lèze-majesté divine et humaine. Pour dohci- (jues farttfler leurs preuves, ils luy eùvoyèrenh un presbtre avec tous Ses omemens, (]tiî luy ft^t entendre avoir exprès commandement du roy dé dire h messe en sa chambré devant hiy. Mab le chappebin fut renvoyé fort rudemé^ par te prince, avec charge de dîi^e au roy dé Sa part qu'il n'estoit venu vers Sa Majesté pour aucunement communiquer aux impiétés et dilutions (te Pantechrist romaiii, aux(iuenes 8 avoit dès long temps renoncé , mais seulement poàr luy rendre raison (tes faubes accusatloiiA (pf on hxy avoit imposées. Ce^i ne fui mis ék auréttte d'aSUe ; car te presbtre et les gardéi Ibrent ehq^ïn sur èest article. Or ce prince e^ toit merveilfeuseniient constant en son àdvefiité, éncàres(iu*il se sentist prochain de la mort. Bt disèyent tous ceux qa\ Pavoyent cogneu ^'Q eStolt plus ferme, et faisoh ëent feb meilleA* voir sa résolution pendant .son adversité, cpi'én lia liberté et prospérité ; ce qui estonnoit aiicunement ses ennen&is , et tes faisoît penser y avoir anguilles sous ro(die. Yoylà, dis-je, qa\ les hastoit d'autstnt plustost pour en avoir le bout; |oinct (ju'ib se sentoyent grandement irrités et àffensés de ée (fie le prince parloit d'eu^t iânàï désavantageusement et hautement; et disoi^on qu'il tenoft souvent un sac au poing , affermant que é*eStoft le procès de ces brigands et vofeu^s de Gùyse , par lequel Infinis crimes de lèzé-majesté estoyènt bien prouvés et vérifiée. Ce quTfl réservoit pour présenter aux estats, et leur faire entendre la caàtelte de ces îHé^ltiméa
DE L'ESTAT DE FRANCE
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gouverneurs, de rejetter leurs crimes et dâicts SUT les princes du sang , parce qu'ils se vouloyent opposer à leur tyrannie. Que si jamais homme «ntreprint contre Testât du roy et du royaume , c'estoyent ces harpyes et cadets de Lorraine. Avant que de passer oultre , je réciteray un traict du cardinal d'Armaignac qui ne se peut oublier. C'est qu'ayant accomply sa promesse envers ceux de Guyse, à scavoir de leur amener le roy de Navarre et prince de Condé son frère , ainsi qu'il a esté déduict , il se feit commander de vuider la cour, espérant par là de couvrir la note de trahison dont il pourroit estre blasmé, et s'en alla comme un hoomie qui feignoit estre extresmement passionné. Mais cest artifice fat aisé à descouvrir ; car il receut dès lors un estât de conseiller au privé conseil, lequel ilavoit de long temps désiré et poursuy vi, voire durant plus de vingt ans, et néantmoins il n'y avoit peu parvenir jusques adoncques , combien que depuis cest estât ait esté pollué , jusques à l'exposer au plus offrant.
Quelques jours après l'emprisonnement du prince de Condé, ceux de Guyse voulant sonder si son grand cueur estoit abaissé , et sa colère .modérée, et si on le pourroit tirer à quelques voycs d'accord (combien qu'ils eussent autre intention, et que ce fust seulement pour l'empescher de parler d'eux), ils atiltrèrent un gentilhomme de leur suite , qui avoit esté autresfois fort familier du prince, lequel ayant raudé autour des gardes, et cherché tous moyens de parler à luy , sans y avoir de rien proffité, s'adressa finalement au duc de Guyse, et en pleine compaignie le supplia très humblement luy permettre de pouvoir parler audict seigneur prince, ce qu'il estimeroit à grand honneur , pour luy avoir esté très humble serviteur, et receu de luy beaucoup de faveurs et courtoisies , et ce seulement à fin de le consoler en ces ennuys. Cela luy fat accordé, maisàgrande difûculté, comme il sembloit, s' excusant ledict sieur Guyse sur le commandement du roy ^ mais ce fut à la charge que le capitaine et ses gardes seroyent présens aux propos.
Estant doncques là , après avoir longuement harangué et offert ses services , il commença à déplorer la misère et captivité du prince, et luy demander s'il y avoit moyen de le pouvoir accorder a\rec ses cousins de Guyse ; ce qu'il estimoit aisé, veu qu'il les cognoissoit princes
vertueux et sages, oultre.la bonne amour et affection qu'ils luy portoyent à cause du proche parentage; et là-dessus il offrit de s'y employer fort fidèlement et volontiers, sans y espargner ne vie ne biens. Le prince luy respondit.qu'il sçavoit bien le but où il tendoit, et estoit asseuré qu'il n'eust eu ce crédit de l'aller voir, s'il n'cust accepté la charge d'aller sonder son intention. Partant il le pria de leur dire qu'il avoit receu tant d'outrages, qu'il ne restoit autre voye d'accord , sinon de vuider leurs querelles à la pointe de la lance et de l'espée; et combien qu'il fust enferré en leurs Uens , et qu'il semblast en apparence n'en devoir jamais sortir sans recevoir une mort ignominieuse, et si est-ce qu'il espéroit tant de la bonté et miséricorde de Dieu qu'il leur feroit réparer l'injure par eux faicte à un prince du sang, lequel estant venu au mandement et sous la paroUe et asseurance du roy , avoit esté si honteusement emprisonné à leur pourchas et sollicitation, à fin de commencer en luy à esteindre le sang royal ; mais que cela n'adviendroit point qu'il ne les eust faitcognoistrecoulpables des crimes à luy par eux imposés, et que le roy n'avoit de si grands ennemis que la maison de Lorraine. Ce que par eux entendu, ils se confirmèrent en l'opinion qu^il espéroit bref secours, et qu'autrement il ne les braveroit ainsi. Pour àquoypluspromptement remédier le président Christoffe déXhou, Barthélémy Faye et Jaques Viole, conseillers de Paris, ensemble quelques maistres des requestes avec Bourdin, procureur-général , et du Tillet greffier, choisis par ceux de Guyse , et pour ce expressécment mandés, vindrent devers le prince pour l'interroguer sur le crime de lèze-majesté. Or avoyent grande fiance ceux de Guyse en de Thou, sur tous les autres, tant pour leur estre affectionné serviteur, que pour le recognoistre autant rusé et subtil en procès qu'homme vivant. Ayant doncques ceste instruction de l'enquérir de sa foy , s'il ne pouvoit rien tirer d'ailleurs, il alla par devers le prince pour l'interroguer sur ces charges et informations ; mais il reffusa de leur respondre, tant pour n'estrede leur gibier que pour autres causes de récusation qu'il dict avoir contre eux. Davantage il dict à de Thou, qu'il trouvoit estrange de ce que son impudence avoit esté si effrontée de se vouloir présenter devant luy pour cest effect; attendu sa qualité de prince du sang, qui n'avoit autres
SOUS FRANÇOIS H
juges que le roy accompaigné de ses princes séant en la cour du parlement de Paris, les chambres assemblées. Il allégua aussi la promesse que Sa Majesté luyavoit faicte par plusieurs lettres , adjoustant que luy de Thou devoit plus que tous les bonnets ronds du royaume s'abstenir de ce négoce, attendu qu'il estoit esclave de ceux de Guyse ses ennemis mortels , eslevé et toute sa race par les bons tours qu'ils avoyent joués contre la couronne et maison de France. Sur quoy ledict de Thou n'eut autre excuse sinon qu'il recognoissoit son degré , et qu'il s'y fust ingéré sans commandement exprès dudict seigneur. La conclusion du prince fut que ne voulant respondre devant eux , et eux prétendant de passer oultre, il en appela au roy comme dessus; lequel appel estant dès le lendemain qainziesme de novembre déclairé nul par le conseil privé, et le prince en ayant de rechef appelle, Onalement il fut dict que, sous peine de crime de lèze-majesté, il respondroit pardevant lesdicts commissaires. Ce qu'il feit, estant par la permission du roy assisté de deux advocats de Paris pour conseil, à sçavoir Claude Robert et François de Marillac. Sa responsc contenoit une ample deffense sur le crime de lèze-majesté, avec ample et magnanime tesmoignage de sa bonne et droicte conscience; car quant au poinct de la religion, il le confessoit et persistoit franchement . U a esté cy-devant fait mention comme le prince de Condé voyant exécuter à mort quelques prisonniers pris au tumulte d'Amboyse avoit déclairé le regret qu'il avoit que le roy perdist de si bons serviteurs. Nous avons aussi moTistré que cela ne tomba à terre , que l'on dict; mais luy fat gardé à bonne bouche. Car le cardinal ayant dicté ses parolles ainsi qu'il voulut et feit rédiger par escrit par Robertet et sieur du Fresne, secrétaire d'estat et faict de sa main, et en termes qui le rendoyent coulpable de crime de lèze-majesté , on les produisit lors en lumière, et alla ce Robertet devers le prince, tenant son papier en sa main, luy disant que le roy l'avoit là envoyé pour sçavoir s'il se souvenoit des propos qu'il avoit tenus tel jour à Ara- ))oyse à tels et tels gentilshommes. Et adjousta
Î^u'il avoit commandement de Sa Majesté d'en aire procès-verbal. Le prince ayant ouy la lecture , ni^ les avoir dicts ainsi qu'ils estoyent tfimscripts , mais bien avoit parié ainsi et ainsi.
XVPSIÈGLB, LiPl. «iLiPl
Ce procès-verbal portant ceste confession fut baillé au cardinal, qui s'asseura d'en faire bien son proflit, et d'avoir ses tcsmoings tous prests pour prouver son faict qu'il mainttînoit avoir esté déguisé par le prince. Par quoy il envoya tout soudain quérir ces personnages, et à fin qu'ils ne le desdissent, luy-mesme les interrogua en la présence du roy, et leur dict que sur le rapport^par eux à luy faict en la ville d'Amboyse, de certains propos tenus par le prince de Condé contre Sa Majesté, et en la faveur de rebelles et séditieux qui s'estoyent eslevés contre ledict seigneur, il les avoit faict diligeftiment et fidèlement transcrire et de mot à mot par Robertet, à fin d'en rafreschir la mémoire quand besoingseroit. II leur demanda doncques s'il n'en alloit pas ainsi, après que lecture en eust esté faicte en leur présence et séparéement. Et de peur qu'ils ne faillissent, ledict cardinal leur afTermoit leurs compaignons l'avoir ainsi affermé au roy. Mais il ne peut tant faire que chascun ne déclairast ces propos avoir esté tenus tout autrement qu'on ne les avoit escripts, se conformant du tout avec les derniers tenus par le prince. Le cardinal au contraire les rudoyoit, et affermoit la vérité estre telle, et que la faulte venoit de ce que sur l'heure on ne les avoit faict signer leur déposition. A tant il les pria sur la fin d'y bien penser ; car il s'asseuroit sur sa vie qu'il leur en souviendroit. Au partir de là, on le vit et ses frères bien empeschés à bonneter et caresser ces seigneurs, et ne sçait-on qu'ils dirent puis après, car le tout estoit bien secret. Voyià en somme tout l'ordre tenu à la confection du procès du prince de Condé, pour raison des en treprinses prétendues avoir esté par luy faictes contre Sa Majesté et Testât. Car quant à la religion, il en estoit jà assez suffisamment atteinct et convaincu, en sorte qu'il y eut jugement donné contre luy, portant condamnation de mort. Et luy de voiton trancher la teste sur un eschaffaut, devant le logis du roy, à l'entrée des estats. Et affermcl'on que ceste condamnation fut signée de tous ceux du privé conseil, excepté le chancelier et du Mortier qui reculoyent tousjours, en donnant toutesfois bonne espérance. Elle fut ainsi signée de plusieurs grands seigneurs, des dixhuict chevaliers de l'Ordre nouvellement faicts, et plusieurs autres qui se trouvèrent là pour s'offrir au çervice de ces gouverneurs, comme
DE L' ESTAT DE FRANCE
aussi les présidens, maistres des reqaestes et conseillers du parlement pour ce mandés, s'y soussignèrent très volontiers, et les envoyoit quérir le roy l'un après l'autre pour cest effect, sans aucunement mettre la matière en, délibération.
On récite une chose notable du comte de Sancerre, c'est que le cardinal se confiant de luy entre autres, luy envoya son secrétaire avec ceste sentence pour la signer, et luy remonstra que puisque tant de princes et seigneurs l'avoyent jà faict avec le roy, il n'en devoit faire aucune difficulté. Toutesfois se sentant esmeu d'un acte si estrange, il alla soudainement trouver le roy, lequel ayant entendu qu'il n'avoit incontinent signé, luy monstra visage courroucé ; car il estoit tellement animé contre ce prince, qu'il en vouloit avoir la fin, quoy qu'il en fust. Le comte ayant nouveau commandement de Sa Majesté, se prinst à plorer, et le supplia très humblement luy vouloir commander tout ce qu'il luy plairoit pour son service, et qu'il luy obéyroit en toutes choses, tant que Tame luy baitroit au corps ; mais de signer cela, il ne pourroit,et aimoit niieux qu'on luy feist trancher la teste à luy-mcsme. Ce qui estonna fort ledict sieur, et regardant le cardinal, semhloit qu'il eust bien voulu adviser quelque autre meilleur expédient. Mais le comte sorty de devant le roy, le cardinal r' habilla tout, et dict que ce comte estoit un vieil fol, et qu'il luy fcroit bien faire après luy avoir plus amplement déclairé le mérite de la cause. Ce qu'il prenoit sur luy.
Pendant que ces choses se faisoyent, la princesse de Condé (femme accomplye en toutes sortes, s'il y en a eu de nostre temps) n'eust plustost esté advertye de la prinse de son seigneur et mary, qu'elle n'allast à Orléans. Mais on luy envoya faire deffense de par le roy, de ne passer oultre une maison où elle estoit arrivée en la Beausse, à dix ou douze lieues d'Orléans, sur peine de rébellion, et d'estre atteincte et convaincue de crime de lèze-majesté. Toutesfois, ceste pauvre dame importuna la roine mère, qu'elle eut quelques jours après lettres d'elle pour venir à petite compaignie solliciter les affaires de son rhary, ce qu'elle feit. Estant doncques arrivée à Orléans, elle recourut à tous ceux qu'elle estimoit amis ; maïs on en feit moins de compte que de la moindre damoiselle de
France. Le roy de Navarre mesmes n'osoit parler à elle, pour crainte qu'ilavoit desoy-mesme. Bref, il ne se présenta ny courtisan, ny citadin si hardy que de la saluer seulement, fust en public ou privé, tant elle estoit de près observée ; ce qui luy feit juger que c' estoit Çaict du prince. E^ à tant luy Êilloit trouver tous moyens de le voiç* une seule fois avant que mourir, et luy donnejf courage, puis que la tyrannie estoit ainsi rigoureusement exercée en son endroict, et quVllç ne pouvoit autrement servir. Cela luy fust re(fusé ; et ne peurent toutes ses importunes requestes envers la roine mère avoir aucun lieu. Ce nonobstant elle s'enhardit un jour d'entrer en la salle du roy, devant la majesté duquel eltç se jetta àgenouils,le suppliant très ardemment avec larmes et souspirs incroyables que tant seulement on luy monstrast une seule fois $oj^ seigneur et mary; non qu'elle voulust autrement parler à luy ou luy donner aucun signe, ains pour avoir cest heur de le voir encore^ une fois en sa vie. Mais tant s'en faut que pour ses gémissemens et pleurs ledict seigneur fust esmeu à pitié, que cela l'aigrit et anima davantage, voire jusques à luy reprocher que le princQ estoit son plus grand et mortel ennemy, et qu^ luy ayant voulu oster la vie avec le royaume, il ne pouvoit de moins que de s'en venger. Sur cela, comme elle entroit en deffenses,et ne selassoii d'importuner le roy, le cardinal (qui de sa part craignoit que Sa Majesté ne fust esmeue à pitié et compassion), voulant aussi monstrer son animosité, chassa ceste princesse fort rudement, l'appellant importune et fascheuse, et disant que qui luy feroit droict, on la mettoit •en un cul de fosse elle-mesme. Ceux qui viren^ son ennuy et passion, disoyent d'une commune voix que jamais n'en avoit esté veu pi ouy parler d'une telle. Car ceste pauvre dame alfligeoit tellement son corps jour et nuicl et sans cesse aucune, que plusieurs de ses ennemis mesmes en avoyent pitié, et en faisoyent récit es privées compaignies.
Nous avons cy dessus récité comme Bouchard, chancelier du roy de Navarre,* fiist envoyé prisonnier à Melun avec ceux que le marescha! Sainct- André avoit faict amener de Lyon ; mais nuls de tous ceux-là, ny luy, ne ftirent recollée, ni confrontés audict sieur prince. Et dîsoit~on que Bouchard avoit depuis pensé à sa' conscience, et quMl ne pourvoit aticunenient éviter
ti^eo]
sots FRANÇOIS tt.
c|«*<m ne moostrâst lay-ttiesme avoir esté autheur de toutes les choses passées, à roecasion de qaoj Û 6'estoit résolu de dianter autre lanjgftge, niant avoir rien escript. Et quant aux autres ils estoyent si fermes et asseurés (hors mis le gantier, lequel encores ne parloit que par ouy r dire), que Ton ne s'efforça de les luy confronter, de pemr que ceux-cy ne Justifiassent le prince, tt qoe les estats cogneussent Tiniquité des proeédores, joinct que ceste princesse leur estoit ^ne espine au pied ; car eHe n'avoit bulte d'es- |>rit, de langage, ny de courage, pour remonstrer rfnjustice de laquelle on usoit en ceste came, tellement que ceux de Guyse furent en quelque délibération de s'en deffiaire quelques jours devant Texécution du prince.
Pendant que ces choses se font à Orléans, le pape adverty de tout par les cardinaulx de Lorraine et de Toumon et voulant prévenir un danger qui pouvoit advenir en France k cause de Ta^roMée des estats pour le faict de la religion) et de celle qui devolt suyvre après de la Convocation des prélats, publia sa bulle le vingttesme jour de novembre, contenant une déploraliob des nûsères de la chrestienté qui estoit ainsi peuplée de hérésies et divisions. Pour à quoy remédier, il alléguoit le devoir qu'avoyent ftilct SCS prédécesseurs, comme Paul avoit ordonné le concile premièrement à Mantoue, et puis pour bonnes raiscms transféré à Yicence, cft de là à lYente, où il avoit esté commencé; puis après Jules son successeur Tàvoit continué Aa mesme lieu, ou avoyent esté taicts et cond«ids certains décrets. Et pouree i^u'aux prochains lieux d'Allemaigne s'esloyent esmeues plusieurs séditions et tumultes, et qu'il y av^it jà cruelles guerres en Italie et en France, de rechef le concile avoit esté difKré par findustrie de Tennemy du genre humain, pour frustrer rÉglise d'un si grand proffit, voyant que du tout il ne le pouvoit oster. Or le pape ne pou- Voit dire sans grande amertume d'esprit, de comMen ce pendant les hérésies avoyent prins accrelÉsement, fistce et vigueur, et combien la division estoit accreue pendant les guerres. Mais puis que Dieu pitoyable et miséricordieux lavoit paciQé les roysde la chrestienté, Sa Saincteté de son costé avoit espéné de mettre fin aux maux de TÉglfse par le concile. Par quoy pour oster la division et l'hérésie, corriger et réfor- ' les mœurs, et eotreienir la paix et union
des princes, ayant eu l'advis de ses frères les cardinaux, et de ce adverty Tempereur et autres noys et princes, lesquels il avoit trouvés prests et appareillés, de l'authorité de Dieu, et des bénoists sainct Pierre et sainct Paul, desquels il tenoit la place, il ordonnoit le sacré et général concile estre recommencé le jour de la résurrection de noslre Seigneur, et sans délay, en la ville de Trente, admonestant ses frères les patriarches, archevesques, évesques, ses fils, les abbés et autres auxquels de droit commun, privilège ou ancienne coustume estoit permis de s'asseoir et donner sentence au concile. Et leur commandant en vertu de saincte obéyssance, du serment par eux à luy faict, et sur les peines sur ce ordonnées, de s'y trouver, s'ils n'avoyent empeschement légitime, duquel ils feissent apparoir. Après cela il prioit l'empereur et les autres roys et princes de s'y trouver ou d'y envoyer ambassadeurs, gens sages, graves et prudens, pour représenter la personne de leurs maistres, et de donner ordre que les prélats de leurs pays y aillent en temps si nécessaire.
De sa part, il fera qu'auxdits prélats çt autres allans et retoumans dudict concile, ne sera faict ne donné aucun destoorbier ou empeschement par les chemins, et ne laisseroit rien passer qui peust appartenir à faire une œuvre tant salutaire constituée par luy. Bref, il appelloit l>ieu à tesmoing s'il cherchoit autre chose, et s'il se proposoit rien devant les yeux que l'honneur de Dieu, la réduction des âmes esgarées de ta foy , et le perpétuel sahit et tranquillité de la chrétienté.
Voylà un des poincts par lesquels ceux de Guyse estimèrent avoir trouvé propre occasion d'empescher que les estats ne peussent rien déterminer pour le regard delà religion, scachant que les cayers des députés estoyent chargés de demander estât paisible, comme il sera plus amplement déduict cy-après.
Les choses ainsi acheminées, on devoit bien passer plus avant ; car l'intention estoit pour éviter toute vengeance, faire mourir sans aucune distinction tous ceux qui tenoyent le party des princes, de quelque religion qu'ils fussent. Et desjà le cardinal avoit usé de telle diligence que de chascune province on luy avoit apporté les noms et surnoms de ceux que ses espies savoyent estre tels : en sorte que les rolles en estoyent jà tout dressés» pour lea faire àdvouer
DE L'ESTAT DE FRANCE
vl approuver aux députés des trois estats, fust par amour ou par force, comme aussi ils s'asseuroyeut d'estre authorisés quant aux parlemens de France, de la pluspart des conseillers et présidens, desquels ils avoyent suffisamment esprouvé la conscience, estant iceux premièrement ennemis mortels de ceux de la religion, et puis aussi de tous ceux qui demandoyent réformation de Testât; estant persuadés que si ceux de la religion avoyent le dessus, ce seroit à eux à courir, tant pour rendre raison de leurs jugemens, que pour estre mis sur Tescbaffaut, à fin de corriger les abus de la justice, qui n'estoyent moindres que ceux de l'Église romaine, oultre la perte qui leur pouvoit revenir en lascbant les grands et gros bénéfices que tenoyent eux et leurs enians et custodi-nos, advenant une bonne réformation. Yoylà pourquoy il ne leur fallut guères bransler la bride pour leur faire jurer la mort de tous ceux de la religion et consentir à tous les desseings de ceux de Guy&e,qui leur promettoyent monts et vaux.
Et à fin que ce ravage fust plustost achevé, faut noter qu'à Fissue des estats, les forces de France devoyent estre desparties en quatre, lesquelles marcheroyent tousjours à une journée ou deux près Tune de Tautre soubs la conduite des ducs d' Aumalle, mareschaulx Sainct- André, de Brissac et de Termes, qui avoyent jà tel et semblable pouvoir que celuy de Sainct- André cy-dessus dédairé, à fin que la France estant repurgée, on regardast avec les Espagnols, Italiens , Allemans et Suisses catholiques de faire le mesme en toute la cbrestienté, ce disoit-on. Et ne &ult doubter que tous ne désirassent la ruine de ceux qu'ils tiennent pour communs ennemis. Mais cela se fust monstre en effect, selon que la commodité de chascun eust porté ; et n'y a doubte que la roine mère n'y eust eu plus petite part qu'elle ne présumoit.
La manière de fournir à ceste despense (disoit-on, pour donner à entendre qu'en tout cecy on ne cherchoit point son particulier, mais l'advancement ou plustost la sauvetéde nostre mère saincte Église) estoit telle. On prenoit le revenu des bénéfices, qui monte presque les deux parts du royaume. Chascun cardinal ne dcvoit retenir ( toutes bourdes quant à l'effect) jusques à l'entier accomplissement de l'entreprin^e, que de quatre à cinq mille livres par an,
un évesque mille ou douze cens» un abbé trois ou quatre cens, un prieur cent à six-vingts livres, et ainsi des autres jusques à un chapelain de trente livres, qui retenoit seulement cent sols. Et à fin d'avoir plus prompts deniers, tout l'or et l'argent des reliquaires, avec les thrésors des temples et monastères, se prenoit, avec promesse toutesfois qu'ils seroyent puis après refaictsdes confiscations des hérétiques;moyens asseurés à ceux de Guy se, par les mains desquels tout eust passé en France, de maintenir contre tout le monde le royaume transporté en leur maison. Mais le meilleur estoit, que s'ils avoyent trop grand besoing de gens de guerre, le clergé de voit fournir de leurs valets, c'est-àdire, maquereaux, cuisiniers et autres, des plus habiles et dispos, voire jusques aux presbtres et moynes que le pape dispensoit pour prendre les armes; en quoy ils promettoyent faire merveilles, d'autant que leur conscience estoit troublée par ces hérétiques. Or, quant à la conclusion prinse d'exterminer tout le sang royal de la maison de Bourbon et tous leurs amis, cela ne vouloycnt-ils faire tout à un coup, mais par le menu et petit à petit, à fin que l'on ne s'apperceust de leur encloueure, et que les François n'estimant ces exécutions estre la planche par eux dressée pour parvenir à la couronne, ne s'eslevassent contre eux. Le roy de Navarre donc devoit estre pour le commencement confiné au chasteau de Loches; le connestable ferré en la grosse tour de Bourges, avec tops ses enfans et nepveus. Les plus grands qui avoyent authorité devoyent estre prins; et les faisant mourir, se devoit tenir quelque |>etite formalité de justice, comme à celle du prince de Condé, qui devoit mener la danse le dixiesme de décembre, à Tentrée^des estats, ainsi que j'ay déclairé. Et d'autant que les prisons d'Orléans ne sembloyent assez grandes ny seures, ny semblablement celles de Loches, Bourges, et autres villes, pour contenir si grand nombre des enroUés de toutes qualités, on meit ouvriers en besongne de toutes parts, pour accoustrer les prisons, et en faire de neufves. Entre autres, la grosse tour de Sainct-Aignan fut grillée et fortifiée pour y mettre les principaux d'Orléans, et une autre auprès, pour l'admirai et ses frères, en sorte que ceste tour fut depuis appelée Fadmiralle.
Sur ces entrefaictes, estant arrivés à la cour
SOUS FRANÇOIS IL
tes marescbaux Sainct- André et de Brissac, qui estoyent des principaux de la retenue, on leur communiqua les desseings, à scavoir à Sainct-Aodré toute Tentreprinse, comme en estant bien capable, et au mareschal de Brissac, cela seulement qui servoit à la ruine de ceux de la religion ; car le reste Iny estoit lors caché, jusqu'à ce que Ton eust plus grande preuve de sa fidélité envers ceux de Guyse, comme elle se manifesta puis après. Ceux-là trouvèrent très IxH) ce qui avoit esté conclud et arresté, sinon pour le regard du roy de Navarre. Car ils furent d'advis qu'on le devoit bire tuer, sans en faire plus longue garde, pour ce que demourant en vie, quelque confiné qu'il fust, c'estoit une ouverture et une occasion à ceux de la religion de s'eslever pour le rescourre. Et pourtant ne futil question sinon d'adviscr les plus propres moyens de s'en deffaire. Le premier moyen qu'on essaya, fut de l'empoisonner à un disner, où il fut adverty de n'aller point. Le second, fut de le tuer un soir, partant de chez le roy, d'un coup de pistole, se couvrant de la querelle de monsieur de Nemours touchant le mariage prétendu entre luy et mademoiselle de Rohan, cousine-germaine de la roine de Navarre, auquel il ne s'accordoit, après luy avoir faict un enfant, disoit-on, sous promesse de mariage. Mais pour ce coup ledict seigneur roy se trouva trop bien accompaigné. La tierce entreprinse fut estrange, et presque incroyable, si elle n'estoit tr<^ bien tesmoignée par luy-mesme et par autres; comme aussi la roine de Navarre par le bien sçavoir, et sans jamais avoir esté contredicte, en escripvit à la roine mère, longtemps après le trespas de tous les deux roy s. Il fut doncquesadvisé que le roy , auquel on avoit entièr^moit persuadé qu'aimant ceste race il perdroit la vie et son estât, feindroit d'estre malade (comme tost après il le fut à bon escient, et mortellement ) et n'ayant que sa robbe de nuict, et une dague à sa ceinture, envoyeroit quérir ledict seigneur en sa chambre, où il n'y devoit avoir que le sieur de Guyse, le cardinal de Lorraine et le mareschal de Sainct-André, et quelques-uns advertis de ce qu'ils avoyent à faire, et le roy prenant une querelle d'Allemaigne (comme on dict) contre ledict seigneur, luy devoit donner un coup de dague, et les autres l'adiever. Cela fut conclud, après avoir esté débattu entre quelques particuliers, où
néantmoîns il y eut de différentes opmions, ne pouvant quelques-uns consentir à une teUe cruauté, que &ire sou'dier la main de ce jeune roy dans son propre sang. Néantmoins l'ambition et envie de régner de ceux de Guyse leur feit eslire ce moyen.
La roine mère, et bonne mère pour ce coup, à laquelle ceux de Guyse ne communiquoyent de ces derniers desseings qu'autant qu'il leur plaisoit, en fut advertie par le roy mesme , et feit ceste faveur audict roy de Navarre de le faire advertir par le moyen de madame la duchesse de Montpensier, après avoir en vain essayé en secret d'en divertir le roy, hors mis qu'il est à présumer, que la remonstrance que sa mère luy en feit servit bien à le retenir qpand il fut question de l'exécution.
Suy vant donc ce malheureux conseil, le roy François envoya quérir ledict roy de Navarre, pour venir parler seul à luy en sa chambre, ou il estoit seul aussi , avec ceux de la conjuration seulement. Ledict roy fut adverty de n'y aller, et trouver quelque excuse ; ce qu'il feit la première fois. Il le renvoya quérir la seconde, en laquelle il fut encores conseillé de n'y aller, par un qui luy dict la vérité de leur délibération. A la fin poussé d'un cueur magnanime, et aussi que la pureté de sa conscience en ce faict l'empeschoit d'appréhender ceste mort, il se résolut d'y aller, et mener seulement quelques-uns avec luy, entre autres le capitaine Ranty, lieutenant de sa compaignie, gentilhomme en qui il se fioit, et qui avoit esté nourry d'enfance avec luy. Montant le degré de la chambre, du roy, il trouva encores quelqu'un qui le voulut arrester, luy disant : « Sire où vous allez- vous perdre? »» mais comme résolu qu'il estoit, il se tourna lors ( comme dq)uis tous deux l'ont souvent récité ) vers le capitaine Ranty, disant : « Je m'en vais au lieu où l'on a conjuré ma mort, mais jamais peau ne fut vendue si chère que je leur vendray la mienne. S'il plaist à Dieu, il me sauvera; mais je vous prie, par la fidélité que j'ay tousjours connue en vous de vostre bonne nourriture, et l'amitié que je vous ay portée, de me faire ce dernier service, que si je meurs, que vous recouvriez la chemise que j'ay sur moy, et la portiez toute sanglante à ma femme et à mon fils, et conjuriez madicte femme pour la grande amour qu'elle m'a tousjours portée, et par son devoir ( puisque mon fils
DE L^ËSTÀt DE rKANCË
n'est eneores en ftAge de pouvoir venger ma mort ) qu'elle envoyé nm ehemise percée et sanglante (comme si je menrs elfe le fera) aux princes estrangers et chrestiens pour venger ma mort si cruelle et traistresse. » Et sur ces parolles il entra en la chambre du roy , et^ncon- Unent le cardinal de Lorraine ferma la porte • par dedans après luy. Adoncques le roy luy tint quelques rudes propos, auxquels il respondit avec tout devoir et révérence ( regardant néantmoins ses ennemis d'un œil assez farouche). Bref, les uns et les autres, estant estonnés, par la volonté de Dieu, les choses se passèrent en parolles. Ce que voyant le duc de Guyse, et son frère le cardinal, retirés en une fenestre, ils s'en allèrent bien despités, usant de ces mots assez hauts, en sortant : «< Voylàle phis poltron cueur qui fut jamais ! •• Il ne fault nullement doubter que la vertu de Dieu, qui bride la rage des meschans et tient en sa main le cueur des rois, ne s'estendist sur l'un et sur l'autre ; sur le roy, pour ne luy permettre estre parricide, commettant en son sang un si lasche tour; et sur le roy de Navarre aussi, pour luy faire paroistre qu'un seul cheveu de nostre teste ne peut tomber sans sa providence, quelques asseurances que puissent prendre les meschans de leurs conjurations. Ainsi pour lors eschappa le roy de Navarre, ce que voyant ces conjurateurs, et ce nonobstant persévérant en leurs meschantes volontés, leur dernière résolution fiit que le roy iroit faire un petit voyage pour ebasser à Chambourg et à Chenonceau, pendant q&e l'on nettoyeroit la ville d'Oriéans et qu'on dresseroit les logis pour recevoir les députés des estatis et tous les princes et grands seigneurs qui estoyent mandés s'y trouver. Que ledict seigneur y mèneroit le Navarrois, et qu'en courant après quelque beste, on le tueroit, puis on feroit courir le bruit qu'il auroit esté meurtri d'un cerf, ou d'un sanglier.
Quant au connestaMe, ils luy vouloyent feire phicès, et a voit jà esté plusieurs fois mandé à la cour, où il n'avoit voulu aller, comme sage mondain qu'il estoit, pour ne tomber à son escient es griffes de ses ennemis, lesquels il sçavoit pour certain avoir machiné sa mort et basty des informations k leur mode, par les dépositions de la Sague, et telles que le temps le promettoit, en sorte qu'on s'attendoit bien de ruiner sa maison et la confisquer» et déjà corn-
mission avoit esté expédiée pour prendre son fils DanvHle.
£t pource que les tro» frères de ChastiUen leur estoyent du tout insupportables, et qu'ils estimoyent n'y avoir en France aucuns seigneurs plus propres à empescber leiffs desseings, et à lever et conduire gens pour s'opposer à eux , ils furent très aisés d'avoir trouvé une occasion tant propre, à sçavoir, la profession et déclaration ouverte qu'ils avoyent faite à la roine de se vouloir ranger aux églises réformées du royaume, notamment l'admirai et d'Andelot son frère. Yoicy donc comme ils les devoyent traieter, n'ayant peu trouver sur eux aucune chose digne de r^réhension, et f&ire le mesme à tous les autres chevaliers de l'Ordre qui avoyent favorisé tant soit peu ceste doctrine.
Le roy escripvit à tous les chevaliers de l'Ordre absens, qu'il vouloit tenir un chapitre général de son ordre le jour de Noël suyvant , et entendoit que toutes excuses cessantes ils se trouvassent à la cour. Cependant le cardinal avoit fait dresser une confession de foy aux sorbonnistes, de tel style qu'il s'asseurolt que nul de tous ceux qui auroyent gousté fat doctrine contraire n'y voudroyient aucunemadt consentir. Et c'estoit le piège oà on les attendoit.
Le jour venu , Sa Majesté devoit présenter aux chevaliers en plein temple ceste confession, qui seroit signée de sa main, à fin qu'ils fissmt le mesme, et jurassent tous de non-seulement la tenir et garder inviolablement , mak aussi de courir sus par toutes voyes à ceux qui y contreviendroyent , sans espargner père, mère, femme , frères , scBurs , parens ni amis en qudque sorte et manière que ce fust. Que si aucun en faisoit le moindre reffus ou délay (car pour tout certain ils s'attendoyent que l'admirai et d'Andelot ne la voudroyent signer, ou à tout le moins demanderoyent jour d'advis et qu'elle leur fiist communiquée), alors Sa Majesté sans autre inquisition , forme ny figure de procès, les devoit dégrader de l'Ordre et de tous estats, dignités et honneurs, et le lendemain les envoyer au feu brusler tous vift. Ce mesme stratagesme fut dressé au cardinal de Chastillon, par une assemblée générale qu'ils devoyent fkire le mesme jour de tous les cardinaux, pour signer ceste mesme confession de foy , sçachant bien qu'il n'en feroit rien. Aussi eadeiiiaiidaycm41a
SOUS FRANÇOIS IL
la vie. Et ce faict, le roy de voit mander tous les princes et seigneurs du royaume pour leur faire signer ceste confession, et puis à tous ces gentilshommes et officiers domestiques.
Le chancelier avoit commandement de faire le semblable envers tous les maistres des requestes, ceux de la justice, secrétaires et autres ofliciers suyvans la CQur. La roine pensant alors que ce f ust faîct, et qu'il fust temps de descouvrir du tout son cueur, avoit prinsla charge de faire signer toutes les dames et damoiselles de la cour. Il estoit enjoinct à tous ceux qui avoyent des serviteurs, de faire le semblable, et que chascun respondroit des siens. La cour ainsi repurgée , on devoit envoyer à tous les parlemens, bailliages, seneschaulsées et autres jurisdictions , pour faire pareille profession de foy, sur peine aux défaillans ou délayans d*estre bruslés sans autre forme ny figure de procès. Aussi appelloit le cardinal ceste confession la ratonière. Que s'il se trouvoit quelqu'un vray pénitent, et qui appartint à quelque grand prince ou seigneur de la retenue, advenant qu'on luy pardonnast , il porteroit à jamais pour perpétuelle ignominie une robe de couleurs à la mode d'Espagne, la forme de laquelle se prenoit de l'inquisition, pour la pratiquer exactement. Bref, les choses estoyent tellement disposées, que pour descouvrir plus promptement les secrets de la religion qui fussent en France, chascun curé ou vicaire devoit 'aller par toutes les maisons de sa paroisse , accompagné de greffiers, notaires, et autres personnes publiques pour ce choisies et eslevées, à fin de recueillir les signatures, et en faire registres et dénombrement enchascunejurisdiction.fVoyIà donc les moyens par lesquels ceux de la religion devoyent estre infailliblement accablés. Et pour ce faire commissions nouvelles estoyent ordinairement expédiées à tous les capitaines et gentilshommes dévotlonnés au parti de Guyse, pour lever gen^ de la qu^ité susdicte.
Nous avons récité, en traictant des guerres du duc de Savoye, comme les Vaudois eurent secours de ceux de Pragela ; ce qu'estant parvenu aux aureilles du duc, il en feit de grandes plaintes au roy, affermant que ses subjects n'eussent eu le courage de faire teste à ses gens , s'ils n'eussent esté secourus des François. Entre autres, il nommoit ceux de Pragela. Mais surtout, il estimoit ceste conduite avoir esté faict^ par
Mouvans, et par les Provçnçi^ fugitif^ de leurf païs qui s'estoyent retirés, comme il disoit, audict PragQla. Maugiron de sa part, sç trouvait ' à la cour, faisoit les choses grandes, et confermoit cest advertissement, se disant avoir grand crédit et autborité en Dauphiné, tant envers I4 noblesse qu'envers plusieurs siens amis , pour exécuter une bonne entreprinse sur ceux de Pragela, et se vantant de leur donner une bonne venue. D'autre part, il fit prière à ceux de Guysci de luy vouloir donner une bonne charge çn l'armée qui se devoit lever pour aller à Genève, et icelle joindre avec les fbrces d'Italie, en quoy il espéroit leur faire de grands services, à cause des intelligences qu'il se disoit avoir de delà avec plusieurs gentilshommes et gens de guerre. Par quoy commission fut expédiée le 17 de novembre pour lever en Dauphiné dix ou douzç enseignes de gens de pied. Le prétexte estoit fondé sur ce que Sa Majesté avoit entendu que ceux de la vallée de Pragela, qui est aux confins dudict Dauphiné, continuant en leurs hérésies, faisoyent ordinairement prescher, et administroyent les sacremens à la mode de Genève. Et qui pis estoit, retiroyent et fevorÎT soyent ceux de ceste mauvaise secte, et princi: paiement aucuns des principaux chefs et autbeursde la dernière sédition et esmotion faictiç auxdits païs et lieux circonvoisins. Au moyep de quoy, le roy, suyvant sa coustume et catholique intention , désiroit leur faire cha^er diç façon de vivre ; sinon, les chastier selon leuc^ desmérites , leur estant les chefs et prédicans. Ce pouvoir aussi portoit de faire levée de tel nombre de gens qu'il voudroit, et d'assembler secrettement ses amis avec la noblesse pour se transporter audict Pragela, y prendre les minish très, gentilshommes chefs et autheurs des séditions et hérésies, pour les faire chastier par le parlement du Dauphiné. Et s'il trouvoit beaucoup de résistance, qu'il leur courut sus, et les taillast en pièces, se conduisant toutesfois p^r le sage et prudent advis de la Motte Gondrin, auquel il obéiroit comme à Sa M^esté mesme. Or, combien que ceste commission fust ainsi causée, si est-ce qu'elle tendoit principalement à renforcer le duc de Savoye et occuper le passage de Pragela , pour empescher que nu) secours ne fust donné aux Vaudois des valléea d'Angrogne et autres qu'on tenoit de si coi^rt, et lesquels on avoit conclud d'exterminer eotiè-
DE L'ESTAT DE FRANCE
rement, poor sur le printemps fidre de plus grandes et hantes entreprinses , et commencer par Génère. Et à fin que les choses fassent plus diligemmentconduictes, leroy escripvit à Bourdillon, son lieutenant général en Piedmond, de bailler toutes ses forces à Maugiron , pour exécuter Tentreprinse de Pragela, et les joindre avec celles de la Motte Gondrin. Ce que Bourdîllon n'avoit aucunement à plaisir ; non pour aucune bonne affection qu'il portast à ceux de la religion, mais pour le danger de perdre toutes les villes qu'il avoit en charge. Car desjà on luy avoit osté les vieilles bandes , et luy en avoit-on baillé des nouvelles peu aguerries , si qu'il ne pouvoit dormir avec eux de bon somme. Maintenant donc qu'on les luy vouloitoster, ou bien luy en laisser si petit nombre qu'ils ne seroyent pour résister au moindre exploict que le duc voudroit faire contre luy, il insistoit fort au contraire, et envoya remonstrer au roy les incoi^véniens qui en pouvoyent survenir , luy remonstrant qu'il avoit assez d'autres moyens pour secourir le duc de Savoye sans desnuer ses villes. Joinct qu'il estoit assez empesché de prévenir et veiller sur les entreprinses d'ailleurs. Mais tout cela ne luy proffita rien , sinon d'acquérir la mauvaise grâce de ceux de Guyse, qui luy mandèrent au nom de Sa Majesté, qu'il eust à obéir sur peine de rébellion , non-seulement en cela, mais en tout ce qui luy seroit puis après commandé , sans plus insister au contraire. Car, disoit le roy, j'ay assez bon conseil près de moy,sans que j'aye besoing du vostre, sinon quand je vous en demanderay. Par ces façons de faire , on conjecturoit que ceux de Guyse avoyent promis au duc de Savoye de luy rendre non-seulement les quatre villes détenues par le traicté de la paix, mais aussi tout ce que le roy avoit delà les monts, à fin qu'ils le peussent tant mieux avoir à commandement par ce lien d'obligation. Car autrement sa voit-il qu'il les recouvreroit malaiséement du roy, et qu'estant en bas aage son conseil n'y consenlîroit jamais. Le meilleur donc estoit de clore les yeux à tous les dangers et inconvéniens à ce que, cela advenant, la faute en fust rejettée sur ceux de la religion, pour avoir amené le roy à ceste nécessité de desgamir ses villes, et partant les rendre du tout odieux au peuple.
Nous retournerons aux gens des trots estats, e^ monstrerons le reiglement qu'ils eurent de
ces gouverneurs. Car ceux de Guyse se souvenant parmi leurs violences, que les cayers des députés estoyent chargés de demander un estât paisible pour la religion, et plusieurs autres choses qui contre venoyent directement à leurs desseings (encores que nul ne traictast proprement de leur gouvernement illégitime ) , après avoir meurement considéré les histoires françoises. et esté advenis par leurs serviteurs de ceste ancienne authorité des estats de France, avec le poids de leurs demandes et conclusions, ilsdoul)tèrent qu'ils ne meissent sous les pieds leurs affections particulières envers eux, pour reprendre les arres et suy vre la trace de leurs prédécesseurs, qui avoyent tousjours eu ceste bonne coustume d'oublier les partialités pour soigner au bien public, et à establir unasseuré gouvernement, pendant le bas aage des rois, pour servir de bride aux amateurs de nouveautés. A ceste cause, ils se résolurent de bonne heure de ce qu'ib auroyent à faire. Sentant donc approcher le 10 de décembre, et les députés des estats arriver à la file , deffenses itératives de par le roy leurs ont faictes sur peine de la vie, que nul d'eux fust si hardy de parler un tout seul traict de la religion en l'assemblée et convocation que Sa Majesté feroit deses estats généraux, d'autant qu'autrement il en avoit disposé. Sur cela, Dieu commença dès lors de monstrer qu'il n'y a ruse ny violence qui puisse sortir effect contre luy ; car combien que ceux de Guyse eussent faict toute diligence d'avoir lesdicts députés à leur dévotion, et qu'ils s'asseurassent que la pluspart approuveroyent leurs desseings, ce néantmoins ceste deffense fit murmurer trop plus de gens qu'ils ne pensoyent, d'autant, disoyent-ils, que les lettres de la convocation des estats portent le contraire. Pour à quoy remédier ils attirèrent des personnages d'authorité, quidisoyent ne falloir trouver estrange si le roy avoit changé d'advis. Car, lors de sa résolution prinse d'assembler les estats, il n'estoit nouvelle qu'on voulust tenir le concile général , mais que maintenant que le pape l'avoit publié, ce seroit luy faire un trop grand préjudice de rien mettre en avant touchant la réformaiion du clergé, attendu que l'on la devoit espérer bonne et universelle par ce sainct concile; et aussi que les prélats de France, qui s'assembleroyeni au mois de janvier auroyent principalement ce soin de regarder aux choses nécessaires et par-
tictdières pour la religion , à fin de donna: un bon règlement à la France sans eropescher les deux autres estais, qui devoyent plustost regarder à trouver deniers au roy pour ses urgens aiTaires » et d'ayder de conseil à messieurs de Guyse, pour chastier les mutins et rebelles ; autrement qu'ils seroyent les mal venus, et seroit à craindre qu'on les amenast par force à ce point, s'ils ne se présentoyent de bonne et franche volonté. Mais que les choses gracieusement accordées estoyent les plus louables , et qu'ils . obligeroyent, en ce faisant, ces bons princes de Guyse de leur bien vouloir , et rémunérer ceux qui suy vroyent le plus exactement en cela l'intention de Sa Majesté, sans entrer plus avant en contention pour leurs authorités et prééminences. Sur-tout qu'ils se donnassent garde de mettre en avant ne s'ayder d'un seul argument qu'on peust estimer et recognoistre estre sorty des escrits des rebelles. Car cela cstoit tant odieux à Sa Majesté que rien plus. Bref, on usoit de tous artifices possibles pour essayer d'avoir des estats, par amour, ce qu'ik s'asseuroyent d'obtenir par force, voulussent ou non. Et quant à ceux qu'on scavoit estre entièrement gaignés ou pratiqués, onleur descouvroit quelque partie des entreprinses, à fin d'essayer à ranger les autresàcepoinct, leur proposant la vie ou la jnort. Sur ces entrefaictes , voicy arriver un paquet du comte de Yillars, lieutenant au gouvernement du Languedoc en l'absence du connestable son beau-frère, par lequel il advertissoit ceux de Guyse que les députés du païs de Languedoc pour se trouver aux estats-généraux, estayent hérétiques, et des plus affectionnés à leur religion, pour à laquelle donner liberté ils avoyent accepté ceste charge; de quoy il les avoit bien voulu advertir, à fin qu'ils advisassent d'y donner bon ordre, car c'estoyent gens d'esprit, de grande menée et conduicte. U estoit bien marry qu'il n'avoit peu empescher leur eslection et parlement, mais que la pluralité des voix l'avoit emporté, comme aussi la résolution prinse en l'assemblée particulière des estats du Languedoc, qui estoit de grande et périlleuse conséquence contre l'authorité de l'Église romaine, et à l'advénement de ceste nouvelle secte» ijui s'estoit merveilleusement accrue et déckirée en Languedoc, plus cent fois qu'il n'eust peu estimer, voire à l'endroict des plus grands et de ceux qui avoyent entière autbo* XVlKsiicLB,LaPl,elUPl.
SOOâ FRAN<?OIS It 409
rite envers le peuple pdUr les persuader et dissuader ce qu'ils voudroyent.
Ceste lettre ne fut plustost receue, que gens ne fussent expédiés pour aller au-devant de ces députés, à fin de les mettre en lieu où ils n'eussent jamais peu faire bien ny mal; mais n'estant rencontrés, ils arrivèrent a Orléans, où à leur descente de cheval se trouva gens qui leur dirait que le cardinal de Lorraine les demandoit. Ils prièrent qu'on les laissast descendre à l'hostellerie et se desbotter, ce qu'on leur reffusa ; ains furent estroiciement gardés, leurs mémoires et instructions saisis et portés à ceux de Guyse, qui trouvèrent encores plus que ne leur avoit mandé le comte de Yillars. Par quoy ces pauvres prisonniers furent aigrement et durement traictés pour intimider les autres, et battre le chien devant le lion, comme l'on dict; mais tout cela fut en vain, comme il se verra cy-après.
Le roy de Navarre, comme il a esté veu, pendant toutes ces expéditions, et depuis son arrivée en cour, estoit détenu en une merveilleuse crainte et frayeurs incroyables. Car d'un costé ses amis l'advertissoyent d'heure à heure des délibérations et conclusions prinses contre luy, en sorte qu*ils désespéroyent de sa sauveté. D'autre costéj les capitaines et soldats le sollicitoyent souventesfois de se sauver, d'autant que ses ennemis avoyent pratiqué aucuns d'eux, voire tiré leur promesse et serment pour le tuer sitost qu'ils en auroyent le signal. Or^ soit qu'ils fussent menés de bonne affection, qu'ils cherchassent meilleure couleur et occasion d'exécuter ceste conspiration ou autrement, tant y a qu'on tenoit pour certain (considéré que telles gens de guerre estoyent tout dédiés et consacrés à la maison de Guyse, ayant receu de tous leurs estats honneurs et advancemens de ceste part) qu'ils cberchoyent de le tuer en fuyant, à fin de mieux colorer cest acte envers les estats, auxquels ils s'attendoyent de persuader aiséement que telle évasion l'acoulpoit du forfaict duquel il estoit souspeçonné, ne cherchant d'eschapper la présence du roy que pour troubler le royaume et commencer nouvelles esmotions populaires, et que partant le plus court et le meilleur remède avoit esté de s'en dépestrer ainsi, avant qu'il eust causé tant de maux et calamités; combien toutesfois qu'on eust désiré luy faire procès comme à son frère.
t)Ê L'ÉStÀt M f'ftANCË
tlsèôl
*kîà Bien rêthit ée prtiicè, ëii sorte que, pour chose qu'on luy peust persuader, U t\e Voulut àbàndô&ner fa ville, ny s'esloigner de son firère, avant que voir l'issue de ses aflfeires. Ce qui plus le grévoit, c''estoit de se voir mocqué, mesprisé et -montré au doigt par les courtisans, sans que nul le daignast saluer, encores que partie d'iceux eussent receu tous leurs biens, estats et honneurs par son moyen, tant est muable et variable la condition des courtisans. Aussi, allait chez le roy, on le fkisoît expressément valeter à la porte, sans laisser entrer plus de deux on trois gentilshommes avec luy.
Ifous avons veu cy-devant comme l'on avoTit lîiandé tous les grands seigneurs du royaume poor se trouver à Orléans à l'assemblée des estats, les unii en intention qu'ils ne s'en retour- Hëroyetit jartiais, les autres pour les tenir tellement en bride, que i'ien ne se peust remuer au préjudice de ceux de Guyse pendant leurs explotcts en ce lieu. Sur quoy je réciteray un acte notable de l'admirai. C'est qu'estant adverty par ses grands amis de la conclusion et résolution priiise contre luy et les siens, Tappareil dressé pour exterminer non seulement toute la maison de Bourbon, mais aussi tous les princes et seigneurs qui leur appartenoyent, et que Ton jugeait pouvoir résister aux nouvelles èntreprinses ; que desjà estoyetit arrivés à Orléans trente ou quarante des plus experts bourreaux âes villes circonvoisines; qu'on les âvoit habillés d'une mesme livrée et parure; que l'eschaffaut pour trancher la teste au prince de Condé (la femme duquel estoit sa niepce) s'en alloit jà dressé devant le logis du roy ; que la délibéftttion estoit de le foire ainsi mourir ignominieusement à rentrée des estats, pour tant de plus les tenir en crainte et leur faire approuver la mort des autres, dont il estott au nombre et des phis recommandés par cetix de Guyse , ennemis de ses vertus ; que l'on avoit accoustré une prison qui jà estoit consacrée à luy et ses frères; qu'il n'y avoit doubte que Ton ne vist en bref la plus grande effusion de sang qui jamais fut veue et ouye en France. Bref, que dcsjà deflénses avoyent esté faictes aux hnbitans d'Orléans et tous autres (hors mis les gens de guerre qui seroyent de garde) de sortit* de leurs maisons midy sonné, voire de regarder par leurs fenestres, sur peine d'y estre sur Fheure pendus et estranglés sans autre figure de pro-
ches ; et i^ûè le sac dé ta ville àvoït festé accordé aux gens de guerre, laquelle seroit puis après démantelée et rendue village Sans aucunes prééminences ny privilèges. Toutes ces fehoses, disje, ne peurent aucunement desmou voir l'admirai d'entreprendre le voyage d'Orléans sans plus tarder, ny seulement attendre le connestable son oncle, après avoir eu les lettres du h)y, auquel il délibéra faire entière confession de foy, remettant l'événement à Dieu.
Au partir de sa maison. Il ne vouhit dissimuler à sa femme le danger où il s'alloit envelopper sans en attendre aucune bonne issue pour son corps selon Tapparence humaine, disant toutesfois avoir telle confiance en Dieu, qu'il auroit pitié de sa pauvre Église et du royaume, exhortant ladicte dame, ensemble sa famille, de demeurer constans en la doctrine de TEvangile, où ils avoyent esté droictement enseignés, puisque Dieu leur avoit faict cognoistre que c'estoit la vraye et certaine pasture céleste, estimant ne pouvoir recevoir plus grand heur que de souffrir pour son sainct nom. Au reste, il enchargea très estroictement à ladicte dame, soit qu'elle entendîst sa prison ou sa mort, de ne laisser à poursuyvre sa course, et de faire baptiser son enftnt duquel elle ^ toit enceinte et preste d'accoucher, en rÉglIse réfortnée, et par les vrays ministres de la parolle de Dieu, et que plustost elle endurast fa mort que de souffrir icehry estre pollué aux superstitions de la papauté. Somme, il luy dîsoît que si elle demouroit ferme en ceste résolution, elle en devoit espérer bonne issue ; mesmement que Dieu avoit jà accoustumé de desployer ses merveilles lorèque les hommes avoyent perdu toute espérance de salut et de vie. Toyià quel fut son parteraent de sa maison. Estant arfiî^é à Orléans, encores que la roine mère luy eust faict le pareil accueil et réception que de coustume, si n'y demoura-t-îl guères sans s'appercevoir de la mauvaise volonté de ceux de Guyse. De quoy fut à demy adverty par ladicte dame mesme, laquelle luy dict qu'elle estoit en grande peine pour luy, d'autant que le cardinal de Lorraine avoit délibéré de luy demander raison de sa foy en la présence du roy, le priant d'adviser à ce qu'il auroit à respondre, et à ne se mettre légèrement en danger. L'admirai rie se donna grand' peine de cest advertissement, ains hiy dict franchement qu'il ne demandai
SOUS FRANÇOIS II
pas mieux, et qu'il espéroit que Dieu luy feroit la grâce de U donner si bonne, que Sa Majesté en seroit contente, sans que le cardinal en peust emporter que honte. La roine ayant de rechef enquis Tad mirai s'il auroit bien la hardiesse de ce faire, et entendu qu'ouy , elle-mesme le rapporta au cardinal qui en fut très aise, espérant avoir trouvé prompt moyen de luj faire procès ; et de ce pas ai^ au roy , et luy dict par mocquerie, devant ladicte dame sa mère, qu'il luy avoit ce jour-là acquis un des meilleurs serviteurs du monde, lequel, desvoyé de lafoy, estoit prest à retourner au sein de saincte Église catholique romaine. La roine, dis-je, ayant faict entendre à Fadmiral ce qui estoit passé» adjousta que le cardinal désiroit qu'il y eust en la présence du roy cinq ou six docteurs de la Sorbonne, qui avoyent esté envoyés quérir expressément pour disputer contre les hérétiques pertinax. L'admirai luy dict qu'il n'entendoit point qu'ils y fussent quand il plairoit au roy que le cardinal l'interroguast devant Sa Majesté, non pour crainte qu'il eust d'eux, ny d'estre esbranlé par leurs argumens ; mais qu'il sçavoit leur procédure estre telle que de condamner ceux de sa religion sans les convaincre autrement d'hérésie, ny rendre raison de leurs censures. Et ainsi advenant, il seroit aisé au cardinal de le faire déclairer pour hérétique, sans autre forme ny figure de procès, en sorte qu'il ne pourroit estre entendu en son bon droîfet. Mais s'il plaisoit au roy les ouyr tous deux seuls, il jugeroit aiséement lequel des deux seroit hérétique. Ce que ladicte dame dict que elle le trouvoit très bon, et promit d'ainsi le faire faire. Cecy advint pendant la maladie du roy, de laquelle il sera tantost parlé; mais comme elle rengregeoit, ce négoce fut interrompu et n'en fut aepuis parié, au moyen de ce que le cardinal insistoit que les théologiens y estoyent nécessaires.
Les affaires ainsi disposées par ceux de Guyse, ils advisèrent qu'il estoit temps de commencer à exécuter leurs desseings; par quoy le bruit courust que le roy alloit à la chasse à Cbambourg et à Chenonceau, à fin de nettoyer ce pendant les logis, faire place , et préparer ceux des députés des trois estats. Et de faict, la première chambre dudict sieur et son train lurent envoyés devant pour desloger, le lundy ixiesme de novembre; dç qupy on advertit le
roy de Navarre, à fin qu'il se pr^arast de sa part , lequel estant allé donner le bon jour au roy, le dimanche au matin, il luy demanda luy-mesme s'il ne vouloit pas luy faire compaignie à la chasse, attendant la venue des eslats. A quoy il supplia Sa Majesté l'excuser ; car tout le monde trouveroit estrange de le voir aller à l'esbat, et laisser son frère prisonnier et captif. Partant il n'estoit délibéré de jamais partir de là qu'il n'en vist une fin, suppliant ledict sieur y vouloir pourvoir et luy tenir promesse. Ce qu'entendu par ceux de Guyse, il eut commandement exprès dudict sieur de se tenir prest pour le lendemain matin. Sur le soir estant le royàvespres aux Jacobin^, il luy print un grand esvanouissement, qui fut cause qu'on l'emporta hastivement en sa chambre; et revenu de pasmoison commença à se plaindre de la teste en la partie de l'aureille gauche, en laquelle il avoit eu de tout temps une fistule, en sorte que de la douleur la fiebvre le print. Voyià comme le voyage fut rompu à la bonne heure pour le Navarrois, son frère, et toute la France. Ce néantmoins ceux de Guyse ne laissèrent de diligenter leurs affaires, et furent durant ceste maladie expédiées plusieurs commissions aux capitaines de leur faction, pour aller lever gens en Provence, Guyenne , Gascogne , NQrmandie , Picardie , Champagne et Bourgongne, lesquels avoyent charge expresse de ne faire nul enroollemént, si les soldats n'avoyent tesmoignages de leurs curés et vicaires d'estre catholiques, à ce que leur armée ne fust bigarrée. Et à fin d'avoir plustost gens, on les alléchoit de l'espérance de grands butins et richesses ; ce qui faisoit lever l'aureille à plusieurs gamemens, lesquels ne cherchoyent que changement et remuement de mesnage. Ces choses doncques furent tellement advancées que le mareschal de Termes, qui estoit, comme nous avons dict, du costé de Poictou et Saintonge, eut commandement de s'aller joindre à l'Espagnol qui prenoit la route de Bayonne, pour aller tous ensemble à Béam. Le vicomte d'Orlhez, qui commandoit lors en ladicte ville, eut lettres du roy pour la remettre pour retraicte, si besoing estoit, entre les mains du roy d'Espagnç, et laisser passer son armée par dedans les païs du Navarrois, racler sans espargner sa femme ny enfans. On devojt traicter de mesipe les mai-
DE L'ESTAT DE FRANCE
sons de tous les seigneurs et gentilshommes I qui Favoyent accompaigné, et s'estoyent trouvés à la faction d'Amboyse. On dict aussi que Termes eut ceste charge, à fin d'estre esclairé plus près. Car c'estoit celuy des quatre auquel on se fioit le moins, en sorte qu'on luy mandolt, au jour la journée, ce qu'il avoit à faire. Mais la noblesse et ceux qui avoyent suy vi le roy de Navarre , ne voulant laisser la peau à si bon marché que luy et son frère, lurent tellement persuadés par le sieur de M esmy de Périgord et autres, que, mettant armes à dos, ils s'enroollèrent sept ou huict cens chevaux et cinq ou six mille hommes de pied assez bien armés et de bonne volonté, lesquels se devoyent assembler si tost que Termes auroit passé Li- .moges, pour l'enclaver entre deux rivières là prochaines.
Ceux qui ont veu la situation des lieux disent qu'indubitablement Termes eust eu à souffrir, s'il n'eust du tout esté deffaict ; mais voyci comment il évita ce danger. Les chefs de ceste entreprinse choisirent un d'entre eux, qui avoit grand accès à Limoges, où Termes estoit lors, pour aller espier le temps de son partement, pour exécuter leur entreprinse. Mais ce personnage, meu de je ne sçay quelle affection, sans occasion aucune, s'alla présenter audict seigneur de Termes, et luy feit bien au long entendre le piège qu'on luy avoit dressé. Luy qui estoit vieil et rusé capitaine, estima du commencement que cest advertissement fust une ruse pour le garder de passer. Car il ne pouvoit croire qu'en si peu de jours il fust possible d'assembler et armer tel nombre d'hommes. Mais quand l'espion eust obtenu de luy un de ses capitaines qui luy rapporta fidèlement puis après tous les appareils qui luy furent montrés, et la manière qu'on tenoit pour assembler les armes et les forces, il se souvint du traict qu'on luy avoit faict à Gravelines, de sorte qu'il ne se feit guères tirer l'aureille, ains se retira à Poictiers, d'où il n'eust plustost escript au roy ce qui se passoit, qu'il n'entendist la griefve maladie d'iceluy ; à raison de quoy il eust bien voulu retenir ses lettres, ne sçachant quelle en seroit l'issue, et de peur d'encourir davantage l'indignation des princes, combien qu'auparavant en tous ses exploicts il ^ fust porté autant modestement que le temps permettoit. Car il pouvoit pis faire.
Ces nouvelles venues à la cour, avec le rcngrégement de la maladie du roy, troublèrent grandement la feste, et meirent ceux de Guyse en grande crainte, d'autant qu'ils n'estimoyent que, tenant ces deux princes, aucun osast entreprendre de s'eslever. Mais se sentant frustrés de leur espérance, et se doubtant qu'il y eust pareilles entreprinses ailleurs, ils conclurent qu'il falloit tuer le Navarrois, quoy qu'il en advint ; car soit que le roy vescust ou mourust, ils ne prévoyoyent que mal et encombrier. Vivant, ils s'atlendoyent d'estre empeschés par tous les endroicts du royaume; mourant, de recevoir tous la punition, et porter la peine par eux projettée sur tout le sang royal et les grands princes et seigneurs du royaume. Mais ceste résolution ne peut estre si secrette, estant maniée par trop de gens et peu secrets, que le Navarrois n'en fust adverty par une grande dame qui appartenoit aux uns et aux autres, laquelle le pria de n'aller ce jour-là au conseil, et plustost faire le malade, et se mettre au lict pour y estre visité de peu de gens. Cela fiist cause qu'il alla incontinent trouver la roine mère pour luy déclairer ce qu'il avoit entendu, ensemble toutes les autres embusches qui luy avoyent esté souvent dressées, contre la promesse et parolle du roy tant de fois réitérée, et sur laquelle se confiant, il n'avoit craint de s'aller rendre en leurs mains, et d'y mener son frère comme en sauvegarde, pour estre maintenus contre leurs ennemis et entendus en leurs deffenses, quittant en ce faisant tous les autres bons moyens qu'ils avoyent eu d'opprimer leurs ennemis, ou pour le moins de s'en deffendre. Maintenant il se voyoit frustré de toutes promesses, et n'avoit que des menaces et mauvais visage. Que si ceux de son gouvernement avoyent voulu entreprendre quelque chose mauvaise, il les désadvouoil, et vouloit mourir misérablement s'il se trouvoit qu'il y eust preste aucun consentement, ny qu'il en eust entendu aucune chose, sinon à l'heure mesme que le bruit en estoit semé par toute la cour. Ladicte dame, bien empeschée de mille sortes, eut refuge aux négatives , disant ne scavoir que c'estoit, qu'elle n'en croyoit rien ; et que si elle s'en appercevoit elle y donneroit ordre. Voylà comme le Navarrois évada ce danger pour l'heure. Car on dict que la roine mère envoya incontinent advcrtir les conqûrateure
SOUS FRANÇOIS IL
dcmy-désespérés, qui altendoyent ce prince, avec résolution de luy oster la vie, pour après faire le mesme à d'autres. Toutesfois aucuns vôuloyent passer oultre, s'ils n'eussent esté retenus par le cardinal de Toumon- disant que ne seroit bcsongner qu'à demy si on n'attendoit le connestable, ses enfans et nepveux qui devoyent arriver de jour à autre; car, disoit-il, si on les effarouche, ils ont moyen de prendre haleine, et feront plus d'empescheraent que les princes. Ce pendant le Navarrois esloit en grande angoisse, n'ayant avec qui prendre conseil. Seulement il faisoit le jour bonne mine, et la nuict il se tenoit sur ses gardes, avec si peu de serviteurs qu'il avoit pour se deffendre, si on le venoit assaillir, et temporiser au combat jusqu'au jour s'il pouvoit, à fin de faire cognoistre l'indignité de ses ennemis.
Quant à la maladie du roy, «combien que quelque humeur fort puante fast distillée de son aureille, qu'il eust esté purgé et ventosé et que ceste descente fust retenue par fomentations, toutesfois la fiebvre ne laissa de luy redoubler avec grands douleurar, inquiétudes et resveries; qui feirent que les médecins désespérant de sa santé, le duc de Guyse leur disoit mille injures, et s'enquéroit souvent s'il estoit possible que par art de médecine ou autrement on peust sauver un roy, ou bien seulement luy prolonger la vie, voire à un roy qui estoit en la fleur de son aage. Bref, sa passion estoit si extresme que ne pouvant avoir des médecins' et chirurgiens ceste asseurance seulement de le faire vivre jusqu'à Pasques prochaines, il leur reprochoit l'avoir eox-mesmes tué ; qu'ils avoyent prins argent des hérétiques pour ce faire, et qu'il les feroit tous pendre ; ils estoyent larrons et abusenrs du peuple, et tiroyent les gages du roy sans I ny servir d'autre chose que de luy abréger les jo^rs. Ses angoisses et menaces estoyent tellement accompaignées de juremens et blasphèmes, que ils sembloyent plustost sortir d'un homme forcené, que d'aucun cerveau ny jugegement rassis.
Comme le duc de Guyse tentoit ces moyens, son frère le cardinal recourut aux voyages et vœux aux saincts et sainctes de paradis, et aux processions des presbtres et moynes, qui ne se monstrèrent paresseux, sur- tout à Paris, à exhorter les peuples par prédications, de prier Dieu de leur vouloir garder leur bon roy, à
tout le moins jusques à ce qu'il eust mis fin à son entreprinse encommencée, d'exterminer ces meschans hérétiques et ennemis de l'Église romaine, qui^avoyent causé toutes les calamités qui estoyent de présent au monde ; et ne leur . faire ce préjudice de les frustrer de ce bon prince, comme il avoit faict de Henry, lorsqu'il avoit entreprins cest ouvrage tant sainct et bon. Et furent ordonnées et feictes processions générales, chascun catholique se mettant en bon estât, comme le jour de Pasques.
Le roy aussi voua à Dieu et à tous les saincts et sainctes de paradis, spécialement à Nostre- Dame-de-Cléry, comme ils l'appellent, que s'il leur plaisoit luy renvoyer santé, il ne cesseroit jamais tant qu'il eust entièrement repurgé le royaume de ces meschans hérétiques, et vouloit que Dieu le feist promptement mourir, si seulement il espargnoit femme, mère, frères, sœurs, parens,amis qui en seroyenttant fust peu souspeçonnés, et que lors il prendroit volontiers la mort à gré. Mais pour toutes ces choses sa maladie ne diminuoi t point, ains alloit chascunjour en empirant. Ce qui causa une tristesse merveilleuse à tous ceux de Guyse, d'autant qu'ils se sentoyent surprins en toutes leurs délibérations, qui ne faudn)yent d'aller au vent, si tost que la chance toumeroit. Toutesfois, comme gens courageux, ils tindrent leur rang jusques au bout et cherchèrent de moyenner envers la roine mère que l'on garderoit le corps après sa mort jusques à ce qu'ils eussent pourveu à leurs affaires, et faict authoriser leurs actions par les estais, à fin qu'on ne leur en peust rien demander. Mais ceste mine fut incontinent esventée ; car il y avoit trop de gens après pour espier quand il seroit expiré.
Nous avons veu cy-devant les procédures tenues contre le baillif d'Orléans que l'on vouloit faire tenir compaignie au prince de Condé. En quoy d'Avanson avoit fort avancé en besongne, et tant que possible luy fut. Mais la maladie du roy rompit tout, et à mesure que tel bruit augmentoit, le baillif aussi sur ces nouvelles commença de s'asseurer, tenant pour certain sa délivrance, en ce qu'il vit son commissaire mettre de l'eaue dans son vin, et changer de style, et les tesmoings qui luy estoyent présentés, moins asseurés et impudens qu'auparavant. Bref, pour son indisposition, il fut mis chez sa belle-mère.
DE L'ESTAT DE FRANCE
Ha esté mention du vidame de Chartres et de son emprisonnement en la Bastille. Or, d'autant qu'il sortoit d'une grande maladie» pour n'estre secouru et traicté comme il jestoit nécessaire, il recheut en un estât encores pire. Toutesfois, il ne peut avoir aucune liberté ny relasche, quelque peine que tous ses amis y prinssent, spécialement leconneslable, qui tant de bouche que par lettres avoit souvent supplié le roy d'user du plus gracieux traictement envers iceluy, sans avoir esgard au dire de ses ennemis; mais que plustost il devoit se ramentevoir les grands services Caicts par ses prédécesseurs et luy à la maison et couronne de France ; en quoy il se pouvoit à bon droict et véritablement vanter avoir plus despendu que prince ny seigneur de France. Et combien que ses despeoses et libéralités semblassent une prodigalité, et avoir esté quelquefois inutiles, si estoit-il asseuré que elles avoyent grandement servy envers les estrangers, pour leur faii^ admirer la grandeur de son prince, voyant ^n simple seigneur et gentilhomme tant magnifique. • C'estoit donc, disoit-il, un mauvais et pernicieux exemple, que, pour un simple souspeçon,on le confinast, et qu'il mourust misérablement prisonnier, par faulte de médiçamens, qui ne furent oncques déniés aux plus grands eonepnis de Sa Majesté. » Mais ces remonstrances n'eurent aucun lieu, sinon que le président de Thou, sentant approcher la fin de la vie du roy, advertit ceux de Guyse de l'extrémité de la maladie du vidame, le danger où luy et ses compaignons se mettoyent de luy reffuser le secours ordinaire, et qu'on le pouvoit bien consentir, yen qu'il s'en alloit mourir. A ceste cause il leur envoya lettres du roy pour l'eslargir en sa maison de la rue Sainct- Antoine, où il décéda incontinent. De quoy ceux de Guyse monstrèrent grand signe de resjouyssance. Car ils le connoi.ssoyent si vaillant et courageux, et lavoir tant de gens de guerre en main et à son commandement qu'ils ne pourroyent empescher que quelqu'un d'eux ne leur donnast quelque escome. D'autre part, ceux des Églises réformées ayant cogncu ce qui leur estoit appresté pour leur dernière ruine et désolation, publièrent aussi le jeusile entre eux, et se meirent en continuelles prières à ce qu'il pleust à Dieu retirer de dessus leur§ dos sa main courroucée et appesantie ; et pat noçsoie
moyen modérer et retenir la violence et rage des adversaires de l'Évangile qui estoyent près la personne du roy ; et que tout ainsi que par sa grande bonté et miséricorde il s'estoit tousjours monstre deffenseur de son Eglise, il Tavoit délivrée des mains de ses ennemis, lors mesmes qu'il n'y avoit aucune espérance de secours humain ; aussi qu'il estendist sa puissance miraculeuse et admirable pour dissiper le conseil des conspirateurs, comme il avoit faict celuy d'Achitop(iel, donnant au roy, avec sa santé, un bop et sage conseil, par le moyen duquel ils peussent posséder l^urs âmes en patience. Et ainsi se remettoyent du tout en la bonne et sauvegarde de Dieu, scachant qu'ii n'y avoit nul autre salutaire remède. Yoyià comme les peuples françois, divisés en opinions, prioyent diversement, les uns pour l'effusion du san|, selon le zèle et enseigniement où ils estoyem nourris; et les autres, au contraire, attendoyent de Dieu leur délivrajace entière.
Sur ces entrefaictes, la roine mère voyant le roy son premier fils à l'extrémité, se proposa devant les yeux les difficultés où elle entroit par ce nouveau changement advenu contre son espérance, et sur l'exécution de si hautes et difficiles entreprinses. Car, d'un costé, elle pensoit à l'iniquité et rude traictement dont ou avoit usé à l'endroict des princes, et le mescontentementqu'ils devoyent avoir d'elle pour n'avpir tenu la main à leur faire rendre le lieu et rang qui leur appartenoit au maniement des affaires. Davantage, elle sçavoit comme les plus grands seigneurs de France avoyent esté traictés, et la juste occasion qu'ils avoyent de s'en revenger ; par quoy elle ne pouvoit apperçevoir de ce costé-là qu'une grande playe sur son chef et le commencement d'une guerre civile. D'autre part, ceux de Guyse, qui avoyent son aureille et sa conscience, n'estoyent desgarnis de remonstrance^ et vives persuasions pour entretenir leur conseil, luy remettant devant les yeux le danger où elle se précipiteroit, si elle se démettoit de son authorité, et si ellç souffroit que lesestats revinssent à leur souverain commandement, comme ils avoyen* tousjours auparavant accoustumé en cas semblables. Car oultre le changement de la religion qu'ils vouloyent introduire au royaume (laquelle, ^ leur dire, attiroit apri^s B^y cbangeipent de prince^, pf Jncipanté? et çipjpires), ij^
tiséô]
he fauldroyént de venger la qaerelle de Bourboii^et à destniire laracede Taloys. « Et quand, diéoyent-îls, toutes ces choses cesseroyent, si tous faut-il considérer le mauvais Iraictement qu'ont receu lesdicts princes; le mal que vous veulent le connestable et les siens, comme aussi tous ceux de la religion nouvelle; de telle sorte que si les décrets des estats avoyent lieu, au mieux qui vous en sceust advenir, sera de delîiourer sans authorité et sans pouvoir disposer d'un seul denier des finances du roy, duquel et de ses frères vous aurez simplement la garde pendant leur minorité, qui durera si long temp^quMIs auront bien le moyen d'exercer leurs vengeances, encores que pour un temps ils le dissimulassent ; joinct qu'il vous ôera bien grief d'estre contredicte d'un conseil tel qu'il seroit baillé au roy, et que de petits dompaignons vinssent à manier les Affaires sans vous respecter, comme ayant esté faicts de vostre main, et ne vous estant de rien obligés. Car vous devez estimer, si telles choses ont lieu, que vos affectionnés et loyaux serviteurs seront reculés du maniement des affaires. Et ce que nous disons n'est pas pour aucune envie que nous ayonà de demeurer en cour, car le séjour et repos en nos maisons nous seroit plus agréable-, mais aussi nous demoureroit-il regret de ne vous pouvoir rendre le bien que nous ftvons receu de vous, et très humble service que nous devons au roy. •• Sur ces remonstréihces, elle jugea que le passé, si elle n'usoit d'autre style, luy osteroit toute espérance d'obletiir le gouvernement du royaume, sans lequel toutesfois il Idy estoit impossible de subsister. Car, obtempérant à ceux de Guyse, comme elle âvdit faict, elle prévoyoit qu'elle gasteroit tout; les quittant aussi, eUe se hazardoit par trop. Elle délibéra doncqoes de se comporter tellement qu'en se servant de la facilité du roy de Navarre (qu'elle s'asseuroit de gaigner aiséëment, Ife délivrant de la peine où il estoil avec son frère), et ne souffrant que ceux de Guyse fussent désarçonnés, elle moyenneroit tellement les affeires, que parmy leurs différens, elle auroit les uns et les autres à sa dévotion, faisant poiser la balance çà et là ; en telle sorte toutesfois que tirant plustost vers les catholiques, comme estant les plus forts, elle se fortifioit tousjotirs contre ceux de la religion. Et de vray, ceux de "QtiTse, en telle desconvenue, tuy ikisoyent des
Sots FRAf^ÇOÎS it
ouvertures d'avoir la régence, nonobstant les loix et très anciennes constitutions du royaume, à'asseurant, s'il advenoit que les députés des trois estats (qui estoyent tous ou là pluspartde leurs amis, comme ils s'asseuroyent) y voulus sent contredire, ils avoyent une armée toute preste pour les fleschir à leur volonté. Us disoyent aussi que les princes n' estoyent opulens pour entreprendre au contraire, et qu'ils tenoyent gens de petit cueur. Que si elle se voyoît pressée, et vouloit dire le mot, ce seroit bientost faict d'eux, et de tous les autres qui pourroyent résister à sa volonté ; autrement, si elle esloignoit ses loyaux serviteurs et amis, le royaume alloit changer de maisire.
Ces choses considérées la feirent finalement conclure d'estre tout ou rien, d'employer la vie de tous ses amis avec la sienne contre ceux qui la voudroyent empescher, et le dict en tant de lieux qu'elle vouloit bien le roy de Navarre en estre adverty. Cela fut cause de le rendre encores plus craintif et timide qu'auparavant, se voyant parqué au milieu de ses ennemis, et que la roine se déclaroit à demy contre luy, alors qu'il espéroit qu'il y auroit entre eux deux un bon accord et convenance. Par quoy il eust v)ulu avoir quitté toutes charges et di^ gnités, estre seulement asseuré d'avoir la vie sauve. Ce qu'ayant entendu ladicte dame, et sentant son fils tirer à la mort, elle envoya quérir le Navarrois, et luy manda qu'il la trouveroit en son cabinet, auquel, ainsi qu'il vouloit entrer il fut rencontré d'une dame, qui luy dict en Taureille qu'il se gardast bien de rien reffuser à la roine de ce qu'on luy demanderoit, pour ce qu'autrement il estoit mort, ayant esté ainsi conclud. Là estoyent avec ladicte dame le cardinal de Lorraine, le duc de Guyse et un autre que je ne nommeray pour le présent. .
Estant arrivé en ce cabinet, la roine cognoissant que c'estoit à ce coup qu'elle devoit tout cognoistre ce qu'elle en devoit espérer, usant d'une gravité telle que la nécessité le requéroit, luy feit de grandes remonstrances des entreprînses qu'elle disoit son frère et luy avoir faictes contre Testât du roy son fils et du royaume, affermant le sçavoir très bien, combien qu'on le désignast autrement. Partant ne devoit-il trouver eslrange si ledict seigneur l'avoit ainsi prins à cueur. Car qui les eust voulu traicter k 1& rigueur, ils fussent pieça morts et pourris;
DE L^EStAT t)È FRANCE
mais elle avoit tousjours porté telle amitié aux princes du sang qu'elle avoit mis peine de tout son pouvoir d'appaiser la colère dudict sieur roy son fils, en sorte qu'elle estoit fort diminuée quand il tomba malade ; ce que luy-mesme avoit bien peu appercevoir par les propos qu'il luy avoit tenus depuis trois jours, quand il excusa ses oncles de Guyse, et afferma quç nulles des procédures faictes contre son frère n'estoyent de leur advis ny consentement. Néantmoins elle voyoit que ceste déclaration n'avoit point amolli soncueur envers lesdicts sieurs de Guyse ses cousins, et craignoit que cela fust cause d'apporter cy- après des troubles au royaume. Car elle les cognoissoit de si grand cueur que malaiséementendureroyent-ils qu'on les voulust fascher sans se deffendre. Le Navarrois voulut entrer en quelques excuses de ses accusations; mais ladicte dame luy fermant la bouche dict qu'il luy eust esté mieux séant de prendre autre train et conseil, pour participer aux estats et honneurs du royaume, que par la voye qu'il avoit prinse. Et au reste, que s'il se senloit grevé ou qu'il eust estimé les affaires n'estre bien conduictes, il devoit plustost le venir dire à bouche ou l'escrire, que de se laisser transporter à l'appétit de certains esprits passionnés et turbulens qui nh demandoyent qu'à renverser toutes choses bien establyes, par ce qu'elles n'alloyent selon leur désir et affection. Et combien qu'elle eust juste occasion de s'en ressentir, et en faire plainte aux estats généraux, comme aussi à tous les princes et seigneurs du monde, pour faire cognoistre leur faute et en avoir raison, et que par là ils se fussent rendus indignes de toute administration , si estoit-elle tant affectionnée à la paix, et de voir le royaume desveloppé de tant de maux qui l'environnoyent qu'elle désiroit le tout estre ensevely, pourveu qu'il ne leur advinst à l' advenir de rien entreprendre de semblable. Aussi espéroit-elle les veiller de si près, que malaiséement pourroyent-ils exécuter leur mauvaise volonté. Voylà l'une des causes qui l'avoyent meue de l'envoyer quérir, à fin de luy descouvrir rondement son intention. L'autre estoit que, voyant le roy son fils à l'extrémité et prochain de la mort, elle sçavoit qu'il n'auroit faute de solliciteurs pour luy faire entreprendre le gouvernement et la régence du royaume, et de chercher tous les moyens de se
venger de ses cousins Ik présens \ ce qu'elle ne pourroit nullement souffrir. Car en premier lieu les régences du royaume avoyent esté abolies. Et quant au gouvernement du roy et du royaume, il luy appartenoit à aussi bon tiltre, n'estant en rien moindre que Blanche d'Espagne, mère du roy sainct Louys. Et quant à luy, il n'y pouvoit venir pour les raisons susdictes. Car la playe de ses &ultes et crimes estoit trop fraische, et y avoit danger que si elles estoyent bien débattues, pis ne luy en advint et à tous ses biens. Partant, elle vouloit, en effaçant ceste note, que ledict seigneur luy quittast tout tel droict qu'il pouvoit prétendre à la r^ence et gouvernement du roy et du royaume, sans jamais en rien le quereller, requérir ni accepter. Et que si les estats le luy vouloyent bailler, il le remettroit entièrement à elle. Et à fin que cela dcmourast ferme et arresté entre eux, elle en vouloit avoir sa signature et escript de sa main. En après elle vouloit et entendoit qu'il se réconciliast avec ses cousins de Guyse, et effaçast l'opinion qu'on luy avoit imprimée, qu'ils devoyent cesser et vivre en paix, puisque les plus grands princes et seigneurs du royaume leur en monstroyent le chemin.
Le roy de Navarre, pour le nouvel advertissement qu'il avoit eu en entrant, n'insista nullement ; ains au contraire accorda libéralement à ladicte dame et à ceux de Guyse tout ce qu'ils demandoyent sans autrement répliquer ni entrer en deffense : toutesfois au sortir de là, et plusieurs fois depuis il raconta ce qui luy advint lors ; et se disoit avoir mis toute peine envers ladicte dame pour s'excuser, alléguant que ce qu'on l'avoit ainsi persuadée n'estoyentque calomnies, et la suppliant très humblement de vouloir le tout produire en lumière, et luy faire faire procès, se submettant à justice, par laquelle il désiroit son innocence estre cogneue et jugée; ce qu'il estimeroit au plus grand bien et honneur qu'on luy pourroit jamais faire. Il la remercia aussi de la bonne volonté qu'elle avoit tousjours portée envers luy et les autres princes du sang, la suppliant de vouloir continuer» et qu'elle les trouveroit tous autres que Ton ne les avoit despeints à l'endroict de Leurs Majestés, oultre leurs actions et déportemens du passé, qui avoyent assez suffisamment monstre combien on les devoit eslongner du souspeçon du crime de lèze-majesté, et d'avoir voulu
SOUS FRANÇOIS II
entreprendre contre Pestât da roy et da royaume, sçachant que ce seroit à eux-mesines qu'ils se , prendroyent ; et que la ruine de ceste monarchie estoit tellement liée avec celle de leurs maisons, qu'il n'y avoit apparence aucune qu'on les deust charger de l'avoir procurée, non plus que la mort du roy, duquel ils n'avoyent receu que tout bien. Que s'il ne s'estoit plaint à elle des torts qu'on luy avoit faicts et procurés. Et contre les autres princes du sang, il avoit estimé n'en estre aucun besoing; car elle estoit trop sage et advisée pour estre advertie de son devoir. Aussi qu'il estoit si peu ambitieux et désireux de grandes charges ethonncurs,que c'eust esté folie à luy de faire instance des choses qui contrevenoyent le plus à son naturel, amateur de repos et de vivre en sa maison paisiblement, en ordonnant et disposant des affaires de ses subjects, en 4]uoy il trouvoit assez d'exercice et contentement d'esprit, sans embrasser autres plus grandes charges. Davantage, il avoit veu les affaires tellement disposées, que son honneur le convioit plustost à estre esloigné de la cour, qu'à s'y voir mocqué, mesprisé et mal voulu de son prince et d'^e, ne se souciant bonnement par qui les afibires du royaume fussent administrées, mais qu'elles allassent bien et qu'aucun inconvénient n'en advinst au roy, ny à ses subjects, lesquels néantmoins se plaignoyent du gouvernement d'adoncques, et de la demeure et reculement des princes du sang, quilaissoyent conduire les affaires à d'autres qu'eux. Toutesfois, il ne portoit nulle envie à ceux de Guyse pour ce regard ; et ne devoit ladicte dame craindre qu'on en esmeut aucune guerre civile; car s'il eust voulu prendre ce train, ce n'estoit son plus court d'aller se jetter aux liens de ses ennemis, comme il avoit faict soubs sa parolle et asseurance que le roy et elle luy avoyent donnée, laquelle tant s'en falloît qu'elle fust accomplie en tout ny en partie, que luy, qui avoit quelque petite liberté davantage que son frère, estoit en (dus grands dangers, s'appercevant à chaque heure des embuscades qu'on luy préparoit, sans en donner aucune occasion.
Quant à la régence et gouvernement du royaume : qu'il n'estoit point ignorant du droict qu'il y avoit, comme estant le plus proche prince du sang. Mais que tant s'en lilloit qu'il aq)irast à ceste charge , que pour ItVI- siicLE, La Pt. et La P|.
cela il en voulust fiiire aucunes brigues ny menées; que si on la luy vouioit bailler, il ne la vouldroit accepter; non qu'il y eust en luy aucune note qui l'en peust rendre indigne, ny qui luy donnast crainte de poursuyvre son droict, ains pour le désir qu'il avoit de demourer paisible en sa maison, à fin qu'on ne luy peust reprocher ny aux siens à Tadvenir qu'il eust causé quelque trouble au royaume pendant le bas aage du roy et pour son ambition; et que partant il la quittoit et remettoit du tout entièrement à ladicte dame, mais il seroit marry qu'elle en eust seulement le tHtre, et qu'autres que les princes du sang en eussent l'effect et honneur, d'autant qu'à eux appartenoit le maniement des affaires du royaume pendant la minorité des rois. Et pour le regard de ceux de Guyse : qu'il avoit eu grande occasion de se plaindre d'eux et du rude traictement qu'ils avoyent faict faire à son frère; toutesfois parce que ladicte dame affermoit cela n'estre provenu de leur part, il leur quittoit et remettoit aiséement toutes les injures passées, afin qu'il ne semblast que meu d'appétit de vengeance il voulust mettre le royaume en trouble et division; et partant elle n'auroit pour son regard aucune peine de leur donner secours ny faveur, espérant, s'il avoit quelque chose à leur demander, de recourir à la justice, sans venir aux mains.
Voylà comme le roy de Navarre a dict depuis s'estre dépestré de ceste afEaire ; mais tant y a quetropaiséementil quittaà la roine mère sa régence, et luy en bailla sa signature. Âdoncques ladicte dame (on ne scait si ce fut sans rire) luy promit à bouche qu'il seroit [lieutenant du roy en France, et conduirait les aiffaires de la guerre et recevrait les paquets, puis les renvoyeroit tout après les avoir ouverts et veus, et que rien ne seroit ordonné, sinon par sou advis et des autres princes du sang, qui seraient autrement respectés à l'advenir. Après cela elle luy feit embrasser ses cousins de Guyse, et promettre mutudiement d'oublier toutes querelles passées; et dès lors commencèrent à s'entre-saluer et caresser, comme si tousjours ils eussent esté amis. Cequl fut expressément foict avant l'arrivée duconnestable et de ses nepveus, craignant ne pouvoir chevir de ce prince si aiséement, comme ils feirent.
Ce que j'ay dict cy-dessus des propos tenus par Iç ray au I^avairois, fut qn autre strata^
DE L'ESTAT DE FRANCE
geme. Car ceux deGuyse, sfe voiiknt laver les mains de toutes choses passées, et les rqetter . sur la puissance et volonté absolue de Sa Ma^ jesté (encores que ce fust un enfant qui n'eust te isens ny discrétion de pouvoir examiner ny entreprendre telles choses et de si grande importance), ils moyennèrent aiséement envers tay de le faire parlerdoucement et amiableraent an roy de Navarre^ luy déclairaût que ceux de Guyse n'avoyent jamais rien entreprins contre luy et les siens, mais que de son propre mouvement, et contre leur advis, il avoit faict emprisonner le prince de Condé son frère; le priant d'ainsi le croire et d'efÉwer, pour Famoar de luy et de la roine sa mère, toute la mauvaise opinion qu'il pourroit avoir conceu d'eux. Ce qui leur servit grandement puis après. Car ayant tiré ceste confession de laboucheduroy, il3 nièrent puis après fort et ferme tout ce qu'on leur pouvoit rejetter, chargeant sur le dos de cest enfant deffunct,et voulant combattre tous ceux qui voudroyent dire qu'ils eussent rien entreprins de leur teste. En quoy ils estoyent soustenus et secondés de ladicte dame.
Cependant la maladie du roy alloit de mai en pis, et tous remèdes estant désespérés, les médecins et chirurgiens meirent en délibération de le trépanner; mais chascun estoit si estonné, que Ton n'en conclud rien ; en sorte que ledict seigneur demeura forclos de ce remède qu'on estimoit luy pouvoir servir. Et asseuroit-on que lesdicts médecins et chirurgiens n'estoyent esprins de moindre frayeur que ceHe qu'ils eurent à la mort de feu roy Henry dernier décédé ; d'où s'ensuy vit un proverbe : qu'il fiaisoit mauvais estre roy pour mourir.
Ceux de Guyse, craignant que l'accord fait avec le roy de Navarre fust seulement une paix fourrée, d'autant qu'il avoit esté amené à ce poinct comme par force, et voyant que les connestablisteset Autres, qui auparavant n'osoyent monstrer le nez, arrivoyent à grandes troupes, entrèrent en grande crainte. Parquoy ils advertirent la roine mère que les conspirateurs contre la personne du roy et Testât du royaume ayant entendu sa maladie et extrémité entroyent à troupes dans la ville ; ce qui n'estoit sans quelcfue entreprinse secrette et périlleuse, et que partant il y falloit promptement remédier, tenir les portes fermées, et envoyer quérir le plus de gens de guerre qu'on
pourroit pour se fortifier, jusques à ce que l'on 7 eust donné ordre. Sur-tout, ife la supplièrent Hju'elle rie permfst feucuneriient le prince de Condé estre dëivré. Caï- bultre cfe qui cstoît éh volonté de leur i^urir sus et à elle ausisi, il V avoit dangcfr qu'il ne brouillast les cartes li l'entrée des estats, ou durîant ifcetix; « qu'à son ombre il se présentait quelque impudent Irtiguenaud pour metti*e tout le royaume fen cbnr fusion et division ; ôe qu'elte leur )[>lromit iairé, quoy qu'il en deust advenît*. Partant les gardée forent redoublées, et deflenses faictes sur peine de la vie, que ncd, quel qu'il (Ust, parlast ati tprincedeCondé,8ans l'eXprès congé de la roiûe, ou qu'il portast sa signature.
Le 14 décembre sur Fheure de midy, on tfenoit le roy pour mort, cotnbien qu'il n'expira qu'à cinq heures du toir. Mais quand cedx de Guyse cogncurent qu'il n'y avoit plus d'espérance, ils s'allèrent renfermer et barrer dané leurs logis, pleins de craittte et firayetnr incroyable, d'où ils ne partirent d'un jour ou dé deux, et jusques à ce qu'îb eurent asseurance de la roine mère et dti roy de Navarre, que rien ne leur seroit feict. ToutesfoiS il ne furent si mal advisés qu'ilsne feissent dèsteur Sortie porter en leur logis soixante ou quatre-vingts mille livres qu'il y avoit de reste à l'eépargne, en sorte que les finances du roy estoyent toiiteé espuisées; mais nul ne s'y opposa ; cf^ qui fht encore trouvé plus eslrange, et fit tdgnoistrt clairement que cela ne se fàisoit sans te consentement de la roine mère, qui voufcntnwiintenit* son authorité par la leur.
Voyià en somme comme par la tnàfi â*unlpdy enfant, tant de cordages farentrohiptw p6trr la seconde foi9, après avoir esté si bien àitdés, et coromesi grandes et hautes entrepilnses allèrent en fumée, lorsque toutes choses eàtoyèrit prtparées pour l'exécution. Ce qui vint fort à br^pos pour le prince de Cowdé,car il n'avôrt prés que sîxjodrsà vivre; et pareiHetaè*t pour 1^ Autres princes et seigneurs qui devoyent eètre traîc^ aj^rès sans n«He mercy, ni eéîiaîiigner grand tiy petit ; tesquelles conspiration^ estoyent àuctimentcogneues vivant Françoîs, mais c'estoit en «Infos. Tant y a qu'H n'eu^t plustoal la bouche ctose, que tout fot sceù, et par ceux mesmes qui les avoyent conduictes et maniées.. Car «msidérànl les grandes merveilles de Dieu, îb ne se peurent garder de descoùvrir ce ^'ils en
SOtJS FRANÇOIS tl.
sçavoyeot, admirant la pravidanee de Diea qui a r issuje de toutes chosea en sa maixL Et à vi:ay dire, si elles eussent sony effect» elles appprtoyent un merveilleux et estrangeobangemea$ au monde, arec tme désolation si pitoyat>le, qfm le seul penser rend oit les> hommes transis, pour, n^avoir jamais entendu choses semblables. Car, Oialtre la subversion entière de tous les estats, et la ruine des pUis grandes et anciennes ma^isons qu'on de.voU aitiiquer, fùst pour cause de la religion ou pour avoir inal parlé du roy , et autres infinys moyens, la France devoit estre réduicte à la faconde vivre du Turc, à fin qu'il ne fiist en la puissance d'aucune de s'eslever puis après contre la domination et tyrannie d'une femme et de ses deux, garde-corps. Que si par importunité on pardonnoit à quelquesuns, c'estoit à condition de perpétuelle ignominie. Car s^ils estoyent trouvés sans leur masque et livrée, le peuple, avec impunité, les pou voit massacrer et tuer. £t y avoit certain prix ordonné pour les meurtriers des j^oscripts^ si quelqu'un fust èschappé. Bref, il ne rcstoit plus que la mort de«ces deux princes, que les quatre armées ne commençassent à marcher pour exécuter leur desseing. Et avoit Ci& cardinal usé de tellediligence,qi;^'il n'y avoit coing au royaume, des habitans duquel il n'eust les noms et surnoms, s'ils citoyens de la religion ougens.de faction et entreprinse, pour leur pouvoir nuyre, et ne s'estrerang^ à leur dévotion. Ce qu'il avoit recouvré par le moyen d^ faulxfrèreset serviteurs secrets qui alloyent ordinairement raud^nt çà et là pour sonder les cn^^set volontésdes hpi^mes; ensortequeteU tru^ns estoyent les juges» et dressoyent les sen* teiices de mort de tout le moi)de. Ot, ce qui es<t^t trèsdesplorable, ils avoyeuit d^béré entre eux d'animer tellement le peu{|le contre ces g^ns icy» et de baller les lévriers a^ès ceui quUls avoyent enrollés au rang des trespassés, que le commun en debvoit esfre le bourreau, pour relever les leurs de peine. Car ils estiii;ioyent par là que si leurs serviteurs, secrets n' avoyent faict leur devoir, ceux-cy criblerôyent le reste sans rien espargner. Et n'estoit pas question en ce taisant de dire : «je n'en suis pas** , parce que lescordeliers, jacobins, jésuites, et autres prescheurs atiltrés et départis par toutea les contrées, villes et bourgades, avoyent les yeux bandés en prononçant leurs sentences
par leur prédications:; ^ avoit-on donné si bon ordre que, là où ilsavoyentesté départis et en^ voyés, ilane <^ogaoisaoytnl personne, ains se d^vQyent conduire par l'addresse des curés, presbtres et moynes des lieux. Ceste liberté et Ucencequi sedevoit ainsi donner au peuple, s'ap< pelioi t Uucher la grande levriére, pour le mot du guet. Ainsi n'y avoit-il ville ny village quise fust peu exempter de leur carnage ; jo'mct que la susdicte profession de foy estoit une merveilleuse espreuve contre ceux de la religion. Car ceux qui tiennent fermement ce party ont pour résoUi ceste sentence de FEscripture: «Qui me niera
' devant 1^8 hommes, je le nieray devant mon père qui est es cieux, »• Voylà en somme Tordre qu'avoyent donné ceux de Guyse pour régler et compasser toute la France à leur guise, et comment eUe fut interrompue.
Le roy d'Espaigne de sa part s'estoit tellement advancé selon le temps et la promesse qu'il avoit faicte à ceux de Guyse, que desjà cinq ou S4X mille hommes avoyent prins la route de Béam, pour surprendre la roine à 4' improviste, la mettre à mort avec ses en&ns, etfaire pareil massacre tant de ses subjects que de ceux de la France, et en ce faisant arrest^ et rompre les forces de la Guyenne, qui avoyent esté préparées, comme dict »esté. Mais les nouvelles venues à l'Espagnol de la mort du roy, et que la roine de Navarre les avoit descouvertes, et s'estoit tellement fortifiée dedans ses places fortes que mal aiséement la pouvoit-on avoir sanslongsiégcnesçacbant quelply prendroyent les affaires de France aprèi cesie mutation et sQubdain cbangement,et craignant d'avoir àdos par €^eu|i( n^^mes qui les avoypnt appelés dans^ le paîs, entre lesquels Montiuc estoit des pre-* miers,soub$ lapromessedu comté d'Armaignae, ilsise retirèrent sans rien exploicter ;joinct que les lettres qu'ils avoyent du roy pour le passage à travers Bayonne (qui est l'une des principales forteresses et cle& du royaume), fust en grand ou petit nombre, et le mandement de leurayder de vivres, 'artillerie, et munitions tant qu'ils en voudroyent, n'eussent eu aucune force ny vertu après la mort dudict seigneur, quelquesexpressesetaccompaignéesde menaces qu'elles fussent^ ^
Entre tous les seigneurs^ qui descouvrirent plus accortement ces menées et entreprinses, Tadmiral fut des premiers, eooMne aussi de Xoxxx
DE L'EStAT DE FRANCE
«adroicts elles abordoyent au roy de Navarre. Car la condition des courtisans qui se disent cheminer sur la roue de fortune, est de se ran- ' ger tousjours des plus forts ; en sorte que tel avoil juré et promis de couper la gorge auNavarrois qui luy venoit faire pareilles offres contre ses ennemis deGuyse ; tel n'avoit daigné regarder le roy de Navarre, vivant le roy, qui se venoit présenter à luy la cordeau col,comme l'on dict, pour luy crier mercy et se rendre son esclave,le voyant eslevé au plus haut de la roue. Mais surtout ceux qui manioyent les plus secrettes affaires de ceux de Guyse, qui mangeoyent et beuvoyent à leurs tables, qui couchoyent en leurs chambres et cabinets, furent ceux qui donnèrent les plus certains ad vertissemens de toutes choses, comme estans les principaux instrumensdesquelsonsedevoîtserviretqui|descouvrirent la ruse du cardinal à se scavoir transformer selon les humeurs d'un chascun ,ne déclairant aux uns que la moitié, et aux autres plus avant. Mais<d'en requérir ni demander justice ou raison ,il n'en estoit nouvelles,estantdéjà la roine mère tellement authorisée, que hiy rapportant ce qu'elle sçavoit mieux que nul autre, elle ap* peloit tous ces advertissemens fables et choses inventées pour ruiner ceax de Guyse, qu'elle déclaira vouloir maintenir contre tous leurs ennemis et mesdisans ; en quoy faisant elle ferma la bouche à toutes les preuves qui se présentoyent. Yray est qu'à ses plus privés amis elle confessoit toutes ces entreprinses estre très certaines et vrayes. « Mais quoy, disoit-elle ! ne voyez- vous pas qu'ils ont en main toutes les finances, tous les gens d'église à leur dévotion, gui ne leur manqueront de rien pour achever d'exécuter leurs desseings, si on les irrite, et qu'on les amène au désespoir, comme desjà je vois le duc de Guyse préparé à jouer à quitte ou double.» Mais elle nedisoit pas qu'elle .les réservoit pour la promesse de luy faire avoir la régence du royaume par force,, si d'adventure elle ne la pouvoit obtenir de bonne volonté; et qu'elle avoit résolu d'entretenir deux ligues auprès du roy et d'elle, à fin qu'au milieu des différends qui naisiroyent entre eux, elle régnast paisiblement, tenant la balance en main, pour en disposer ainsi qu'il luy sembleroit meilleur. Car elle avoit pour tout résolu, que les François ne la laisseroyent jamais jouyr du gouvernement du royaume, si elle reivdoit les affaires,
tellement paisibles qu'il n'y eust plus de divi" sion et partialités entre lesprinceset seigneurs.
Voyià, dis-je, comme toutes ces choses furent descouvertes. Ce que l'admirai ne feignoit publier par toutes les compaignies où il se trouvoit, je dis, de ce qui touchoit ceux de Guyse, sans user d'aucune dissimulation, louant et remerciant Dieu de la délivrance merveilleuse qu'il avoit faicte à sa pauvre Église, au temps que lespiommes tenoyent toutes choses désespérées. Etdesapart, il y cognoissoitune si grande assistance de la bonté et miséricorde de Dieu, qu'il publieroit à jamais ses merveilles, de l'avoir arraché des poings de ses sanguinaires ennemis, lorsqu'ils pensoyent triompher de luy. Ce qu'estant rapporté à ceux de Guyse, ils n'ai firent aucune instance, ains seulement interposèrent l'authorité de la roine mère, pour persuader le contraire à l'admirai ; mais il luy feit bien cognoistre par bons tesmoignages qu'il ne parloit en incertain, offrant de le vérifier, ensemble toutes les machinations et conspirations susdictes, s'il plaisoit à Sa Majesté faire ouverture à justice. Sur quoy ladicte dame ne voulant entrer, elle le pria de leur porter bon visage, et vivre en paix pour l'advenir, l'asseurant de donner bon ordre à toutes choses. Sa response fut : que de Caire bonne mine à ceux qui avoyent poursuyvi sa mort, chargé son honneur et procuré ses biens avec la ruine de toute sa maison, parens et amis, il ne le pouvoit faire sansmonstrer un cueur double; ce qui estoit contraire à la profession de la religion, et indigne de tout homme de bien. Bien remettoit-il la vengeance à Dieu, qui la scauroit bien faire en son temps,'^puisque les honunes ne vouloyent admitiistrer justice.
Il n'est jà besoing de nommer tous ceux qui avoyent conspiré contre les princes du sang et ce qui en despendoit. Car le discours cy-dessus démonstre assez qu'il n'y en avoit que trop de toutes qualités, qui conjurèrent avec ceux de Guyse contre leur patrie mesme ; desquels les uns retournèrent bientost à leur bon sens ; les autres voyant la lascheté du roy de Navarre, et comme la roine continuoit de maintenir ceux de Guyse, demeurèrent avec les six frères de Guyse, comme les cardinaux de Toumon et d'Armaignac, le mareschal Sainct-Andréetde Brissac, Randan,Martigues, Cipierre,Montluc, la Motte Gondrin, Maugiron, Suze, la Brosse,
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Sanzac, Savigûy^ et une infinité d'autres seigneara et capitaines qni s'attendoyent d'estre grands, riches et opnlens par les guerres civiles, «que ceux-cy, disoyent-ils,vouIoyent introduire avec le changement de principauté ; *» en quoy ils estoyent secondés et conseillés par la pluspart de ceux du privé conseil, créatures de ceux de Guyse.
Avant que nous venions à la fin de ce livre, il ne sera mal séant de déclairer comment se portèrent ceux de la maison de Guyse après la mort dudict Sieur. Car comme ainsi soit que, luy vivant, ils en eussent faict si bonne garde que nul n'en approcfaoit que par leur mercy , et que la coustume de tout temps oliservée en France après la mort des rois soit telle, que leurs favoris, et ceux qui ont conduict et manié leurs affaires, doyvent les accompaigner jusques au tombeau, et durant quarante jours qu'ils sont gardés et servis solennellement attendant leurs funérailles ; ayant doncques ceux de Guyse faict garder estroictement ceste cérémonie après le trespas de Henry, et le duc de Guyse y estant doublement attenu et obligé, pour, avec le souverain commandement, avoir eu Testât de grand-maistrede France, qui y astreinct notamment ceux qui ont telle dignité; tant y a toutesfois que nuls de tous ceux de la maison de Guyse ne feirent cest honneur à leur roy et maistre, et mary de leur niepce, lequel vivant leur estoit tant cher; ains fat par leur conseil et advis envoyé jour et nuict jetter dans le tombeau de son père, sans autre solennité ny pompe funèbre. Dont advint un brocard : que le roy, ennemy mortel des huguenauds, n'avoit peu empesclier d'estre enterré à la huguenaute.
Ce q^i amena ceux de Guyse et leurs partisans à ce poinct fust l'assemblée des estats où ils vouloyent assister, pour crainte que Ton décrètast quelque chose contre eux, et aussi queleur absence feist cognoistreàtout le monde la différence entre leur gouvernement furieux et illégitime, et celuy des princes du sang, du connestable de Montmorency, son aisné, et des trois frères de Chastillon ; et que par ce moyen la cause et racine de la contagion qui infectoit la république fust retranchée; chose qu'ils craignoyent plus que la peste, voyans bien que s'ils n'y donnoyent ordre on recognoistroit en un
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instant qu'ils estoyent ta vraye cause et source du désordre. Mais surtout, ils avoyent à gouverner une femme, la fermeté de laquelle leur estoit grandement suspecte, ayant l'admirai auprès du roy son fils, auquel alors elle déféroit beaucoup, voire 'autant qu'elle s'en pouvoit servir pour adoucir les princes et les estats. Aussi cognoissoyent-ils sa nature. Ils se doubtoyent aussi qu'ils n'auroyent les talons plustost tournés de la cour ou du maniement des affaires, que l'on ne feist une infinité de plaintes, la vérification desquelles ne pourroit estre desliiée par ladicte dame ny autres de leurs amis, attendu que le crime de lèze-majesté trottoit en campagne. Voylà, dis-je, en somme les occasions qui meurent ceux de Guyse à quitter et renverser toutes bonnes loix et observations des funérailles accoustumées. Toutesfois, comme le cardinal sçavoit dextrement couvrir tous les coups et les pallier de vraysemblables raisons, sitost qu'il entendoit les murmures des Parisiens sur ce faict non jamais ouy, il ne failloit de rejetter la pierre sur le roy de Navarre et les Chastillons disant qu'ils l'avoyent ainsi advisé au conseil, parce qu'il n'y avoit argent pour employer en cest œuvre pitoyable, combien que les quatre-vingt mille livres par eux retirées des deniers venus de Poictou y eussent esté plus que suffisantes. Mais le cardinal passa encores plus oultre, s'estant bien trouvé par son moyen des moynes et sorbonistes qui osèrent prescher assez clairement en la présence de ceux du parlement de Paris, et maintenir qu'il estoit en la puissance du peuple de procéder à nouvelle eslection d'un roy, advenant qu'il fusthérétique ou qu'il les supportast aucunement. Bref, ces messieurs meirent toute leur estude à rendre le roy et les princes du sang, odieux au veu et sceu de chascun, sans que aucun s'opposast pour lors à tels séditieux.
Tel fut le règne de François deuxiesmef, n'ayant eu que le nom de roy, en qui fut remarqué qu'il mourut dedans le dix-septiesme mois de son r^e, le dix-septiesme jour de sa maladie, et la dix-septiesme heure après minuict .
Durant ce règne, h France servit de théâtre on furent jouées plusieurs terribles tragédies, que la postérité, ajuste occasion admirera, et détestera tout ensemble.
FIN 9B L'eSTAT de FRANCE SOUS FRANÇOIS II.
tE LIVRE DES MARCHANDS
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