‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 27 sur 69 · DE L'ESTAT · texte numérisé non relu

DE L'ESTAT

pi^a et du repoi^ publie perdirent le twps, le 4rap et l'argent, avec leur crédit. Bref, ils ne servirent d'autre chose qu'a confernaer tant plus l'authorité de ceux de Guyse, qui ne faillirent de se remparer de toutes sortes de gens : tellement que le duc de Guyse disoit haut et clair avoir la promesi^ de mille ou douze cens gentilshommes signalés, et le serment de leurs chefs, avec lesquels et les vieilles bandes venues de Piedmont, et autres dont ils s'asseurpit, il passeroit sur le ventre à tous ses ènnemi^. Cela venu à leur cognoissance, et de tous c^ux qui faisoyent profession de TÉvangile, fut cause que ceux-là mesmes advisèrent de plus près à leurs affaires, qui n'estoyent autrement qigagés en Tentreprinse de la Renaudie. Entre autres, Maligny Faisné ne se pouvoit persuader qu'i|s fust ouy en ses justiiicaiions, s'il alloit à 1^ cour pour rendre raison de ce qu'on lui demanderoit. Bien se tenoit-il net de l'entreprinse d'Amboyse, et espéroit bien monstrer n'avoir eu aucune communication avec les chefc et conducteurs d'icelle. Mais d'un autre costé, il reffardoit que de s'aller rendre entre les mains d'unennemy tant furieux, ce seroitse perdre à fion escient, et qu'on luy objecteroit tant de faux faicts, que mal aiséement s'en pourroit-il desvelopper. Il conclud donc de prendre autre yoye. Car au lieu d'aller devers le roy au temps § luy préfix, considérant que ceste playe estoit pniversellei et qu'autant gaignoit bien que mal battu, il assembla quelques siens amis pour entendre Testât de leurs affaires, et les trouvant quasi hors d'espoir, leur donna courage et propiesse d'y employer corps et biens. Ils concluj^nt donc d'aller, l'un vers le prince de Condé

i)our luy donner courage, et l'autre par toutes es églises, faire entendre leur ruine prochaine, si chasçun ne pensoit à sa sauveté. Ce qui plus j[esesmeut de chercher nouveaux conseils, ce fut l'advertissement certain que le cardinal de Lorraine avoit de rechef proposé au conseil de se ^isir de la personne du prince, et que le duc de Guyse se sentant fortifié, et n'ayant aucunes nouvelles que le prince fei^t amas de gens, estijnoit le temps estre propre de lui faire procès sans plus tarder, estimant que puis après on auroit meilleur marché du reste des luthériens du fpyaume.

Nous avons parlé cy-djBssus de ceste prepiîère proposition mise ep avant au conseil,

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mais pour ce qu'elle esçlaircira peste matière çt la cause du partement du prince, je la déduiray avec les causes et fondemens d'icelle. Chasçun sçavoit que le duc de Guyse et son frère le cardinal estoyent deux testes en un chaperon, en sorte que ni l'un ni l'autre ne proposoyeût rien au conseil qu'ils ne l'eussen^ prémédité ensemble auparavant. On s'esbajiit doAcques comme le cardinal avoit mis en avant de se saisir de la personne de ce prince, et son frère futd'advis tout contraire, mesmesjusques à rendre raison de son opinion contre sa coustume. Car en toutes choses, il souloit dire ; «• Mon avis est tel,. et faut faire ainsi et ainsi, f Mais en ce faict il harangua assez longuement pour dissuader son frère, disant que s'attacher aux princes si soudainement feroit esmouvoir une sédition. universelle, mesmement pendant les jeunes ans du roy. Que si on le vouloit faire, il protestoit que ce seroit contre son gré et consentement. Autrement ce seroit donner couleur aux placards et libelles diffamatoires publiés par les rebelles, qui taxoyent la maison de Guyse de vouloir esteindre et exterminer le sang royal. Mais que bien falloit-il fortifier les preuves, et préparer les forces du roy avant que de penser à une telle entreprin$e. Cela, dis-je, en fit esbahir quelques-uns , mais d'autant que tout au rebours de la conclusion ils dressèrent tout ce qui estoit requis pour surprendre ledict seigneur prince, il fut bientost aisé à juger que ceste dispute n' estoit qu'ui^ jeu faict à poste. Car ils demandoyent un consentement universel du conseil, à ce que s'il en advenoit mal, on ne leur peust reprocher avoir faict cela de puissance absolue, mais que ç'auroit esté d'un commun accord et consentement de tous.

Voylà pourquoy le prince de Condé print Iç chemin de Béarn, scachant que s'il tomboit è^ mains de ses ennemis c'estoit faict de sa vie, veu la cocrupijion qui estoit en la justice, tant es cours souveraines qu'inférieures, desquelle$ il n'attendoit aucune équité; de^quoy il avoit veu tant de preuves qu'il n'çn pouvoit ne devoii nullement doubter. Son partement fut asse? accortement et ingénieusement dressé, et ne le déclaira qu'à peu de gens, dont bien luy en print; car feignant d'aller à la cour, il envoya son train devant. Puis quand il fut à Bloys, au lieu d'aller à Chenonceau, où le roy estoit, il

print la traverse par la voye de la poste, et lé Chemin de la Gascogne, avant que ses ennemis le peussent appercevoir. Car ils estoyent è\ aveuglés d'aise de sentir approcher son train, qu'ils le tenoyent pour atirappé, et n'estolt gestion que de luy préparer son paquet, quand ils eurent advertissement certain qu'il avoit passé tenant la route de Béam : de quoy ils furent foirt malcontens, mesmesde ce qu'ils entendirent que Maligny l'aisné Fattendoit à Poictîers, feignant venir en cour, et que ce néantmoins ils s'en estoyent allés ensemble. Et faut entendre que le prince, estant sur son jparlement, fut visité de Genly, lequel encores qu'il eust receu grande faveur de ce prince, ce • néantmoins suyvânt le vent de la cour s'estoit rangé du party de ceux de Guyse. Estant doncques party en înteniioii de descouvrir quelque chose de nouveau pour estre le bien venu en cour, il feit entendre au prince qu'il alloit trouver le roy, et qu'il n'avoit voulu faillir luy venir faire la révérence, pour sçavoir s'il luy plaisoit rien mander à Sa Majesté. Le prince, qui jà se doubtoit de luy, respond qu'il n'avoit autre que mander. L'autre luy secoue la bride, disant qu'il sçavoîtque le roy ne fauldroit à luy tenir propos de luy, sçachant qu'il avoit eu cest honneur de luy éétre serviteur, et qu'à cause, il désireroît grandement estre chargé de quelques bonnes nouvelles pour les dire au roy : mesmement qu'il eust quitté tbutes ces resverîes et opinions nouvelles de la religion, d'aulant qu'elles ne converioyent nullement ni à sa grandeur, ili à son aage pour estre si sage. Le prince sur cela le charge de présenter ses très humbles recommandations au roy, et à la roine. u Et s'il vous demande, dict-il, plus avant de mes nouvelles, vous luy direz comme je luy mande par vous que je luy suis trèô humble et très obéyssant serviteur et parent, et que quelque chose qu'on luy ait dict au contraire, il me trouvera tousjours prest de le luy monstrer par effet en tout ce qu'il voudra me commanaer, sinon contre la religion. Car j'ay protesté (dict-il) comme je fay encores, de n'aller jamais à la messe. » Genly le supplia de donner la charge de si piteuses nouvelles à d'autres qu'à luy. Le prince répliqua que s'il ne luy disoit il en seroit luy-mesme le messager dedans peu de jours, qu'il espérpit aller trotiver le roy de Navarre son frèfe, èi en jla^^nt prendre

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congé du roy. Ces nouvelles venues à la cour tesjouyrent ceux de Guyse, pour avoir, ce ledr sembloit, double matière de faire le procès au prince, et un tesmoing comme domestique, fet non reprochable, joinct qu'il y en avoit d'autres avec Genly, qui en pouvoyent parler, pour avoir esté tenu ce propos en grande compaigniè. Ils estlmoyent aussi que sa venue estoit bien k poinct, et les délivreroit d'un datigei-eux voyage et entreprinse, comme celle qu'ib avoyent .faicte de se saisir de sa personne, eh quelque part qu'il fust. Ainsi se reposant et eh dormant sur les paroles de Genly, ils ne purent imaginer qu'il eust autre volonté que de passef par la cour allant devers son frère, en sbrte que cela les en garda de hiy dresser des etoiftusches par les chemins, comme ils se repeiitirent bien depuis qu'il leur fust èschappê. Toutesfois, comme ils faîsoyent de pierre pain, ce leur fat un argument d'asseuret Leunb Majestés qu'il n'y avoit rien plus vray qiié ce dont fe prince éstoit accusé, et que cesté absence le rendoit atteinct et convaincu. Par qubt B rie fat p!us questibri d'autre chose que d'elpé- dier commissions nouvelles pour Fevetlés éèns, à fin d'aller faireia guerre au roy de Navafrfe qui Favoit retiré chez soy.

Le mareschal Sainct-Aûdré qui avoît e^ê, réégnant Henry, intime serviteur et aray de cfe prince, ehtreprint un voyage eil Gà^oghé, à fin de visiter èeà frères. Mais c'ëàtôit pôtiT ëS^ sayer s'il pourroit rien descouvrir de séé dèiseings. Ce que le roy de Navarre entendit pôtar tout certain à l'arrivée de son frère à Nérac, où il estoit lors qu'il leur feit croire que bri ne demandoit que leur ruine entière, et que partant leur falloit dé bonne heure penser à lenr salut. En quoy Maligny l'aisné eut belle matière pour les persuader, selon la concliisioù prinse avec ses compagnons affligés.

Environ ce mesme temps, la roine mère ffeîgnant de vouloir de plus en plus estrè âcertenée des causes des troubles qui se accroissoyent,. encores que sa conscience, et ce qu'elle en à volt ouy de tant d'autres personnages ne l'en asseurassent que trop, tascha, soobs ceste cbuleur, de descouvrir tout ce qu'eBe pourroît des entreprinses qu'elle estimoitse brasser dti ôosté du connestâble, irrité de noutéau pttm* tm)P querelle particulière esmeuè contre le dtic de Guyse et fuy, poùi: te comté de DàfiÉpKtutr-

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tin achepté par iceluy connestable, des poings duquel le duc de Guyse prétendoit Tarracher par quelque manière de cassation de contràct; le tout tellement couvert soubs le voile de procéder par justice, que chascun appercevoit à Fœil rintention des parties tendre à un moyen plus court, si l'occasion s'en offroit. Désirant doncques ceux de Guyse cognoistre si le connestable se trouveroit enveloppé parmy ce qui concemoit le prince de Condé qu'ils tenoyent desjà poursurprinsen leurs filets, persuadèrent aiséement à la roine mère d'aivoyer quérir un certain Louys Régnier, seigneur de la Planche, et qu'on estimoit dès lors servir de conseil bien avant au mareschal de Montmorency. Cestuycy appelle et introduict au cabinet de la roine jaière, le cardinal estant caché derrière la tapisserie, à Sainct-Léger, enquisdesvrayes causes de ces troubles et des remèdes qu'il estimoit s'y pouvoir appliquer, après s'estre en vain excusé, feit en somme mie response, puis après rédigée par escript par luy-mesme, dont le sommaire s'ensuit, u 'i'^ '

Il dict doncques que ceux qu'on appeltoit'bnguenauds estoyent de deux diverses sortes, et pourtant devoit-on user de divers remèdes piqpr les appaiser. Les uns, disoit-il, ne regjftrdent qu'à leur ccmscience ; les autres regardent à Testât public. Les premiers ont esté esmeus par laRenaudie, voulant, soubs prétexte de présenter une requeste, venger la mort de Gaspard de Heu, son beau-frère; ne pouvant plus, à la vérité, supporter la rigueur, laquelle on a si long temps continuée contre eux. Les autres sont irrités de voir Testât du royaume estrangement conduit par estrangers, les princes du sang estant forclos. Qu^ à ceux-là, on les pouvoit appaiser aiséement par une assemblée de quelques sufGsans personnages, lesquels, soubs couleur de traduire fidèlement la Bible , cotteroy ent les différends, et trouveroyent finalement qu'il n'y a pas si grande discorde qu'il semble entre les parties. Les autres ne s'appaiseroyent aiséement, sinon mettant les princes du sang en leur degré, et démettant tout doucement ceux de Guyse par une assemblée des estais. Et pour monstrer qu'il estoit tousjours mal prins aux estrangers, quelque grands qu'ils fussent, voulant eojamber sur les princes du sang, il alléguoit messire Jean de la Cerda, autrement dict 4'£spagne, fils aisné du roy de C^stille, gendre

de messire Charles de Bloîs, faict comte d'Angoulesme et connestable par Phihppe de Valois, son oncle d'aflfinité; lequel Jean d'Espagne fut finalement tué dedans son lict par la noblesse de France. Item, Estienne de Bavière, firère d'Isabelle, femme de Charles sixiesme, et fils de Louys de Bavière, empereur, lequel fut saccagé à Villeneufve-Sainct-George, et mis hors du royaume. Item, René qui s'intituloit roy de Sicile, père du feu duc de Guyse, chassé de la cour et de France par Tamiral Gra ville, du temps du roy Chs^rles huictiesme. II ne faut doncques pas, disoit-il, qu'estant le royaume de France composé de tant d'illustres maisons, entre lesquelles s'en peut trouver une douzaine issue de droicte ligne des rois, la maison de Guyse, non pas mesmes de Lorraine, en laquelle il n'y eut jamais rois que titulaires, pense avoir paisiblement le dessus. Et devroit bien le duc de Guyse se souvenir que feu son père avoit bien pourchassé autrefois d'estre grand veneur, lequel estât auparavant estoit exercé par bien simples gentilshommes, et se contenta bien que sa belle-fille n'eust point de manteau à Fontainebleau, le jour de ses nopces; disant le feu roy François que cest honneur n'appartenoit qu'aux princesses du sang, et que si ceux de Lorraine vouloyent faire les princes, qu'ils Tallassent faire en leur pais, à leurs despens. Et deJ|ict, monsieur de Sainct-Paul, frère de monsieur de Vendosme, n'ouyt jamais le feu duc de Guyse, son beau-frère, s'appeler prince, qu'il ne dist en se souriant, que « le duc parloit allemand en françois ; et que toutes les fois qu'il se voudroit appeller prince, pour parler proprement françois, il devoit adjouster, « de Lorraine. »» Mesmes en plein parlement un advocat en plaidant pour le feu sieur de Guyse, ayant prins la qualité de prince, il fut dict et ordonné sur le champ que ceste qualité seroit rayée ; ce qu'on estime avoir esté cause en partie de démettre de son estât le feu premier président Liset, à la poursuyie du cardinal de Lorraine, sans autre prétexte toutesfois. Sa conclusion fut que si elle vouloit éviter un remuement bien dangereux, il falloit contenir ceux de Guyse en leurs limites, ou pour le moins leur bailler comme une bride et contrepoix de François naturels; et tenir les uns et les autres en raison. La roine répliqua qu'elle n'avoit eslevé ceux de Guyse, sinon suy vant les t^acéis d^ feu roy, son mary ,

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qu'elle etist bien voulu que le roy de Navarre et le prince de Condé se fussent rangés à la cour, a l'exemple de messieurs de Montpensier et de la Roche-sur- Yon, qui s'y voyoyentfiivorablement traictés et honorés. Et que c'estoit mesmes contre la personne du roy que cest entreprinse d'Amboyse avoit esté dressée. La Planche respondit qu'il n'estoit croyable qu'un François naturel, et surtout un prince du sang, se fust dressé contre la personne de son roy ; mais que ceux qui occupoyent la place des princes du sang, scachant iceux ne pouvoir estrc déboutés selon leurs anciens privilèges que par le seul premier chef du crime lèze-majesté, avoyent plustost forcé ceste accusation, substituant la personne du roy au lieu de la leur. Et que si elle vouloit entretenir les princes du sang es honneurs qui leur sont deus, Q|le gouvemeroit comme une mère les uns et les autres. Bref, qu'elle ne sçauroit plus faire pour ceux de Guyse que de leur persuader de ne s'égaler en rien, à cause de leur maison, aux princes du sadg; mais de se contenter d'estre honorés comme officiers du roy, selon ce qui seroit deu à Testât qu'ils exerceroyènt. Ce propos ainsi tenu le matin, et entendu par le cardinal de Lorraine caché derrière la tapisserie, et la Planche renvoyé disner, il fut conclud qu'on le Tcnvoyeroit quérir après disaer pbur le tenter plus avant, et finalement, s'il ne disoit tout ce qu'ils estlmoyent qu'il sçavoit bien, il seroit mis en cage pour lui apprendre à chanter. Estant rappelle, la roine mère, accompaignée de madame de Montpensier, luy dîct : « qu'elle ne se pouvoit persuader que ceste querelle fust advenue pour les honneurs prétendus par ceux de Guyse, à quoy il se trouveroit bon remède, donnant le premier lieu aux princes du sang, et le second à ceux de Guyse, de sorte qu'après le premier prince du sang marcheroit le premier prince de Lorraine, après le second prince du sang le second prince de Lorraine, et ainsi consécutivement; mais qu'il sçavoit bien d'autres chosess'il les vouloit dire» , à* quoy elle l'exhorta, luy promettant grande récompense d'un costé, et d'autre pajrt luy faisant assez entendre que mal luy en prendroit is'il ne disoit tout. Et mesmes le pria de luy aider pour attrapperMaligny, Soucelles, et quelques autres principaux rebelles, sans luy nommer de près ny de loing la maison de Montmorency. Ia Planche, homme libre et d'eptêi^dçment, au

lieu de s'estonner, après avoir protesté qu'il en avoit dict la pure vérité sans aucune passion particulière, remonstra que jamais ne seroit souffert cest accouplement des princesde la maison de France et de la maison de Lorraine, dont il luy deschiffra toute l'origine. « Car, disoit-il, un temps a esté que la Lorraine estoit comme une forest espesse entre la France et l' Allemaigne ; et partant ceux de ceste maison de Lorraine feisoyent croire aux Allemands qu'ils estoyent grands en France, et aux François, qu'ils estoyent grands en Allemaigne. Mais ceste forest est tellement esclaircie,et les affaires d' Allemaigne tellement cogneues jusques au fond, que nul n'ignore le petit rang que tenoit le duc de Lorraine mesmes es assemblées de Testât de l'Empire, de sorte qu'il ne s'y trouvoit prince qui ne feist difficulté de luy céder. Etquant à la France, la grandeur que ceste maison y peut prétendre est de madame Yolande d'Anjou, que le feu roy René, son père, avoit mariée en cest endroict-là, pour se rachepter de la prison où il estoit tombé par Tinconvénient d'une battaille perdue par luy contre le comte de Yaudemont : duquel mariage il a assez mons* tré par effect quel regret il avoit, ayant osté tout ce qu'il avoit peu aux descendans desadicte fille, son unique héritière. Mais quoy que ce soit, la loy sallque empesche qu'aucun ait grandeur en France à cause des femmes» et la reigle générale porte que nul prince estranger tienne rang en France. Que si le duc de Guyse veut tenir rang de François originaire, il ne sçauroit mieux faire que de reprendre le nom et les armes de Boulongne, et se contenter de ce rang, si tant est qu'ils soyent issus, comme ils le disent en lëttis chroniques, d'un baron de Join ville, qu'ils font le quatriesme frère de Godefroy de Boulongne, surnommé de Bouillon, et mary de l'héritière du duc de Mozelane, dont ils maintiennent estre venus ; comme ainsi soit, madame, que du troisiesme fi^ère d'iceluy Godefroy, feu vostre grand-père maternel, comte de Boulongne soit venu, auquel à ceste cause appartiendroyent les petites croix de ce royaume titulaire de Jérusalem, que ceux-cy s'attribuoyent, ayant prins le nom de Lorraine.» Sa conclusion fiit, quantàcepoinct, que ceux de Lorraine ne devoyent nullement tirer au colier avec les princes du sang, ains leur- céder et faire place; qui estoit le moyea

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d'appaiser les plus dangereux huguenaads. £t guant à la capture de ces prétendus rebelle^, il trancha le mot qu'il estoit ni prévost des mareschaulx ni espion. La roine, n'en pouvant tirer autre chose, le meist entre les mains des gardes, alléguant que par informations il estoit chargé d'avoir eu intelligence avec la Renaudie ; dont il se purgea si évidemment qu'il fust mis dehors au bout de quatre jours. Tel fust le pourparler de la Planche, homme politique plustost que religieux, s'abusant en ce qu'il meit en avant des différends de la religion, non moins qu'en ce qu'il dict de l'intention qui avoit esmeu la Renaudie. Bien est-il vray que Gaspard de Heu, sieur de Buy, chargé d'avoir pourchassé quel-

Îue intelligence et association entre le roy de lavarre et les princes protestans d' Allemaigne, et sur ce mené prisonnier au bois de Vincennes, y avoit esté outrageusement torturé ; et puis à la façon d'Italie, et non en forme de vraye justice, pendu au garrot, duquel vilain acte fut ministre Michel Vialart, lieutenant civil, par le commandement de ceux de Guyse ; et touchoit ceste injure aussi à la Renaudie, d'autant que ledict sieur de Buy et luy avoyent espousé deux sœurs de la maison de Rongnae. Mais c'est chose certaine que si la Renaudie eust esté mené de quelque passion particulière, il avoit bien une autre occasion plus pregnante pour en estre esmeu, à sçavoir sa vieille querelle avec du Tillet qui tant luy avoit faict de maux, et dont il se pou voit asseurer de se pouvoir venger, s'il fust venu à bout de son entreprinse. Mais ceux qui l'ont familièrement cogneu en jugent autrement; encores qu'il se puisse faire qu'il ne fust du tout exempt de désir de vengeance et de se faire valloir.

Quelques-uns d'autre part avoyent faict telle diligence envers toutes les églises de France pour leur remonstrer la machination de ceux de Guyse, qu'ils cogneurent aiséemenl leur ruine prochaine, s'ilsnepourvoyoyentpromptement à leurs affaires. Partant s'estant assemblés, leur délibération fut d'avoir recours à Dieu par jeusnes et prières, et de se rendre entre les bras des princes du sang, comme pères, tuteurs et conservateurs de l'innocence des pauvres affligés, et lesquels estoyei\t par une providence de Dieu admirable, appelés par les loix naturelles au pais en telles charges, pendant la minorité des rois. Et à fin de les csmouvoir à les pren-

dre en leur protection et sauve-garde, on coûclud de leur remonstrer la maladie estre commune entre eux et lesdicts princes. Et partant que chascun des affligés qui estoyent en nombre infiny y employeroit tout son bien, et la vie jusques à la dernière goutte du sang, jusques à ce que ces usurpateurs du roy et du royaume fussent déchassés, le roy remis en liberté, et les princes au lieu et rang qui leuir appartient pour gouverner les affaires, jusqu'à ce que ledict seigneur fust parvenu en aage. ^ tant certams notables personnages furent députés pour aller trouver le roy de Navarre et son frère ; lesquels arrivèrent à Nérac bientost après le prince de Condé, et présentèrent leur supplication et remonstrance que j'ay bien voulu icy insérer mot a mot, comme contenant plusieurs choses dignes de ihémoire, combien qu'au reste elle puisse sembler à aucuns estrê procédée d'esprits trop passionhés, pour estrê tenue pour partie d'une simple et du tout vraye histoire.

« Sire, et vous messieurs, encores que les peuples qui de long temps se sentent oppressés àe la tyrannie et cruauté de la maison de Guyse, qui s'est saisye de la personne du roy et emparée de la puissance de la France, partie par force, partie par finesse, ne vous ayent jusques à ceste heure pûbHquement admonesté de vostré office et devoir, ny demandé le secours et délivrance qu'ils attendent de vous, si est-ce qu'ils ne se sont tenus par faute de bien entendre et cognoistre ce qui en est, mais plustost pour ce qu'ils ont espéré que vous n'estes despôurveus de bon jugement et conseil, et que vous entendiez assez l'authorité et puissance qui vous est donnée de droict divin et humain ; lesquels droicts et prééminences ils ont estimé que poitf rien vous ne vouliez laisser perdre, pour le grand intérest que vous auriez et vostre postérité, d'avoir perdu en vostre présence la possession de la grandeur et authorité de vostré maison, et aussi pour n'endurer que la France; à laquelle vous devez tout après Dieu, ne souffrist ce que nous voyons qu'elle souffre, par faute d' estre gouvernée et administrée par ses vrays, naturels et légitimes prmces et gouverneurs.

«Nous avons doncques pensé jusques icy que, par quelque prudence secrette et à nous incagneue, vous eussiez délibéré de conserver vostré

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SOUS FRAP^ÇOIS It.

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diçiUé et deijré, çt ^an^ir I4 France des inçi)avéaieos <E^uji{[uels no^s 1^ voyoos tombée ; et sommes demoiirés en ceste opinion jusques k ce que Tesmotion n'a guères survenue à Am- (yoys^ nous a donné juste occasion de ce que ^lousvoijs exposerons franchement ; c'est àsçavpir, ou que vous n'estiez suffisamment informés des droicts qui vous appartiennent pour le soulagement de ce pauvre royaume, ou, pour le moins, que vous n'avez en telle recommandation que vostre degré et prééminence le requiert, le devoir qui vous oblige au peuple de France Wfiintenant oppressé par la tyrannie des estrangers, et gémissant ^près l'ayde et secours que vous luy devezr et que vous luy refusez par trop longueoj^ent. Car est-il vray semblable que tels personnages ayent dressé ceste entreprinse, çinon en une extresme nécessité, d'autant que voyant vostre longueur, ils ont résolu comme gens courageux et plus affectionnés à leur pair'xe qu'à leur propre vie, d'exposer au hazard leurs biens et honneurs, leurs femmes et enfans, et leurs propres personnes plustosTque n'essayer de retirer la personne de leur roy et de messieurs ses frères et de la roine mère d'entre les pains de ces cruels barbares, et par consé-

3uent de vous délivrer vous et tout ce royaume e l'oppression tyranniquedesestrangers? Car quoy que les tyrans voulant establir et maintenir leur usurpation soubs le nom mesme du roy duquel ils machinent la ruine, ayent tasché pair tous moyens à donner à entendre que ce conseil estoit prias contre la personne du roy et de la monarchie de France, si est-ce qu'oultreles conjectures contraires qui sont évidentes, pultre Taage et innocence du roy et de messieurs ses frères, oultre le naturel des François à l'endroict de leurs rois, le tesmoignage des papiers et mémoriaux qui ont esté trouvés, la déclaration que plusieurs en ont faicte publiquement, les uns en allant recevoir la mort par la cruauté et faulx donner à entendre des tyrans, les autres par escripts et protestations ; toutes ces choses, dis-je, servent de preuve plus que suffisante pour descouvrir en ce faict tout notoirement l'impudence effrontée et desmesurée pultrecuidance de ces tyrans et publiques ennemis de ce royaume.

« Maintenant doncques combien qu'il n'ait pieu à Dieu, usant de ses secrets et inscrutables Vugemens, et à bon droict courroucé contre no$

fautes et péchés, favoriser une t^Ue etitreprinse, joutes/ois tant s'en faut que pour cela nous spyons prests à nous soubmettre au joug des estrangers du tout insupportable ou que nous perdions courage, qu'au contraire cela nous a comme res veillés pour avoir honte de nousipesmes, et pour vous esveiller aussi, très illustres et magnanimes princes françois, à ce que ne souffriez que cest ancien honneur de la maison de France, soubs la protection de laquelle, jusques icy, la subjeclion nous a esté plus agréable que toute la liberté de plusieurs autres nations, ne vous soit ravie d'entre le^ mains par les estrangers ; et que nous de nostrç part, qui ne saurions rien trouver plus amer que l'outrage qu'on vous faiçt, ne soyons en proye à ces malheureux cadets d'une maison eslrangère, qui ne vivent aujourd'huy en lagrandeilr en laquelle ils se sont eslevés, sinon de U mouelle qu'ils ont tirée de nos pauvres oSi et du sang qu'ils ont succé de nos veines.

«N'estimez doncques pas, sire,fet vous messieurs, en lisant ce présent advertissement, d'ouyr la yoix d'un peuple mutin et rebelle, ou désireux de quelques troubles domestiques, mais plustost les gémisseraens et comme les derniers souspirsde tant de milliers d'hommes; lesquels, combien qu'ils ayent souffert ep peu d'espace de temps autant d'afflictions qu'il est possible d'endurer à pauvre peuple, toutesfois en ont tousjours donné et donnent la coulpe à leurs démérites et à la convoitise de ceux qui ont abusé de la facilité de leurs princes ; et encores aujourd'huy se- trouvent très disposés à maintenir la majesté de leur roy et la préémi-» nence des princes de son sang, plustost quç d'oublier le devoir et obéyssance volontaire qui les y oblige. Car puisque Dieu a maintenant permis que nous ayons un roy, duquel l'aage ne porte d'appercevoirencores les dangers esquels il est tombé ; et mesmes que tout accès nous est fermé de venir jusques à Sa Majesté, si ce n'est à la mercy des ennemis jurés de ce royaume; que noua reste-il plus, sinon de prendra les derniers conseils? C'est à sçavoir d'essayer si nos forces seront aussi peu puissantes pour délivref* la couronne et nous-mesmes que la, tyrannie de ces estrangers est forte à retenir ce qu'elle a envahy, et qu'elle prétend de ravie contre tout droict divin et humain. Mais à Dieu ne plaise que le peuple françois en soit yenxj^

DE L'ËStAt DE FhANtE

[isôdt

jtisques là qaUl luy soit nécessité de&ire telles «ntreprinses pour lesquelles on puisse dire que sa patience, tant renommée jusques icy, soit tournée en fureur; et qu'il soit dict que quelque forcénerie nous a plustost conduicts en ce faict qu'une sage et meure délibération.

«Voylà pourquoy, sire, c'est à vous etaux autres princes du sang que nous nous adressons; et, à fin que ne puissiez aucunement doubler de vos droicts et devoirs, il vous plaira bien et meurement considérer les articles suyvans, lesquels nous avons bien voulu coucher nuement et simplement, à fin que chascun les puisse mieux entendre et poiser.

•«Premièrement, vous ne devez ignorer ce poinct que nature mesmes nous enseigne, c'est à sçavoir qu'un chascun est tenu d'avoir un soing particulier de ceux qui luy sont conjoincts de sang, qui est une loy et ordonnance tellement et si expressément confermée par les Sainctes Escriptures que sainct Paul prononce celuy estre pire qu'infidèle qui n'a soing des siens.

« Geste loy est tant universelle que celuy qui s'en veut exempter pesche contre nature mesmes, c'est-à-dire contre l'ordre estably de Dieu pour la conservation de ses créatures, et nomméementdu genre humain. Mais selon que ceux de nos familles ont plus de besoing de nous, et que nous leur attouchons de plus près, d'autant ce lien d'obligation est plus estroict, par conséquent ceux qui présument le rompre sont du tout desnaturés; et faut confesser et qu'oullre la cori:uption naturelle qui est commune à tous les hommes depuis le péché d'Adam, ils sont encores frappés de recbef de la main de Dieu, quand ils en viennent jusques là, selon que dict sainct Paul aux Romains, que telles gens qui sont sans affections naturelles sont du tout privés de sens et de jugement.

a S'il y a défectuosité en nature qui soit digne de pitié, et qui requière prompt secours, il est certain que c'est celle qu'on appelle minorité. Car deux choses sont du tout nécessaires pour la conduicte de ceste vie, c'est à sçavoir intelligence et expérience, lesquelles défaillent toutes deux aux pauvres mineurs, veu que l'esprit, quelque bon et heureux qu'il soit donné (si ce n'est par spécial privilège et comme miraculeux) a besoing de se confermer ; ce qui ne se peut faire que par succession de temps, et le gouver-

nement du monde est tet que celuy qui n'a apprins par expérience que c'est des hommes, et qui n'a autre guide que la prudence née eu son cerveau, se trouvera mille fois desceu pour une fois qu'il aura bien rencontré ; oultre dix mille inconvéniens auxquels il n'est possible que le mineur puisse pourveoir pour s'en garantir, encores qu'il eust prévu le mieux qu'il seroit possible tout ce qui seroit à prévoir et considérer.

« Tant s'en fiaut que les mineurs , auxquels appartiennent les seigneuries et royaumes par droict et succession, ne soyent comprins en ceste ordonnance que Dileu a mise entre les hommes, qu'au contraire d'autant que le maniement des affaires publiques requiert plus grand entendement et plus meure expéri^ce, d'autant est-il plus nécessaire que les grands soyent conduicts et gouvernés en leur minorité, lesquels ne doyvent appeller cela subjection,' ny estimer que cela desrogue à leur grandeur comme les flatteurs abusant de leur simplicité àleur proffit leur donnent à entendre*, ains plustost le doyvent tenir pour l'appuy et entretenement de leurs honneurs et estats.

«Ainsi a-t-il esté pratiqué de toute ancienneté en toutes nations policées, et nomméement en l'empire romain. Ainsi fut Tarquin le premier institué tuteur testamentaire des enfans d'Ancus Martius, quatriesme roy des Romains. Ainsi ce grand empereur et philosophe Marc- Antonin remeit en la charge et gouvernement de ses anciens amis et conseillers, son fils Commodus, lequel pour avoir plus creu les flatteurs qu'obéy à son père, se ruina tanstost avec l'empire qui estoit en sa maison. Ainsi feit aussi l'empereur Théodose, surnommé le Grand, à |,'endroict de ses deux fils Arcadius et Honorius, auxquels il laissa pour tuteurs Stilicon et Ruflin, combien que ce fut avec peu heureux événement, comme il sera dict cy-après. Et depuis encores Arcadius laissa pour tuteurs de son fils Théodose deuxiesme, Isdigerdes, roy de Perse. . Hiéron, aussi très heureux roy de Sicile, ordonna quinze tuteurs àHiérosme, son fils, aagé de quinze ans, duquel il sera parlé cy-après, et nomméement les loixetles docteurs veulent que le roy ait un curateur ou régent jusques en l'aage de vingt-cinq ans.

Et pour venir aux François , il ne se peut nier que telle coustume n'ait esté de tout temps

SOUS FRANÇOIS IL

observée en ce royaume quand tel cas est escheu, comme à Tendroict de Charles-Ie-Simple, Philippe premier de ce nom, sainct Louys , Charles sixiesme, Charles huictiesme, qui ont tous esté gouvernés par tuteurs jusquli Faage de puberté; ce qui peut apparoir par ce que Charles sixiesme ne fiist mis hors de tutelle avant le temps, que par Tadvis du conseil tenu et congrégé sur ce faict, à Rheims, Tan 1388 , dont ce nonobtant il sortit de grands maux pour ce pauvre royaume ; mais s'il est question de considérer particulièrement la manière de faire , laquelle ont suy vie les François , nous trouverons qu'ils ont tenu en cecy uii meilleur ordre que toutes autres nations. Car nos ancestrès, cognoissant que le naturel des François ne pourroit jamaisporter d'estre assubjectis aux princes estrangers , et d'autre costé ayant non seulement préveu ,mais aiq;>erceu par expérience des choses advenues tant es autres nations qu'en ce royaume, quel danger il y a pour leurs vrays et naturels princes en leur baillant pour tuteurs quelques princes estrangers, ont en premier lieu par la loy salique forclos de la succession de la couronne, et par conséquent de la tutelle de leurs rois, tous princes alliés de la couronne par la seule afiinité de femme. Secondement , combien qu'une ordonnance testamentaire soit à bon droict tenue pour inviolable, si est-ce qu'après le décès de leurs rois , quelque clause qu'il y eust en leurs testamens touchant la tutelle de leurs enfans mineurs , ils ont voulu et l'ont ainsi praticqué, qu'en tels cas les trois estats de ce royaume s'assemblassent incontinent après le décès du roy , pour en ordonner et establir autant que requerroit leprofBt et intérest du royaume.

« Davantage , suy vant la loy naturelle dont nous avons parlé cy-dessus , et les loix civiles tant grecques que romaines, ils ont appelle au gouvernement de leurs roys , toutesfoys et quantes qu'il leur a esté possible, les plus proches princes du sang, pourveu qu'ils fussent capables de telle charge , suyvant ce qu'en ordonneroyent les susdicts trois estats , au cas qu'il y eust en cela quelque difficulté.

« Finalement, pour mieux asseurer Testât du royaume et conserver la personne de leurs roys mineurs en leur authorité, en reiglant la puissance de tek tuteurs et gouverneurs, ils ont expressément ordonné que le roy seroit couronné XVl* siÈGLB, La PI. et U PL

dès l'aage de quatorze ans. et que le tout seroit conduict en son nom et expédié soubs son scel. Davantage, que les tuteurs et gouverneurs auroyent un conseil ordonné des plus notables du royaume, auquel ils rapporteroyent les affaires, et par lequel ils se conduiroyent : et si ont voulu que par le meur advis dudit conseil le roy seroit mis hors de tutelle mesmes devant les vingt-cinq ans accomplis , s'il estoit trouvé doué de sens et entendement capable de sa charge.

•«Et pour vérification de ce que dessus, nous disons que ladicte loy salique est trop juste pour estre mesprisée, et trop notoire pour estre révoquée en doute. Car qu'y a-t-il plus dangë» reux pour l' estât d'un royaume, qu'un prince estranger eslevé en authorité, principallement quand il est ambitieux ou avare , comme sont ces messieurs les cadets de Lorraine, qui maintenant nous tyrannisent ? Voire si jamais il y eut princes en ce monde , qui par vilaines et deshonnestes tasches d'avarice et toute convoitise desmesurée , ayent souillé le nom et tiltre de prince. Ainsi fut jadis, soubs ombre de la tutelle , ravy le royaume des Romains de entre les mains des en&ns d'Ancus Martius par Tarquin le premier de ce nom, et depuis, l'empire de Aome quasi ruiné par l'ambition et trahison de Stiliconjet Rufin , tuteurs d'Arcadius et Honorius ; mais l'exemple de Hiérosme , roy de Sicile, est encore plus approchant de ce que nous sentons aujourd'huy. Car entre autres tuteurs que Hicron, son ayeul , luy laissa , il y a voit un certain Andronodorus, gendre de Hiéron,et par conséquent oncle dudict Hiérosme, ainsi que ce cardinal et ses frères sont oncles de nostre roy, hors mis qu' Andronodorus avoit espousé la tante du roy, et nostre roy a espousé la niepce de ces messieurs à leur requeste ; lequel Andronodorus, pour gouverner tout soubs le nom du roy son nepveu,ne faillit pas à faire en sorte qu'il le feit déclairer capable de régner en l'aage de quinze ans; mais qu'en advint-il? c'est que par ce moyen il ruina le roy et soymesme. Et pour venir à nostre nation , qui a jamais leu chronique de France, qui ne sçachc combien de calamités a souffert la nation françoise en partie par faulte d'avoir gardé ladicte foy salique, en partie par faulte d'avoir assemblé les trois estats à fin de maintenir les princes en leur aptborité, chascun selon leur rang

DE L'ESTAT DE FRANCE

et degré , contre l'ambition des nouveaux venus? Qui est celui qui ne sçache la misère en laquelle estoit ce pauvre royaume du temps des maires du palais , du temps de Charles-le- Simple,du roy sainct Louys,de Charles sixiesme et autres, par faulte de ce que dessus.

Nul doncques ne se doit esmerveiller ,si maintenant nous, aux despens desquels tous ces piteux jeux ont esté joué8,nous voyant tous prests d'estre précipités en mesmesouplus grands inconvéniens , délibérons de nous en garder par tous moyens licites,c'est à sçavoir,en vous advertissant et vous sommant de vostre debvoir , comme ceux desquels la ruine est conjoincte avec la perdition totale de la maison royale , et de tout ce royaume, si vous n'estes autrement soigneux de vous acquitter de ce que vous devez au roy, à messieurs ses frères, à vous mesmes , à vostre postérité , et à tant de milliers d*hommes pauvres et obéyssans subjects de la couronne. Et pour monstrerque ladicte loy salique a esté ainsi pratiquée, et que les susdictes ordonnances touchant les tutelles et gouvememens de ce royaume de France, durant la minorité des rois , ont esté ainsi conduictes , il nous suffira d'alléguer trois exemples formels de ce qui en fut décidé touchant le roy Philippe de Valois , successeur du roy Charles-le- Bel , son cousin-germain , l'an 1327 ; touchant le roy Charles sLxiesme, qui succéda à son père Charles cinquiesme, Tan 1375 ; et le roy Charles huictiesme , successeur deLouys onziesme, l'an 1484. Estant doncques décédé Charles-le-Bel en laissant grosse sa femme madame Jeanne d'Evreux, Edouard, roy d'Angleterre, fils de madame Ysabel, sœur germaine dudict Charles, et par conséquent nepveu d'iceluy , querella le gouvernement de ladicte Jeanne et du posthume qui en sortiroit, à Fencontre de Philippe de Valois, fils de Charles de Valois , oncle dudict Charles-le-Bel, et par conséquent seulement cousin remué de germain du posthume dont il estoit question ; sur lequel différend il fut arresté par les trois estais que ledict Philippe de Valois seroit gouverneur de sadicte cousine, tant pour ce que le royaume de France ne se pouvoit gouverner par estrangers,que pour estre le plus prochain héritier selon la loy salique, qui forclost de la couronne toute ligne féminine ; ce qui fut tellement pratiqué, que ledict Philippe de Valois , au lieu de régent , fut dé-

clairé roy après que la roine Jeanne fut accouchée d'une fille.

«Semblablement le roy Charles-le-Quint , a bon droit surnommé le ^ge, ayant ordonné par testament que Charles sixiesme son fils et successeur, avec Louys son autre fils , qui depuis fut duc d'Orléans, seroyent quant à leurs personnes et nourriture mis en la garde de Philippe, duc de Bourbon, prince du sang et leur oncle de mère, et les affaires du royaume entre les mains de Louys, duc d'Anjou, leur oncle dé père, en attendant que ledict Charles eust qua* torze ans accomplis pour estre couronné roy : ce néantmoins les trois estais furent assemblés sur ce faict , par lesquels fut dict , nonobstant ladicte ordonnance testamentaire , que ledict Charles dès lors seroit couronné roy, et le royaume administré en son nom , mais gué Louys d'Anjou , son oncle de père comme le plus proche, auroitle gouvernement et régence du royaume , en quoy il se conduiroit ^r le conseil des princes et seigneurs députés pour cest effect ; et quant à la personne du roy et de monsieur d'Orléans son frère , qu'ils seroyent mis entre les mains des ducs de Bourgogne et de Bourbon , tous deux princes du sang et ses oncles en ligne masculine : l'un de père et l'autre par mère , a fin de les conduire en bonnes mœurs jusques en aage de puberté, et fut pratiquée ceste ordonnance jusques à tant que ledict Charles sixiesme, surnommé le bien-aymé, fust mis hors de la tutelle de ses oncles, par privilège et ordonnance desdicts estais en Taage de vingt-deux ans ou environ , pour la faveur que le peuple luy portoit , et pour le sens , discrétion et beauté qui estoyent en luy.

«Pareillement , après la mort du roy Louys onziesme, le roy Charles huictiesme , son fils unique, venant à la couronne, les estats furent assemblés à Tours : là ou il fut arresté que madame Anne de France , sa sœur aisnée , auroît le gouvernement d'iceluy touchant sa nourriture, et quant aux affaires, nonobstant que monsieur Louys, duc d'Orléans, qui puis après succéda à la couronne , demandas! d'en avoir le gouvernement comme le plus proche, si estce qu'il fut dict que d'autant qu'il n'avoît pour lors qu'environ vingt-trois ans. Il ne seroit régent ,ains que te tout seroit conduict par le conseil des princes et plus grands seigneurs du royaume à ce députés, et sont encores aujour-

d'huy imprimés Içs actes desdicts Uiois estats tenus à Tours, par lesquels se peut voir tout ce que dessus.

« Nous entendons , sife, avoir suffisamment grouvé par ces allégations , quelfe est voslre prééminence en ce royaume , comme de celuy qui est le plus prochain héritier de la couronne dfe France, et par conséquent quel tort vous est ftiict par les usurpateurs estrangers , lesquels , encores qu^eussiez délibéré de souffrir, soit par ht douceur de vostr« naturel , ou autrement , nous sont toutesfpis et seront à jaiAais intoléraUes. Car à quel tihre ont-ils usurpé ce degré oà ils sont? Est-ce qu'il leur appartienne de droit naturel? Au contraire nous avons monstre que vous estes naturellement appelle à cest estât. Est-ce par droit ou coustume de France? Ains tout au rebours, par ordonnances et coustnmes expresses, tous estrangers, entre lesqueb sont comptés ceux qui ne sont alliés de la maison de France que par femmes, en sont entièrement forclos. Allégueront-ils quelque volonté testamentaire du feu roy Henry? Il n'y en a point ; et quand lesdicts tyrans en oseroyént supposer, quelle en seroit la vigueur si elle dérogeoit aux statuts et eoustumes du royaume? Se défendrmit*-ils de la fkveur du feu roy Henry , de h bonté duquel ils ont si longtemps abusé, et lequel, s'il vivoit encores aujouni'huy, les eust pieca du tout déchassés, comme chascun sçait qu'il avoit conclu peu de.temps avant sa mort. Que leur reste -il donc pour couverture de leur ambition desmesuréè,deleur avarice insatiable, de leur cruauté enragée, de leur impudence incroyable, de leur audace intolérable , sinon ce qu'ils ont acquis aisément pac faulte de s'y estire opposé virilement? C'est à sçavoir le vouloir de nostrç roy et prmoe^ souverain n^estant encore d^aage pour apperceveonr fat captivité et le danger oà il est , et ne pouvant rien vx)ir que par les yeux d'aultruy , ni ouyr que par les aureSlesde ces tyrans, abusans si effrontément de la simplicité de son aage? Mais s^ls ne veulent à leur manière accousttHnée que tout leur, soit loisible sans aucme ^ception, par quelle loy,ny raison, ny coustume trouveront-ils que celuy qui doit esàre gouverné par autruy , soH d^assez ferme jugement pour se donner des gouverneurs, et par conséquent pour destituer ceux qui luy sont establys? Et quant à laroine mère, de lfM]uelle aussi eeuxH^y se couvrent ;

sots t'BiVNÇQlS a

hélas! 9ire, que pouvons-nous dire autre chose shion que nous ne sommes esbahis que de voir une femme si trompée et tant abusée par ceux auxquels il a esté trop aisé de luy faire croire tout ce que bon leur a semblé, et que ce pendant nous n'avons point dé pitié de la voir entre les pattes de ces loups , avec l'heureuse lignée que Dieu nous a donnée par son moyen , que de désir de voir jouyr du repos que le chastiment de ces malheureux tyrans luy apporteroit et à ce pauvre royaume? Mais peutestre que leur impudence leur fera alléguer leur capacité et suffisance, et les grands bienfaictsà l'endroict de ce royaume : sur quoy pleust à Dieu que nous n'eussions tant de justes, raisonnables et nécessaires répliques.

« Premièrement, fut-il jamais une telle impudence de vouloir estre seuls juges de leur capacité et bienfaicts, et s'en donner eux-mesmes la récompense? Mais quels bienfaicts pourrontils alléguer pour la récompense desquels il leur soit loisible de fouler aux pieds toutes les sacrées loix qui sont, après Dieu, le fondement et establissement de ce royaume? ravir, voler et brigander la couronne? rédiger en leur puissance la propre personne du roy, de messieurs ses frères et de la roine mère? changer et reehanger toutes'Ioîx et édicts à leur poste? dégrader et eschaffauder les parlemens et toute la justice? ottroyer à l'ennemy tout ce que bon leur a semblé? &ire la paix et la guerre à leur appétit? se nourrir du sang de la noblesse françoise? se saouler d^ la mouelle des os du pauvre peuple? se crever de bénéfices et confiscations soubs ombre du zèle de la foy catholique? et finalement quant à vous, sire, avec le surplus des princes du noble sang de la maison de Fr^ce, vous meçpriser jusques là que d'attenter sur vos propres personnes, en oubliant mesmes le respect particulier qu'ils doyvent à vostre maison, sire, pour l'honneur de l'alUance qu'elle en a receu?

«•0 prudent et excellent roy François, combien s'en faut-il que tu n'ayes esté vray prophète, quand tu prédis ce que nous voyons quasi à Toeil, que si jamais ceste meschante maison de Guyse gpuvemoit le roy ton fils, elle le mettroit en chemise? 0 pauvre France, as- tu maintenu si courageusement et si longuement la grandeur de la majesté de tes rois et princes pour estre la proie et le butin des plus las*

DE TESTAT DE FRANCE

c]îes et deshonnestes de tout le monde? Mais (Micores est-il besoin de spécifier toutes ces choses par le menu, à fin que le monde universel cognpisse nostre juste complaincte.

«Nul ne doibt ignorer combien est exprès le serment par lequel les cardinaux sont asservis aux papes, desquels aussi ils s'appellent les créatures, et comme ils se sont entièrement exemptés de toute la jurisdiction des princes, de l'amoindrissement desquels ils ont basty et entretiennent encores leur grandeur, laquelle n'a nul fondement, ny enl'Escripture Saincte, ny en aucun autre ancien concile ni canon. A quel tiltre donc un cardinal aura-t-il la charge d'un royaume de France, veu qu'il s'est astreint par serment à un autre qui sou ventes foismesmes sera ennemy de France, et duquel les droicts tant souvent sont peu accordans au proffit du royaume? Car ainsi mesme en est-il advenu de nostre temps que ce monsieur le cardinal gouverne. Et quand ceste raison cesseroit, comme seroit propre à gouverner les finances d'un tel royaume celuy qui n'est responsable devant aucun juge séculier, quand il seroit question de luy en faire rendre compte, voire mesmes quand il n'auroit que son privilège de cléricature. Et de faict, le roy Jean, pourveu de bon conseil, osta les sceaux et le maniement de ses affaires à son chancelier, nommé messire Jean des Dormans, après qu'iceluy se fut faict cardinal; et ne sont encores aujourd'hui admis les cardinaux au conseil de la seigneurie de Venise, ni d'autres républiques bien policées.

«Davantage par combien de conciles et canons est-il défendu aux ecclésiastiques de se mesler des affaires profanes et négoces séculiers, et principalement du faict de la guerre? mais peut-eslre que monsieur le cardinal alléguera la nécessité qu'a le peuple françois de sa prudence et éloquence ; mais à qui le pourra-il faire accroire, soit grand ou petit? Et quoy qu'il en soit, les tristes et malheureux exemples de ce qui est advenu en ce royaume par le gouvernement des cardinaux, estoyent suffi sans pour nous faire prévoir ce que nous avons par trop expérimenté en ce malheureux surnommé à bon droict le cardinal de la Ruyne. Car ainsi en print-il du cardinal d'Amiens du temps du roy Charles sixiesme, qui ne sceut jamais en avoir raison, pour ce qu'iceluy cardinal s'estoit retiré à Rome avec ses larrecins ; et

le cardinal Balue, du temps du roy Louys onziesme, n'eust failly d'en faire autant, si la prudence du roy n'y eust pourveu.

« Autant en print-il naguères au royaume d'Angleterre par le gouvernement du cardinal d'Yorck; et de firesche mémoire le moyne et cardinal de Transylvanie a-t-il point esté celuy qui a ravy ce royaume à la chrestienté , et qui pour son ambition l'a mis en la désolation en laquelle il est aujourd'huy?Ouitre cela, il est expressément ordonné par les loix que ceux qui sont detteurs et comptables à la république Quau fisq, ne soient admis à telles administrations devant que d'avoir compté et payé. Il estoit doncques requis en premier lieu que ces messieurs rendissent compte de l'administration des finances qu'ils ont eue si longuement, et qu'ils ont conduicte si consciencieusement que nul n'ignore que le feu roy Henry, le plus bénin et le plus endurant prince du monde, sappercevant à la fin où l'avoit conduict l'ambition de ces malheureux, estoit entièrement résolu de leur faire rendre compte, et de les déchasser arrière de soy.

«C'estoit donc par où ils de voyent commencer s'ils vouloyent suyvre le droict chemin qui mène aux honneurs légitimement acquis, en souffrant que ceux auxquels le cas attouche fussent juges de leurs mérites, si aucun y en ft, et de la récompense qui se trouveroit leur en estre deue.

«Item, il est assez connu de tous, comme leur fierté s'est desbordée jusques là de tascher d'aUéner de la couronne la souveraineté du duché de Bar et de quereller le duché d'Anjou, et comté de Provence, et qui plus est de débattre mesmes la couronne, alléguans qu'ils sont de la race de Charlemaigne, sur la postérité duquel ils prétendent que Hue Capet a occupé le royaume, voire comme si l'histoire françoisene nous fonmissoit de dix mille répliques sur ce faict. Mais quoy qu'il en soit, quand il n'y aurait que ces seuls actes, que pouvons-nous .attendre de l'issue de leurs usurpations, sinon ce que l'un d'entre eux a bien osé dire ouvertement, voire jusques aux femme3, à fin que chascun entende combien est grande leur discrétion ou leur impudence? c'est à scavoir Tufijurpation du royaume mesme, avec une servitude plus misérable que la mort, et laquelle vous enveloppe des premiers après la personne du roy et

SOUS FRANÇOIS lî.

de messieurs ses frères; voire de plus presque la plaspart de nous. Car, quant à nous, c'est de nostre misérable servitude qu'ils espèrent s'agrandir; mais quant au roy et à toute vostre maison, qui peut doubter que la ruine totale et la mort mesme ne vous soit apprestée par eux ; d'autant que sans cela il leur est impossible de venir à bout de leurs desseings ?

u Et pour passer encores plus ouitre, posé le cas qu'ils fussent princes du sang, et que les susdictes incapacités n'eussent lieu, y eut-il jamais en France aucuns coulpables du crime de lèze^majesté, y eut-il jamais criminels dignes d'estre en perpétuel exemple jusqu'à la fin du monde, y eut-il jamais gens desquels nos ancestres se peussent plaindre à meilleur droict s'ils ressuscitoyent aujourd'huy, que ces malheureux monstres en Testât de noblesse, pestes et furies de ce royaume? Car premièrement qui a empesché et qui empesche encores aujourd'buy rassemblée des trois estats suy vaut les statuts du royaume, sinon ces malheureux? Toutesfois y eut-il oncques occasion de ce faire, plus nécessaire qu'après le décès de nostre dernier roy Henry, estant le roy en minorité, la paix encore incertaine, quelque ignominieuse qu'elle fust pour toute la nation françoise , le royaume du tout espuisé par les guerres esmues au moyen de la seule ambition insatiable de ces malheureux; et finalement estant survenus tels et si grands troubles domestiques sur le faict de la religion? et sous quelle couleur a esté empeschée ceste assemblée? d'autant, disent-ils, que c'est pour réduire le roy en servitude, et priver la roine mère de son authorité. 0 malheureuse et fausse parolle ; ce qui a esté de si longtemps ordonné par nos ancestres et pratiqué avec un tel et si heureux événement ; ce qui a maintenu tant de fois ceste monarchie en telles et si grandes tempestes, que cela soit un lasset tendu contre le roy et les siens ! que cela soit non-seulement mesprisé, mais aussi condemné , et que ce pauvre royaume en soit venu jusques-là d'avoir pour juges sans appel en tout ce que bon leur semble, non pas leur roy, lequel n'a pas encore l'aage pour cognoistre ce qui est dressé contre lui ; non pas les princes de son sang, qui mesmes ne sont pas seurs de leurs personnes , tant s'en fault qu'ils puissent asseurer les autres; mais ceux qui sont moins dignes de comparoir en place,

sinon pour recevoir èondemnatîon digne de leurs démérites, que les moindres gentilshommes de ce royaume?

a Davantage, quel autre nom que de crime de rapt et de lèze-majesté pourroit-on donner à ceste audace insupportable, de s'emparer ainsi par leur seule authorité de la personne du roy mineur et de messieurs ses frères et en déboutant tous ceux que bon leur semble (jusqu'à vous, sire, et à tous les autres princes du sang, auxquels, comme d'une héréditaire succession, appartient le maniement des affaires de ce royaume, avant tous autres) s'attribuer toute puissance absolue sans réserve ni exception quelconque?

«Et quant au reste de leur gouvernement, s'il est question, non pas d'esplucher par le menu les bougreries du cardinal, que son propre frère l'enragé luy a reprochées, ni les incestes, violemens, cruautés, inhumanités et extorsions commises, en especial par le grand prieur et le marquis d'EUebeuf ses frères; ains seulement considérer comme ils se sont acquittés du gouvernement des affaires depuis que ce vaillant cardinal fut admis au conseil par le feu roy Henry , que trouvera-t-on, sinon que leur seule intention a esté d'entortiller si bien ceste pyramide, de la monarchie françoise, qu'il fallust de deux choses l'une, c'est à sçavoir, ou qu'ils la tirassent bas à fine force de la serrer et miner dedans et dehors, ou bien, qu'elle ne s'en peust jamais desvelopper sans esbranler le royaume? Et de faict nous voyons que nous en sommes venus à ce dernier point, par faulte d'y avoir pourveu d'assez bonne heure.

« Ainsi doncques pour descouvrir leurs desseings nous disons que ces messieurs considérant qu'ils avoient besoing de gaigner tout lecueur du feu roy , et puis de faire bonne provisiond'honneur et de bénéfices ; quant au premier de ces deux poincts, il leur fut aisé de l'avoir, tant à cause de la débonnaireté du feu roy, que par autres moyens, qu'ils y tindrent, en s'accommodantà tout ce que l'aage d'iceluy pouvoit requérir de volupté et de plaisir; au lieu que s'ils eussent eu esgard à autres choses quelconques qu'à leur grandeur, il falloit essayer à modérer par leurs bons conseils et graves advertissemens tous les désirs, èsquels il est aisé à un grand prince, en la fleur de son aage, de se laisser transporter et tomber. Mais que poorroyent faire autre

DE L'ÉSTAt DE fRANCË

tl5Ôpl.

chose ces malheoreux qae toot (le rebours de leur debvoir, puisque teur hitentiôn n'estoit que de se servir (te leur maistre pour estabHr leur grandeur? et que cela soit vray, les parois ioaesmes de Fhostel de Rheitns et de PÉvesque borgne à Paris en pourroyent porter tesmoignage, lesquelles ont eu honte, par manière de dire, des paillardises, adultères et macquerétages, dont ces messieurs (qui maintenant gouvernent ce royaume par-dessus vous, princes du sang!) ont esté les ministres et officiers; voire après qu'il n'a tenu à eux que notre feu roi Henry ne répudiast la roine, à présent mè» du roy et de messieurs ses frères et sœurs.

«Moy là aussi pourquoy en premier lieu ils s'aK lièrent avec celle qui pour lors posscdoit le nostre pauvre roy (comme unchascun scait),de laquelle ils se vouloyent servir comme d'une e»ponge pour succer la substance de ce royaume.

« Premièrement ils en ont succéparces moyens et attiré en leur maison, par droict de succession qui les attend, ce qu'on appelle le tilielaige, c'est-à-dire une somme inestimable qui revient du renouvellement des offices dé ce royaume; laquelle somme payée à une fois, excède toute la prodigalité des princes qui forent oncques. Sur ces entrefaictes, estant question de s'amasser des bénéfices, il ne luy ftit difficile d'avoir un chapeau du pape Paul troisiesme, veu le crédit qu il avoit envers le roy non maistre, duquel ledtct pape ne taschoit pour lors que de s'accointer contre l'empereur Gharks, pour venger la mort de cest abominable Pierre Louys son fils, comme aussi ce monsieur s'efforçoit de sa part de faire son proffit, en vendant la faveur de son maistre.

«Yoylà qui fut cause que, s^bs ombre du concile de Boulongne et de telles afiaires qu'il Voulut imaginer, il dressa un voyage en Italie pour deux principales raisons, la première, à fin de moyenner. TalUance de son frère aisné avec Taisnéé de la maison de Ferrare. La seconde, à fin de se faire cognoistre à Rome, pour mieux bastir ses entrepFînsesàl^dvenir. Cependant, ô vilaine et détestable ingratitude ! n'ayant patience que le feu cardinal dé Lor^ raine son oncle, par la faveur duquel il- estolt venu du collège de Navarre à la cour, homme, quant à Tambition, de tout autre naturel que ses nepveux, Tenrichist de sa despouille par son décès» il ne cessa de luy tirer de dessoubs l'aisle

tout ce qui luy fut possible, par une importunité non guènes esloignée de violence, et trouva façon de luy laire envie de s'esloigner de la cour, luy aposta des serviteurs tels qu'il luy pleust, le destitua dé ceux qui estoyent les plus loyaux, soubs telle couverture que bon luy sembla, et it en sorte qu'il ne tint pas à luy qu'il ne le meist tout en chemise, tellemeni qu'enfin une mort bien soudaine l'emporta au retour de Peslection du pape Jules troisiesme, en laquelle tout le mondïe scait comme ce cardinal se porta fidèlement, et quant à sa conscience, et quant au royaume de France. Tant y a qu'il y gaigna un chapeau pour son frère qui est aussi cardinal, joinct que lors fut achevé^ et accomply le mariage de sondict frète aisné. Estant dé retour. Dieu sçait queb mystères il a &it jouer à son maistre. Il a chassé de la cour tous ceux qu'il pensoit lui pouvoir nuire, hors mis ceux là qui estoyent trop forts et plus anciens amis, et ceux avec lesquels il partissoit le butin. Mais surtout il n'oubKa pas de confiner à Rome les autres cardinaux, à fin de ronger Ifes os du crucifix tout seul à la cour. Et puis voyant le chancelier Olivier, homme sage et expérimenté, ne luy servir qne d'obscurcir son lustre, il luy feit venir envie de se. retirer de la cour pour faire place à un homme de foing, autrement une vraye beste nommée' Bertrandl, qui luy servist d'un fantosme de chancelier, feignant ce pendant de gratifier à^ celle dont il avoit à (kire pour lors, lequel aussi ils féirent cardinal puis après, combien qu^à la fin force luy ait esté dé rappder ledict Olivier pour ne s'en pouvoir passer.

« Ouhre cela, il n'y a eu office ny bénéfice dont ils n'ayent trafiqué, obligeant par ce moyen le plus d'amis qu'ils ont peu; et comme s'il ne vaquoit pas assez d'offices, ils en ont forgé de tous nouveaux tant qu'il leur a pieu, changeant et rechangeant tout à leur poste, tant en Testât des finances que de la justice, soubs belle apparence d'abréger les procès comme ainsi soit tout au rebours que rien n'entretienne plus les procès que le changement et la multitude des loix et officiers. Mais entre autres ruses, il y en a quelques-unes fortnotables> qu'ifs ont inventées pour bientost s'acquérir une merveilleuse puissance. La première est qu'ils ont donné ordre de sçavoir toutes les. bonnes maisons de France, èsquelles il y avoit

SOUS FRANÇOIS II

âîT

des mauvais mesnagersou gens faciles à tromper, ou procès de conséquence; et là-dessus ont eu des soDiciteurs apostés pour estonner les créditeurs, pour fleschirles plus fascheux, et pour allécher les plus sots par toutçs sortes d'espérances et de promesses. Bref, il n'y a rien qui leur ait esté trop pesant ne trop chaud ; de sorte que les uns leur ont faict transport de leurs droicts, les autres leur ont tout donné, les autres les ont faict leurs héritiers, et parce moyen ayant fraudé les uns et les autres, destruict une infinité de pauvres créditeurs de bonne foy, ruiné innumérables pauvres et orphe- Tins, abattu infinies bonnes maisons de toutes sortes, ils ont tellement basty leur maison des ruines des autres qu'ils ont surmonté en peu d'années les plus grands et les mieux fondés de ce royaume, voire avec une ambition si vilaine et si effrontée qu'ils n'ont espar^né ny amis ny ennemis, ny biens spirituels ny temporels, tesmoing le mauvais traictement pourchassé à madame Renée, duchesse de Ferrare, pour la récompensede son alliance; tesmoing le comté de Nantueil, et les principaux bénéfices du cardinal de Lenoncourt, ancien serviteur de leur maison, tesmoings les biens de monsieur le marquis de Neelle, de monsieur de Grignan, le chasteau de Meudon, la maison de Marchais, là terre de Qievreuse, et autres semées par tout ce royaume; desquelles n'estant encores assouvie leur avarice, il a fallu qu'ils ayentjassailly monsieur le connestabie pour luy arracher le comté de Dampmartin, laquelle injure pour le moins le doit admonester de son office envers la couronne, et de ce qu'il doit attendre de ces liieschans, si leur audace n'est réprimée comme il appartient.

«Finalement, pour ce qu'il leur estoit difficile de tenir ce train, et que tout ce qu'ils pouvoyent desrober en paix n'estoit rien en prix de ce qu'ils avoyent entreprins, c'est à sçavoir de ravir mesmes la couronne de dessus le chef de leur maistre, ils ne peurent ny ne vouleurent souffrir que la t'rance jouist du repos auquel le feu roy François l'avoit laissée, car ils voyoyent que mille commodités leur revenoyent de la guerre, d'autant qu'en premier lieu ce leur estoit une ouverture pour s'avancer, veu la furie de leur aisné et de celuy qui le seconde; lesquels le cardinal n'a jamais craint de bazarder, sçacbant qu'en tout événement la chose le vaOott,

et que s'ik estoyent plus heureux que sages, ce luy seroit un vray moyen de s'eslever jusqu'au bout, et s'ils mouroyent, leur mort serviroit de pont pour passer les autres plus oultre; davantage, ayant le principal maniement des deniers de ce royaume, combien leur estoit-il plus aisé de pescher en eaue trouble qu' en eaue claire ? et puis oultre tout cela, il voyoit que par un mesme moyen il s'acquéroit la faveur de ceux de la querelle desquels il délibéroit faire le proflit de sa maison aux despens du pauvre peuple, û d4minuoit les forces du roy, duquel il voudroit bien Voir la pouronne sur la teste de soa frère, comme les trois couronnes papales sur la sienne ; et finalement que ce luy estoit un vray moyen pour bazarder le roy, les princes du sang, et tous ceux de la destruction desquels dépend l'accroissement de sa grandeur. ««Voylà,sire, les braves occasions de ta guerre tant longue et malheureuse par tout le royaume, à laquelle il leur fut aisé de tourner le cueur du roy, désireux de nouvel honneur ati commencement de son règne, sur Tennemy jure de la maison de France, lequel pour lors ayant (comme on jugeoit) dompté l'Àllemaigne, sembloit trop redoubtabie à ce royaume, si on ne rompoit de bonne heure tous les desseings qu'il pouvoit avoir. Or advint-il trois occasions de le bien empescher : la première fut en rompant le cours du concile de Trente, de l'authôrité duquel iceîuy empereur se servoit pour du toui unir les Allemans à sa dévotion, à fin de faire puis après» en Italie et ailleurs, ce que hoa luy eust semblé. La seconde, en prenant la querelle de la maison des Farnèses, deschassés de Plaisance par l'empereur. La troisiesme, en pratiquant l'armée de l'électeur Maurice et du marquis de Brandebourg estant au siège de Magdebourg, et grandement irrités contre l'empereur à cause de la détention du landgrave de Hésse, avec lesquels il y avoit apparence que le fils dudict landgrave et autres princes allemans se joindroyent aiséement. Et combien qu'il n'y eust pas une de ces trois occasions qui fust correspondante à ce que ledict cardinal a cherché de tout temps, c'est à sçavoir à ce qu'il soit tenu un vray pilUer de la loy catholique, veu que la première semblolt troubler le repos de la chrestiemé , la seconde mettoit le roy et le royaume en danger d'un interdict et excommunication papale, et contre-

DE L'ESTAT DE FRANCE

venoit notoirement à la grandeur du siège apostolique dont il contrefaict le zélateur; la troisiesme conjoignoit manifestement le roy avec les luthériens, et leur donnoit moyen de se relever et fortifier plus que jamais; toutesfois ce fatal ennemy de Dieu et de tous hommes n'en voulust laisser pas une, ains meit en teste au roy, par lequel il régnoit, de se servir de toutes les trois l'une après l'autre. De là vint la protestation contre le concile, et puis la guerre de Parme dressée contre le pape, à l'appétit de ce suppost de la papauté, aux despens excessifs de ce pauvre royaume, et au proffit du fils d'un bastard, qui en a depuis rendu le salaire que toutes gens de bon esprit en ont attendu.

« Delà vint la première source des plus piteuses et lamentables calamités qu'ait jamais endurées la pauvre France; car enfin il fallut que l'apostume crevast, et que ces furies dressassent une guerre civile en AUemaigne, par laquelle nonobstant que Dieu ait justement chastié les iniquités de plusieurs, si est-ce que tant de meurtres et tant de maux s'en sont ensuy vis, que si maintenant le Turc, venant assaillir les Allemans, ne les trouve assez forts pour luy résister, et de là s'en vient jusques à nous qu'il trouvera du tout desgarnys et de gens et d'argpnt, ce sera à bon droict que la principale coulpe sera donnée à l'ambition et désespérée convoitise de ceste meschante et cruelle race.

«Delà donc s'ensuyvit le voyage d' AUemaigne, auquel ces malheureux faillirent, Dieu merci, à leur entreprinse, en ce qu'il ne permit que l'Allemaigne tombast en leurs pattes ; mais leur cruauté fut telle que leur propre pais de Lorraine en feit pour lors la première expérience, comme à la vérité elle semble n'en avoir esté indigne pour avoir produict de telles et si venimeuses vipères au monde. Et pour preuve de nostre dire, quand il n'y auroit qu'une seule ville de Mets pour en tesmoigner, quel tesmoignage plus suffisant sauroit-on requérir? Car qu'est-ce que ceste pauvre ville n'a souffert en peu d'années et par dedans et par dehors, estant despouillée de sa liberté soubs ombre de la protection d'icelle , desmembrée de l'empire, ruinée pour la pluspart, et, qui est le comble de toutes misères, réduicte en la servitude du cardinal, qui, soubs un nom emprunté, en tire tous les ans pour le moins cent mille livres,

n'en laissant au roy que le deshonneur de l'avoir surprinse soubs ombre de la défendre, la charge delà garder avec despens inestimables» la perte de nos pauvres vies et l'inimitié de l'empire qui est tout prest de redemander le sien avec une main non moins armée de force que de très juste querelle en cest endroict, pourveu qu'on s'en adresse à ceux qui sont cause d'un tel et si manifeste outrage.

«Mais c'est merveilles si là-dessus le cardinal n'est si présomptueux d'alléguer la ville de Mets défendue sous la conduicte de son frère aisné. Car voilà le fondement de leurs mérites, et par où ils ont commencé ouvertement à plus ne dissimuler leur orgueil, comme si la France esloit appuyée sur leur prudence et vaillance, c'est-à-dire comme si la pyramide de la monarchie françoise ne se comportoit point sur la base, mais ainsi qu'une vieille ruine cadu; que se soustenoit tellement quellement sur la vigueur de quelque branche de lierre l'entrelaçant et environnant, comme porte la belle devise du cardinal. Mais pleust àDieu que nous n'eussions tant de répliques à l'encontre de leur orgueil intolérable, se voulant haulser jusques-là de nous faire croire que nous devons de retour à ceux qui n'ont pu s'eslever qu'en nous ruinant. Car quel besoing estoit-il de rachcpter ce trophée en offensant Dieu et les hommes? Et combien nous a esté cher vendue ceste tant vaillginte deffense d'une ville estrangère qui jamais ne nousavoit faict outrage quelconque, si on n'appelle outrage d'avoir creu trop légèrement aux parolles d'un cardinal son nourrisson, et qu'elle tenoit pour son évesque et pasteur? Et de faict le conlre-eschange a bien chèrement esté payé par nous, quand la Picardie en fut brusiée et saccagée jusques à Noyon; et sous la conduicte d'un autre Guisart, non guères moins estourdy que ce vaillant Hannibal, la noblesse françoise receut la plus grande playe qu'elle eust receue depuis la journée de Pavie, estant sans cause ny raison amenée à la boucherie plustost qu'à la battaille, pour rendre la ville de Sainct-Nicolas en Lorraine, longuement mémorable par une piteuse desconfiture et occision. Et l'année suyv^nte que nous rapporta-elle, sinon deux pertes redoublées et non jamais recouvrables ? C'est à sçavoir la ruine totale de Thérouenne et de Hesdin, qui estoyent les deux clefs de Picardie. Desquelles

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SOUS fran;(^ois il.

ruines il est assez notoire à chascun combien ce monsieur le cardinal faisoit son proffit «comme s'il n'y eust eu en ce royaume personnage digne d'avoir charge que monsieur son firère l'enragé. Et depuis, quand ils ont voulu rachepter leur autre frère, prisonnier du marquisde Brandebourg, ont-ils voulu y employer quelque partie de leurs larrecins? ont-ils eu quelque pitié de nous, qui estions desjà mangés jusques aux os? Rien moins. Ils ont bien trouvé un autre moyen fort bel et honneste; c'est à scavoir en tourmentant tous ceux que bon leur a semblé, soubs ombre d'hérésie, pour en attraper les confiscations. Car ce n'estoit pas assez que cestuylà par sa témérité, que ceux-cy appellent magnanimité et ruse de guerre, eust esté cause de la mort d'une grande partie des grands seigneurs de France, à l'heure de sa prinse; mais il falloit encores que sa délivrance coustast la vie de ceux qui estoyent demeurés de reste, voire jusques à n'espargner les femmes des bons et vertueux capitaines, durant mesmes le temps qu'ils exposoyent leurs vies et leurs biens pour le service du roy ; comme ainsi soit que par toutes loix civiles, toutes actions cessent contre ceux qui sont absens pour les afEsdres de la république. Et de cecy, pour le moins, seroit suffisant tesmoing le feu seigneur de Teligny, si depuis il n'estoit mort au service du roy, duquel la femme fut en ce mesme temps-là faulsement accusée d'hérésie par la ^bomation d'un de ces messieurs les estaffiers du cardinal,

et b comme luy, autrement appelles nos

maistres de la Sorbonne, gens ignoransde tout bien et tout honneur, tiers, cruels, mutins et séditieux, s'ily en a au monde, soubs ombre de la religion qui leur sert de couverture, comme le feu roy Trançois, prince de fort bon cerveau et singulier jugement, le cognoissoit très bien, et descouvrit pieça en la cause de nostre maistre Beda et Picard, tous deux convaincus de conspiration manifeste contre le roy et sa couronne.

«Et s'il faut que nous-mesmes récitions tous nos dommages, la perte de la ville de Sienne, qui tantacoustéd'argentetde viesà ce royaume qui a embelli Florence de nostre ignominie, qui a apporté perpétuelle servitude, et quasi totale destruction aux pauvres citoyens d'icelle, à qui peut-elle estre à meilleur droict imputée qu'à la jalousie de ces meschans , aymant trop KVI' SIÈCLE, La PL et La PI.

mieux différer le secours promis, et mettre par ce moyen toute l'armée en désespoir, que de souffrir qu'il iust dict que sans eux la Toscane fust acquise au roy, ou pour le moins contraincte à recevoir telle composition qu'on luy eust accordée?

«Or enfin nostre Seigneur ayant pitié, nonseulement de ce pauvre royaume, mais aussi de toute l'Italie, des Espagnes et Pays-Bas, aussi abbreuvés du sang des pauvres humains, par l'humanité et insatiable ambition de ces tyrans, abusant de la crédulité et faveur de leur maistre, donna quelque espoir de repos à la terre. Etpour monstrer aux hommes, s'ilsn'eussent esté par trop aveuglés, quelle estoit la source de tous ces maux, voulant chasser la guerre hors de ce royaume, il en feit despartir premièrement ce faux et malheureux cardinal, lequel poussé de son ambition accoustumée, n'alla point, mais courut au plustost qu'il luy fut possible, pour empietter les trois couronnes de la papauté, qu'il dévoroit par une sotte espérance, lorsqu'elles estoyent vacantes par le décès de celuy qu'il avoit£aict pape luy-mesme, d'autant qu'il ne pouvoit mieux obtenir pour lors, et pour lequel débouter puis après il avoit ensanglanté toute l'Italie, comme nous avons dict cy-dessus.

«Estant donc le cardinal emporté en poste par le vent de son ambition, l'expérience nous monstra bien qu'il traisnoit tout malencontre avec soy. Car luy estant party, incontinent les cueurs du feu empereur et de nostre feu roy furent aussitost enclins à donner lieu aux meilleurs conseils de ceux qui parloyent du repos de tant de pauvreâ peuples ; et combien que la paix ne peust estre du tout arreslée, si est-ce que moyennant l'advis et prudence de monsieur le connestable, trêves furent accordées et solennellement jurées, voire si longues que nul n'en pouvoit espérer sinon une paix, et tant honorables et avantageuses pour la France, qu'une pleine victoire à grand'peine nous eust peu apporter plus honneste et raisonnable contentement. Mais quoy? nostre ingratitude et la mescognoissance d'une si grande grâce de Dieu, rappela tost après le cardinal, après qu'il eust brassé en Italie tout ce qui luy estoit possible ; et mesmement ayant ensorcelé le duc de Ferrare pour le faire fourrer en ceste meslée, soubsje ne scais quelles vaines espérances, et le

DE t'ESt^T DE FRANCE

pseol

tout anx despens de nous tous desjà mangés jusques aux os. Kt ne fut pas plustost le cardinal retourné en France, qu'il n'apparust que des diables, ennemis de Dieu et du repos des humains, estoyent raccourus avec luy pour nous envelopper es calamités depuis survenues, et pour certain irréparables.

« Car de quel autre esprit peut estre procédé ce détestable et malheureux conseil donné par ce bon chreslien de cardinal, et en vain empesdié par monsieur le connestable qui depuis en a porté la peine? Ce conseil, dis-je, de faulser la foy des trêves tant solennellement et expresséement jurées? Et ce bel estaffier le cardinal Caraffe, depuis condamné pour un monstre de nature par le feu pape son oncle, que nous apportoit-il autre chose avec ceste espée qu'il présenta au feu roy, sinon un certain présage des malheurs qui bientost s'en ensuyvirent?Or de s'enquérir là-dessus si nostre roy estoit intéressé au traicté des trêves, c'est uiie chose hors de dispute, non-seulement non vraysemblable, mais aussi du tout superflue. Car à qui pourront faire croire le cardinal et ses frères, sinon à ceux qui ont conjuré avec eux contre leur patrie, que ceux qui manièrent ces trêves n'eussent plus de certaine cognoissance qu'eux des affaires du royaume, plus de jugement, d'expérience et sincère affection envers Testât de la France, de la conservation duquel dépend leur authorité, comme au contraire la grandeur de ces estrangers n'est fondée que sur la ruine totale de la maison de France?

M Et quand la chose ne parleroît point assez par soy-mesme, principalement si on faict comparaison de ladicte trêve avec la dernière paix ottroyée par la nécessité en laquelle nous a précipités l'ambition de ceste maudicte race,les calamités et misères qui ont ensuyvi l'infraction et rouplure de la trêve ne crient-elles pas haut et clair que Dieu a esté justement courroucé et irrité contre un tel mespris de son très sacré et précieux nom? Thonneur duquel il veut estre préféré à toute utilité que les hommes pourroyent prétendre. Tellement que le bon catho- Kque de cardinal ne sçauroit nier qu'en ce cas il n'ait bien monstre qu'il ne sçait que c'est de Dieunydeconscience,horsmis que pour se couvrir, il allègue le complot du royaume de Naples, basty avec le feu pape dernier décédé -, duquel ftssue terrible et la mémoire encores

aujourd'huy exécrable à l'Italie a bien monstre quels pouvoient estre ses consens et entreprinses.

«Mais que pouvoit-on attendre, sinon cela, de ceux auxquels l'ambition et l'athéisme a crevé les yeux pour se précipiter les premiers, et attirer en mesme ruine tous ceux sur lesquels Dieu voudra exécuter ses justes jugemens par leur moyen?

« S'il est question de vérifier cela, nous disons que le discours des clioses pours lors advenues en descouvre assez la vérité ; car comme ainsi soit que Dieu ait accoustumé d'user des deux principaux moyens pour condemner Paudace des hommes, c'est à scavoir en leur ostant tout jugement et discrétion, et puis en renversant tout au rebours l'issue de leurs entreprinses ; Dieu nous a faict sentir l'un et Fautrc durant ces tristes affaires,desquelleslecardinalaestéle promoteur et gouverneur. Car combien ont esté despourveus de jugement ces malheureux qui ont irrité par une infraction de trêves un si puissant et voisin ennemy ; et ce pendant envoyé au loin la fleur de la gendarmerie et infanterie francoise ?

«Yoylàdoncques le fruit de ton parjure, meschant homme, par lequel tu as obligé la pauvre France aux justes vengeances de Dieu. Car d'où est advenue la perte de la journée de Saînct- Laurens, et la prinse de Sainct-Quentin , la ruine de la f icardie, la paix forcée tant calamiteuse et honteuse pour nous, sinon de ceste division des forces de France, pour servir à l'ambition insatiable de toy, qui aboyois la papauté, et ton frère affectant la couronne de Naples et de Sicile? D'où vient, sinon de ton malheureux et maudict conseil, que les cymetières de l'Italie et des Alpes sont encore aujourd'huy si bossus des sépulchres de tant de gentilshommes et autres gens de toutes sortes, que ton frère a tirés du cueur de France pour les mener non à une mort honneste et digne de leurs courages, mais à toute misère et langueur? Et quant à ce chevaleureux exploict de Calais et de Thionville dont toy et ton firère avez accoustumé de si souvent vous vanter, en premier lieu penses-tu qu'on ne sçache assez quant au faict de Calais, que tu t'attribues ce qui appartient à meilleur droict à monsieur le connestable? Car qui est celuy qui ne sçache que si les desseings d'iceluy eussent peu avoir

SOUS FRANÇOIS If.

lien long temps auparavant, comme tu t'en es serv-y puis après, il eust esté aisé d'avoir cesté mesme ville a petits frais et sans effusion de sang? Et quant à Thionville, te semble-t-il, cardinal, qu'il n'ait eslé trop chèrement achepté de la perte de la battaille de Dunkerque, dont fut cause ton malheureux frère, contraignant le seigneur de t'hermes à séjoumet' là contre son advis et deslibération? Mais quoy? quand tous ces exploicts seroyent deus à ton conseil, ou à la prouesse de ton frère. Dieu n'a-t-il point tout clairement maudict Tissue de toutes ces victoires , puisqu'il n'en est ensuyvi que fa perte de plus de pais, villes, et forteresses rendues par la paix, que jamais ennemy n'en sceut arracher par la force? Et d'autre costé, la guerre que nous voyons s'allumer entre nous et l'Angleterre, nous menace d'un autre déluge de misères et calamités. Et ne £aut point que tu t'excuses de n'avoir esté (^ause de ceste paix tant honteuse et ignominieuse; car à vray dire, nous pensons bien que plus sage que toy s'en est meslé, et que toute tranquillité te desplaist. Mais à qui en doit estre donnée la coulpe, sinon à toy qui as amené le roy et le royaume en telle nécessité , soubs laquelle les autres ont aussi prudemment fléchy par contraincte, comme tu Tas îneschamment et volontairement amenée sur nous? Davantage, penses-tu qu'on ne scache quelle a esté Tadministration des deniersdu roy en Italie, quand tu liîy As mésmes preste son argent par personnes interposées à tel intérest que ton avarice a porté? penses- tu qu'on ne scache, durant telle extrémité, estant monsieur le connestabic prisonnier, le peuple foulé jusques au bout, les finances du roy esputsées, le domaine, les receptes, les villes eneaigées, la guerre plus forte que jamais, la frontière de Picardie en la main de l'ennemy; quelles excessives donnations toy et ton frère avez obtenues de la facilité du roy, au lieu du gibet qui estoit bien deu à vos meschantes et maudictes entreprinses? t'enses-tu aussi qu'on ne scache comme tu as receu et mescontenté les ambassadeurs des.principaux princes d'Ailemaigne , que Dieu nous avoit envoyés comme à poinct nommé environ la journée de Sainct- Laurent, pour offrir tonte amitiéauroy,entraictant plus humainement les prisonniers qui tenoyent le party de la mesme religion qu'ils tiennent? Mais alors estoil encores en sa vigueur ceste

ambition desbridée, en laquelle te nourrissoit quelque apparence de prospérité, qui fut cause que tu cuidas que rien ne te fust impossible» et entretins le roy en l'opinion que tu jugeois t'estre la plus proffitable , d'autant que tu ne sceus jamais bien conjoindre l'honnesteté avec leprofUt. Ce que toutesfois tu devois avoir apprins pour le moins parla lecture des Offices de Cicéron, au collège de Navarre, dont tu fus tiré à la maleheure, pour venir gouverner le feu roy, qui pour lors estoit dauphin.

«Et voylàcomment tu mesprises les offres que tu as puis après racheptées si chèrement aux despens de nostre vie et de la substance de nous et de nos enfans, quand nostre seigneur se fust moqué de tes vaines et sottes espérances.

«Autant en avois-tu faict par deux fois auparavant, et fis encores après aux ambassadeurs des principaux des ligues aymant mieux leur reffuser ce qu'ils requéroyent et qui ne coustoit rien au roy, et que toy-mesme as puis après en vain pourchassé et requis, que de diminuer rien de ceste rage et furie qui t'est naturelle et à tous tes frères, non pas pour aucun respect de la religion chrestienne, dont tu te moques ouvertement, mais pour ce que quant à toy, tu as tousjours pensé qu'il n'y avoit moyen plus propre à couvrir tes convoitises insatiables, que le manteau de la religion chrestienne ; et quant à tes frères, desquels la vie est exécrable aux plus grands athéistes et épicuriens du monde , ils ont pensé que toutes leurs dissolutions, concussions, violences, rapines, meurtres, rapts, incestes, sodomies, et autres telles vertus, dont tu n'ignores aussi ny la théorique ny la pratique, seroyent très bien couvertes d'un tocquet, ou chapeau ou manteau de cardinal , couverte des abominations si grandes que le diable mesme en a horreur, s'il peut advenir meschanceté au monde qui luy desplaise.

u Finalement penses - tu , cardinal , que la France ait tellement forligné de ses ancestres , et perdu tout jugement et discrétion , de ne sentir la moquerie manifeste à laquelle tu l'exposas lorsque, pour faire mine de je nesçay quelle antiquité, tu n'eus point de honte de faire une assemblée que tu noromois les trois estats, sans qu'il y eust forme quelconque , ne manière de faire qui respondist au nom que ta luy donnas, comme si tu eusses voulm eschaffkudcr toutes les villes de Frtmce, pour publier

DE L'ESTAT DE FRANCE

ta tyrannie couverte sonbs le crédit qae tedonnoit la trop grande patience du roy?

«Et s'il est question de venir à ce qui est advenu depuis le dernier traictéde paix, et trespas du feu roy, il suffira pour une preuve plus que suffisante du tyrannique gouvernement de ces malheureux, d'alléguer seulement quelquesuns de leurs actes plus notables, entre tout ce que cy-dessus a esté dict et prouvé touchant Tùsurpation du gouvernement du roy et du t'oyaurae, et la rejection des princes du sang.

« Premièrement, il n'y a celuy qui ne scache que celle dont cy-dessus a esté parlé , ne leur ait servy d'eschelle pour monter où ils sont parvenus. Mais quoy? ce vaillant cardinal avec ses frères , ne se souvenant plus de Talliance faicte avec elle, ny combien ils luy estoyent redevables, voyant que leur esponge estoit si pleine qu'elle regorgeoit de tous costés, et désirant d'autre part de se joipdre de plus près à la pyramide de France par double alliance de mariage, commencèrent à gaigner le cueur de la roine, en voulant déchasser celle avec laquelle jusques à ceste heure-là ils avoyent notoirement conjuré, et conjoinct tous leurs conseils et entreprinses. Et de fait, combien que la chose fust difficile, et que plusieurs trouvassent fort estrange, que la roine portast affection à ceux ausquelsiln'avoit tenu qu'elle ne fust répudiée, et qui lui avoient si long-temps et tant de fois desrobé le roy son mary : toutesfois ils firent tant en l'absence de monsieur le connestable que ledict double mariage fut conclu et accomply, c'est à sçavoir de monsieur le dauphin, à présent roy, avec leur niepce roine d'Escosse, et de la deuxiesme fille de France , avec leur cousin duc de Lorraine, nonobstant que l'aage dudict seigneur dauphin et de la susdicte deuxiesme fille de France ne fust aucunement capable de mariage, et que ce qui a accoustumé d'avancer aucunes fois tels mariages entre les princes, c'est à sçavoir quelque très urgente occasion du proffit de leurs maisons, n'eust aucun lieu en cecy, ains seulement la convoitise de ces malheureux, craignant que le retour de monsieur le connestable, homme sage et expérimenté, s'il y en a en ce royaume, ou que quelque espérance de paix ne rompissent leurs entreprinses. Finalement estant advenu ce piteux inconvénient, qui apporta la mort au feu roy, le cardinal et les siens prévoyant

leur ruine, si les trois estats estoyent assemblés à fin de pourvoir tant à la personne du roy que de messieursses frèreset sœurs, et au gouvernement du royaume ; et davantage craignant que la susdicte paillarde estant mise en justice et despouilléede ses larrecins, un grand bien ne fust perdu pour un d'entre eux, gendre et héritier d'icelle, ils sceurent très bien pourveoir à tout en l'absence de vous, sire, qui fustes tard adverty des choses advenues, et qui fustes puis après, à dire la vérité, trop lent à y remédier, et trop patienta les endurer. Et le chemin qu'ils tindrent fut en partie d'abuser de la jeunesse et simplicité du roy desjà marié à leur niepce, et lui faisant gouster les appasts de toutes les voluptés, devant mesmesque son aage fut assez meur pour l'en laisser jouyr, et d'autre costé de gaigner de plus en plus le cueur de la roine mère, ce qui ne leur fut difficile, pource que personne ne lesempescha,etpour ce faire, sçachant très bien que l'un des plus grands plaisirs qu'elle peust avoir, c'estoit de voir cestelà déchassée, et mesmes que cela seroit fort agréable à tout le monde, ils ne faillirent aussi de commencer par là, sous ombre de quelquebon vouloir, mais cependant en telle sorte que rien ne fust perdu pour eux. Car s'estant contentés de luy osterce qu'ils sçavoyent qu'aussi bien il luy estoit impossible de retenir, ils se gardèrent très bien de le faire traicter plus rudement ains se contentèrent que elle se retirast en Fun de ses palais, pour leur espargner force deniers. Et là maintenant elle n'attend sinon que la mort la saisisse bientost, ou bien qu'elle expérimente le mestier d'empoisonneur ,queceuxcy ont si bien pratiqué de tout temps, que mesmes le commun bruict a couru que leur propre père en avoit feict l'essay, par l'indiscrétion de celuy qui vouloit en servir un autre, ou plustost par un juste jugement de Dieu.

«Secondement un chascun sçail quelle incroyable somme d'argent a esté prestée au feu roy, principalement par les estrangers, et combien solennelles promesses leur ont esté faictes de leur rendre tant le principal que l'intérest. Maintenant doncques quelle est l'issue? C'est que monsieur le cardinal, qui n'a faict difficulté d'obliger sa conscience et celle du roy, faict du théologien pour rescinder tek contracts comme usuraires; voire après avoir retiré en seç bouges une grande partie de ce qui estoit

SOUS FRANÇOIS IL

dea aox eapitaines, soldats, et tous autres officiers da roy. Mais cependant que sera-ce de la conscience du roy obligée, et de son honneur engaigé? Que sera-ce du royaume maintenant plus foulé que jamais il ne fut durant la guerre, et qui plus est, ayant perdu tout crédit pour r advenir par la desloyauté de ce malheureux, voire maintenant qu'il est sommé par les princes de l'empire, menacé d'une nouvelle guerre contre les Anglois, aliéné des Escossois, esmeu de toutes parts, et pe tout par les menées, par l'ambition, orgueil, avarice, cruauté, et inhumanité de ceste maudicte race? Car n'est-ce pas toy, cardinal, qui as retenu et retiens encores les villes impériales soubs le nom et aux despens du roy, pour en faire en ton profSt particulier ? FTest-ce pas toy qui as, par ton conseil non moins badin que présomptueux et dommageable pour ce pauvre royaume, tant désireux de la paix, moyenne que ta niepce, maintenant roine de France, usurpast le tiltre du royaume d'Angleterre, comme si elle en estoit la vraye héritière? D'où viennent maintenant les troubles qui nous menacent, et qui ne nous peuvent faillir, s'il ne plaist à Dieu les destourner de nous pour les verser sur toy et les tiens, qui en estes les autheurs et promoteurs? N'est-ce pas toy aussi qui as souffert et voulu qu'un certain curé, nommé monsieur d'Ozonay, tant amy de ta sœur la douairière d'Escosse qu'elle a mesmes pourchassé d'en faire un chevalier de l'ordre, maniast ce pauvre royaume là à ta fantaisie, dont puis est venue la première origine des troubles qui en ont dépossédé ta niepce, après tant de meurtres et malheurtés advenues ? Car voylà le plaisir que tu as faict à ta niepce par ta prudence correspondante à la prouesse de ton frère le marquis, que tout le monde recognoit pour un monstre en toute paillardise et vilenie, plustost que pour un homme. Voylà, dis-je, comment Dieu par ^son juste jugement a voulu payer ton ambition insatiable, en estant le juste tiltre du royaume à celle à qui tu conseillois d'en usurper un qui ne luy appartient point.

•i Finalement, qu'on interrogue ceux qui s'esmeuvent pour le faict de la religion; qu'on s'enquière des gens de justice pourquoy ils sont prests à tout quitter et abandonner ; qu'on examine lès communautés des villes, les marchans, le commun peuple et gens de toutes sortes.

d^où vient qu'ils sont ainsi esmeus et esbranlés ; voire qu'on sonde mesmes les cueurs du clergé, et de ceux dont le cardinal faict profession de s'appeller à £aiusses enseignes le deffenseur et protecteur, pourquoy en leur conscience ce cardinal leur est puant et abominable; tous respondront d'une voix que c'est pour les cruautés, pour les vilenies, pilleries, oppressions, pour l'avarice insatiable et fierté intolérable de ceste race maudicte de Dieu et des hommes.

«Tiercement, comme ainsi soit que les bleds, vins, et autres fruicts de la terre soyent les minières de la France, et le commerce d'iceux ait esté accordé par le traicté de la paix que ont Éaict ces envieux du bien public, et qui voudroyent, s'il leur estoit possible, vendre l'air, sans lequel nous ne pouvons vivre? ils ont incontinent corrompu les pactions de la paix, en les restreignant par certains édicts sordides et questuaires pour leur particulier proffit, ne permettant ladicte trafique sinon à ceux qui leur ont payé finances, ou à leur commis.

««Et de là est advenu que tous sont privés du bien de la paix, d'autant que les estrangers reffusent de s'accommoder à telles exactions nouvelles ; et les marchans du pays n'osent prendre le hazard de leur en mener, en danger de n'avoir nul profQt. Ainsi est demourée la France toute pleine de bleds et de vins, et vuide d'argent. Cependant ces tyrans sans pitié ne miséricorde, abusant de l'authorité qu'ils se sont donnée, ne cessent de faire imposts plus que jamais, sans acquitter ce pendant les dettes du roy et du royaume, de sorte qu'ils méritent qu'on leur responde ainsi qu'il fut jadis respondu à un prince demandant doubles exactions à son peuple, c'est à scavoir, qu'il &lloit quand et quand redoubler le cours du soleil, et faire qu'on eust doubles cueillettes. Au moins leur pourroit-on dire, puisqu'ils sont tant envieux de l'argent qui vient en France par les trafiques des bleds et des vins, qu'ils se payent en bled et en vin, et que eux en fassent la marchandise avec les estrangers.

» Et quant au faict de la religion, de laquelle ces hypocrites couvrent la pluspart de leurs cruautés et pilleries, à fin que personne ne soit plus abusé quant au cardinal contrefaisant le prescheur ( car quant à ses frères, je croy que nul ne les prend pourchrestiens, ayant cogneu

DE L'ESTAT DE FRANCE

le moins du monde quelle est publiquement leur sale'et orde conversation ), il vous j[)laira, sire, considérer ce que s'ensuit.

«h y a maintenant en France une manière de gens qu'on appel le luthériens, huguenaudset hérétiques. Eux nient d'estre hérétiques, et requièirent d'estre légitimement ouys devant qu'eâstre condemnés, estant au surplus ennemis des anabaptistes, libertins, et autres tels monstres; et quant à leur vie, sans comparaison plus irrépréhensibles que nos presbtres, ny nos moynes, et des plus bbéyssans subiects de ce royaume, hors mis que le cardinal les charge d« la dernière entreprinse l'aicte à Amboyse, comme dressée contre ïe roy ; ce qu'ils nient, et protestent que c'a esté en partie pour le roy contre la tyrannie du cardinal et de ses frères, et en partie aussi pour présenter au roy une confession de foy, et ce pendant se munir contre la violence de ces tyrans, par lesquels ils ne doubtoyent qu'ils ne fiissent empeschés et oultràgès.

« Or, quoy que ce soit (car maintenant nous ne délibérons d'entrer en matière sur le faict delà religion qu'ils maintiennent), si telles gens se sont accreus si grandement à l'occasion de la guei^re, a qui s^fen doit-on prendre plustost qu'au cardinal et âiix siens, qui ont faict et nourÎ7 ceste guerre? Et puisque telles gens ne demandent sinon d'estre ouys en un concile libre, et jugés par la Saincte Escripture (et nul ne peult nier que l'eslat de TÉglise ne soit merveilleusement perverti et corfompii ), quelle raison y a-t-il de leur reffuser une si juste demande? Car au moins l'expérience devoit avoir apprins qu^une si longue et extfesme rigueur, n'ayant de rien servy, il est plus que nécessaire de chercher un autre moyen ; et la multitude de telles gens estaiit si grande qu'elle est, il appert que tels violens remèdes rie peuvent avoir lieu en cesl endroict, d* autant qu'ils apporteroyent plus de dommage beaucoup que de proifTit,

«davantage, tout ainsi que les hérétiques méritent rigoureuse punition, et l'opinion de ceux qui les exemptent de la juridiction du magistrat est à bon droict réprouvée, aussi fault-ll y procéder avec grande révérence de Dieu et discrétion, de peur de condamner vérité pour mensonge, et pour attirer ceux qui sont en erreur plustost a repemance qu'à la peine. Ceux donc

qui non-seulement n'ont doùné ce conseil, ain^ au contraire, ne Font voulu recevoir des plue sages et expérimentés de ce royaume, et qui plus est, qui ont puni ou faict punir de mort ceux lesquels, selon le debvoir de leur ofRce, • en ont donné leur opinion; ceux, dis-je, qui ont pensé rompre l'anguille au genouil, et quJ ont empiré la playe jusqu'à la rendre incurable, sont-ils pas les vrays autheurs de tout ce ^ui en est advenu et qui en adviendra ?

•♦ ittais qu'est-il besoing d'insister sur ce poinct? (Juand il seroît bien prouvé que telles gens sont liérétiques, qui est l'homme si sot qui se puisse persuader ( ayant veu et considéré te train du cardinal et de ses frères ) qu'ils les pourchassent par aucun zèle de la religion, et non plustost pour leur proffit particulier? Cat quel zèle peuvent avoir ceux qui ne sçavent que c'est de chrestienté non plus que les juifs, et qui sont plus infâmes en leur vie que nuls mescréansni infidèles? Et nommèement, quant au cardinal qui faict du prescheur et du théologien, trouvera-t-îl que l'Escripture Saincte approuve pluralité d'éveschés ou d'abbayes dont il est accablé , ou que Tévesque fasse ordinaire d'estre absent de son évesché, ou que pour faire fraude aux décrets et canons, il soit permis d'avoir des masques à louage, qui ayent les tiltres dont monsieur l'insatiable engoiiffre le proffit? trouvera-t-il qu'un pasteur doyve appliquer les biens des pauvres à son appétit et sans en rendre compte, pour l'acquest des seigneuries, comtés, duchés et bastîmens de magnificence et superfluité enragée, pour l'accroissement de sa maison? Les anciens canons ont-ils permis que les tiltres du monastère de Monstiérendé fussent bruslés parle cardinal, et les moynes en fussent chassés plus estrangement que jamais ne feirent ceux qu'ils appellent luthériens, et le tout pour enrichir la maison de Ginville^ Conscience et équité vouloyent-elles que pour une mesme cause il feist brusler le grenetier de Sainct-Disier pour luthérien, comme ainsi soit que tous les jours il allast à la messe par le tesmoignage de tout le pais? Bref, celuy peut-il estre zélateur du siège apostolique, lequel en moins de trois ou quatre ans a dressé la guerre pour et contre le patrimoine papal, et qui a faict déclairer le roy protecteur et libérateur de ceux que le pape avoit tant de fois anathématisés, et auxquels du temps

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sous FRANÇOIS tt

du feu roy François, le cardinal de Toumon avoit empesché de donner secours? Et disons Ces choses non point pour blasmer un tel debvoir, mais simplement pour monstrer de quel esprit sont menés les bons et religieux zflateurs de la papauté.

«Car à ce compte, qui nous pourra accorder le Sainct-Esprit de Lorraine et de ToumoUj, tant contraires quant à ce faict et plusieurs autres? Mais à condemner ce qu'ils nescavent, à gaigner par ce moyen quelque opinion d'eslre bons zélateurs du sainct -siège, auquel ils voudroyent estre assis, à s'entretenir en la bonne estime de ceux qui se laissent mener par le nez comme les bufBes, à faire leur proffit d'un million d'extorsions et cruautés en couvrant le tout soubs ombre de punir les hérétiques ; bref à se mocquer de toute religion et s^en servir en tournant selon le temps, et selon leurs commodités ; voilà où on les trouvera pareils, et tous deux faicts comme de cire.

- Mais quoy l deux choses nous garderont de passer plus oultre; c'est à sçavoir la multitude et la grandeur de nos misères qui en sont procédées. Car Pune nous rendroit par trop longs, et l'autre nous feroit oublier le principal et perdre toute patience. Ainsi donc pour venir à conchirre, c'est à toy, cardinal, plus rouge de nostre sang que d'autre teinture; c'est, dis-je, à tes parjures et desloyautés, à ton ambition et avarice, à la furie de tes frères exécuteurs de tes maudictes et sanglantes entreprinses, auxquels la France redemande la vie de tant de gentilshommes et grands seigneurs, que tu as envoyés à la boucherie, en Italie, en Allemaignc, en Corsègue, en Escosse ; bref, en toutes les parts du monde ; et nommément c'est à toy qu'elle redemande Pun de ses princes, feu monseigneur d'Enguien, cruellement occis à Poccasion de tes maudicts conseils. C'est à toy qu'elle redemande par mesme raison les firontîères de Champaigne, de Bourgongne, de Lyonnois, de Dauphiné et Provence, puis que tu Pas amenée en ceste nécessité de s'en dévestir. Car elle dict devant Dieu et les hommes, que c'est toy qui as, contre Dieu et raison, éMigé la simplicité du feu roy, ton maistre, à la peine d'un parjure; que c'est toy qui as consumé et baigné en sang PItalie, par la conjuration avec les nepveux de deux papes; que c'est toy qui noua as £&ict voir, avec le grand op-

probre de France, ce que jamais on n'avoit ve u, cest à sçavoir le pape, le Turc et les François conjoincts à la poursuite d'une me^me querelle ; c'est de tôt que se plaignent tant de pauvres esclaves de tout sexe, ordre et qualité, surprins es rivages d'Espagne, de Provence et d'Italie, par les ennemis de la chrestienté. C'esi toy qui as divisé les forces de ce royaume pour te faire pape, et ton frère roy de Sicile, dont puis après sont survenus t^nt de malheurs. Cest a toy qu'on demande compte de tant dç millions d'or, en partie desroDés manifestement et partie employés à ton appétit. C'est à toy que tant de femmes vefves demandent leurs maris, tant dç maris la chasteté de leurs femmes, tant de pères leurs enfans, tant d'orphelins leurs pères et mères, criant vengeance à Dieu contre toy et les tiens !

«Cest toy cai^dinaf, qui nous as donné ton frère pour second roi, soubs ombre de lieutenant gé^ néral, laquelle ignominie et servitude il fauU que tusçaches que jamais la France n'oubliera. C'esJ à toy que ce royaume demande son roy, avec messieurs ses frères, et la roine mère que tu nous as ravie; c'est to]f qui, pour donner authorité aux édicts que tu forges chascun jour à ton appétit, n'abuses pas seulement du nom dt^ roy, mais aussi des princes du sang, comme s'ils avoyent esté présens à Pexpédition des édicts et lettres-patentes que tu bastis avec tes complices, estant assis au lieu duquel tu as débouté ceux auxquels il appartient d^y estre devant nul autre. C'est à toy qu'elle demand^ la couronne d'Escosse, perdue par ton oultrecuidance desmesurée ; c'est de toy que se plal^ gnent les cours et parlemens de France, lesr quels tu as deshonorés, desgradés et eschaffaudés en toute sorte ; car c'est toy qui as amené en France ceste horrible et barbare cou^tume de faire mourir les hommes secrettement, sans forme ny figqre de procès ; qui as changé et rechangé toute police, et remply les parlemens de plusieurs infâmes et deshonnestes personnes attirés à exécuter tes volontés; qui as désappoincté les fidèles serviteurs du roy, pour appoincter tes complices. Bref, c'est »toy, malheureux, duquel nos ancestres se plaignent aujourd'huy en leurs sépulcres de ce qu'il n'y a bonne loy ny ordonnance qui ne soit vilainement et effrontément foulée aux pieds par toy et par ceux de ta faction.

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bE L'ESTAT DE FRANCE

«* Et vôylâ pourqùoy premièrement, ô Dieu éternel qui as si long temps favorisé la monarchie françoise, nous te présentons nos larmes et gémissemens, te suppliant que la grandeur de nos iniquités, estant couverte par ta bonté et grâce, nous puissions voir et sentir tout ensemble le plaisir que nous apporteront tes justes jugemens à rencontre de ces monstres tant ords et infâmes, et la joye que peut avoir un peuple délivré d'une si cruelle et intolérable tyrannie. Et puis en second lieu, sire, d'autant que vous, avec les princes de vostre sang, estes redevables au roy et à messieurs ses frères de toute bonne nourriture et loyal conseil pour leurs personnes et leurs affaires, et pareillement estes obligé à la protection et deffense de ce pauvre peuple, nous vous adressons aussi nos larmes et justes complainctes, en vous sommant de vostre debvoir en ceste extresme nécessité.

<* Nous lisons que souventesfois, quand les Israélites ont esté oppressés par les estrangers, Dieu leur a suscité des libérateurs de leur nation d'entre les gens privés, et qui n'avoyent nulle charge publique. Quant à nous, combien que Dieu nous ait encore par sa grâce réservé la couronne sur le chef d'un vray et légitime roy, que nous le supplions vouloir bénir et garder, toutesfois puisque maintenant le seul tiltre de roy luy demeure, et ce pour autant de temps qu'il plaira à ceux qui n'ont faulle ny de meschante volonté, ny de puissance pour la luy ravir quand le temps leur en semblera propice, si on n'y pourveoit de prompts et bons remèdes, que reste-t-il plus, sinon quelque peu de temps pour nous voir du tout semblables aux Israélites assubjectis aux Philistins, Moabites. Ammonites et autres nations estrangères? Mais, Dieu merci, nous pensons avoir un avantage en ce qu'il n'est besoing que Dieu nous suscite un Samson, un Gédéon, un Matathias, ou autre homme privé. Car nous croyons qu'ils sont tous trouvés en vous, sire, et autres princes du sang, qui estes nais hommes et nos protecteurs tout ensemble. Bien est vray que nous ne pouvons ny devons dissimuler qu'en cela nous avons de quoy nous complaindre que vous avez par trop tardé à rendre vostre debvoir au roy et à ce royaume, veu que rien n'a plus eslevé l'orgueil de èes tyrans et nourry leur ambition et avarice naturelle,

que vostre par trop longue tardiveté, qu'euxmesmes appellent &ulte de cueur et de magna* nimité. Mais nous espérons, sire, que le cueur de la plus illustre maison du monde, et les courages françois ne tarderont guères à leur faire sentir et esprouver qu'il n'y a moins de différence entre couardise, laquelle faulsement ils vous attribuent, et une nature bénigne et patiente comme est la vostre, qu'entre la vraye magnanimité qu'ils n'eurent jamais, s'ils n'en tiennent quelque peu de leur costé maternel, et une fierté qui s'est tousjours trouvée en ceux qui de petits sont devenus plus grands qu'ils n'eussent jamais osé songer ny espérer.

« Au surplus, il y a deux choses principales qui doivent poulser les hommes à dresser et poursuyvre entreprinses , c'est à sçavoir, le debvoir de bonne conscience, et les moyens requis pour Fexécution d'un conseil.

«• Quant au premier et principal de ces deux poincts, nous pensons avoir suffisanmient monstre que tout droict divin et humain, nonseulement vous oblige à ce que nous requérons avec larmes et souspirs, mais aussi vous reprend et condamne en plusieurs sortes, si vous n'y employez à bon escient tout ce que Dieu vous a donné de moyens, pour cest effect. Et s'il est question du second poinct, c'est à sçavoir des moyens requis à l'exécution d'une telle et si grande entreprinse, quand vous n'auriez, sire, autre appuy que Dieu et vostre bonne conscience, cela n'est-il pas plus que suffisant pour vous asseurer comme Samson, Gédéon, Matathias, contre ces brigandeaux, athéistes et épicuriens? Mais oultre cela, s'il est question des forces de ce royaume ou estrangères, qui seront les desnaturés François qui ne suy vront les enseignes et guidons de leurs princes, s'exposant à la mort pour la délivrance du roy et de messieurs ses frères, n'appercevant encores le danger et la servitude où ils sont, et pour la conservation de tous les estats de ceste monarchie contre ces estrangers usurpateurs et mineurs d'icelle? Et qui sera de leur costé, si ce n'est quelques poignées d'hommes complices de la desloyauté de ces tyrans, ou bien d'un cueur lasche et vilain jusques à se bander pour des cadets estrangers contre le roy, contre leurs princes et contre toute leur patrie, pour l'espérance de quelque gain deshonneste et incertain? Pourroit bien la roine

SOUS FRANÇOIS IL

mère s'oublier maintenant josqoes là de se fier plustost qu'en vous» vrays princes et parens da roy et de messieurs ses autres enfans, en ces estrangers, lesquels après avoir faict tout leur effort de la despouiller du tout du tiltrede roine» en la faisant ^répudier au feu roy son mary, le luy ont ravy et pollué si long temps par leurs inftmes maquerelages, et ont si long temps soubstenu à son veu et sceu ceste-là, dont cy-dessus mention a esté bicte?Pourroit bien la noblesse de France obéyr aux cornmandemens de ces tyrans contre vous, princes et protecteurs du roy et du royaume, après avoir esté tant de fois par iceux malheureusement livrée entre les mains des nations enne* mies, si mal rescompensée, tant de fois abusée, mesprisée, destruicte et ruinée par eux? Pourroyent bien messieurs les parlemens se joindre contre vous avec ceux qui ne leur ont rien laissé que le tiltre vain de leur authorité, qui ont bandé le roy contre eux, qui leur ont osté toute liberté d'ouvrir la bouche; bref, qui les ont bict servir de bourreaux et exécuteurs de leurs cruautés, qui les ont changés, rechangés, tracassés, vilipendés et dégradés en toutes sortes? Pourra Testât de TÉgUse, soubs cknbre de ce beau zMe que prétend se moquer de toute religion, contre vous vrays defEenseurs d'icdle, favoriser à Phypocrisie de ces tyrans, qui l'ont ainsi foulée, mangée et rongée jusques aux os? Pourront les marchans se fier en ces peijures qui les ont tant vilainement déceus, et qui retiennent encores aujourd'huy leurs deniers sans vouloir ny compter, ny playder, ny payer qu'à leur appétit ? Pourront les communautés des villes ayder à ceux qui les ont du tout espuisées, desnuées et pillées eux-mesmes, ou exposées en proye à l'ennemy? Pourra le commun peuple à rencontre de vous, desquek seuls après Dieu il attend soulagement, |employer ce peu de vie et de force qui luy reste pour ceux qui ne luy ont laissé que la peau et les os qu'ils rongent encores aujourd'huy si cruellement?

Et quant aux estrangers, sera-ce l'Italie qui se bandera pour eux, après avoir esté fourragée et c(msumée par leur ambition ? Sera-ce l'Alemaigne, en laqudle ils ont entretenu et dressent encores aujourd'huy les guerres civiles, et du sang de laquelle ils se sont joués, jqsques à ce que pour récompense il ne tient à XVI- êiicLEf La PI. et La PL

eux qu'elle ne se ruine maintenant soy-mesme ? Sera-H^e FEspaigne ou la Flandre qui les doivent recognoistre pour autheurs de toutes les calamités qu'elles ont souffertes? Seront-<^e messieurs des Ligues, qu'ils ont mesprisés et vilipendés tant de fois, combien que ce soit {Mir leur seul moyen que leur bisayeul, le duc René de Lorraine, a eu vaillant un seul denier en ce monde? Sera-ce l'Angleterre ou l'Escosse qui sont aujourd'huy armées pour se maintenir contre l'audace intolérable de ces publics ennemis de tout le monde? Que leur peut-il doncques rester, sire, sinon une vengeance de Dieu qui les presse, une conscience effrayée, une rage aveuglée, une grandeur mal fondée, richesses mal acquises et maudictes de Dieti^ avec quelques trouppes de gens qui sont où leurs complices, ou sans conseil ny jugementi ny conscience? Et de vostre part, sire, que reste-t-il plus sinon que vous vous acheminez à une si saincte, si juste, si nécessaire, si belle et vertueuse entreprinse, ayant pour vostre guide le Dieu tout-puissant, vengeur de tant d'iniquités, et protecteur du roy et de ce royaume ; pour vostre compaignie, les princes de vostre sang et grands seigneurs de ce royaume ? Pour suyte et pour serviteurs tous les estats de France, criant miséricorde à Dieu, et jettant l'oeil sur vous, sire, comme libérateur de leur roy, de messieurs ses frères et de la roine mère, deffenseur des ordonnances de nos ancestres, juste vengeur de tant d'oppressions souffertes par la tyrannie de ces estrangers, appaiseur par tous moyens licites, selon Dieu et raison, de tous les troubles survenus tant en la religion qu'en la police, par faulte de juste et loyal gouvernement? Car voylà, sire, où nous prétendons ; voylà ce que nous requérons avec pleurs et gémissemens, et non poinct ce que les meschans vouldroyent faire accroire , c'est à sçavoir que nous machinons contre le roy, ou contre le royaume, ou que nous sommes une poignée de gens qui voulons amener ccmfasion en l'estat de la religion, et autre police de ce royaume. Ce n'est poinct cela, sire, où nous prétendons, mais plustost tout le rebours. En quoy faisant, et Dieu doimant accomplissement à nos désirs, nous espérons veoir ce pauvre royaume, par la grâce de Dieu et vostre moyen, plus fleurissant que ^jamais. Sinon, s'il plaint à Dieu, et si Dieu l'a ainsi dé^

DE L'ESTAT DE FRANCE

termiaét pcmr le moins tme saincte et; hoDneste mort de nous, de nos femmes et enfians pournoslreroy elnostre patrie, frustrera Fattente de ces tyrans, en mettant fin tout eoisemble à nostre pauvre vie, et à la misérable servitude qu'il nous est impossible de plus longuement porter.

Telle fut ceste remonstranee, qui conferma grandement les princes, et en esmeut plusieurs autres qui en eurent cognoissanee, à poui^ suy vre vivement le restablissement de Testât du royaume, comme sera dict cy-après.

Nous avons déclairé cy-devant le succès dt Fentreprinse de ceux de Valence et le Montée limard de faire prescher publiquement, ft comme plusieurs gentilshommes qui leur &vor risoyent s'estoyent retirés en leurs maisons espérant y vivre paisiblement sans estre recherchés et aucunement inquiétés pour le faict de la religion. Cela donna courage à plusieurs autres gentilshommes de quitter le party des catholi» ques romains pour prendre le contraire, puisque les édicts du roy le contenoyent ainsi. Entre les autres le sieur de Montbrua de très ancienne maison, ayant épousé la niepce du cardinal de Toumon, avec ceuK de sa mais(H!i, s'abstenoit entièrement d'aller à la messe, et taschoil pav tous moyens et persuasions d'en détourner tous ses voisins et subjects, et de les gaigaer à sa vell* gion. C0 que rapporté au parlemem de Grenoble ^ et joinct avec les informations que le pré- ^dent Truchon et ses oompaignona avoyeai faictes, contre ceux de la religion, Montbnm en ouyt le vent, et qu'on le menaçoit. Partant il escrivit lettres au sieur d'Avanson, l'un de ses anciens amis, lequel il savoU estre arrivé à Gre^ noble depuis peu de jours, contenant qu'il ne s'estoit jamais déclairé jusques ajknrs pouf le faiet de la religion, et n'avoit aucunement suyvi les prédications publiques, dont il s'esUaioi^ davantage. Ce néantmotns, on ne laissoit de te menacer, mesmemejfU la cour du parlemenièj comme s'il eust esté le chief et condxieteur d'icelles. Ce qu'ij. trouvoit merveilfeusement estrange, attende qu'il n'avoit en rien cootrevei^ auA édicts de Sa Majesté, pour jouyr des b^éfioes desquels il se tenoit coy en sa maison, enseignant sa famille en toute simplicité e^ modestie, swû» scandaliser aucun de ses, voisins^ Que s'il n'estoit allé au pajrlement requérit qu'on 1^ laissas^ JQuyr (]» béo^éfiçe des éd^t^t

oe n'avoit esté pour aueuneneat n^sppiser Fautiiorité de josticQy à laquelle il* seroit toufijous obéyssani; bmlîs d'autant (pi'ii avoH trouvé cehi n'estre aucunement nécessaire, comme aussi les ■nandemens du roy ne portoyent point qu'U le deust ainsi faire, aœs aq contMàpe silence estett mposè au procureur général du^ict sieuf et tous autres. Par quey il le pnoU affectueuse ment de faive cessar telles poursuytes, et tant fûre envers oeste compaignie» qu'on le laissast vivre en paix et repoe de sa conscience, puisque tel esiçit le vouloir et intention de Sa Majesté, il escripvil aussi lettfes de pareille substance à qwielques siens plus privés amis dudict partes ment, toutes lesqueÛes joinctes ensemble, es^ tant veues en pleine assenibiéei au Men de hsy accorder sa demande, fut Aiiat eommaademaH à Marin de Bouver, pnévost des mareschauti en Dauphîné, d'aller prendre MontlHun, et de le leur amener prisonnier vif ou mort. Ce p^ vost se transporta aa oonmeneement de juillet^ avee ses lieutenant et arebiers, en tme petite ville prochaine d'un qoait de Kene An chasteau de Montl>run, nommée Rallia^tte, en laquelle il avoit promesse du secours de la commune, si bien ifca'estoit asseï fort, et s'il tie te pou voit attirer bom cb sa maison* Ce prévost passanl chesûn et trouvant m des gens de Mostbrun^ fut si mal advisé que de le lelenir prisonnier. De qaoY kty adverty, ensemUe du commande^ nent de In cenr^ il envoya vers Marin seavoir qui Favoit meu de prendre son honpie, exeét danlencekfedeudesaoharge) qui estait seulement de le psendre et non ses gens. Kt pour ce cfu'il estoit ifaet ant pour quoy k parlement le poursnyvoit si rigoureusement, k désireti bien Fentendre phn privéement de tuf. Far qeoy le ptioitFaUer veoir en si| maison, ojïiim pouyoit asseurer n'avoir autre pire traietemene que celny qu.' tt y avoit receu le passé, qui e»* toit tout bon aeeueil et toute oourtoisie } maki que> fiMsant autronent, il se pourroî^ morfbndrik et sqonmer trop longuement à RttUa^ette.

Finalement, après plusieurs allées et venuee* ils accordèrent de s'entwveonP'seulBà m](-cliemio^deli vitteetducliasteaa; auquel Keuif rès avoir tene quelques propos çommœs, le pré- ^m% ma avoir aucune chi^rge de le prendre, djMBit toutesfoin que^ s'il Ifavoit «EitrepnBs> ii Feitéetteroit ayséemeo^ et en despît de luy,. MojittbriiA, se fiiscbaat dfestrebrsivadé (fun^tei

8O08 FilANÇOIS tt.

personnage qui n^^stoit de sa ^alité, luy tînt des propos a3sez avantageai . Somme^de parolles ils yindrenC aux mains, en sorte que Boaver fut terrasse du hauU en bas de son cheval, çt prias prisonnierparceluy qu'il devoit emmener vif ou mort. Ce laict, Montbnm envoya d^oze pu quinze des gentil^ommes et soldats qu'il tenoit avec soy ppur sa |arde, lesquels entrés en la ville feii^ent tel effort s^u'ies Ueu* tenans çt archiers qu'ils le^ emmenèrent aussi prisonniers à MontBrun, et se saisirent de leur coomiissioa, sans qu'aucun de Raillanette osast lever le nez. Et à fin den'estre surprins, il assembla gens de tous endroicts, mais quelques jpurs après, ilrelascha le lieutenant et archierst et retint seulement le prévost.

En ce mesof^e temps, pource que Ctermon^ lieutenant eo ce gouy^iJiemeat de Daupbiné, se portoit trop modestement en c^te affaire au ^é de ceux de Guyse« et tascboit de modérer les choses plustost par la douceur que par force et violence, il fut pour suspect, d'autant qu il estoit parent de Diane, laquelle durant son règne l'avoit faict mettre en cest estât. Ils s'aydèrent de cette occasion envers la roine mère, pour lui faire trouver bon qu'il fust oslé de ^çeate charge, mettant en son lieii la Motte Gondrin, qui s'estoit n'a guères rendu de leur party, ayant quitté celny du connestable, lequel toutesfbis avoit esté cause de son advançament. On estime qu'il fut çhoisy parceux die éuyse, tant parce qu'ils le cognoissoyent homme de guerre très hardy, comme toute sa vie il avoit monstre en ses entreprinses, que pour estre d'un naturel ap|urochant du leur, accompai^é d'une félonnie, fort prompt à exécuter toutes choses hazardeuses,pourveu qu'il y sentist du prouffict, sans religion et irréconciliable ennemy de ceux de la religion, nourry soldat toute sa vie, et qui, devenu courtisan sur ses vieux jours, tascboit de se conformer à trouver bon tout ce que les ipignons du roy trouvoyent boxi, et à trouver mauvais ce qu'ils vouloyeat estre hay. Sa réception fut empeschée par l^ nobless^e du pays, tant pource que, leurs privilèges portoyent qu'ils seroyent gouvernés par quelques seigneurs du pais, que pour eatre is^u de petit et bas lieu d'autour le pais deThouiouse, et estre chargé d'avoir suyvi les bandoliers dans les ^ontaignes Pyrénées, f)t CQum et brigandé le tanguedee, dont il es^

toit party pour se sativer atiKeâmont. Que s'il y avoit acquis authorité par le moyen des armes, c'estoit plustost comme boHmie désespéré que pour estre de cueur noble et vaillant; joinct qu'on sçavoit assez que tout son avoir n'estoit procédé que de pilleries, et voyes illicites, de toutes lesquelles choses il devoit estre purgé, autrement il estoit à craindre qu'il les continuast au destrimciit du pays.

Toutesfois Tauthorité du duc de Guyse, qui par les privil^s des gouverneurs pourvoyent à tous ofSces, et lequel à ceste ocieasioB avoit gamy la justice de gens à sa dévotion, le gaigna. Etsçacbant le parlement que ce personnage luy estoit agréable sur toui» autres, et qu'il seroit propre à exécuter leurs desseings, encores qu'en autres choses ils s'efforçassent de garder inviolablement les franchises et libertés du pais, ils le receurent Uemenant du roy, en l'absence du duc de Guyse, psar manière de provision. Ce qui n'estoit jamais advenu.

La Motte Gondrin, à ce nouvel advénement, ayani sceu l'acte de Montbrun, et qu'il le voit gens de guerre, conclud avec le parlement de luy mander qu'il eust à relascher le prévost, et qu'il vinst au parlement se purger des criâmes à luy imposés, adjoustant que ses actes estoyent signe de Rébellion contre le roy et ses officiers, quoy s'il continuoit, il le puniroit coHune séditieux, et luy feroit cognoistre sa témérité.

Sur ces entrefaictes arriva devers Montbrun certain Alexandre Guyotin, natif de Yoreas au comtat de Yenisse, homme de lettres, et qui faisoit profession de loix, lequel lui feit entendre que, pour la tyrannie et oppression du pape, usurpateur dudict comtat sur lesvrays héritiers, son père et luy avoyent de long temps absenté le païs pour le faict de la religion, la pureté de laquelle ne pouvoit estre soufferte par iceluy. Que luy toutesfois voulant proufficter à sa nation autant que Dieu et le devoir de nature l'y avoyent obligé, y estoit depuis quelque temps retourné pour chercher les moyens de dresser église des fidèles espars par le païs, et les Caire vivre selon la réformation de l'Évangile, en quoy il avoit aucunement proufBcté. Mais que luy et plusieurs qui avoyent de long tempp absenté le païs comme luy à cause des persécutions, ne pouvoyent estre aucunement soufferts par le légat du pape et ses officiers,

t)E L^ËSTAT de FRANfcE

lesqadtf ne leur vouloyént pas mesmes permettre de diq)08er de leurs biens pour eux retirer ailleurs, ains les leur vooloyent ravir avec les vies, combien qn'ils se fussent mis en devoir de leur Éaire entendre la justice de leur cause,oultre le tesmoignage qu'en avoyent rendu tant de martyrs cruellement et inhumainement meurtris, et ce qui en estoit amplement déclaire par leurs livres et escripts publiés partout, où apparoissoit clairement leur doctrine estre conforme à celle des prophètes et apostrès. En laquelle extrémité s'estant assemblez bon nombre de députés de ceste grande compaignie pour adviser à leur seureté, et aux moyens qu'ils tiendroyent pour empescher ceste tyrannie, on auroit allégué la loy pénultième de Jure fisci au dixiesme livre du code, suyvant laquelle ils avoyent remonstré à celuy qui se disoit leur seigneur, le mauvais traictementreceu pour cause injuste et du tout desraisonnable. Que s'il estoit loisible de résister à la violence et rage effrénée d'un magistrat légitime, quand Use conduisoit au contraire des loix et de toute espèce de droict, combien plus contre un tyran qui auroit usurpé le pais, contre toute équité et soubs ombre de religion? Comme à la vérité le pape s'estoit approprié le paîs sur le comte Raymond de Touraine, de la maison d'Albret, et après l'avoir excommunié, et mis ses paîs ai interdict, il auroit pris ledict comtat pour sa part. Il alléguoit aussi les papes ne pouvoir tenir lieu de magistrat légitime, veu que toute seigneurie et authorité terrienne leur est deffendue de Dieu, et qu'il est dicten sainct Matthieu, vingtiesme chapitre, deuxiesme vers, Jésus-Christ parlant aux apostres: «Vous savez que les princes des peuples seigneurient sur eux, et les grands usent d'authorité sur iceux. n ne sera point ainsi entre vous : mais quiconque voudra estre le plus grand entre vous, soit vostre ministre, et qui voudra estre entre vous le premier, soit vostre serviteur.» Par où ils concluoyent que la domination du pape et la seigneurie qu'il exerçoit sur eux estoit intolérable, et ne devoit estre soufferte entre chrestiens. Davantage, disoit estre survenues des plaintes, que par les praticques et menées du pape, les subjects non-seulement dudict comtat, mais des pays du roy, à sçavoir de Provence, Languedoc, Dauphiné et d'ailleurs, estoyent tellement maltraictés, que n'ayant au-

cune retndcte, et ne sçachant où héberger, et fuyans par les déserts et paîs inhabités, ils estoyent en proye avec leurs femmes et en- &ns aux bestes sauvages, comme de vray il s'en trouvoit grand nombre à dire, et qu'on ne sçavoit qu'ils estoyent devenus. A ceste occasion, disoit Guyotin, tant en :Son nom que de ses compaignons, qu'estant destinés de toute demeure, ils ne pouvoyent moins que de s'aller habituer es terres de celuy qui estoit la cause mouvante de tout leur meschef . Et pourtant après n'avoir peu obtenir aucune provision de leur ennemy, ils auroyent encline au dernier remède, et condud de prendre par force ce qu'ils n'avoyent peu obtenir avec douceur et raison. Sur quoy ayant esté constitué leur procureur et receu d'eux toute puissance de disposer de leurs personnes et biens, il auroit entendu ledict seigneur de Montbrun estre semblablement oppressé par la suggestion et instigation des catholiques romains, en sorte que pour sedeffendre il auroit esté contrainct de recourir aux armes. Parquoy avoit advisé se retirer devers luy pour le suj^Iier prendre semblablement leur cause etdeffensequileur estoit commune en main , et se retirer de leur part, pour leur estre chef et conducteur en ceste affaire.

Montbrun, ennemy mortel du pape, et qui, ayant desjà environ trois cens hommes, cherchoit à vuider le royaume pour n'encourir la note de séditieux et rebelle, et ne vouloit, disoit-il, rien entreprendre contre l'authorité du roy,fut bien aise d'avoir trouvé ceste occasion. Par quoy ayant veu le pouvoir d'Alexandre estre bien ample, et ses desseings aisés et faciles, qui estoyent de se saisir de Vezon ville forte et inaccessible au comtat de Yenisse, et pareillement de Malossène, autre ville prochaine, où estoyent le magasin de l'artillerie, poudres et munitions du pape, il jugea ces lieux estre de seure retraicte pour soy et ceux dont il estoit question, pendant que la malice du temps s'escouleroit, et qu'il pourroit adviser d'autres plus seurs moyens, en tenant, comme il pourroit aiséement, tout le comtat de Yenisse ensubjection. Il fut donc lors conclud que le 6 d'aoust, Alexandre se saisiroit de Yezon, à cause de l'intelligence qu'il avoit avec bonne partie des habitans, et qu'au mesme instant Montbrun s'empareroit de Malossène : ce qu'ils e^éroyent

S^tJS FïlANÇÔtS lî.

Ui

&ire Sans effàtion de sang et sans perte de gens, tant bien les affiiires estoyent dressés.

Or, comme les préparatifs s'en faisoyent, et que le jour approdioit, Alexandre tomba malade d'une'grosse fiebvre. Ceux de Vezonanssi, tant d'allées et vennes, et qne leurs voisins remnoyent les armes, commencèrent à sedonbter et tenir snr lenrs gardes, veillant et regardant deprès tons ceux qn'ilssoaspeçonnoyent. Ce qne venu à la cognoissance de Gnyotin, et craignant ne pouvoir sîtost exécuter son entreprinse, il retira coyement quelques soldats qu'il avoit jà dedans la ville, à fin qu'ils ne fussent descouverts, et manda à Mcmtbrun, qu'il estoit besoin* de superséder quelques jours , tant à l'occasion de sa grande maladie, que pour adviser d'autres plus convenables moyens d'avoir Yezon, qui estoit de toute autre importance et conséquence que Fautre place. Car si on fiiilloit à la prendre, tout iroit de mal en pis, comme au contraire leur eiltreprinse venant à bien, ils amèneroyent les ennemis à telle composition que la reste de la guerre seroit aisée et facile, ayant si bonne et seure retraiete. Toutesfois Montbrun qui nedemandoit qu'à vuider les pa!s du roy avec ses gens, cuydant que faulte decueurfeist parler ce langage à Alexandre, ne laissa au jour préfix d'exécuter son entreprinse, et se saisir de Malossène, pensant puis après aHer à Yezon; mais il n'y peut parvenir. Et combien qu'il eusthuict cens bommes de guerre, si n'estoit-il asjsez puissant de tenir contre les habitansjet ceux qui iroyent l'assaillir. Parquoy il envoya devers Gayotin pour avoir renfort, et le faire venir devers luy,quelque maladie qu'ileust: ce qu'il fieitet luy mena cent-cinquante ou deux cens hommes.

Le légat du pape Alexandre Famèze avoit pour lors en Avignon un vice-I^t nommé Jacques Marie Sala, évesque de Viviers, lequel advertyque Montbrun s'estoit saisy de Malossène, et qu'il venoit gens de tous costés à son renfort, envoya Caderousse et Aubignan, deux des principaux du comtat, pour parlementer avec luy, et sçavoir qui le mouvoit, et à qui il en vouloit. Ils menèrent avec eux deux capitaines, à sçavoir Crillon etNovezan, pour ce pendant qu'ils parlementeroyent regarder les moyens avec les citadins de couper la gorge à tous ces guerriers.

Estans arrivés et ayans exposé leur charge,

Montbrun leur Mi l'e^ndre j^àr Alexandre que que ceste assemblée n'estoit pour offenser per-^ sonne, mais de dire les raisons qui les menoyent, il n'estoit encores saison, ce qu'ils feroyent toutesfois en temps et en lieu. Cependant Crillon et Novezan ne sceurent manier les afhires si secrettement, s'estant vanté aux papistes d'avoir descouvert les lieux par où ils entreroyent de nuict, pour tailler bientost en pièce toute ceste canaille, que Montbrun n'en fust adverty; comme aussi on luy rapporta au mesme instant que le légat avoit arresté trois mulets chargés d'armes, et force gens qui le venoyent trouver, pensant que Caderousse et sa compaignie seroit jà en chemin de retourner, et qu'à son arrivée il feroit pendre tous les prisonniers. Sur quoy Montbrun leur déclaira la trahison du légat, et le peu de fiance qu'il y avoit en ses parolles, veu qu'en envoyant traicter de paix, et sans attendre response, il usoit d'hostilité plus que barbare et qu'à ceste occasion il les retenoit jusques à ce qu'on luy eust rendu ses gens et armes. Ce que le légat feit non sans grand regret. Mais au desloger de Caderousse, Montbrun, après l'arrivée de ses prisonniers et armes, retint les deux capitaines susnommés, tant pour raison de leurs menaces, que pour estre entrés dans la ville sans congé comme espies contre le droict de guerre : à quoy leurs compaignons ne feirent grande résistance pour l'envie qu'ils avoyent de sortir des mains de Montbrun, et de peur qu'autre nouvelle occasion les arrestast . Estant sortys ceux-là, la guerre ouverte commença entre Montbrun et le légat qui avoit levé quelques compaignies, mais pour avoir gens mal aguerrys n'approchoit que de loing, joinct qu'il ne vouloit rien bazarder, craignant que s'il luy advenoit mal, sa condition empirast. Ceste lascheté apportoit telle allégresse et hardiesse à leurs ennemis, qu'il ne se faisoit course ne saillie en laquelle ceux du légat n'eussent du pire, laquelle prospérité enclina ceux du pats à fiivoriser Montbrun , en sorte que les forces ennemies diminuoyent, et celles de Montbrun croissoyent à veue d'œil. Ce que craignant le légat, et ayant receu argent frais, il praticqua la Motte Gondrin qu'il scavoit lever gens en Dauphiné, et luy offrit douze cens escus, à la charge de s'acheminer ceste part avec ses forces.

Î)Ë L^ESTAT DE PRàNCË

tiSôO]

trotter deniers, les receut «bigreroeDi, maift «vaut qu'approcher envoya aomaier Monlbrua ^ vuider les terres de la salocteté, se iboostrant ^béyssant sufeject du roy , et qfà^A se soobmist hmiàbleaieQt à la discrétton de kiostice, promettait de luy faire grâce s'U le fsûsoit volontaireineat. Montbruarespondicta'estree&tri ail combat poar désobéyr au roy, ny à ses officiers; omis plostost poqr préveair les calomnies qu'^D luy avoit iaipropévées de vouloir mettre le royaume en trouble et en proye, dont il estoit exempt, ayant volontairement quitté le païg. £t quant à ce qu'il ^'estoit retiré et avoit prias les armes au combat de Venisse, il Tavoit faict et peu faire l€|;itimement, tant pour estre appelé des su^eets dudict comtat pour leur tuition et defSense, que pour n'avoir peu choijûr retraicte ailleurs qu'es terres de celuy qui par sa tyranni<e et ambition avoit animé tous les princes de France* à extanoûner les enfans de Dieu. Quoy entendu^ la Motte envoya quérir l'artillene de Grenoi)le> et dressa ^n armée des ban, arrière-ban et légionniaires du Dauphiné et pais eirconvoisins , comme f ussi feit le vice-légat soubs conduictedeSainct- Jalle et Rosset, lesquels powr leurs meurtres et yoleries avoyent abandonné le pays du roy. Entre autres choses l'un pour avoir tué de guet à pensée le sieur de Mirebeau, à fin de demourer quitte de l'argent qu'il luy devoit, et l'-autre pour avoir volé la maison de la Aocfete-Sainct- Serreten Daophiné. Cast esquippuge dressé d^en^ viron quatre cens hommes de pied et de cinq cens chevaux, tant des oompaigoiesde gendar- «lerie de la Motte Gondrin, du prince de Salerne, que dudict de Ctermont, it tira en la ville de Bolenne à six ou sept lieoes de Malossène, mais ce ne fut sans recevoir de grandes pertes, à toutes les fois que ses gens a|)prooboyent de Montbrcm, lequel aussi de $a part ne les laissoit guères en repos. Pendaait que 0^ choses se faisoyeat, le cardinal de Tournon, retournant de Rome, arriva par la voye de la mer à Marseille, et se fkisant monter le long du Rhosne droict à Lyoa, accompaigné du capitaine Paulin, entendit l'entreprinse de Montbrw, ce qui luy fut dnr à porter, tant pour ne sçavoir queHe seroit l'issue de ces esnH>tions, que pour les veoir maniées par ses parens; car Montbrun, comme j'ay dict, avoit

pour femme sa niepce, ille de ton firère de Toumon. Par quoy^ it hiy esorivit pour k destoumer de son ewtreprinse, promettant de hiy faire avoir sa grâce, le remettre en sea biens, et luy foire donner permission de vivre en sa maison et en lovte liberté quantàlareligioB. Puis le flattant, disoH qu'il •ç'estoit laissé me^er à l'appétit de certains personnages, le conseil desquels ne luy pouvoit apporter que mûEM et perdition, taat du corps que de l'ame. Montbrun luy feit responae bien ample, en laquelle il rendoit raison de son faict, et de la cause qui le mouvoit, disant n'estte conduid ne mené à l'appétit des hommes ; maia qu'il avoit chercbf et cbercboit d'advancer la gloire de Dieu en tant qu'il pouvoit, et le repos de tant de gens de hie^qui avoyent esté « longuement persécutés pour la vmté de 900 Évi^ngile. fit à fin qu'il en fost plus asseuré, il luy envoya une confession de sa foy , en laquelle U protestoit vouloir yivre et mour^*. En somme, il lyy maintenoit n'avoir rien laictà la Ugère» mais avec une meure déUbéraUon ; ne pouvant mieux laire son salut et le devoir de sa conscience. Voilà ce quç le cardinal peut arracher de son nepveu.

La Motte Gondri^ approché, comme il a esté dict, encores qu'il fust accompaigné de cent contre di)., estoit toutesfois tant malheureux k toutea ses rencontrea, et ses gens tellem^t harassés, que n'atteodant de jour à autre sinon de recevoir quelque honte^ et sentant ses gens escoufer d'heure en heure; pour ce aussi que le légat ne luy graissoit le poignet assez à son gré» après avoir consulté avec les gentilshommes du Dauphiné qu'on avoit là amenés comme par force, envoya devers Montbrun, pour traicter ta paix, les capitaines Blacons, Sainctc-Miarie, le Port, la Roche et autres, nonseuleinent avec charge de lettres patentes du roy, contenant un pouvoir bien ample, mai^ aussi de mandement et charge expresse de toute la noblesse du Dauphiné^ laquelle s'obligeoit par serment de faire inviolablement garder et observer les conditions telles qu'elles seroyent accordées par les députés. Ces conditions estoyent alternatives, à sçavoir, que Montbrun et ses gens quittassent les armes, se retirassent en leurs maisons, et vescussent selon les tradictions de l'Église roiyiaine, ou bien qu'Us vuidassent le royaume et le pals d^

comtat, en quoy faisant leor séroit permis de vendre et aliéner tous et cliascun leurs biens, et que pour ce h\re leur seroit baiHé détay eompétant, et caution de toute h noblesse dii Dauphiné et comtat, pour les fcire Jouyr de l'une ou de l'autre des conditions, qui seroit par eux choisie, sans en rien estre oultrepassé, ouaueunementaltéré. Montbrun, voyant les con- «litioBs qui luy estoyent offertes, et que le jeune Malfgny et Mouvans estoyent après ses gens, pour les praticquer par une autre entreprinse, (font il sera tantost parlé, et que chascun prenoit leur party, accepta la dernière condition. Et fin accordé que luy et ses gens, comme aussi tous les fidèles du Dauphiné et dti eomtat auroycnt un an Mitier pour disposer de leurs biens. Qu'îb se retireroyent dedans un mois à la file, et deux à deux, comme ils s'estoyent assemblés, comme aussi la Motte Gondrin et les siens romproyent sur le champ leurs forces. Que les prisonniers d'une part et d'autre seroyent rendus. Que nulle querelle ou moleste soit par justice ou autrement ne seroit ftilcte à tous lesdicts gens de guerre, ams qu'ils se^ Foyent soufferts se retirer paisiblement et éèmourer en leurs maisons durant ledict temps. Que pendant m mois Môntbrtin pourroit aller en aa maison avec telte et si grande eompaignfe qu'il voudroft pour sa seureté» et que le tout serait ratifié et accordé par le roy et le pape, daae vingt jours lors ensuyvans, eomme aussi par les parlemens de Dauphiné, Provence, et autres jurisdictions dudict comtat, à ce que chascun peust jouyr pleinement du contenu dtbdiot traicté. Montbrun êoncques, s'estant retiré CÊk sa maison suyvant k eapttuhition, conhmença à oaaser ses soldat», et dès le lendemain en envoya cinquante. Main comme il vouloft fiùre le semblable des autres, H ftit adverty que les prebstres les tuoyent par-tout eu as tes pouveyent prendre à leur avantage? qu'on leur refesoit fodtrèe des villes, et te séjour en leurs maisons; et que GhaveneHe, amy de h Motte €ondriQ et db vice-légat, en avoit dévalisé phis ^e deux cens, et iceux mis en chemise, tomme en semblable ceux du oomtat les prenoyent Tun après l'autre, et les faisoyent moufir le plus cruellement qu'ils pouvoyent. Davantage que ke preb^rea mettoyent, par la permission de fe Motte ^ndrin, des- garnisons es eovirona da chaaieau de Montbn», à sç»-

SOUS FRANÇOIS II

voir, es villes de Vaupierre et de Serre, et en f abbaye de la Grave ; et que la Motte n'avoft rien moins de volonté que de garder le traicté de paix, non plus que le vice-légat, qui contre sa promesse emprisonnoit ceux qu'il pouvolt rencontrer ; bref, qu'on n'attendoît sinon qu'il eust achevé de rompre ses forces pour Palier assiéger. Toutes ces choses, dis-je, accumulées ensemble fieirent que* Montbrun escripvit plttsieurs fois à la Motte Gondrin, lûy ramentevant sa promesse et protestant que, s'il advenott quelque inconvénient, ce ne seroit que de sa fttulte. Et finalement après n'avoir peu en avoilr que des responses ambiguës, avec bravades des capitaines de ces garnisons, rassembla jtisques à deux cens soldats seulement, et aUli assiéger Vaupierre qu'il print, et feit ses prisonniers le capitaine et les soldats. Il feit te sembhible es autres lieux, sans toutesfois aucune eflfosion de sang, et qu'aucun des habitans souffrist aucune perte ne dommrage, sinon l'es les prebstres qui payèrent fescot, pour ce qu'lb avoyent resveiHé ces nouveaux troubles après Fàccord juré. Cela intimida tellement la Motte Gondrin, luy semblant que Montbrun estoit accompaigné &\me forte et puissante armée, qu'il n'osa l'aHer assaillir, comme il eust peu aiséement s'il eust sceu te nombre die ses homme^. Et de vray, il estoit si mal servy d'espfons qu'A ne le pouvoît sçavoîr. €ar pour deux soldats^ qui s'escartèrent de la troupe, et qui furent en une grange prochaine, on hiy rapporta y en avoir plus de deux cens, eh sorte que tous quittoyent te plat pays, et se retiroyent es viHfes. * En ce mesmes temps, advint une chose merveilleusement estrange et digne de mémoire. H a esté ftiict mention d^s diligentes pourstrytes Mctes à rencontre de ceux des [Églises réformées de Val«ice et de Romans environ Parques, et comme entre les autres Juges Laubespin conseiller etFadvocat du roy Ponsenas, qui avoyent ftiict profession de ^Évangile, s'estoyent rendus ennemis de cette doctrine jusqu'à la persécuter plus ardemment que pas un deaatitres. Laubespin doncques, estant esprins de f bmour d'une damoiselle, en flit si extres<memeut passionné, qu'il quitta son estât et ItMite honnesteté pour la suy vre par-tout où ellealbit. Estant mesprisé d'elle, il s'anonchaKt tellement, que ne tenant compte de sa propre personne, il fot aecueiHy de poux, qui priu^

DE L'ESTAT DE FRANCE

drent une telle habitude en luy, qu'on ne l'en peult jamais désenger. Car ils croîssoyent sur luy, et sortoyent de toutes les parties de son corps comme l'on voit les vers sortir d'une charongne pourrie. Finalement, quelques jours devant sa mort, se voyant atteinct de la main de Dieu, il commença à désespérer de la miséricorde divinejd'iceluy; et pour abréger ses jours, condud de se laisser mourir de faim, joinct que les poux le tenoyent de si court à la gorge, qu'il sembloit qu'ils le voulussent estrangler. Ceux qui voyoyent ce piteux spectacle furent grandement esmeus, et de pitié conclurent de le parforcer à manger, voulust41 ou non, et pour luy faire prendre des coulis et pressis, d'autant qu'il y résistoit de toute sa force, ils luy lièrent les bras et le bâillonnèrent d'un baston pour tenir sa bouche ouverte, pendant qu'on luy mettoit h viande. Et estant ainsi bâillonné mourut comme une beste enragée de l'abondance des poux qui entrèrent jusques en sa gorge. Et ainsi disoit-on entre les catholiques mesmes que du mesme tourment qu'il avoit inventé contre les ministres de Valence, les envoyant à la mort bâillonnés, il avoit esté puny par un juste jugement de Dieu.

Quant à Bourrel, dit Ponsenas, après avoir aliéné tout son patrimoine, et iceluy de sa femme, et de ses amis, pour achepter cest estât d'advocat, il consomma le surplus à tenir maison ouverte, espérant d'afi estre bi^tost remboursé au double. Mais estant tombé malade d'une façon incongneue aux médecins, il entra en désespoir de l'aide et miséricorde de Dieu, et se' représentant ordinairement devant les yeux la mort de ceulx de Valence et de Romans, renioit Dieu, comme enragé et forcené, appeloit les diables, et faisoit toutes les sortes d'imprécation^ qu'il est possible de penser.

Son clerc le voyant en ce désespoir, luy parla de la miséricorde de Dieu, et luy meit devant les yeux tous les passages de la Saincte Escripture, qu'il sçavoit servir à ceste matière, comme autresfois ils en avoyent conféré ensemble, mais au lieu de se retourner à Dieu, et de luy. demander pardon de ses offenses, il luy dict : -• 0 Estienne, que tu es noir ! — Je suis noir ? respondict le serviteur ; sauf vostre grâce, je ne suis ny Turc, ny More , ny Bohémien , mais bien Gascon et de poil roux. — Non, non, dict Bourrel, tu es noir; mais c'est de tes peschés.

— Trop bien cela, réplique Estienne; mais j'ay espérance en la bonté et miséricorde de Dieu, pour l'amour de Jésus-Christ son fils, mort pour nos peschés, ressuscité pour nostre justification, et qui est là-hault au ciel intercédant pour tous ceux qui l'invoquent, et qui en vraye et vive foy mettent leur espérance en luy. • Sur quoy Ponsenas, redoublant sa rage, se prend à crier contre son serviteur, l'appelant luthérien,huguenaud, etledétestantcommeFun des plus meschans et misérables hommes du monde. A ce cry arrivèrent de ses amis, auxquels il commande Estienne estre prisonnier, et qu'il feust bruslé comme hérétique. Bref, la rage s'esmeut tellement en luy qu'avec sanglots et hurlemens il rendit l'esprit d'une &çon espouvantable. Ses créditeurs ne donnèrent quasi loysir de tirer le corps hors du lict. Car chascun envoya en sa maison ravir si peu de meubles qui luy estoyent restés de tout son bien, mais il s'en Mut beaucoup qu'ils eussait leur compte, ce qu'on leur trouvoit merveilleusement estrange. Car avant qu'il se ruast sur les offices, il estoit homme riche et aisé autant que nul de son estât. Ce néantmoins, jamais telle pauvreté ne fut veue. Car il ne demoura que la paille à sa femme et à ses en&ns, qui feurent par pitié et compassion prins l'un deçà et l'autre delà pour les nourrir, autrement ils estoyent prests d'aller maidier ou mourir de faim, tant ceste pauvre maison se trouva desnuée. Voilà Testât des affaires de Dauphinépour lors, que jelaisseray pour retourner aux autres provinces.

Il a esté faict menticm comme ceux de Guyse avoyent prins à cueur la retraicte du prince de - Condé, et comme ils envoyèrent après luy le mareschal de Sainct-André, lequel s'enhardit d'aller veoir le roy de Navarre à Nérac, et luy feit entendre, qu'estant venu ses terres visiter de delà, il n'avoit voulu approdier si près sans luy aller faire la révérence et au prince son frère. Mais îl ne peut se porter si finement que l'on ne s'apperceust bien qu'il alloit espier de descouvrir ce qu'ils faisoyent : ce que le prince ne luy cela aucunement, luy reprochant son ingratitude et d'avoir prins telle charge que de le suyvre, veu l'amitié qui estoit entre eux, et l'honneur que luy prince luy avoit faict, vivant le roy Henry, de n'avoir voulu dq»endre d'autre que de luy , et de recevoir tous les bi^ofaicts

et eottrtoities dodiet fea Wf purwn moyen, ccmibien qn'U en enst d'antres pins graiuls, et ce ponr la démonstration qne Iny mareschal Iny avoit tonsjonrs monstrée de Iny estrc loyal amy et sarvHenr aflTectîonné. Il luy dfct darantage qne ce qui Iny &isoit encores tronver pins mauvaise ceste entreprinse, c'estoit qn*il sçavoit très certainement qne le roy n'avoit esté en rien ofifensé par Iny ny par cenx de son party, et qne pourtant il esponsoît la querelle de ceux de Guyse, et se constituoit exécuteur de leurs vengeances. Sur quoy le mareschal s'excusant promit de pacifier tontes choses, mais le prince luy feit si mauvais visage qu'il fot très content de s'en retourner hastivement et avec sa courte honte, après avoir tontesfois desconvert par les serviteurs secrets ce qui se laisoit, et les moyens qu'on avoit de ce costé-là;

En ce mesme temps, le roy estant à FontaineUean, lut prins un Basque, dit la Sague, qui avoit esté dépesché parle prince de Condé devers plusieurs grands seigneurs , ponr les prier de ne hiy billir au besoing. Il passa à CSiantilly et de là à Paris, où il enst lettres du yidame de Chartres et antres, puis alla à la cour et présenta celles du prince à ses amis de cour. Or, ainsi qu'il poursuyvoit sa dépesché, il rencœitra le capitaine Bonval, qu'il avoit cogneue en Piedmont, sergent-major des bandes françoises, et avec lequel il avoit eu grande amitié et privante. Après les caresses acconstumées, la Sague luy demande depuis quand il estoit courtisan, et la cause. Lors Bonval commença de luy Caire ses doléances du long temps que il estoyt i la suittede ceux de Guyse, ponr avoir rescompense de ses services, sans qu'il en peust avoir raison, de sorte qu'il avoit consumé à la poursuyte si peu de bien qui Iny estoit resté, ce qui le rendoit tellement désespéré, qu'il vondroit avoir tenu le bassin à ceulx qui leur couperoyent la gorge. Que si ce temps duroit guères, et qne la guerre se présentast, fost-ce en Asie, il iroit plustost se rendre Turc, ponr se venger de ce que ses services avoyent esté si mal recogneues. Bref il détestoit tellement et disoit tant de maulxde la maison de Guyse, de leurs meschancetés et mesmes des entreprinses qu'ils dressoyent contre les princes du sang, que ce Basque fot esmen de hiy dhre le temps eptre venu qu'il ne faDoit aller chercher sa Xyi> iiicLXy La PI. et La PI.

US

bonne aventure si loing, et qn^il y avoit à employer les gens de service tds que luy. A tant, s'il le vouloit croire, luy jurer et promettre de tenir secret ce qu'il luy diroit, il sçauroit le moyoi de non-seulement le faire rescompenser de ses services, mais de parvenir aux plus grandes charges et honneurs où aspirent coustumièrement gens de guerre. Bonval le luy accorda avec grand» sermens et embrassemens en signe d'amitié. Lors le Basque luy récite les outrages et injures qne le prince de Condé avoit receus de cenx de Guyse, et de la délibération par luy faicte de remédier à tont Testât du royaume, par les estats appuyés de ses armes, si autrement il n'oA pouvoit avoir raison, pour à quoy parvenir il avoit promesse des plus grands seigneurs du royaume, si qu'il se tenoit presque asseuré de la victoire. Que si elle sortoit son effect, il pouvoit bien penser que rien ne seroit espargné i ceux qui auroyent servy en si bonne afEaire, et que le prince estant venu à bout de ses ennemis auroit bien autre moyen de Fadvancer que ceux qui eatoyentconstnmiers d'abuser du labeur et service des gens de bien. A ceste cause luy conseilloit ne plus tarder de venir trouver ledict seigneur prince, au meilleur esquippage qu'il pourroit, l'asseurant de luy faire donner bon empointement en attendant mieux, et que ce pendant il luy bailleroit argent pour s'esquipper. Bonval respond qu'il y penseroit, et luy en rendroit response le lendemain matin ; et de ce pas, cuidant avoir bon moyen d'avoir ce qu'il poursuyvoit, venant trouver le duo de Guyse, il luy raconta au long tout ce qu'il avoit tiré de la Sague, l'asseurant de luy faire grands biens. Bonval avec ceste promesse, revenant trouver la Sague, luy dict avoir pensé à son offre et qu'il avoit eu de tout temps telle envie de &ire un bon service au prince, qu'encores qu'il n'eust occasion de se plaindre du tort que luy tenoit monsieur de Guyse, si estce qu'il ne voudroit feilliren si bon affaire, veu mesmes qu'il estoit question d'oster ces tyrans qui causoyent tant de manix au royaume, partant avoit délibéré de prendre son party, et de s'en aller avec luy, le priant luy dire le temps de son partement. « Davantage, disoit-il, vous savez que je suis soldat, et que nous autres ne entreprenons légèrement, si nous ne scavons la cause et les moyens. Par quoy, je vous prie puisque vous aves mon serment m'en descouvrir

DE L'BSTAT Pfl FBi^NÇE

davantage pkâpanieuti^mei»t{6tp^ lea^^cmi ^ fin que j'entende comme se pourra conduira une telle et si hauUe entreprlnse, et q«e j'ayç plus d'occasion d'y m^er avec moy une troupe ^e bons hommes. «> Sur cela, le Basque luy réeila ce qu'il en seavoit, et luy dict qu'il partiroH le lendemain, ensemble le chemin qu'il devoU tenir. Bonval réplique qu'il ne poi^rroit partir fiito^, mais qu'il se rendroit bientost à Néraç avec bonne troupe et gaillarde, et qu'il en asr seurast le prince. Ce que le duc de Guyse ayant entendu, it luy cpmmiaada d'espier son partor ment, à fin de le faire prendre avec toutes ses lettres et despescbes. Mais le Basque, soit quHl eust esté hasté de partir plustost, ou bien qu'il se doubtast d*en avoir trop conté à Bonval, ou qu'autrement il se feust apperceu de quelque ofaose, partit ce jour mesmes sans luy dire à Dieu. Bonval, ayant sceQ ce partement inopiné, fot grandement contristé, tan; pour crainte d'encourir la male-grace de ceux de Guyse, et d'estre tenu pour un affronteur et mensonger, que pour avoir failly à une affaire, duquel il espéroit sa grandeur et advancemeiK. En cette extresmité, il eut recours audict duc de Guyse, et luy raconta comme la Sague s'en estoit allé, et sa desconvenue, disant toutesfois que, s'il vouloit luy faire bailler gens et chevaux, y e^ péJToit user de telle diligence qu'il le luy ramén aeroit. A qdoy il ne fiist paresseux, ne Bonval aTissi à faire sa poursuyte, de sorte que la Sague, ne estant encores à une journée de la cour, fot attrappé et ramené avec toutes ses lettres et instructions à Fontainebleau. Entre autres choses, se trouvèrent lettres du vidame de . Chartres, par lesquelles il mandoit au prince de Condé, qu'il se devoit asseurer de luy comme de son très humble serviteur et parent, et qu'il mâintiendroit son party et ceste juste querelle contre tous, sans excepter que le roy, messieurs ses frères et les roines. Ce qui anima tellement ceux de Guyse , que aussi soubdain les capitaines des gardes feurent envoyés à Parts pour le mettre estroictement prisonnier en la Bastille. Cequi leur fut bien aisé, car il estoit à grand peine sprty d'une grande maladie, et n'eut-on esgard à autre chose qu'à exécuter le commandement, •sans mesmes permettre aux médecins de le pouvoir assister, lies lettres du connestable estoyent d'autre style. Car il exhortoit le prince à la paix, luy conseillant qu'il $e gardast bien :

d'«otr<H>^ead^ ahçse qoç Sa IM^ peost trouver mauvaise ; que s'U se seotoit ofTensé d'aucuns, il luy falloit avoir patienpe* carie temps luy ep appo^teroitla raison, sans s^ mettre en peine de rien attenter par armçs, ^km que s'il CQgnoissoit qu'on le recercbast par force et violence, lors il preadroit ça querelle en main, aotremeat non, tandis qu'il seatirpit quelque voye de justice estre ouverte en France, A ceste oause il Texhortoit de venir vers le foy au plustost que fairç se pourroit, pour se justifier des crimes à luy imposés. Ce langage fut cause que l'on n'osa lors attenter à I4 personne dudict connestable, combien que l'on sceust, cedisoiton, tant par (a confession de la Sague sur l|i torture, que par l'advertissement des autres espions, qu'il avoit promis secours. Mais cela fut remis à un autre temps, à fin de ne trop entreprendre à la fois, joinct que le connestable estoit tou^urs I^en aecompaigoét et qu'il estoit malaisé de l'avoir sur son fumier. Aussi ne craignit-il de rex^ommander le vidame au roy et à la roine mère, les suppliant ne permettre qu'il receust trop rude traictement. Car sa fidélité et ses grands services méritoyent toute autre rescompense, ce que ne pouvoyent ignorer ses ennemis, et qu'il n'eust despendu cinquante miUe livres de rente, et un million d'escûs pour le service de ses prédéciesseur;? roys.

Ce Basque fut doncques tant tiré sur la géhenne à l'occasion de Bonval, qu'il déclaira tout ce qu'il sçavoit et davantage, qui fut cause que ceux de Gu^yse hastèrent de plus fort leurs entreprinses, et fut le comte de Ringrave mvoyé aux frontières de Lorraine pour ten^r prest un régiment de Lansquenets et deux mille pisto- Uers. Ils feirent aussi descendre le long de la rivière de Loire les vieilles bandes venues de Piedmont en Dauphiné, feignant les vouloir envoyer en Escosse ;, mais ^ séjournèrent à Cyen et à l'entoqr de Montargis pour espier les maisons de l'admirai. Et ne sont croyables les maulx qu'ils commirent avec impunité pour en tirer meilleur service. Bref, toutes les bonnes maisons estoyent ou pillées on rançonnées, les plus belles filles et femmes violées, et si on en bisoit plainte, il suffisoit de charger les complaignans d'estre huguenauds, pour empescher que punition en fust faicte.

Bonval, après avoir faiçt un tel service à celuy au^l il ^'e^oit voué, nie demoura. pa**

resseux à poursuyvrc sa récompense, et à fiiire sonner haalt et clair son grand devoir, et à fin d'estre phistost expédié leur faisoît accroire qu*on le menaçoît & tner, les sopplîanl à ceste occasion de Iny donner ùtt lica de setrre rettaicte eh attendant cpi*il eust moyen de se jetter en campagne avec les autres. Sur quoy le duc de Guyse Payant mis au clioix d'une rescompenfee, il considéra que la France ne luy estoit seure, veu sa laseheté commise contre un prince du sang et tant de grands seigneurs du royaume, et pourtant inventa ceste ruse. H y a un cbastean au marquisat de Sahisse nommé Verzb!, entre le Mont-Cenîs et Cartoagnoles, demouré par le tmïtiè de paix soubs Fobéysssmce du roy, duquel estoit gouverneur le capitaine la Guàrigue, grand amy et familfer de Bonval. Cestuy-cy sçachant que Bonval estoit âHé en cour pour ses affaires, la chargea ausâ des siennes, et de poursuy vre le payement de ses estais et pensions; et pour ceart effiect iuy bailla lettres et bhmcs signés, comme ont aecoustumé de faire bieti légèrenient te» gentilshommes et grahdfl seigneurs de Ftance, de Tun desquek blancs Bonval se servit comme s'ensuyt. Sfe souvenant (fes prt)pos qu'ils avoycnt tenus aiitrefbis amlaMement ensemble , à scavoir que b Guarigue eust bien désiré avoir baillé sa chargé à un sien amy, H avoir quelque bonne f^scompeose en Franee, par ce que sa femme ne se trouvant bien en Piedmmit désiroit fcrrt s^approcher ôè son paîfe, s^aydbntde ceste occasion itrempKt Pun des blancs signés de la Guàrigue, d^une lettre missive de pareil subjeet et substance, par laquelle fi priok son compaignon de demander sa capitainerie pour rescompense de ses services, et pour moyenner envers monsieur de Gtiyse une autre charge pour luy. Lcdict sieur duc de Guyse, entendant le contenu de ceste lettre, fiit bien aise de se despestrer de cest inïportmi, et sans que bonnement il eust autre charge ne procuration, luy feît despescher ses lettres en filtre d'office, qu'à accompaigna de ses missives i là Guàrigue , pleines de bonne affection envers luy, le priant de le venir incontinent trouver pour le service du roy, et pour chose de grande importance» délaissant ce pendant à la garde de Yerzol 1^ capitaine Bonval, qu'il* «voit ehoisy comme Fun ^e ses plus intiihéi^ aMi^ TMlà eonme Bonval lût (fesj^esffté; lequel ft irt 4jaé sà^ fmèm fuit

SOUS FRANÇOIS H. 347

descouverte (d'autant aussi que celuy auquel il avoit affaire estoit homme accort), print la posté plour porter les premières nouvelles : airrivé eii Piedmont assembla le plus^ de gens de guerre qu'il cognent luy vouloir bien, pour luy feire compaignie à Verzol. Mais auparavant îl advertlt h Guàrigue de sa venue, et luy manda que le voulant aller veoir, M avoit tellement esté s^yvi de ses amis, qu'ils ne le pouvoyent encores laisser, pour l'aise qu'ils ayoyent de son retour; à cause aussi d'une nouvelle querelle qui luy estoit survenue, comme il luy dîroit à bouche; le priant k ceste occasion ne le trou-* ver mauvais, mais penser seulement de leur faire bonne chère, car ils estoyent tous amis. Sur quoy il eut responae qu'il seroit très bien venu. Or ne paHit-ii pas à jour nommé, aim ayant fait espier l'absence de la Guàrigue et de la pluspart de sa compaignie, il s'en vint, droiet à Tertol, là où la femme le receut bénignement avec toute sa trouppe. Puis ayant visité kl place, et trouvé qu'il y avoit peu de résistance, il se saysit de la forteress$e, et meit hors ht damoiselle de la Guàrigue, avec les lettres dudict sieur de Guyse à son mary \ lequel se voyant ainM ti)ak)ement trahy par cehiy auquel il avoit le phis de fiance, et cpi'i) tenoit un second luy-mesme, fasché au possible, m peut avoir recours qu'à ceux de Guyse pour stt plaindre du tort à l«y Ëiict, et les supplier d^ ktiy en faire raison. Sur quoy ils se meiroit k rire, et pour toute vescon^ense dirent que Bod^^ val estoit homme de bon esprit.

Nous avons ey-dessus fsict mention de lé guerre d'Escosse esneue par ceux de Guyse, du secours et support que les Kscossois avoyeni de la roine d'Angleterre , et finalement comme ceux de Guyse avoyent envoyé devers le roy d'Ëspaigne pour moyenner la paix, voyant que leur cas aHoit mal de ce costé-là. Après donc'^ ques avoir descouvert ce que l'on brassoit cou-» tre eux, craignant sur toutes choses que les prîQces leurs ennemis fussent secourus des Anglois, ils féirent tant qu'il y eut accord entre la roy, la roine d'Angleterre et les Escossois, lequel fut eonclud le vingt-troisiesme jour de juillet en ceste forme :

« Que le roy et la roine d'Escosse réputent le$ armes avoir esté prinses par les protestans esr emÊOt» (ainsi teior pkui-tt nommer ceux de la raligim) kuf^sriBjeets» po«ir kbiiftdfit.leiir Mf>

DE L'ESTAT DE FRANCE

vice et la eonservation de leur estât, ensemble des privilèges et franchises du pais, sans que pour raison de ce ils en peussent de là en après aucunement estre recherchés ny mo* lestés.

«Que lesdictsprotestans, leur suy te et compaignie, réservés les hommes de Flslebourg, sortiront de ladicte ville le lendemain au matin, sans qu'il y demoure aucun de leurs gens de guerre, suyvant ce qu'il a pieu à la roine régente le désirer.

«« Qu'ils rendront tous les coins de la monnoye par eux prins, remettront le palais assis près l'abbaye Saincte-Croix entre les mains du concierge, ou de celuy que ladicte dame nommera, au mesme estât qu'il fut receu, et ce avant que partir de la ville. Pour quoy faire accomplir les seigneurs de Rufflen et de Potako sont entre pièges.

« Lesdicts protestans et tous ceux qui en dépendent demoureront subjects au roy et à la roine leurs souverains, comme aussi à la roine régente, et obéyront à toutes les loix et ooustumes du royaume, lesquelles demoureront en leur force et vertu tout ainsi qu'elles estoyent usitées auparavant ces trouMes ; excepté ce qui concerne le faictde la religion. Qu'ils ne troubleront ny molesteront les gens d'église en kurs personnes, ny biens; ains les laisseront jouyr et disposer franchement et librement selon les coustumes du royaume, et jusques au dixiesme de janvier prochain qu'il seroit assigné un parlement auquel tput^ choses s'aocorderoyent et paciâeroyentiMniaDlement.

« Que pour le gouvernement des af&ires du royaume d'Escosse douze personnes seroyent députées, dont les sept seroyent esleues par lesidicts seigneurs et dame, et les cinq par les deux estats, à sçavoir la noblesse et le peuple. Et si on trouvoit bon d'y en adjouster davantage, on en nommeroit un de chacune part.

« Leurs Majestés pourveoiront aux estats, offices et dignités du pais; mais ce sera de gens de la nation escossoise, et non d'autres.

« Que le fort du Petit-Lict sera abattu et desmantelé, et que les capitaines et gens dé guerre estant dedans et en tout le pais, autres que de la nation escossoise, se retireront en France, et chascun en son pais.

«Que le fort de l'Isle-aux-Chevaux et le chasteau de Dembarre demoureront en la garde du

roy et de la roine. Ce qui avoit esté fortifié depuis le sixlesme de mars seroit desmoly. Qu*oa ne pourra tenir èsdictesdeux places plus de sixvingts hommes, à sçavoir soixante en chascune ; mais s'il se dressoit quelque entreprinse sur ces places, lesdicts deux estats seroyent tenus ks defféndre de tout leur pouvoir.

« Que la vîUe de l'Iddmurg choisira sans contraincte et usera de telle forme de religion qu'elle voudra, à fin que les habitans d'iceUe puissent vivre en liberté de consdence jusques audict jour.

« Que lesdicts seigneurs et dame, ny pareillement la roine régente ja^nlerposeront aucunement leur authorité pour molester ou empescher les prédications ou autres exercices de la religion d'iceux protestans , ny aussi ne sera attenté en leurs corps, biens, terres ou pensions, et ne souffriront le clergé ayant la spirituelle et temporelle jurisdiction les troubler en aucune manière pour le foict de la religion, ou autre action qui en despende, jusques audict jour. Et que chascun pourra ce pendant, tant en général qu'en particulier, vivre selon sa conscience.

« Que si quelque seigneur escossois ou autre du pals, vouloit entreprendre aucune diose par le moyen des armes, Satire quelque assemblée ou e^motion, les estats luy courront sus, avec toutes leurs forces, |^ur les punir conuue rebelles.

u La roine d'Angleterre retirera toutes ses forces qui sont en Escosse, sans qu'elle s'entremette plus des af&ires du pais.

« L^ traités de Castel en Cambresis demoureront en leur force et vertu, nonobstant tous les actes d'hostilité depuis ensuyvis.

#Le roy de France et la roine d'Escosse, sa femme, se désisteront de plus porter les tiltres et armoiries d'Angleterre. » Voyià la somme des articles de cest accord.

Et pour ce que la roine d'Angleterre demandoit argent pour les frais par cAle faicts en ceste guerre, et que les députés desdicts roy et roine n'y avoyent voulu entendre, ils accordèrent d'essayer de s'en remettre d'accord entre leurs ambassadeurs, sinon à l'arbitrage du roy d'Espaigne qui en prononceroit dans un an.

Telle fut l'issue de ceste entreprinse de ceux de Guyse, pour avoir voulu dianger les loix et ancieobes observances da paSst et entre*

SOUS FRANÇOIS IL

prendre sm les terres et possessions d'aatruy, soubs ombre de vouloir reigler et compasser les affiiires de la religion et de la police à leur aulne et mesure : tellement que le nom de Goyse et cdny de FÉglise romaine furent renvoyés deçà la mer. Par ainsi ceux qui avoyent voulu avoir le tout perdirent le tout par leur hastiveté. Et de vray le bruit couroit entre leurs plus Cuniliers serviteurs et domestiques qu'ils ne se monstroyent ainsi passionnés et affectionnés contre ceux de la religion, sinon pour Fespérance de leur grandeur» et qu'estimant le cardinal que la papauté ne pouvait eschapper, ii avoit ses moyens prests de &ire son frère grand* et ce pendant pour entretenir son estât, il ne vouloit donner aucun pied ferme à ceux auxquels il vouloit courir sus» comme à ses ennemis mortds.

Estant donc sortys de ce bourbier, toute leur industrie s'estendit à chercher les moyens de se venger des huguenauds sur lesquek ils rejettoyent la cause de leur avoir &ict quitter une si belle prinse qu'ils avoyent projettée sur l'Angleterre et TEscosse, sçachant bien que si telles gens demouroyent sus pieds, ils ne pourroyent rien faire qui fust asseuré. Par quoy mettant tous autres moyens soubs les pieds, ils résolurent d'entendre à cestuy-cy> sans espargner petit ny grand, foible ny fort. Car aussi estoitce à leur advis le meilleur chemin qu'ils pouvoyent tenir pour parvenir à leur grandeur prétendue, à sçavoir de rendre toutes choses tellement confuses qu'on en vinst au pis aller à une sédition populaire, en laquelle ils s'asseuroyent de finire mourir tantde gens que le champ leur demoureroit asseuré.

La roine mère estonnée finalement devoir les choses tendre à une guerre civile , veu le mescontentement des princes, qui les avoit amenés à ce poinct d'assembler leurs amis; davantage considérant le murmure qui couroit entre les plus grands du royaume, de la manière du gouvernement, print conseil avec le chancelier et Fadmiral de ce qu'elle avoit à faire. Et de faict, ils advisèrent ensemble de proposer au conseil, qu'il estoit requis que le roy assemblast tous les princes et seigneurs du royaume^ chevaliers de l'Ordre et gens d'authorité, pour regarder les moyens de pacifier les troubles» qu'ils estimoyent principallement procéder à cause des persécutions pour la religioat puisque les édicts

précédens avoyent plustost rafreschi que consolidé la playe. Ce qu'estant venu aux aureiUes de ceux de Guyse, ils le trouvèrent bon , sçachant que c'estoit la meilleure occasion du monde pourattrapper le roy de Navarre et son frère. Aussi s'asseuroyent-ils tellement de la plus part des chevaliers de l'Ordre, et autres seigneurs qui auroyent voix en ceste assemblée, que rien ne seroit mis en avant ny décrété à leur préjudice; ains plustost le tout arresté à leur avantage. Ce qu'ils n'eussent peu attendre ny espérer de la part des estats, lesquels en ce &isant ne pourroyent à l'advenir faire plainte qu'on les eust desdaignés, veu que la fleur des plus sages du royaume auroyent esté assemblés. Par quoy, il ne fut question que d'escrire partout au nom du roy. Le formulaire des lettres portoit en somme : que Sa Majesté voulant pourveoir aux troubles et esmotions survenues en son estât puis quelques jours, avoit advisé d'en prendre le conseil et advis des principaulx de son royaume. A ceste cause les prioit de se rendre à Fontainebleau, au quinziesme jour d'aoust, à fin que par leur diligence et bon conseil il peust asseurer son estât qu'il voyoit grandement esbranlé, et pourveoir au repos de ses sul]gects.

Ces lettres, pour la plus grand' part, estoyent accompaignées d'aultres de ceux de Guyse, pleines de toutes bonnes espérances et promesses, afin de disposer mieux les cueurs de chascun à leur dévotion, et qu'ils peussent par l'advis de ceste compaignie estre confirmés en l'authorité qu'ils s' estoyent donnée.

Le roy escripvit pareillement au roy de Navarre, le priant de s'y trouver] et son frère aussi, ensemble les seigneurs qui estoyent lors avec luy. Mais quand ceux de Guyse eurent descouvert qu'ils y pourroyent venir si forts qu'ils seroyent en danger de perdre la partie, ils aimèrent mieux esviter ce hazard, et donnèrent ordre que le roy de Navarre en fust adverty par leurs propres serviteurs secrets que ceux de Guyse entretenoyent près de luy, de sorte qu'il se résolut d'attendre quelle seroit rissue de ces affaires. Cela fut entièrement contre le conseil et advis du connestable et de tous les autres seigneurs qui tenoyent son party, sçachant que ce retardement empireroit sa cause, et apporteroit quelque ruyne. Car ils insistoyént qu'il s'acheminast avec ceux qu'il

avoît en sa compaignie, qui accroistrôit par les chemins plus qu'il nevoudroit. De manière que joincts avec les connestablistes, ils seroyent tes plus forts, et bailleroyent fa loy à leurs ennemis.

Le chancelier derHospital voûtant régler les ordonnances de France et la justice suyvant la bonne volonté qu*en avoit eue Olivier, son prédécesseur, feit aussi au mésme temps expédier un édict du roy pour restreindre la libéralité des vefves, lesq^uelles estant plus recherchées pour leurs richesses que pour leurs personnes, soubs couleur de mariage abandonnoyent leurs biens à leurs nouveaux marîs, mettant en oubly le debvoir de nature envers leurs enfans, de quoy s'en estoyent ensuyvies de grandes querelles et divisions à ta désolation des bonnes familles, et par conséquetit à la diminution de la force et estât public. A quoy tes empereurs ayant pourveu par bonnes ïoix, le roy, pour la mesme considération, les approuva par ses édicls, ordonnant que tes femmes vefves , ayant Ugnée de leurs premières hopces, si elles convoloyertt aux secondés, ne pourroyent, en façon que ce fdst, donner de leurs biens meubles ou propres acquests i leurs nouveaux maris, leurs père, mère, enlans et autres personnes qu'on peut préisumer estre Loiterposées, plus que la coustume n'en donne au moindre des enfans , advenant qu'il y eust division inégale. Le semblable seroît des dons et Kbéralités acquises des maris à leurs femmes et des femmes à leurs maris, lesquels retoumeroyent après leur mort aux enfans de ceux desquels les biens estoyent provenus. Toutesfois il n'entendoit pas cest édict donner phis de pouvoir aux femmes d'usei* de leurs biens, que ne leur en defféroit ta coustume des lieux.

U feit aussi une autre ordonnance pour accorder les procès par amiables compositeurs, qui seroyent esteus et accordés d*un commun consentement des parties. Et à fih'de ny contrevenir à ce qu'on auroit ainsi accordé , tedîct sieur confermoit et authorisoitles jugemensqnî seroyent donnes sur les compromis des parties, encores qu'il n'y eu^ aucune peine apposée, pour avoir telle force et vertu que les sentence^ des juges. Et que mx\ ne ftist receu appelant, que préatlablementlesdicts jugemens ne fussent entièrement exécutés, tant en principal, comme despcns, et la peine apposée, taquelta ne se

pourroit répéter, ores que la sentence fust toârmée.

Et à fin de donner quelque bonne espérance du soulagement que le roy promettoit au peuple, il dépendit par un tiers esdiet à tous gouverneurs, leurs lieutenans, présidens, tfarésoriers généraux et autres officiers royaulx,dene prendre ny exiger sur le peuple aucurts deniers, pour quelque cause et occasion que ce ftist, sans son congé et permission expresse; (fautant quç le peuple en avoît esté merveilleusement grevé et foulé, mesmement aux provmces où Ton tenoit assemblée des estats pat chascun an. Toutesfois on disoit que cecy avoît esté expressément feict pour frustrer le roy de Navarre et te cônnestable àe$ dons gratuits quMIs recevoyent annneltement de teurs gouverneurs âé Guyenne et Languedoc, comme aussi pour rendre criminels et punissables ceux qui léveroyent deniers ou contribueroyent aux frais de ht guerre que le roy dte Navarre sembroit vouloir faire pour le bien public. Et à vray dire , cest esdiet n'eut aucun Keu à Tendroict de ceux de Guyse et leurs partisans ; car paf lettres patentes, ony déroguoit si bien qu'eÛesauthorisoyent tant mieux leurs levées de deniers.

Il a esté dict cy-dessus que le roy de Navatre, sédtiict par les secrets serviteurs de ceux dte Gtiyse, tfavoit voulu croire te cônnestable et autres grands qui te pressoyent d'alter à l'assemblée de Fontainebleau , fust en grande oti petite compagnie. Ce nonobstant, ledict sieur connestahle, lequel se confiant que te£ct roy de Navarre suyvroît son advîs, avoit mancK tous ses parens et amis, encores qu'ft etist soeu pour certain que ledict sieur roy ne s'y trouveroit point, et qu'il fust très mal vouhi de ceux de Guyse pour avoir prins l'autre party , ne laissa de se trouver au Heu et terme assigné ; mais en compaignie de plus de huict cens chevaux. Ce qui feit entrer ceux de Guyse en grande craincte, lesquels ayant sceu pour certain que les princes ne viendroyent point , avoyent envoyé rafrcschir leurs gens au loing. Voylà qui tes feît fitef don», et earesser le cônnestable et ses nepveux, comme s^b eussent esté bons amis.

L'ordre de rassemblée ftrt teï :Le 2^1 faotist, après midy, se tint te grand consett en la chambre de la rotne mère où furent assis avec té roy et ladtcte dani^, h rotne régnante et incs^

itm

SOtJS FRANÇOIS 11.

iSi

«eurs frères dn rQT,les ciqrdip^uh deBourboi^ de Lorraine, de Guys^ e.t de OiàsUUon, te; dacs de Guyse et d'Aumalle, frères, le duc de Montmorency, connestable,de THospital, chan; bélier, Sainct-Andréet deBrissac, mareschaulx^ Cbastinon, admirai de France, Marillac, arçhevesque de Vienne, Morvilliers, évesquc d'Orléans, Moutluc, évesqoe de Valence, Dumortier et d'AvansoDi tous conseillers au privé conseil. Le reste de la compaignie, a sçavoir àes chevaliers de Tordre, maistres des requesles, secrétaires d'çstat, thrésorierç généraulx, estoyent debout.

Avant que l'on entrast en matière, Tadmiral tenant une requeste en sa main alla devers Sa Majesté et luy déclara que, suyvant son commandement à luy faict allant dernièrement en Normandie, s^estant curieusement enquis de la cause des troubles et esmotions, il avoit sceu certainement que ce n'estoit à luy à qui on en vouloit ni à son estât; mais que le plus grand ipescontentement de ses sùbjects procédoit des ^udes et extresmes persécutions que Ton faisait pour la religion, sans que la cause eust esté juridiquement débattue et condamnée. A Toccasion de quoy et que ceux de ce party offroyent de monstrer leur doctrine et leurs cérémonies estre conformes entièrement aux Sainctes Escriptqres et aux traditions de la primitive Église, il avoit pensé faire chose très aggréable à Sa Majesté de prendre leur reqi^este et se charger de la luy présenter, à fin qd'il advisast avec son conseil en si notable assemblée, quelle provision on leur pourroit donner pour mettre le royaume en repos. Puis après il adjousta avoir bien prévu qu'une regaeste de telle et si grande importance devoit éstre signée ; mais que cela ne se pouvoit faire sans que préallablement ledict sieur eust permis des^assembler; quoy advenant on Tavoit asseuré qu'il se trouveroit de la Normandie seulement cinquante mille personnes. Suppliant au surplus le roy de prendre en bonne part ce qu'il en avoit faict. Sa Majesté sur cela déclaira qu'il avoit telle asseuraace sur sa fidélitq, comme aussi toutes ses actions passées en avoyent rendu certain tesipoignage, qu'Q ne doubtoit nullement que nulle autre chose ne Tavoit meu que le zèle de son service, de quoy il luy sçavôit bon gré.

Ce faict, Sa Majesté commanda à deLau^

be8j)ine, secrétaire d^estat, de prendre et lire tout hault ceste requeste, laquelle contenoit, comme les fidèles chrestiens espars en divers Iieox et endroîcts de son royaume, recognoissoyent ledict seigneur pour leur prince et souverain seigneur à eux donné de Dieu pour les gouverner et conduire ; et par conséquent estoyent ses loyaux et bons sùbjects , prests à porter tous les subsides et charges qu'il plairoit a Sa Majesté leur imposer, si ce qu'il prenoit ordinairement né sufGsoit. Et tout ainsi que les Sainctes Escriptures leur connnandoyent déporter le joug de leurs princes en toute subjection et obéyssance , aussi estoyent-ils instruicts de Dieu à luy rendre un pur service et adoration sans adjouster ou diminuer à sa paroUe, ne consentir à chose qui y fust contraire. A l'occasion de quoy et pour n'avoir liberté de s'assembler pubhquement pour recevoir la pasture céleste, force leur estoit d'y aller en secret et de nuict. Ce qui faisoit qu'ion leur avoit imputé une infinité de calomnies, pour lesquelles éviter, ils supplioyent très humblement Sa Majesté leur ordonner des temples, où on peust publiquement prescher la pure parolle de Dieu et administrer ses saincts sacremens, et qu'il députast tels commissaires qu'il luy plairoit pour faire rapport de leurs vies et mœurs.

Ceste requeste lue, la compaignie entra eh admiration, s'esmerveillant de la hardiesse de l'admirai, attendu les dangers où il se mettoit. Bref, aucuns le louèrent d'avoir rendu à son roy ce loyal service en temps si nécessaire. Autres le blasmoyent d'avoir faict telle ouver^ ture, et prins la cause en main de ceux qu'ils désiroyent estre exterminés, sans aucune forme ne figure de procès, comme estant les plus détestables du monde.

Après cela, et Tadmiral retourné en son lieu, le roy fit sommairement entendre la cause de rassemblée, remettant le surplus sur son chancelier, le cardinal de Lorraine, et le duc de Guyse ses oncles; priant toute la compaignie vouloir librement et sans aucune crainte ou passion luy donner conseil selon que l'occasion et la nécessité le requéroit. La roine mère les requit de mesme et les pria affectueusement de conseiller le roy son fils en telle sorte que son sceptre fast conservé, ses sùbjects soulagés, et les mal contens satisfaicts, si faire se pouvoit.

Le chancelier remonstra par une longue d^^

DE L*ÊSf At DE ÏR\*ïtË

tièeèj

duction Pestât des affaires an royamne, les com^ parant à une maladie, et disant qaUi seroit aisé de guérir le mal, pourveu qu'on en sceust la cause et la racine. Que l'on voyoit les estais troublés et corrompus, la religion divisée en opinions, la noblesse mal contente, le peuple appauvry et grandement refroidy du zèle et bonne volonté qu'il souloit porter à son prince et à ses ministres. Que si la source et racine de tant de calamités se pouvoit descouvrir, le remède seroit aisé ; par quoy c'estoit en cela qu'il falloit travailler, et pour raison de quoyilavoit pieu au roy de feire ceste assemldée, légitimement composée de tous les estats du [royaume, hors mis le tiers estât, qui n'y estoit nullement nécessaire, parce que le but et la fin où le roy tendoit n'estoit qu'au soulagement, paix et repos d'iceluy.

Le duc de Guyse suyvit, et meit papiers sur table, voulant rendre raison de sa charge touchant la gendarmerie et les forces du royaume. Le cardinal de Lorraine feit le semblable, touchant les affaires d'estat et des finances , et monstra par un abrégé les charges ordinaires surmonter le revenu du royaume de deux millions cinq cens mille livres, estimant que compter ainsi en bloc et en tasche estoit suffisant pour ne luy en demander jamais rien, et que par là son frère et luy en demoureroy ent quittes et deschargés. Mais ils estoyent lors les comptables et les auditeurs et maistres de leurs comptes tout ensemble ; car nul qu'eux ne visita les papiers. Yoylà ce qui fut Caict pour ce jour là, le reste remis au 23 dudict mois, et à fin que l'on se préparast pour ce jour-là, on bailla à chascun un bulletin de ce dont le roy demandoit conseil, ce' que l'on estimoit avoir esté expresséement inventé par ceux de Guyse, à fin qu'on n'entrast plus avant en matière qu'ils ne vouloyent; mais cela n'empescha les gens de bien de passer oultre.

Au jour assigné toute la compaignie assise en Tordre que dessus, le roy feit entendre son intention estre que ceux qui seroyent ordinairement en son conseil privé eussent à opiner, et qu'à leur imitation chascun des autres s'esvertuast. Puis il commanda à Montluc, dernier des conseillers, de parler, et les autres après en leur ordre, ce qu'il feit. Sesremonstrancestendoyent à la réformation du clergé, conmie aussi ceUes de Marillac, MorviQiers, Dumortier et

d^Avansôn, qui ophi^reni UM ce jour-là. MaU Charles de MariUac, archevesque de Tienne, emporta l'honneur; car, comme il estoit personnage doué de dons et grâces singuUères, employé de long temps es ambassades d'importance près et loing avec grande louange, aussi fut-il non-seulement estimé d'avoir très doctement opiné, mais aussi contenta la plus part de la compaignie; la harangue duquel fay bien voulu insérer ici de mot à mot pour la postérité :

« Combien que la proposition qui nous a esté faicte soit de grand et long discours, pour estre indéterminée et générale, et d'autant plus malaisée à résouidre qu'il conviendra de la généralité venir aux particularités ou la diversité des jugemens de ceux qui en disputeront produira, comme il est vraysemblable, variété d'opinions; si est-ce qu'en faict d'estat l'on doit tenir ceste maxime qu'après avoir bien consulté, il faut estre certain de ce qui reste à faire ; et que la plus dangereuse chose qui puisse estre pour le regard de ceux qui en ont le maniement , est de fluctuer en délibérations, sans pouvoir tenir party qui soit ferme et arresté. Or, si ceste règle tant célébrée par les anciens et si bien observée par tous les roys, républiques, et potentats qui ont prospéré, nous doit inciter à suyvre ce chemin, la nécessité en laquelle nous sonmiesnous réduicts à ce poinct, que ne pouvons autrement faire. Et mesmement que tout homme de jugement confessera que les choses ne peuvent demourer en Testât qu'on les veoit, et qu'on ne peut nier qu'au commencement de ce règne les difficultés ne soyent aussi grandes qu'on les vist oncques.

« Et pour n'estendre plus avant nostre propos, les troubles n'a guères advenus, h crainte d'autres nouveaux, le grand mescontentement qui estenplusieurs,l'extresme' pauvreté qu'on veoit aux autres, et l'estonnement qui est généralement en tous, nous doit bien inciter un chascun à penser d'heure aux remèdes qui sont propres, pour nous tirer du danger qui nous menace de quelque altération d'estat, et surtout en ceste adversité conserver le royaume entier ; en quoy il n'y a pas moins de gloire et d'honneur qu'en temps de prospérité en conquester un autre.

«Pour le faire court, j'estime qu'il y a deux choses comme deux pilliers ou colonnes principalles, sur lesquelles est fondée la seureté de

tl56ô]

SOIÏS FtlANÇOÎà il.

restât du roy; rintégrité de la rdigion, et la bétiéTotelice da peuple, lesquelles estant fermes, îl ne &Qt poinet craindre qne Tobéyssance se perde; mais venant à s'esbranler, comme maintenant nous l'appereeTons, il est grandement à donbter qa*Q n'advienne quelque altération de ce grand édifice, qui est dessus assis. Par quoy il les fauit nécessairement asseurer, de peur que la ruyne ne s'ensuyve bientost. U convient doneques tourner en cest endroict tous nos desseings et délibérations, soit pour la nécessité qui nous y ccmtrainct, ou l'utilité qui nous invite à ce faire, puisque de là despend robéyssance qui est deue au roy, et la conservation de son peuple; estant ces deux parties ei connexes ensend>te, que Tune sans l'autre ne peut subsister. Quant à la nécessité l'on la doit iHHisidérer pour le regard du roy, de ses premiers ministres qui commandent soubs luy, et du surplus des autres qui doivent (d)éyr.

«En premier lieu, le roy doit considérer àquoy il est appelle et pourquoy il est estably deDieu, qui luy faict tant de grâce que de lui bailler l'obéyssance d'un si grand peuple. En quoy il trouvera que c'est pour contenir ses subjects en la cognoissance et sarice de Dieu, les régir par bonnes loix, et les deffendre par armes , et en tout se rendre si enclin à procurer leur b«en qu'il puisse estre aimé et révéré comme père du peuple. Car r<m ne Caict différence entre le roy et le tyran, sinon que le roy règne avec bénévolence et consentement du peuple, et le tyran domine parcontraincte.|Au roy doneques se voit l'ordoimance de Dieu, qui est autbeur et conservateur des polices de bonne ordre ; au tyran Tœuvre du diable qui pervertit la fin pour laquelle les roys sont ordonnés. Dont s'ensuyt que l'un est aimé de tous, et ne peut estre hay que des mauvais, qui sont désobéyssans à la loy ; l'autre, pour estre craint sans distinction, est hay de tous, selon l'ancien provabe qui porte, que ceux qui seront cnmts seront touf^ours hays. A tant, si le roy veut estre aimé, et satis&ire au commandement de Dieu, et retenir l'obéyssance de ses subjects, il luy est nécessaire d'établir la religion et ouyr les plaîactes de son peuple pour luy donner tel r^uMe que le père doit à ses entkns, puisqu'il est roypour cest eOect et qu'il ne peut faire autrement, s'il ne se veutrôidre îod^ne de la grâce de Dieu, par laquelle il confesse régner, XYl" tiicLB, La PI. et Lt PI.

et que Dieu ne translate éesté grâce à d'autres, ainsi que les exemples du Vieil Testament nous letesmoignent; et sans aller plus loing, ceux de la maison de France y sont notoires.

•• Lepremier lien doneques qui conferme, arreste et retient l'obéyssance, est la religion, laquelle n'est autre chose que cognoistre Dieu, ainsi qu'il appartient, et faire ce qu'il commande. Or puisqu'il convient le recognoistre pour créateur, autheur et conservateur de toutes choses, il s'ensuy t que toutes nos œuvres doyvent estre rapportées à l'honneur de son nom; et partant il est nécessaire de conserver entier ce grand lien de toutes les actions des hommes , et par lequel les sulijects du roy luy obéissent, qui est religion. Et pource que le lien s'est desnoué, tant par la malignité des uns que négligence des autres, et corruption de nostre temps, nous devons inférer par là que c'est une signification de l'ire de Dieu , qui nous menace d'une grande ruine, laquelle ne peut estre que prochaine, s'il n'y est bientost femédié. Car, oultre la variété des doctrines, qui vit oncques la discipline ancienne de l'Église plus dissipée, plus abattue, plus négligée; les abus plus multipliés, les scandales plus fréquens, la vie des ministres plus reprenable, et les tumultes du peuple plus grands?

«Pour obvier à ce danger, le vray remède ancien et accoustumé seroit le concile général ; mais à ce qui se voit, l'on ne s'y doit point attendre, pour deux raisons : Tune, qu'il n'est en nostre puissance de faire que le pape , l'empereur, les roys et les AUemans soyent d'accord incontinent du temps, du lieu, et de la forme qu'on y doit tenir ; où bien souvent se trouvent tant de difficultés , que l'un venant à le promouvoir, l'autre tasche à le rompre ou reculer ; l'autre, que nostre mal nous presse si fort , le feu estant allumé en plusieurs endroicts de ce royaume, que ne pouvons attendre un remède esloigné et incertain , tout ainsi qu'un malade defiebvre continue ou autre maladie aiguë, où la saignée et autre remède prompt est nécessaire, ne peut attendre qu'on soit allé quérir un médecin bien loin, le^piel on n'est certain encore qu'il viendra.

«Il fiiut doneques venir au concile national, qui a esté cy-devant conclu et arresté , le roy l'ayant faict escrireet publier par-tout; parquoy il est nécessaire de l'accomplir, tant pour la né-^

ftÈ L'ESTAT DE FRANCE

[tm]

CAMité qui hqiw presse, pour le pauvre estai wqueirÉgliseestmainteaantréduicte,quepouF la réputation du roy qui Ta ainsi délibéré et déclairé par lettres; ejt mesmement qu'il n'est survenu chose qui nous doyve dissuader de faire autrement, ains au contraire tous les jours les causes croissent pour nous faire haster, si iHUis ne voulons tout perdre. L'empereur Cbar* les cinquiesme naguères décédé, estant venu k Boulongne pour y estre couronné, et venant à conférer des affaires de la cbrestienté avec le pape Clément, feit proposer par son chancelier le concile , tant pour réformer les mœurs des ecclésiastiques qui estoyent corrompus, que pour establir la doctrine qui estoit en controverse. A ceste proposition le pape contredict aigrement , remonstrant qu'il n'estoit besoing d'assembler le concile, ny pour les doctrines, veu que toutes les nouvelles opinions avoyent esté réfutées et damnées par les anciens conciles ; ny pour la discipline ecclésiastique, laquelle y avoit esté si bien ordonnée touchant les mosurs, qu'il n'estoit requis que de faire garder les décrets qui sur ce y avoyent esté faicts. Mais l'empereur ne demoura satisfaiict de ceste res* ponse : ains répliqua que les grandes assem blées ne pouvoyeot estre que bonnes, tant pour retrancher le mal , qui de jour en jour pouvoit croistre, que pour remémorer , rafraischir et conserver ce qui avoit esté introduict auparavant , et empescher qu'il ne fust oublié , ains entretenu toujours en vigueur. £t suyvant ceste saincte délibération persista toute sa vie en ce propos, de procurer le concile, où à la fin il ne trouva plus grands adversaires que ceux qui le doy vent procurer.

«Les anciens observoyent de fedre conciles de cinq ans en cinq ans, comme il se peut voir par les décrets. Et quant aux nationaux, par le discours des histoires de France, à commencer du roy Clovis jusques à CharlemaigDe , et depuis jusques au roy Charles septiesme, l'on trouvera quasi en tous ces règnes assemblée de l'Église gallicane, maintenant de tout le royaume, autresfois de la moitié , par fois de deux ou trois provinces ; dont jamais ne procéda que grand fruict , comme de réformer les mcours , qui peu à peu se corrompent , et bien souvent les doctrines, selon que les occasions se présentoyent.

L'on ne doit doncques plus différer à suy vre lechemin que noa miy^urs ont tem, ny craindre

en eest endroict d'estre accusésf de nouveUeté* ' puisque nous en avons tant, d'exjemples;ny es- I timer qu'il en puisse advenir autre chose que bien, puisque Dieu assiste à ceux qui sont assemblés en son nom;ny aussi plus attendre, puisque la nécessité nous presse de si près, que sans nous haster , nous voyons les présages de la désolation, qui nous représentent et mettent devant les yeux l'exemple et pauvre estât des églises de Judée, Egypte, Grèce, Afrique, et autres qui estoyent anciennement les plus florissantes, où maintenant à peine le nom de chrestien y est demouré.

« Par ces raisons je viens à conclurre qu'il ne faut plus différer de s'assembler, soit par forme de concile national, soit sous le nom de consultation, sans s'arrester aux obstacles que le pape y voudroit mettre, puisque il nous est permis et qu'il est question de nostre conservation. £t autrement, quand nous aurions perdu une partie du royaume , qu'il n'est en sa puissance de le nous restituer ; et qu'en tout événement nous ne voulpns périr pour luy complaire, ains suyvre la règle que Dieu nous a laissée, et que no9 prédécesseurs ont si souvent pratiquée. Mais en attendant que ceste assemblée se fasse, j'estime qu'il seroit grandement à propos d'entendre à trois ou quaUre préparatÛEs, par lesquels une si saincte entreprinse seroit fort bien acheminée.

« Le premier est la résidence des prélats en leurs diocèses, sans qu'il y eust homme qui en fust dispensé, et mesmement en France, où la pkncbe et dispense estant faite pour un, la conséquence induict tous les autres à vouloir passer par là. £t sur ce ne fault espargner les Italiens, qui occupent la troisiesme partie des bénéfices du royaume, ont pensions infinies, succent nostre sang comme sangsues, et ne tienn^t aucun compte de résider ; ains en leur cueur se moquent de nous , qui sommes si mal ad visés de ne le cognoistre point, et si nous le cognoissons, de nous retenir par leurs belles parolles, et autres façons de n'y pouvoir remédier. Si le roy payoit grand nombre de gens de guerre» comme il &ictde gendarmerie, et qu'au fort de la guerre, au lieu d'aller contre les ennemis, ils se tinssent tous en leurs maisons ou à leurs plaisirs, n'auroit-il pas cause de dire qu'il seroit mal servy, de les casser, et bailler la soulde et es4at à d'autres? Ainsi est-îl des prélats, qui au

temps des hérésies, de FathéisBO^ ^i croist à vene d'ceîl, et qui est la pkis grand' guerre que l'Église sçauroit^voir, serecolent delabattaille, ayant à faire contre si forts ennemis qoi sont d'aotant plus àeraindre que ceux du roy, d'au* tant que ceux-ey sont spirituels et invisibles, et les autres charnels et visibles.

« Le second préparatif est de monstrer par quelque acte insigne que nous avons résolu de nous réformer à bon escient , à fin que nos adversaires ne puissent dire que nous assemblons un concile pour establir nos prérogatives et privilèges, sans autrement avoir volonté de nous réformer. En quoy il me semble qu'il n'y a chose plus convenable à leur faire sentir que l'on ent^d y procéder de bon zèle, que de tenir la main à ce que cependant il ne se fasse rien en TÉglise par argent , à fin que ceste grande beste babylonique qui est avarice , laquelle a introduict tant de superstitions , tant d'abominations, et tant de maux en l'Église de Dieu, donne des cornes en terre ; et trouverons par ce moyen que la pluspart des controverses qu'avons sur la doctrine se pourront par là facilement composer ; pour le moins ceux qui parlent mal de nous auront cause de se taire. Et si l'on dict qu'il seroitfortestrange que si petit nombre, comme maintenant nous sommes, introduist chose de telle importance , et sans attendre la détermination de la grande assemblée ; je responds que ce n'est pas introduire chose nouvelle, ains exécuter ce que Jésus- Christ nous a commandé, que les saincts conciles ont déterminé, les roys de France, qui sont exécuteurs des décrets desdiets conciles, ont ordonné, et que de nostre temps les plus grands personnages et les plus renommés en TÉglise romaine ont advisé. Ceste sentence de Jésus- Christ est étemelle : Gratis accepisiis , gratis date. Les choses q>irituelles se baillent de Dieu gratuitement : il ne nous est donc licite en faire marchandise ; ains est commandé de les dispenser en la raesme sorte que les avons receues, qui est gratuitement. De là vient qu'on appelle simonifi prouvé

Actes d< ,

qu'il n'i Au r donné < i

SOUS FRANÇOIS H

màisencores pour veoir surle souspeçon*, de sorte que ceux qui faisoyent don aux pauvres , en consignant selon leur dévotion à l'Église leur charité, estoyent interdicts et prohibés de faire tels dona en temps qu'ils recevoyent les sacremens, de peur qu'on ne vinst à interpréter que ce fust pour la perception d'iceux, comme il se Ut au concile d'Ancyre et autres subséquens. Sainct Louys. roy de France, voyant ce désordre qui commencoit, nefeitaucune doubte d'ordonner que les prélats résideroyent en leurs éveschés, et qu'on ne porteroit plus d'argent à Rome : monstrant par là combien ceste marchandise luy desplaisoit, encore qu'il fust prince catholique, et des plus obéyssans qui fut oncques à l'Église ronuiine.

«Le pape Paul troisiesme,delamaisoâQde Farnèze, de nosftre temps voyant la défection que plusieurs pays faisoyent de l'Égliseromaine, et craignant que ce mal se vinst à estendre par tout, recognoissant assez qu'il y avoit'des abus en l'Église, lesquels il désiroit oster et empescher, par la crierie des protestaas; commsÂda à certains personnages qui estoyent les plus apparens en doctrine de leur temps, de luy mettre par escrit ce qui leur sembloit estre digne d'estre réformé en l'Église, y adjoustant l'excommunication, en cas qu'ils ne s'en acquittasseni franchement et librement : et davantage exigeant particulièrement serment de ebaacua d'eux qu'ils ne luy céleroyent rien. Entre les personnages esleus à donner cest ordre, estoyent le cardinal Contarin, tant estimé par tout, et qui est assez cogneu en AUemaigne, où il avoit esté légat au temps de la grande controverse ^ la religion ; y estoit aussi le cardinal Tnéatin, qui depuis a esté pape, surnoomié Paul quatriesme, qu'on estimoit des premiers de TÉglise en intégrité dé vie et en sublimité de doctrine ; les cardinaux Sadolet et Paul d'Angleterre y estaient pareillement, dont il n'est besoin de parler, pour estre asse? cogneus par tout, avec cinq autres grands personnages esleus comme les plus suffisans qui fussent à Rome. Ces sei^ gneurs, après a voir ensemble conféré, donnèrent leur advis, qui est publié par tout, contenant un premier poinct : Qu'en Tusage et administration des clefs, c'est-à-dire, de la puissance de l'Église, ne se pouvoit ni nedevpit rienpren* dre, sans contrevenir directement au comman* dément 4e.{)^ett efc décret^ descoocUei. £t tou^

DE L*£STAT DE FRANCE

t^foU ni le pape Paul tiers, qai avoit demandé cest advis, avec taot de conjurations et fiilminations, n'en feit audre chose ; ni le pape Paul quart ne tiat compte de restablir ce qu'il avoit estimé estre si sainct et nécessaire du temps tju'il estoit cardinal. Je laisse ce que sainct Bernard et autres saincts personnages en ont dict, et diray seulement que si nous neprestons autrement le cueur et la main à extirper ceste raidoe qui est mère de tous maux, que Jésuschrist, qui est autant puissant qu'il fut oncques, descendra du ciel, et reprendra le fouet pour nous chasser du temple, ainsi qu'il feit les marcbans.

k<Le troisième préparatif est de confesser nos fautes, qui est la première partiede laguérison» en faisant indiction de jeusnes publics, comme au Vieil Testament en ancienne Église estoit accoustumé de faire , lorsqu'il y avoit apparence d'une grande calamité publique, comme peste, famine et guerre, où maintenant toi:^ces maux sont concurrens. Car quelle plus grande peste y poUrroit-il avoir, que celle qui tue les âmes, tiy plus grande famine que de la paroUe de Dieu, ny guerre plus cruelle que la corruption de la pure et saincte doctrine, qui nous veut aliéner de Dieu nostre roy et faire perdre ce grand royaume, auquel sommes appelés par le bénéfice de Jésus-Christ? Il feiut doncques recourir aux armes accoustumées des anciens qui sont jeusnes publics, oraisons et larmes ; et sur-tout prendre le glaive de Dieu qui est sa paroUe, dont maintenant nous n'avons plus que la gaine, c'est-à-dire l'extérieur; et ne penser plus que les mitres, crosses, rochets, chapeaux et tiares, quiest»yent anciennement introduicts pour actîompaigner l'intérieur, qui est la :doctrine de bonne vie, et pour nous rendre par là plus admirables, soyent pour nous garantir du mespris du peuple, puisque l'intérieur n'y est plus, et qu'il n'y a que le masque extérieur. Et nous fault proposer devant les yeux ceste horrible sentence : Que lacoignée est mise à la racine, et tout arbre qui ne portera pas bon fpuict sera coupé.

«<Lequatriesme préparatif est qu'en attendant le concile, les séditieux soyent cohibés et retenus, en sorte qu'ils ne puissent altérer la tranquillité et le repos des bons, et prendre ceste maxime indubitable : Qu'il n'est permis de prendre le» an^es pour quelque éàxm qt^ ce

soit , sans le vouloir, commandement et permission du prince, qui en est seul dispensateur. Je le dis pour les piteux exemples naguères advenus, et dont de jour à autre en avons advertissemens. D'une part s'est veu le tumulte d' Amboyse soubs couleur de présenter une confession, au lieu que l'on devoit venir en toute humilité; d'autre part, y a eu des prescheurs, lesquels pour extirper les protestans, vouloyent faire eslever le peuple, soubs couleur d'une saincte sédition ; comme s'il y avoit religion qui permist que pour la planter ou retenir il fust permis d'user de sédition.

« Ainsi des deux côtés y a eu de la faute, comme cy -devant ont esté tués des hommes soubs couleur qu'ils estoyentprotestans; aucon^ traire on a forcé les juges et violé la justice ordinaire pour faire délivrer des prisonniers protestans : et ainsi sous ce masque de reK^ gion, plusieurs ont usurpé tauthorité du magistrat, de prendre les armes; ce qui ne leur est aucunement licite, ainsi défendu à tous. Car la fin de la loy est vivre selon Dieu, et n'offenser personne : et la fin des armes, est de faire que la loy soit obéye. Le roy doncques estant conservateur de la loy, ainsi ordonnée de Dieu, par conséquent est seul dispensateur des armes, qui luy sont baillées pour punir les contrevenans à la loy. Par quoy ,*pour conclusion, celuy se faict roy, qui les prend de son authorité, et tf estant orîdonné de Dieu pour tel. H s'ensuyt que tout le monde luy doibt courir sus, comme celui qui contrevient à l'ordonnance de Dieu, qui est Testablissement du roy. Pour parvenir à ceste affaire les baillifs et séneschaux ont commandement de faire résidence es lieux de leur charge, et les gouverneurs de visiter leurs gouvememens ; à fin que comme estant envoyés du roy, ils empescbent que (soubs quelque couleur que ce soit) les armes ne soyent prinses par autres que ceux à qui le roy le commandera. De ce que dessus appert que le premier lien pour retenir Tobéyssance du roy est d'establir la religion avec telle modération^ que nul n'en puisse abuser pour exécuter se» passions contre l'authorité et but de la loy^ qdS est d'obéyr à Dieu et au roy.

« Pour venir au second poinct, qui concerne le peuple obéyssant , le vray moyen de le retenir, est d'ouyr, les plaintes qu'il peut faire, en y apidiquani tel ifémède ^e le mal le requiert. Eif

SOUS FRANÇOIS II

quoy il y a différence entre les plaintes publiques et privées. Car si les plaintes estoyeni fitictes de privé à privé, je confesse qu'il seroit aisé d'y ponrveoir par l'establissement des juges qui sont si bien ordonnés, que le roy mesme se rend sabjectaux loix qu'il exerce envem sonpeople. Mais quand elles sont générales, et regardent la seureté et l'altération de l'estat, il fault nécessairement recourir aux anciennes ordonnances sur lesquelles Testât est fondé, qui n'est autre chose que les trois ordres que nous appelions les estats, à fin que chascun ayant proposé par ensemble ce qui tend à difformation, et consulté des remèdes qui sont propres, le roy, pour l'amour naturelle qu'il porte à ses subjects, ordonne ce que justement est requis à l'honneur de Dieu, et à la satis&ction d'un chascun : de quoy despend la bénévolence que tous luy portent» et le contratement qui luy doit demourer, en ce qu'ayant obéy à sa vocation envers Dieu, il a retenu le gré des hommes. Et en ceste sorte il conserve non-seulement le nom de roy, et les qualités qui en dépendent, mais encores il pieut commander sans armes, puisque la bénévolence des siens les induict à plus &ire de gré, que la ccmtrainte ne pourroit exiger par force. Agis, le roy des Laoédémoniens, disoit que le roy pouvoit régna* sans armes, quand il commandoit aux siens comme lepèreàsesenfims.

« Or pour monstrer que les plaintes sont de telle nature qu'elles requièrent estre ouyes et examinées en rassemblée des estats, je toucheray celle qui est générale. Que les surcharges extraordinaires imposées sur le peujrfe sont cmeuesetmultipliéesde sorte quenon-seulemeiU il ne peut plus porter ce grand faix, maisencore ne peut satisfaire aux anciens devoirs. N'est-ce pas plainte digne d'estre traitée aux estats? Si le roy au contraire veut ÛLxre entendre la calamité des guerres qui ont si Icmguement duré, les despenses qui s'en sont ensuyvies, la faute des finances, et les grandes dettes qu'il a trouvées à son advènement à la couronne, n'est-œ pas propos digne d'estre remonstré aux estats, puisque la pluspart du peuple d'un costé fiiît ses doléances, et que d'ailleurs la nécessité demeure telle, qu'on a plus de désir de le soulager que de pouvoir promptement l'exécuter? Et mesmement que vouloir ouyr la plaincte des affligés, est commencement de consotatimi. Et

&ire démonstration de les vouloir relever d'oppression, est une bonne partie de la guérison ; laquelle pour le moins les gardes de tomber cd désespoir, et de cherdier mutation.

«Si le peuple remonstre que le roy doibt vivre de son domaine, faire la guerre des aides , et payer la gendarmerie des tailles, lesquels à cest effect furent cy-de vaut accordées ; et que le roy au contraire fasse cognoistre qu'il a trouvé le do* mainede sacouromiequàsi tout aliéné, la pluspart des aides engagées, néantmoins demeuréchargé des despenses accoustumées et de dettes, infinyes, pour obtenir avec le gré du peuple que les charges estant aucunement diminuées continuent encores pour quelque temps, en attendant qu'on ait exécuté les moyens qu'on invente et pratique tous les jours pour ravoir le domaineetdescharger les aides, pour ce pendant empescher que les subjects ne se soustrayent de l'entière obéyssance qu'ils doyvent à leur roy et les rendre capables de ce faict, y a-il autre moyen que d'assembler les estats?

« S'il est par nécessité besoing de retrancher les despenses du royaume, et que ceux qui en ont la charge ne le puissent exécuter sans s'attirer une envie incrédible, procédant du mescontentement de ceux qui ne se soucient si la bourse du roy est vuide pourveu que laleur soit pleine ; comment se peut-il mieux, ne plus seurement exécuter, que par l'advis de grande assemblée, puis qu'autrement peu de gens ne le peuvent fiûre? Il but doncques que ce soit aux estats.

« Si le mescontentement se trouve en tant de gens, que tous les jours l'on cherche moyen d'altérer la seureté de Testât, nesçachant les uns en quelle disposition sont les affitires, ni le fond des finances du roy; les autres abusansde ce prétexte pour mouvoir les simples à sédition: pour contenter les bons et fermer la bouche aux mauvais, y a-il remède plus prompt ny plus recevable, que de faire entendre en pleins estats comme toutes choses passent, puis qu'il est permis larde s'enquérir, et y scavoir la vérité?

«< Si les premiers ministres du roy sont calomniés comme autheurs et cause de tout le mal passé et qui peut advenir, comme ceux qui tournent toutes choses à leur âdvantage et font leur proGfit particulier de la calamité de tous; y a-il autre moyen pour se nettoyer de tous souq)eçons, que de faire entendre en telle assemblée, en quel estât Ton a trouvé le royaume,

DE L'ESTAT DE FRANCE

Comme il a esté administré, et comme ceux qui sont asseurés d'avoir bien versé ne veulent fiiyr la lumière, ains sont appareillés d'en rendre si bonne raison, qu'on aura cause d'en estre satisfaict?

«•Bref, s'il y a crierie publique soubs quelque couleur que ce soit, où peut-elle estre mieux ouye qu'en assemblée générale? Et si elle est juste, d'où peut procéder le remède plus asseuré que celuy qui sera consulté et trouvé bon par tant de gens? Et si elle est faulse, où se peut mieux effacer le souspeçon que là ? Car autrement advient que bien souvent les opinions, encores qu'elles soient faulses, s'insinuent en la leste des hommes, et les occupent si avant, que la vérité après n'y peut entrer. Par quoy les remèdes de les dissuader sont propres, t]uand devant tout le monde on leur monstre qu'ils ont esté mal persuadés.

ail y a une autre considération de nécessité qui dérive des inconvénients qui peuvent advenir, quand en ces difficultés on ne s'aide des iremèdes ordinaires. En premier lieu, le roy en ses loix et commandemeas n'est obéy, qui est un dés plus grands présages de sédition qui puisse estre considéré. Car d'autant que le peuple n'est escouté en ce qu'il dict estre grevé. Il vient à perdre peu à peu l'espérance d'estre soulagé. Et finallement tombe en ce désespoir de se soustraire des charges qu'il portoit, sans révérer ny le commandement du roy, ny Tautfaorité de sa justice ; ains se dispose à tout ce qui peut advenir, prenant pour maxime qu'M ne peut pis avoir que la mort, qui mettra fin à ses malheurs.

«• Les mal contens tfaîBeurs, Voyant le peuple mal édifié, procurent de l'aigrir davantage par faulses persuasions, dont ils s'aident, remettant toute la coulpe sur le gouvernement qu'ils disent estre mal conduict, et soubs prétexte de quelque occasion qui semble avoir quelque couleur de vérité, ils y adjoustent une Infinité de mensonges qu'ils font divulguer par placars, libelles fameux, lettres sans nom d'autheur, et par autres moyens obliques. Ce qu' ils peuvent d'autant plus aiséement persuader, queje peuple estant ulcéré, reçoit volontiers ce qui est conforme à sa passion. Et les plus simples qui ti'entèndent le fond des affaires du roy, 6e laissent aller à croire ce qui est divulgué partout.

«De là procède par degrés que les uns, abu* sant du nom de religion, violent Pauthorité debi justice, contreviennent aux édicts du roy, forcent les juges, et font tous actes de r€J)elles; les autres, soubs confiance d'impunité, font assemblées réprouvées, tiennent les champs, foulent le peuple, et commettafit une infinité de maux et rejettent après la cause de tout le mal sur te fàict du gouvernement, voy»it que plusieurs s^en plaignent; dontils'ensnytqueles plus desbordés et téméraires parlent ouvertement, et les plus malins osent bien fktre pratiques avec les princes et nations estrangères, et ce pendant agseurent le peuple de liberté ou d'autre mutation, selon qu'ils voyent qu'il y est plus disposé.

« Il n'est jà besoing de particulariser ce qui est dict en général, pour estre chose notoire; seu* iement ajousteray, que si une province de oe royaume venoit à s'exempter des tailles et charges accoustumées, comme l'on en volt signification en quelques parts, il y aurolt danger que les autres pays ne soy vissent leur exemple. Pour le moins, les denii>fs qu'on reeevroit d'ailleurs ne seroyent suffisans à mettre forces pour réduire à la raison ceux qui seroyent refiisans; et mesmemeht que le feu, estant une fois aHumé, pourroit sauter de lieu en autre, et finallement s'estcndre par-tout.

« Par quoy pour éviter si grand mai, et si prodiain péril, il semble en toutes sortes estre nécessaire d'assembler les estais. Et quand orea les causes des nécessités dessus discourues cesseroyent, encores l'utilité de convoquer telle assemblée est si grande, que tout le monde la doit désirer. Car peut-on plus souhaiter, pour apprendre un jeune roy à régner, que de luy fiiire entendre par le menu toutes les affaires de son royaume, d'examiner les moeurs de son peuple et cognoistre ce qui se fiiict pour luy, et ainâ se former à mesurer la despense : en sorte qu'il s'y porte comme le bon pasteur, lequel tond son troupeau doucement, sans autrement l'of*- I fenser, et qui prend par là une règle d'éviter ' toute supeiÎBoité et luxe, voyant que ce qui ; sort de la bourse hors son domaine est la sub^ stance et le sang de son pauvre peuple, que Dieu a mis en sa garde et protection. De là procédera tine bonne et saincte éducation, qui après produira bonnes moeurs, et après s'eni suyvra la bdnne fortune, laquelle accompafgae

conummé^BDept les la/eUlevrg; et finalement s'acquerra ce grand nom de Père dq peuple, duquel la mémoire au roy Louys douziesme est plus célébrée» et reluit pour exemple à toute la postérité, plus que toutes les conquestes et vie* toires de ceux qui ont esté auparavant.

« L'autre utilité e«t que le peuple françois ayant entendu les nécessités de son roy, et mesmemenl quand elles ne procèdent de son &ict, n'a jasiais reculé de luy subvenir de tout ce qui a esté en son pouvoir. Ce que ceste nation sur toutes autres a tousjours desmonstré. Par quoy l'on doit bien prendre garde que ceste promptitude et débonnaireté ne soit si mal receue, et^ souvent offensée qu'à la fin elle ne se convertisse en rage et désespoir.

* Ces utilité^ sont coiyoinctes avec une grande bonnesteté, en ce que le roy, sur ces commençemens de son règne, reprend l'ancienne observance et coustume, à quoy tout bomme sage Itura touijours recours, quand il vorra la corruption avoir tant gaigné que les loix ne retiennent plus leur vigueur. Car, combien que le roy soit seul autbeur de la loy, et qu'à luy seul appartienne de commander, toutesfois ce qu'il ordonne en telles assemblées a plus de force, et le peuple s'y rend d'autant plus obéys- $ant qu'il voit ceste ordonnance estre conforme à l'advis de plusieurs. Où, quand peu de gens y ont esté appelés, on vient à interprester que la loy a esté forgée selon la passion d'aucuns, et sans examiner les raisons qu'eussent peu allouer les absens, s'ils eussent esté ouys.

« £n ceste sorte la maison de France s'est maintenue environ (mze cens ans» et n'y a royaume bien ordonné qui ne suyve ceste andeiane et saincte coustume d'assembler les estats , comme l'on voit en l'empire, où l'on tient les <liètes; et d'ailleurs aux royaumes d'Espagne, d'Angleterre, d'fiscosse, (k Dannemarch, Suèd^, Bobesme, Hongrie, et partout ailleurs, qui est une autre considération qui doit estre poisée. Car, puisque tant de rois se trouvent bien de telle observance, ei estiment ne pouvoir autrement maintenir leurs estats, l^on ne se peut honiiestementdépartirde cequenoosavons si long temps gardé.

** Reste à respondre à ceux qui ne peuvent trouver bonne telle assemblée, alléguant que c'est chose dès long temps discontinuée, qui t^nd à diminution de rautborilé du roy, et qui

SOUS I^RANÇOlâ II.

surtout est dangereuse en leBq>s de division, Si ceux qui mettent en avant la discontinuation de convoquer les estats examînoyent les maux et les biens qui en sont depuis pro venus, certes ils trouveroyent que si telle observance eu^ eu lieu, l'on ne fùst tombé en tant de calamités que nous voyons en ce temps, d'autant qu'on n'eust permis la corruption procéder si avant, «ans y remédier en tout ou en partie. Car tou^ ainsi que par intermission des conciles en l'É* gUse, s'est accumulé le comble du désordre que l'on voit nous menacer de grande mutation, ainsi la discontinuation des estats a ouvert U porte à toutes les inventions mauvaises, lesquelles sont augmentées de sorte, que le seul moyen d'y remédier est de reprencbre l'ancienne forme de nos majeurs, qui est d'assembler les estats

• Ceux qui adjoustent que l'authorité du roy seroit diminuée me semblent ne cognoistre point le cueur des François, qui a tousjours faict pour son roy ce qu'il a peu, et d'en requérir plus ce seroit ii^justice, et de l'exiger, impossibilité. C'est doncques establir l'authorité du roy, et non pas la diminuer, de leur proposer choses justes, puisque sans violer le nom du roy, l'on ne peut faire autrement; et par là d'at^ tendre l'ottroy de tout ce que le roy veut, puis» qu'il a si bon peuple qu'il ne luy refuse rien.

u Et si l'on réplique, que le roy se bride de n'avoir rien sans le consentement du peuple, je responds que, puisque sans assembler les estats, et sans entendre les raisons qui meuvent le prince à croistre les charges anciennes, le peuple a cy-devant obéy, et sans contradiction, que devra-il faire quand il sera persuadé que la cause de la demande faicte aux estats sera trouvée juste?

« Si l'on persiste à dire que par là le peuple se* roit juge s'il y auroit justice à ce que le roy demanderoit , l'on peut adjouster qu'entre tant de gens assemblés, la phispart tend au bien commun, et que le peuple est capable d'entendre ce qui est à son proffît; et par tant y consentir, puisque la voix du peuple est communéement c«He qui est aj^rouvée de Dieu.

« En ceste sorte ont régné ceux qui ont esté auparav^t , dont les plus renommés ont eu tant d'esgard à contenter le peuple que, sans creues et autres surcharges, ont plus faict que nous n'avons depuis avec tesltes les inventions qu'oa

dÔO

DE L'EStAt DÉ FRANCE

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a peu troaVei* pùat é^iiiser le peuple. En quoy pour l'heure je ne me départiray de l'exemple de ce bon roy Louys douziesme, lequel avec son revenu ordinaire força et print tout l'empire des Vénitiens, excepté le seul corps de la ville; conquesta le duché de Milan, et donna terreur à toute l'Europe ; où nous depuis ayant fàict preuve de tout ce qu'avons peu inventer pour exiger deniers, à peine avons peu retenir une seule ville conquise sur nos ennemis.

« Davantage l'on voit que la facilité d'obtenir et trouver trop aiséement deniers, nous rend faciles à faire trop de despense ; où nous mesurant selon nostre revenu, nous eussions retenu le cueur .^'attenter sur les estats d'autruy et les mains fouiller si avant es bourses du pauvre peuple, dont à la fin n'avons tiré aucun fruict, sinon que les nations estranges ont triomphé de nos escus, ne nous laissant que Fexemplede leurs vices.

«Aucuns ont voulu mettre en avant ce qui advint du temps du roy Jean, où les estats réduiront le dauphin à prendre plusieurs partis indécens. En quoy je me pourrois contenter de dire qu'entre tant de proffits qui sont procédés de l'assemblée des estats l'espace de plus de mille ans, c'est un foible argument de vouloir rompre telle observance pour un inconvénient une fois advenu. Car de là s'ensuyvroit qu'on devroit oster les parlemens et autres magistrats, pour autant que par fois il s'est trouvé des juges lesquels ont mal versé. Mais pour autant que l'on fonde l'inconvénient qui advint lors sur la division, concluant par exemple qu'il est dangereux de feire telle assemblée en temps de division, comme seroit au nostre : l'on peut aiséement respondre qu'il y a grande difïerence entre une division desjà commencée et ouverte, et celle que l'on craint qu'il se fasse. Comme au premier cas est oit celle du temps du roy Jean, auquel, le roy estant prisonnier, le peuple sans chef, et la guerre continuant contre les Anglois, qui avoyent esté en tout victorieux, la division estoit telle, que ceux des grandes villes tenant un party , et estant soustenus par les plus grands princes du royaume, qui procédoyent de force ouverte , il estoit aisé à penser que la plus forte part acheminoit les affaires à sa dévotion. Ainsi, n'est de merveilles si, en telle calamité le royaume estant si affligé et divisé, le dauphin, en l'absence du père, cé-

da à rinfêlteité du temps, 6t à la violence de ceux qui estoyentles plus forts.

«Maisencestuy-cy où nous avons paix avec tous nos voisins, et le royaume demoure entier, où nul refuse obéyr au roy, nul querelle son estât, nulles forces se peuvent descouvrir, lesquelles on ne peut aiséement repoulser; ains se trouvent seulement aucuns maJins esprits qui veulent subvertir le peuple soubs diverses couleurs, et prendre par là occasion de piller, rober et s'enrichir de la pauvreté d'aultruy : pour faire cesser leurs menées et rompre entièrement leurs desseings, et contenter le peuple, le vray moyen est de faire entendre aux estats comme les afhires sont traictées, les deniers dispensés, les nécessités qui nous ont réduicts à ne pouvoir satisfaire à tous ceux qui demandent, le désir qu'on a de réformer TEglise, d'ouyr et soulager tous les affligés, relever les opprimés, et entendre à toute bonne œuvre.

«Ce seroit doncques couper les racinesdela division, non pas decellequi est formée, car il n'y en a point qui puisse produire grands eSects, si Ton y entend d'heure; mais de celle qui se pourroit brasser, laquelle aiséement pourroit croistre, si par remonstrances faictes es estats, édicts, loix et pragmatiques n'y est obvié; comme il se feit du temps du roy Charles huictiesme, où le roy estant moindre de quatorze ans et les contentions pour le gouvernement estant telles qu'on vint jusques aux armes; néantmoins les estats, après avoir recogneu leur roy , luy supplièrent en toute humilité d'entendre à ce qu'ils luy remonstroyent pour le bien de son royaume, sans user d'un seul terme qu'on peust interpréter porter contraincte.

« Doncques par plus grande raison, ils se porteront maintenant en mesme dévotion, estant le roy horsde minorité accompaigné delà roine sa mère, de tant de princes du sang, de Testât de l'Église et de la noblesse, qui ne voudroyent tous espargner chose qui soit en eux jusques à la dernière goutte de leur sang, pour la conservation de l'authorité du roy qu'il a pieu à Dieu leur donner, sans craindre les folles machinations de ceux qui ne voudroyent chennner droict, dont la foiblesse et la mauvaise cause nous doy vent asseurer que leurs efforts ne sont grandement à craindre ny à doubler, s*îl y est bientost pourveu par rassemblée des estats.»

Telle fiit la docte, sage et chtesliemie haran-

SOUS FRANÇOIS IL

gœ de ce gnmd personnage, qui ne ve8Ciitgti&res depuis, estant, comme Ton dict, intimidé par ceux auxquels il avoit desplen; les autres disent qae voyant comme tout alloit de mal en pis, il en monmt de regret.

Le lendemain, 24 du mois, le rang d'q)iner escbent à Fadmiral, lequel fit entrer toute Passistance en admiration par ses grandes et singulières remonstrances, tant pour le faict de la religion, que pour les affaires politiques et d'estat, s'acoordant et suyvant si dextrement la déduction des propos de Mariilac, qu'il sembloit rien ne pouvoir plus estre allégué. De manière qu'ils emportèrcôit Thonneur d'avoir donné le meilleur et plus certain conseil pour rendre ce royaume plus paisible et plus florissant que jamais.

Entre autres choses notables et remarquables pour rhistoire de nostre temps, il insista longuement sur la nouvelle garde, disant que c'estoit chose de périlleuse conséquence de nourrir le roy en ceste opinion d'avoir crainte de sessubjects,lesquels,8evoyantàtortsou8peçonnés, pourroyent engendrer avec le temps une mesfiance qui attire une haine avec soy, de voir leur prince armé contre eux, au lieu de leur donner seur et libre accès pour entendre leurs plaintes et doléances; joinct que les François ont ce naturel d^estre plus contens quand ils ont descouvert leurs conceptions à leur roy, encores qu'il ne leur donnast aucune expédition correspondante à leur souhait, que de toutes les autres expéditions que leur pourroyent donner ses ministres, si la voye d'approcher de Sa Majesté leur estoit ostée. De sa part, il ne pouvoit penser sur quoy estoyent fondés ceux qui avoyent ainsi armé ledict sieur contre ses subjects; mais si son bonheur, ses biens, sa vie et celle de sa femme et enfans estoyent gages suffisans, il les mettroit volontiers pour pleige que le roy n'estoit nullement hay ne mal-voulu de ses subjects, et a ceste confiance qu'il pourroit aller seul par tous les coings de son royaume ; car il trouveroit une telle obéyssance que receut jamais prince, en sorte que par ceste démonstration et communication bmilière, le peuple iroit au-devant de luy avec offres et présens de leurs biens et vies. Bref, il se trouveroit tellement honoré du plus grand jusques au plus petit, que chascun s'efforceroit, à qui mieux mieux, à luv monstrer XV)r tiicLB, La PI. 6i uk

leur naturelle inclination envers leurs rois et princes. Que si aucuns de ses ministres craignoyent d'estre offensés, aussi en devoyent-ils retrancher l'occasion, comme à la vérité il avoit entendu tout le malcontentement estre contre ceux qui manioyent les affaires du royaume, ce qu'il trouvoit aisé d'appaiser, pourveu que toutes choses fussent réglées et compassées par bon ordre et selon les loix du royaume. Son advis et conclusion portoit trois chefis : l'un de l'assemblée des estats généraux du royaume suyvant les anciennes constitiJtions, à fin que le roy entendist par la bouche de ses subjects leurs plaintes et remonstrances. Le second tendoit à oster ^nouvelle garde, pour oster la jalousie du roy et de ses peuples. Le troisiesme, qu'il donnast relasche aux persécutions pour le faict de la religion, jusques à rissue d'un sainct et libre concile, fust général ou national. Et que cependant, en faisant droict sur la requeste présentée, il permist à ceux de ladicte religion de se pouvoir assembler poui* prier Dieu, ouyr prescher sa paroUe et communiquer aux saincts sacremens. Et pour ce faire, leur dédiast temples ou autres places en chascun lieu, et commist de ses juges ou autres gens pour garder que rien ne se feist contre l'authorité du roy et le repos public. Quoy faisant, ils'asseuroitdeveoiraussi soudain le royaume du tout paisible et les subjects contens.

Il n'y eut rien de notable aux autres opinions de ceux du conseil privé, hors mis que le duc de Guyse, ayant prins fort à cueur les remonstrances et advis de Tadmiral, se monstra tant passionné, qu'au lieu de conseiller le roy en une affaire de telle et si grande importance, il ne s'arresta qu'à contredire son opinion ; et print fort à cueur ce qu'il avoit ainsi librement parlé de la nouvelle garde, disant que c'estoit mal advisé de nourrir le roy en crainte de ses subjects, et qu'ils ne luy vouloyent nul mal, mais à ses ministres. ««Car, disoit-il, ce n'est aux subjects de bailler instruction à leur prince, mesmement lors que chascun sçavoit qu'il estoit de soy assez accomply en toute plénitude de vertu. Et quand il luy defTauldroit aucune chose, il avoit la roine sa mère pouf vraye règle de nourriture, par quoy tel langage ne devoit avoir esté tenu. »• Et sur ce qu'on avoit dict que ceux qui présentoyent la requeste cy-des- 8U8 mentionnée se troqveroyent en nombre de

DE L'ESTàT DE FRANCE

cinquante mille oo plos de leur secte, le roy leur en opposeroit un million de la sienne. Aa regard de la nouvelle garde, jamais il n'enavoit esté d'advis, «inon depuis que les subjects avoyent prins les armes contre le roy. Ne servoit rien de dire que ce n'estoit contre ledict seigneor, ains contre aucuns de ses ministres. Car son frère ne luy n'avoyent jamais offensé ou roescontenté aucun pour le regard de leurs affaires privées. Que si on avoit prins occasion de quelque mescontentement, c'estoit à cause de Fadministration des affaires du royaume. Par quoy si on s'attachoit à eux, c'estoit directement prendre les armes contre le roy , soubs prétexte de s'attacher à ses principaux ministres. Et n'y avoit encores aucune raison pourquoy la nouvelle garde deust estre ostée. Quant à la religion, il s'en remettoit à ceux qui estoyent plus sçavans que luy en théologie. Bien s'asseuroit-il que tous les conciles ne le pourroyent destoumer ne luy faire changer l'ancienne manière et forme de ses prédécesseurs, principalement quant aux saincts sacremens. £t pour le regard de l'assemblée des estats, il s'en remettoit à la majesté dudict seigneur. Cecy fut dict par le duc de Guyse de telle sorte que chascun s'apperceut que sa passion le dominoit, et y a grande apparence que dès lors se forma en son cueur la haine contrel'admiral, qu'il a tousjours gardée dq)uis, et qui a esté cause de grands maux.

Le cardinal de Lorraine n'avoit moindre mescontentement, mais il estoit plus retenu, aussi y procéda-il d'aultre sorte, et tirant son argument de la requeste présentée par Tadmi rai, dict qu'il n'y avoit rien moins que fidélité etobéyssance en tels suppliants. Car bien qu'Us se dissent très obéyssans , c'estoit toutefois avec condition que le roy fust de leur secte et opinion, ou pour le moins qu'il n'y contredist. Il se remettroit donc au jugement d'un chascun , s'il estoit raisonnable que le roy et messieurs de son conseil fussent plustost de l'opinion de tek galans, qu'eux de celle du roy et de son conseil. Quant à leur bailler temples, ce seroit du tout approuver leur hérésie, ce que le roy nesçauroit faire san» estre perpétuellement damné. Pour le regard du concile général ou national, il n'y voyoit par grande raison, puisque ce n'estoit que pour réformer les mœurs des gens d'église; car chascun le feroit de soy-mesmes et £acile-

ment, par le moyen des adfnoDtttions générales et particulières qu'oa leur pourroit donner. Qu'au surplus, Testât de la religion, pour le regard de la doctrine, avoit esté si souvent conclu etarresté qu'il ne falloit qu'en observer les décrets. Et que l'assemblée de tous les conciles du monde ne sauroit ordonner nulle autre chose que l'observation des précédens. U estoit, au reste, aisé à voir de quel ràle estoyent menés les supplians par les placars et libelles diffamatoires qu'ils produisoyent tous les jours contre tout le monde, desquels U dict qu'il en avoit sur sataUe vingt-deux faicts contre luy, lesquels il gardoit très soigneusement, comme le plus grand honneur qu'il ne sçauroit jamais recevoir que d'estre blasmé par tels mescbans, espérant que ce seroit le vray éloge de sa vie, pour le rendre immortel. Par quoy il ccmcluoit à ce que tels séditieux et perturbateurs du royaume et du peuple fussentgriefvcment punis, et principalement ceux qui s'esleveroyent avec armes, comme ils avoient cy-devantCaict. Eien estoit-il d'advis, quant à ceux qui sans armes et de peur d'estre damnés iroyent aux presches, chanteroyent des pseaumes , et n'yroyent à ki messe, et feroyent aultres choses qu'ils observoyent, puis que les peines n'y avoyent servy jusques à lors, que le roy commandast qu'on n'y touobast plus par justice et voye de punition , estant de sa part bien marry de ce qu'on avoit faict de si griefves exécutions ; et voudroit que sa vie ou sa mort eust peu en cela servir de quelque chose à ces pauvres desvoyés^ ce qu'il exposeroit de très grand courage et libéralement. Son advis doncques estoit que les évesques et aultres doctes personnages devoyent travailler de les gaigner et corriger, disoit-il, selon l'Évangile, comme il est escript ; « Corrige ton frère entre toy et luy, »• et que cependant lesbaîliife et séueschaux fussent envoyés résider en leurs charges pour punir ceux qui porteroyent ar- Bics, et les évesques et curés ou leurs diocèses pour administrer et prescher les autres.-. Et que dedans deux mots prochains ils se rendissent résolus et informés des abus de l'Église» pour en acertener le roy, à fin de regarder à la nécessité d'assembler un concile général ou national. Et pour le regard des estats générau)L du royaume, il en estoit d'advis, à fin de rendre mi chascun résolu de la bonne administration qye le roy faisoit des affaires de son royaume.,

tiSÔO]

SOUS FRATTÇOIS II.

et leor hm ^nàt^màoxgt et à Foeil l'eq>érance qu'ils devoyent avoir de mieux.

Le lendemain les ^evaliers de l'Ordre opinèrent tout an mesme li^ et heure, l'un après l'autre ; et d'une suite, sans aucunement haran^ guer, conclurent à ce qu'aroit proposé le cardinal. Ce laict, le roy et la roine sa mère remercièrent très affectueusement un chascun de leur bon conseil, promettant de l'ensuy vre , et se conduire selon iceluy. Lecanfinal dict qu'il feroit l'arrest et conclusion, pour le communiquer à toute l'assemblée et le résoudre. £t aussi que Sa Majesté feroit esbaucher le surplus des ftfiaires qui auroyent esté proposées ou commencées, pour les relever de peine, et pareillement en faire conclusion, y ayant toutesfois un arrest mental au cerveaudu roy, pour &ire descouvrir l'impudence des fols.

Yoyià en somme quelle fut la réadution de œste assemblée, la pluralité des voix de laquelle estant oiclinée delà part du cardinal, lettres du roy du dernier d'aoust furent expédiées à tous bâillib et séneschau, contenant la bcmne volonté qu'il avoit eue dès son advènemeat à la couronne, de pourveoir au faict de la religion et au soulagement de son peuple. Pour i quoy pourveoir il avoit fiûct assembler tes princes de son sang, gens de son conseil privée mareschaux de France, gouverneurs et chevaliers de scm Ordre, pour consulter des phis propres moyens, tant pour estaUtr ce qui estant convenable au service de Dieu, que pour rdeverk pauvre peuple des grands frais qu'il portoitetavoit portés. Lesquels après y avoir bien pensé auroyent d'un commun accord proposé deux poincts. Le premier estoH la réformation de l'Église par un bon concile général, si tant estoit qu'il se peust obtenir, sinon par un national. Et l'autre, la convocation des trois ordres qu'on appeiloît estats généraux, pour en pleine assemblée d'iceux ouyr et examiner les {rfaintes de tous les affligés, et sans exception de personne donner tel remède que le mal le requerroit ; les soulager en Xxai que ses aifûres le pourroyent porter, et y pourveoir de sorte que chascim peust cogn(Nstre le sèlc qu'il avoit de leur faire sentir les firuiets qu'ils attendoyent tant de la paix que de son naturel amour et bénévolence envers eux. Laquelle proposition luy avoit semblé non seulement utile, mais aussi très'hon^ neste, iponr au commencement de son règne re-

cognoistre la grâce que^teu luy faisoit deprocurer que toute corruption fiist desracinée de son Église. £t d'ailleurs reprendre l'ancienne forme dé communiquer avec tous ceux de son obéyssance, et leur faire cognoistre combien il désiroit les favoriser, et aussi confesser ce qu'ils faisoyentpour luy . Et d'autantque la convocation desdicts estats luy avoit semblé devoir précéder celle des ecclésiastiques, tant pour estre universelle des trois ordres et que les matières qui y seroyent proposées pourroyent prendre briefve résolution, que pour avoir plus de temps et loisir de procurer la célébration du concile général, selon l'espérance que le pape, l'empereur, le roy catholique et autres princes luy en avoient donnée ( e^ quoy il n'obmettroit nul devoir), comme aussi pour ne plus différer à ouyr les plaintes de son peuple , auxquelles \\ désiroit promptement remédier : à ceste cause il leur signifioit l'assemblée générale desdicts estats au 10 de décembre ensuyvant en bt ville de Meanx. Touloit et entendoit que chascun en son bailliage et séneschaucée feist faire particulière assemblée des trois estats de leur ressort, pour s'accorder ensemble tant de remonstranoes, plaintes et doléances qu'ils auront à luy proposer et faire entendre, que pour eslire certains personnages d'entre eux , et pour le moins un de chascun estât qui auroit la charge de proposer ce qui leur auroit semblé tourner au bien public» soulaganent et repos d'un chascim. Et que cependant ks gouverneurs et lieutenans'des provinces visiteroyent respectivement leurs villes, pour entendre par le menu et luy riq^porter les doléances du peuple, et adviseroycnt de ce qui seroit utile d'estre ordonné pour le bien de leurs provinces-, leur faisant entendre le désir dudict seigneur pour les soulager à Fadvenir, ainsi qu'il avoit jà commencé par la réduction des tailles en Testât où elles estoyent en temps de paix.

Et au regard des évesques , prélats et men^ bres de l'Église de son royaume, ieeluy*seigneur disoit les avoir eiihortés de se retirer en leurs diocèses, et oultre ceux qui seroyent députés pour aller devers luy, il les advertiroit se tenir prests et appareillés pour s'acheminer vers ta ville de Paris, ou la part qu'il seroit, pour comparoir au vingtiesme de janvier au lieu qu'il leur feroit entendre ; à fin qu'estant la assemblés, et ouys tous ceux qui auroyent à

DE L*ESf At DÉ FRANCE

[ISfiOl

remonstrer quelque chose concernant l'honneur de Dieu et la réformation de son Église , ils advisassent entre eux, ce qui seroit digne d'estre reBKMttcré audict concile général, où il y auroit appai^aee qu'il se tint bientost; et qu'attendant icehiy , ils retranchassent et réformassent ce que par intermission des conciles, négligence des prélats, ou aultrement par corruption de temps leur semblerait digne d'estre retranché ou réformé comme chose répugnante à la doctrine de Dieu et des saincts conciles de l'Église. Cependant il vouloit qu'ils eussent l'œil à ce que les esprits malins qui pourroyent estre composés des restes de la rd)ellion et tumulte d'Amboyse, et d'autres gens convoiteux de nouveautés et d'altération d'estat fussent tellement descouverts et retenus selon la sévérité de ses édicts, que par leurs machinations et soubs quelque couleur qu'ils prinssent, ne corrompissent ceux qui les pourroyent escouter, attirant à leur faction les simples par l'exemple de leur impunité, et sous la fiance de la clémence de laquelle il avoit cy-devant usé ; ou autrement que par leur artifice ils n'altérassent la tranquillité de ses bons et loyaux subjects, lesquels devoyent attendre toutes bonnes choses de l'issue de si sainctes assemblées.

Ceux de Guyse doncquesayantrompucecoup, et par ce moyen pourveu à tout ce que le roy de Navarre eust peu quereller et demander, ne voulurent plus dissimuler ce qu'ils scavoyent de son entreprinse; et pour la prévenir de bonne heure, envoyèrent aultres lettres du roy du premier de septembre aux baillifis et séneschaux, par lesquelles ils disoyent la mauvaise intention des séditieux d'Amboyse estre tellement empirée qu'ils se préparoyent plus que jamais à foire les fols. A quoy voulant remédier, il avoit délibéré de despakir par les provinces du royaume quelques grands seigneurs, accompaignés des gens de ces ordonnances, selon qu'il avoit jugé nécessaire, et suy vantTestat qu'il leur envoyoit, voulant estre publié en chascun ressort que tous les hommes d'armes et archers desdictes compaignies eussent à eux retirer dans le vingtiesme dudict mois, exk armes et esquippage requis à luy faire service, au lieu que leur estoit ordonné, sur peine d'estre cassés des ordonnances 'et déclairés inhabiles de jamais y revenir, et qu'estant là ik eussent à obéir à ce qui leur seroit ordonnépar les cheb

dénommés par ledict estât chascun en son endroict. Le dq[Kurtement estoit tel :

Le duc de Montpensier îfoit, par le commandement du roy en son gouvernement de Tours, et auroit, oultre sa compaignie, cdles de Gonnor, de Vassay, et la baiide des Escossois.

Le prince de la Roche-sur- Yon , allant en son gouveniement d'Orléans, auroit avec sa compaignie celles des dues d'Orléans et d'Angoulesme , de la TrimouiUe , et vidame de Chartres.

Le duc de Nivemois, gouverneur de Champaigne et Brie, se retireroit à Troye avec sa compaignie et celles des princes de CcMidé , dom Francisque d'£st, la Roche-dn-Haine et Beauvais.

Le maresdial de Montmorency demoureroit en son gouvemementde l'Islede France, avec la compagnie du connestable et la sienne.

Le mareschal Sainct-André, allant en son gouvernement de Lyonnois et Bourbonnois, demoureroit à Moulins, et auroit avec sa compaigniecelledeDamville, Bourdillon,laFayette, comte de YiUars et Montluc.

Le mareschal de Brissac, en son gouvernement de Picardie, auroit avec sa compaignie celles de Senerpont, Morvilliers, Humières, de ChaulnesetGenly.

Le mareschal de Thermes iroit à Lodies , et auroit avec sa compaignie celles du prince de Navarre, de Sansac, comte de la Rochefoucault , de Randan , de Chamy , du Lude et de la Vauguyon.

Yillebon , en la basse Normandie , auroit » oultre sa compaignie, celles du marquis d'Elbœuf , d'Annebaut et de la Meilleraye.

Yielleville , en la ville de Rouen , auroit les compaignies de l'admirai et d'Estrée.

Plusieurs personnes, ayant veu ce département, jugèrent incontinent queces compaignie» avoyent esté entrelacées avec une merveilleuse dextérité ; car celles desquelles ou doubtoit les capitaines fovoriser aux princes, estoyent mesléesavectant d'aultres, qu'on s'asseuroit qu'elles ne pourroyent jouer faulx bond sans estre aussitost découvertes et chargées à dos. Toatesfois ceux qui avoyent plus d'expérience de la guerre disoyent que ceux de Guyse n'eussent peu avoir pis faict, d'autiuot qu'au joindre il y eusteu plusde danger pour eux quedeseureté, Yoylà comme se manioyent les affitires, et l'or-

sots FRANÇOIS ÏT.

dre qu'ils donnèrent poni* ètnpescber qoe les princes ne peussent assembler leurs forces. Car les chefs ainsi despartys avoyent le mot du guet, pour prendre ou tailler en pièces ceux qu'ils estimeroyent marcher au secours desdicts seigneurs. Et quant au duc de Montpensier, ilportoit telle inimitié à la religion , et avoit esté de telle sorte pratiqué par ceux de Guyse, qu'il se bandoit du tout contre soy-mesme, sans pouvoir gouster la conséquence des enireprinsestcontraires. Ne leur restoit donc plus que ce seul point, ce leur sembloit , àscavoir de gaigner et pratiquer le pq[>ulaire, duquel ils attendoyent tel secours, que ce seroit celuy qui les délivreroit de leurs ennemis, leur mettant les armes au poing pour exterminer les huguenauds. Pour quoy faire, et pour efiEacer l'opinion mauvaise qu'on avoit conceue à cause des escripts et libelles diffiimatoires publiés contre eux, mesmement ceste remoustrance aux princes, qui leur estoit de très mauvaise digestion ; il se présenta un jeune advocat (au refTus de du TiUet et de son frère l'évesque) nommé Guillaume des Autelsde Charrolois, qui feit une harangue au peuple françois autorisée d'un privilège du roy, à laquelle il fut aussi soudain reqixmdu, de sorte que le cardinal mesmedésadvoua ce que soubs main il avoit faict faire, disant que le temps et ses actions luy feroyent assez tost raison !de tous ses ennemis.

Il a cy-devant esté faict mention comme Montbrun, après l'appoinctement faict avec la Motte Goûdrin, avoit esté contrainct de reprendre les armes et lever gens pour sa seureté. De quoy ceux de Guyse advertis, envoyèrent lettres du roy en Dauphiné, du 17 de aoust, par lesquelles ils luy faisoyent dire qu'il estoit marry d'avoir plustost usé de miséricorde envers ceux qui sous prétexte de religion avoyent prins les armes, que de rigueur de justice, d'autant que cela ne les avoit nuUemoit retenus, mais plustost empires, puisque aucuns de ses subjects de Dauphiné et des environs, gens séditieux et de nature turi)ulens, abusant de sa grâce et pardon, se seroyent de nouveau oubliés plus que jamais, et edevés en armes jusques au nombre de sept à huict cens hommes, sous la conduite d'un nommé Montbrun, et autres ses complices, lesquels ayant jà occupé la ville de Malossève au comtat de Venisse, et de l'obéyssance du pape, y faisoyent et exercoyent

une manifeste sédition, port d'armes et rébellion, feignant toutesfois et desguisans telles choses soubs le prétexte de la religion nouvelle qu'ils alléguoyent y vouloir maintenir, tendans néantmoins tousjours à se distraire et séparer de l'obéyssance dudict seigneur, et esmouvans contre luy ses loyaulx subjects. A quoy désirant pourveoir, et vaincu de la pertinacité et opiniastretéde ces séditieux et rebelles, le mauvais portement desquels il ne pouvoit plus endurer, et voulant empescher que le feu ne s'allumast plus avant, mesmement sur les terres de l'Église, de laquelle il estoit le premier fils ; considérant aussi la proximité de voisinage, que ladicte ville avoit avec celles du gouvernement de luy la Motte, il luy commandoit d'incontinent lever gens, et feiire assembler toutes les forces tant de pied que de cheval estant en garnison, ou autrement en Dauphiné, avec ceux de la noblesse qu'il trouveroit propres à luy ayder, pour de là se transporter au comtat et autres lieux, où il pourroit affronter Montbrun, et luy courir sus de tout son pouvoir, rompre ses forces, le déchasser desdictes terres papales et autres où il se pourroit retirer. Et pour ce faire, prendre l'artillerie et munition où bon luy sembleroit. Bref, de chastier Montbrun et ceux qu'il pourroit prendre, en sorte que ce fust exemple aux autres, cas advenant qu'ils ne désistassent après la première sommation.

Geste commission receue, la Motte Gondrin feit toute diligence de lever gens pour aller trouver MonU)run, comme aussi le vice-légat luy envoya ses forces; ce qui cuyda du commencement retarder l'entreprinse, dont il sera tantost parlé, mais enfin tourna à l'advantage de ceux qui. la conduisoyent, d'autant que les gens de guerre eurent par ce moyen plus de liberté d'aller et venir en aîrmes, qu'ils n'eussent eu autrement en temps de paix.

Ceste ^ntreprinse estoit de s'emparer de la ville de Lyon, gi^ande et opulente, comme chascun sait, à fin de donner courage aux princes, et y convoquer tous ceux qui désiroyent Testât du royaume estre remis sus, et d'amener les usurpateurs d'iceluy à la raison, à laquelle il estoit plus que notoire que d'eux4nesmes ils ne se soubmettroyent jamais. Et fust ceste entreprinse dressée par le sieur de Maligny le jeune, lequel , s'estant acheminéen Provence pour faire gens, avoit bien dressé le tout, que l'entreprinse

DE rËStAT DE PRANdE

se devoH mettre à exécation le cinqniesme de septembre, quand voicy arriver an pacqnet du roy de Navarre, mandant expressément qu'on eust à délaisser ceste entreprinse, dont il avoit esté nouvellement adverty. La raison estoit fondée (disoit-il) sur les lettres quMl avoit eues de quelque grand seigneur, qui le supplioitque sur toutes choses il se gardast bien de se saisir de villes, ni de s'en emparer d'aucunes, de peur de donner couleur au faux Masme que luy rejettoyent ses adversaire^ de se vouloir faire roy de France, soubs ombre d'en quereller le gouvernement; mais qu'il prinst la campagne le plustost que faire se pourroit, et qu'il trouveroit assez d'autres retraictes, sans s'amuser à celle de Lyon qui estoit trop loing.

Or, convient-il noter que ces lettres avoyent esté envoyées long temps auparavant l'assemblée de Fontainebleauetlaconvocationet publication des estats généraux, en laquelle on désiroit sur toutes choses que le roy de Navarre et son frère se trouvassafit, fust en grande ou petite compaignie, espérant cbascun de leur faire avoir dès lors la raison de leurs ennemis. Mais on n'avoit peu gaigner ce poinct sur le roy de Navarre. Cela fut cause que plusieurs voyant que les princes ne pouvoyent plus rien entreprendre par armes, sans se mettre en leur tort évident, d'autant que la convocation des estats avoit esté arrestée en ladicte assemblée, retirèrent leur espingle du jeu et s'avisèrent d'autres Hioyens pour se maintenir quoy qu'il an advinst.

Le roy de Navarre, considérant bien tard la tmie qu'il avoit faicte de n'avoir creu le conseil du connestaUe, qui avoit de sa part assez de forces en main , sans qu'R fust besoing de mettre le royauoae en armes ou en plus grand danger, demeura fort irrésolu. Car, d'un costé il craignoit encourir un grand danger s'il quittoit tout, et d'estre tellement abandonné de ses amis, que ses ennemis eussent bon marché de luy et de son frère. D'autre costé, il ne voyoit point de moyen de mettre ses entreprinses à fin , puisqu'il estoit du tout arresté par ceste convocation d'estats laquelle il prévoyoit devoir estre, par la force de ses adversaires , tournée en un moyen tout contraire à ce que ses serviteurs et amis en espéroyent. Par quoy sa conclufflon fut de temporiser jusques au temps de f assemblée d'iceux, concluant toutesfois, que

si cependant il estoit pressé par ses ennemis, alors il se mettroit en campagne pour leur aller au-devant, pour quoy faire il assembleroit gens peu à peu. Voylà pourquoy il ne voulut descourager ceux qui estoyent à Lyon , ny aussi les pousser à suyvre l'entreprinse plus avant, ains escripvit à Maligny que luy et toutes ses forces s'acheminassent droict à Limoges, ou il se rangeroit avec les siennes.

Maligny qui avoit, comme dict a esté, acheminé toutes choses si heureusement et secrettement que nul ne Favoit apperceu, non pas seulement souspeconné , entra en un merveiUeux ennuy et pensement , ne sachant que juger de ceux qui estoyent auprès du roy de Navarre, pourvoir si soudains et est ranges changemens es choses de telle importance. Et ce qui plus le tourmentoit, c'estoit qu'il avoit jàen la ville une bonne partie des capitaines et principaux gentilshommes qui lui faisoyent besoing, et que les soldats arrivoyent file à file, les uns par une et les autres par l'autre porte, en sorte qu'on ne pouvoit reculer sans danger manifeste d'estre descouvert et prins. Et de vray, il avoit pourveu de si longue main à ceste afiTaire, que les deux mille soldats qui partoyent de Provence et Languedoc à certains jours et heures, ne se rencontroyent nullement plus de trois à trois, ou de quatre à quatre, ains leurs traictes estoyent si bien ordonnées et desparties que comme une troupe avoit disné ou couché dans un lieu, les autres y arrivoyent sans bruict et feignans ne s'entrecognoistre, joinct qu'ils ne portoycnt que l'espée et la dague. Maligny donc jugeoit qu'à les renvoyer comme ils estoyent venus, il y alloit d'un long temps , et encores ne se pourroitil faire sans grand désordre et sans estre deseou verts et prins ou mis en pièces, s'allans jeter aux filets de la Motte Gondrin. De les envoyer en Gascogne ou Limousin, il y avoit encores moins d'ordre, tant pour n'avoir rien préparé pour tenir la campagne, que pource qu'il falloit passer des pays raontaigneux et fort rudes, où ils seroyent bientost rencontrés et deffaicts par ceux qui estoyent despartis par les provinces à la dévotion de ceux de Guyse. Et quant à les envoyer à la file, il y avoit encores moins de raison, pour ce qu'ils n'auroyent leurs Icçis ainsi préparés comme à leur arrivée . Davantage il ne leur estoit possible de marcher avec armes deacoovmea» et s'ils fussent arrivés là tous,

SOUS FRANÇOIS IL

ser

nads, c'estoit autant de gens inutiles. En ces ex^ trémités il garda ces lettres sept ou hni^ jours, et consultant en soy-mesme ce qu'il avoit à faire pour le plus expédient, finalement il conclnd de contremander les bandes. Mai^ sur cela, voulant ramasser en un lieu toutes les armes qu'il avoit desparties par la ville, pour puis après se retirer, il luy advint une merveilleuse adventure, qui fust cause de le faire mettre en grand danger. Car faisant porter en une certaine maison, prochaine de celle où il logeoit, soixante corselets, le portefaix, qu'on laissa entrer dans la salle assez indiscrettement et inconsidérément, apperceut qu'on les arrangeoit Qomme si on les eust préparés pour un combat, et djservant plusieurs hommes à luy incogn'us, et qui portoyent mines de soldats, se doubta de quelque chose. Or, comme telle manière de gens esptent volontiers les maisons, ou pour desrober, ou pour rapporter ce qu'ils voyent, ce gaigne- denier, pensant proffiter quelque chose, alla sur le soir advértir le capitaine de la ville de tout ce qu'il avoit veu, y adjoustant tellement du sien , que l'autre fust esmeu d'en aller advértir le gouverneur, qui luy commanda de prendre les trois cens arquebouziers de la ville et toutes les forées qull pouyroit pour aller scavoir que c'estoit. .^

Or y avott-il en ceste maison trente ou quarante soldats logés, lesquels se voyant rudement assaillis , environ les neuf à dix heures du soir, sans autre sommation ny commandement d'ouvrir de par le roy, se meirent en telle deffense qu'ils repoulsèrent vivement le capitaine et ses gens , de façon qu'ils disoyent n'avoir jamais esté à telles nopces. Maligny qui estoît là auprès, adverty que ses gens estoyent assaillis^ encores qu'il eust conclud ne passer oultre, mais se retirer et renvoyer ses gens à la file, se voyant provoquée! attiré au combat, et ne voulant perdre ses hommes, qui autrement eussent esté et luy aussi en danger, sort avec douze ou quinze gentilshommes, et donne au dos de ces citadms de • telle roideur, que combien qu'ils fussent trente contre un , si est-ce que le plus vaillant le gaigna au pied , et se retirant sur le pont de la Saône, ses deux troupes joinctes ensemble qui estoyent d'environ cinquante ou soixante hommes, les pousui voyent de si près qu'ils furent contraincts d'abandonner le pont et d'en laisser Maligny le tnairtre, comme aussi de toute la yille entre le

Ahosne et la Saône, les habitans de laquelle eu* rent tel effiroy, que nul ne sortit pour ?»llcr au secours de leur capitaine, encores qu'il deman-r dast à haute voix force pour le roy; ains chas* cun demoura en l'enclos de ses murailles, jus* ques au lendemain de haute heure. En tout cest effort, il n'y eust que trois hommes tués du costé de la ville, entre lesquels le capitaine du guet y demoura. Les autres estoyent admonestés de se retirer paisiblement en leurs maisons, avec promesse qu'ils n'auroyent nul mal.

Cest heureux succès donna volonté à Maligny de parachever son entreprinse, de laquelle tt sVstoit desparty à regret. Que si on luy en fai* soit reprouche, il avoit pour excuse d'avoir esté attiré au combat , ainsi qu'il troussoit bagage pour se retirer. Partant, il envoya par toutes les maisons où il avoit des gens, et aussi vers tous ceux qui luy avoyent promis secours, les priant de sortir avec les armes. Mais pource qu'aupavant il n'ayoit donné le mot du guet n'y aucun signal , et qu'on estimoit l'entreprinse rompue, nul de tous ses gens n'osa sortir, ny seidement mettre le nez à la fenestre, de crainte d'une fausse alarme, et que les ennemis, ayant descouvert l'entreprinse, les voulussent massacrer au sortir des logis : joinct aussi que l'on avoit peu desparty d'armes, et que la pluspart estoyent jà embalées. Toutesfois Maligny jugea cela estre provenu à faulte de cueur, et qu'il se faisoit mauvais fier à ses gens de ville pour exécuter une telle si grande entreprinse. Ayant doncques longoeméi^ battu le pavé et craignant le jour venu d'estre chargé, si d'advenlure on descouvroit qu'il eust si petit nombre de gens, chascun se retira en son logis pour se rafraisChir, remettant les principaux capitaines et gentilshommes de se trouver le lendemain au matin chez Maligny,àfind'adviser ceque ilsauroyentk faire. Mais quand il se trouva à part et qu'il eust de plus près pensé et ruminé au desportement des citadins, desquels il attendoit secours, le petit nombre d'hommes qu'il avoit , comme aussi d'avoir contremandé les gens qui luy venoyent, ne recognoissant que danger apparent pour luy et les siens, voire de mettre en ruine et désolation toute la ville, il se retira secrettement par la rivière et donna charge au capitaine Castelnau d'advertir les autres de se retirer, en sorte que le matin venu ne se trouva que le nid en 8<m (pgis. Cela feit que les gentilshommes et sol-

DE L'ESTAT DE FRANCE

dats ne s'estant peu rallier jnsqaes à dix, chascnn pensa à se sauver, après toutesfois que les plus advisés eurent mis au feu tous les papiers que Maligny avoit laissés en sa chambre, et par lesquels on eust peu descouvrir toute l'entreprinse, ceux de la ville qui y favorisoyent, et les seigneurs et gentilshommes et capitaines qui avoyent exploité ce que dessus. A cela s'accordoit le commandement faict par Pabbé de Chavigny, parent du mareschal Sainct- André , de la maison d'Achon, et lieutenant pour le roy, en l'absence dudict mareschal, au gouvernement de Lyonnois , à sçavoir d'ouvrir les portes, et n'empescher l'issue à personne du monde. Et de vray, ce moyne, nullement expérimenté au &ict de la guerre, et moins encores aux ai&ires politiques, et estably en ceste charge plustost à la faveur de son parent que pour aucune bonne partie ne vertu qui fust en luy , s'estonna si fort, et eust si grand peur de faire vacquer des bénéfices que son Mécénas luy avoit baillés en garde, qu'il se laissa aiséement persuader par les citadins et Italiens , qui craignoyent perdre leurs biens, de faire voye large et dresser un ^nt d'or. Carpour un soldat qu'ils avoyent apperceu à travers les verrières et fenestres, ils en imaginoyent cent, dételle sorte qu'il ne resta en la ville de ce party sinon ceux qui y voulurent demeurer, après avoir eu loysir de trois jours pour faire leur retraicte. Voylà comme ceste grandeet haute entreprinse, conduictcsi accortement qu'elle avoit esté à demy exécutée, fut abandonnée. Et n'y a double que si Maligny eust poursuy vi et tenu bon, estant secondé des siens, les habitans eussent prins tel party qu'il eust voulu, sans autre résistance.

Après doncques que Savigny fat revenu à soimesme, qu'il sceut que rien ne paroissoit, et qu'il n'y avoit nul danger, il envoya quérir la la Motte Gondrin et Maugiron , lesquels venus il sortit de sa tanière, et accompaigné de trois ' cens arquebouziers et de ceux de la ville qu'il estimoit luy estre plus loyaux, il ne fut question que d'aller visiter les lieux et renforcer les gardes des portes , de peur qu'aucun esehappast. Ainsi leur colère se passa sur les maisons des absens, qui farent pillées et saccagées ; mais pour cela ils ne pouvoytînt rien descouvrir, ny sçavoir quoy ny comment cela estoit advenu, d'autant que presque tous ceux qui s'estoyent îjngérés de ces affaires s'estoyent retirés, quand

ils prindrent par soospeçon un guatier, ainsi qu'il aUoit raudant autour de la ville pour se sauver, dont il avoit esté assez pressé et importuné trois ou quatre jours auparavant, mais il n'en avoit tenu compte, tam il se tenoit seur de son baston. Gestuy-cy prins s'effi^ya de telle sorte, qu'encores qu'il apperceust que les gardes de la porte Sainet-Sébastien ne demandassent qu'une pièce d'argent, comme plusieurs fois il estoit eschappé à ce prix allant et venant pour autres affaires, qu'il commença d'en conter des vieux jusques aux nouveaux. Il s'en trouva en la compaignie qui eussent bien voulu qu'il se fust teu ; mais ils forent enfin contraincts, pour la crainte de leurs eompaignons , de le maoer au gouverneur et luy réciter ce qu'ils avoyent entendu; de quoy il receut une aise incroyable. Lors luy ayant promis la vie sauve, le gantier dict plus qu'il n'en sçavoit, accusant tous ceux qu'il cognoissoit de i'entrcprinse , de manière que plusieurs forait contraincts se retirer pour éviter la farie.

Sur ces entrçfaictes arriva à Lyon un nommé la Brosse, qui pensoit trouver son maistre, ainsi qu'on luv avoit assigné le jour. Estant recogneu, il fost prins et mis prisonnier par souspeçon ; et pour ce qu'il ne vouloit rien confesser, Tourveon, lieutenant criminel, luy feit donner la géhenne et question ordinaire et extraordinaire, telle que jamais homme ne receut la pareille sans mourir, combien qu'il n'y eust aucunes charges ny informations contre luy. Et de ceste colère, à la simple accusation du gantier fourrier des bandes, et sans autre forme ne figure de procès, trois hommes de la ville forent pendus sur le champ, pour avoir logé des soldats, disoit-il.

La Motte Gondrin et Maugiron avec leur suyte usèrent de grandes menaces et bravades contre ceux de la ville, mesmement contre les suspects de l'Évangile ; et sur cela ces seigneurs despeschèrent à la cour, faisant entendre tout ce qui estoit passé, et qu'ils avoyent peu apprendredu gantier, disant que, quantàla Brosse, il avoit si bonne bouche qu'on n'avoit rien peu tirer de luy. Or s'attendoyent-ils qu'on leur mandast de ruiner tout et qu'avec ce simple mandem^t ils se feroyent riches. Mais le mareschal Sainct- André, qui estoit gouverneur eu chef, et bict à ce leurre, en vouloit avoir sa part. A fin doncques que ce voyage ne hiy fiist réf.

SOUS FRANÇOIS »

haséy il donna à entendre à eeox .de Gnyse qnMl coimoisaoil la Brosse, qui scavoît beaucoup des af&dreB du roy de Navarre et du prince son £rère, en sorte que,« on le laîssoitaller à Lyon, il eq>éroit n'en revenir jamais sans apport^ sufiBsantes charges et informations contre les- •diots seigneurs pour leur faire procès, ce qui viendrait le mieux du monde à rentrée des estais. Car le prince, les voulant accuser, comme il difloît l'avoir certainement entendu, se trouveroît hiy-mesme atteinctdecrimede lèze-majesté, qui seroit le meilleur et plus promptmoyen de le bire mourir, sans que pour cela il enadvinst aucun trouble au royaume, les choses estant ainsi foietes en sa présence, du consentemeqt des trois estots.

Ceux de Guyse estonnés à marvelUes, et aises tOQt ensemble d'ouyr réciter de si grandes choses, et oonsidérans que ces issues estoyent de mesme que celles de Tentreprinse d'Amboyse, commencèrent à bien espérer de leurs afbires, et prindrentde là occasion de rasseurer laroine mère, disant que puisque Dieu avoit esté ainsi •contraire aux pcotestans d' Allemaigne en leurs guerres, et de nouveau contre les huguenauds, qui estoyent de mesme farine, elle aussi devoit tenir poiur tout certain qu'elle auroit une fin heureusede leurs entrqHinses. Ayans doncques meurement poisé les remonstrances et raisons du mareschal Sainct-André, ils jugèrent qu'il estait très requis et nécosairequ'il allastàLyon poar domœr ordre à toutes choses. Ce que ladicte dame leur accorda ; mais il ne luy fut rien taat recommandé que de mettre peine d'avoir informations et charges suffisantes contre les princes. Et à fin que ledict mareschal ne demeurast trop longuement, lettres furent despesch/ées aux juges de Lyon pour leur recommander ceste aOùre, et les presser de préparer des preuves contre ces princes, avec grandes promesses de récompense de leurs services. Savigny aussi fut gratifié, et furent mandées par la mesme despesche à la Motte Gondrin lettres du ro^ du 22 septembre, par lesquelles il trouvoit fort bon ce qu'il estolt demouré à Lyon en attendant l'srrivée dudiet mareschal, à fin de contenir le peuple en repos, et prendre résolution avec luy à ton arrivée sur trat d'affaires qui se présentoyent ordinairement. £t pour ce que ledid maréchal s'en alloit pleinement in- Mné de ion intention. Sa Majesté vouloH qu'il XYP 8i*OLi, ta PI. el La n.

luy obéyst comme à luy-mesme. Et où sa présence ne pourroit plus de rien servir à la seureté de la ville, ledict seigneur entendoit qu'il se retirast en Dauphiné, pour tousjours avoir l'oeil i descouvrir ce qu'on voudroit faire* Et mesmem^t veiller ce malheureux Montbrun^ lequel, à ce qu'il avoit entendu par les lettres dikiict la Motte, et celles du sieur de Suze esoriptes au duc de Guyse son oncle, s'estoit res- .veÛlé, et avec trois ou quatre cens hon^nes, qui s'estoyent ralliés avec luy, avoit prias le lieu d'Orpierre. Mais puisqu'il persévéroit en son opiniastreté,il le falioit chastier selon sa témirité, et qu'on regardast tous moyens de luy mettre la main sur le collet, donnant une si bonne opinion et roide estraite à ceux qui le suyvoyent et favorisoyent, que cela fust cause d'intimider les autres. Ce pendant il ad vertissoit ledict de Suze d'y prendre garde de son costé, et de s'aider de ses voisins et amis; car aussi ledict seigneur s'asseureroit qu'il n'avoit faute ny de moyens ny de bonne volonté.

Nous avons dict, au commencement de ce règne, comme les deniers provenans des confirmations des offices furent donnés à la roine mère à telle condition que d'autres y auroyent leur part. Et pour ce que l'argent ne venoit si diligemment qu'on désiroit, lettres patentes furent expédiées pour venir confermer dans un mois, soubs peine que faisant autrement l'exercice desdicts offices seroit deffendu aux officiers, leurs gages retenus, et eux punis en oultre comme infi^cteurs des ordonnances royaux.

• Le mareschal de Sainct-André estant arrivé . à Lyon met toute peine d'accomplir sa charge, à quoy nous le laisserons travailler, pour déduire ce pendant les actions dé la Motte Gondrin, après qu'il eut x;onféré avec luy de ce qu'Us avoyent à faire.

Estantdoncques retiré en son gouvernement, luy et le sieur de Suze se mettent en campagne avec plus grandes forces qu'auparavant, lesquelles joinctes avec celles du pape ils entreprindrent d'aller surprendre Montbrun ; lequel estant à leur arrivée à Moulans à trois lieues près de luy, ne leur voulut donner la peine de passer oultre, ains leur vint au-devant. Or n'avoit-il que trois ou quatre cens hommes, toutesfois se confiant de leur vaillance, et de la situation et adresse du pays qui est de soy fort montqeox et difficile, il s'asseuroit de donner

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DE L*ESTAT DE FRANCE

•beaueoap (Taffaires à rennemy. Ayant dcme- •ques adverty ses troupes qa'il n'estoU plus qoe*- Uon de combattre pour Thouneur^ny pour acquérir richesses, mais pour la vie, sans espoir de composition jet grâce, avec un si félon ennemy, homme sans foy, sans religion, sans hon^ nesteté, et qui les avoit jà trompés tant de fois, «t les trouvant dispos pour le combat, il les despartit en trois embuscades en lieux où la Motte devoiit nécessairement passer, et d'où ils poiH voyent secourir les uns les autres, et se rallia sans perte d'hommes, et leur commanda exprèsséement de ne se descouvrir ni charger qu'ils n'eussent son si^ial; car il espéroit, pour sa dernière main, donner ordre qu'il seroit à jamais mémoire de eeste rencontre, d'autant que te^ nant la cavalerie aoclose dans ses embusehes et combattue dans un vallon d'une rivière et ravines d>aues qui couroyent assez impétueuse* ment, il s'asseuroit qu'il n'en eschapperoit aucun. Yoylà, dis-je, comme il s'atlendoit d'avoir sa raison de tant d'outrages à luy fiiicts, après la foy jurée et promise si solennellement Mais quand ce vinst à l'arrivée de ceste cavalerie, tes jeunes gaos qui estoyent en l'une des em* buscades n'eurent la patience d'attendre le si* gnal de leur capitaine; ains craignant que ces premiers eschappassent, commencèrent à tirer si asprement que leurs adversaires tomboyeal en l'eaue dru comme mouches. Ce qu'avant veu la Motte Gondrin qui estoit sur le derrière, il se retira hastivement en la plaine, attendant ses gens qui fuyoyenten merveilleux désordre. Et dlct-on que si ces jeunes hommes eussent eu patience, nul n'en fiist allé dire des nouv^es a ses compaignons, tant les embuscades estoyeirt bien ordonnées à propos. Montbnm en fat fart marry, car il espéroit que eest eiibrt loy doft^ neroit loysir de pourveoir à ses ailaires pour m retirer. Toutesfois il ne perdit courage. Mais, suy vaut la victoire, s'en vint ranger en hattaittê à ht plaine où estoit la Motte Gondrin, lequel ensemble sa compaignie estoyent encores esprîs de telle frayeur qu'ils luy en donnèrent tout loisyr. Là se dressèrent plusiairs eacarmouefaes d'une part et d'autre^ ce pendant que cfaaacun j se rangeait en baitaille, où les gens de la Motte • avoyent tousjours du pire ; car en sa présenoe on tuoit ses soldats, on les prenoit prisonniers, on les despouilloit et désarmoit. Les uns es^ toyent reûscbés avec germent de ne jamais

combattre les eobmdM Dieu; kt autres jurayent y avoir esté attraisnés comme par force. £t combien que la Mette Gondrin eust rangé ses battaiUes, H cpi'iiB fussent eent ecmtrt un, ^que M(Nitbnin â'eust que trenfc ou «parante -chevaux en sa compaignie a«aex mal en ordre, si est-ce qu'il ne fut jasais chargé. Aiaa la Moue sf retirant feit au mieux qu'il pem, ^aàitant le champ à i'enoemy et à sa petite troupe, qui le suy vit plos d'une lieue, et les pressa de ai pris que les cfaeft n'en reeearent que déshonneur. Ce que l'on trouva fort estrange estre advenu à Goudrin vieil sohlat, el lequel par lis armes avoit fiuot autant de {HTuves de sa peK sonae qu'homme de son lenqie; se vantanide petit compaignon d'estrevcan aux degrés d'heoneur où U esioit^ à aça voûr de chevalier de TOr- • dre, capitaine de ctnquenle bmeee et Keiiteftieit du roy en ce geuverœmfnt deDauphiné. Mais sa laseheié estoit oovertemeat aoctuifte en ee que premièrement pair ses hazaris et eti«ta>> gesmes, puis par ses rapines et noçonnemene, il avoit amassé de grandes richesses desquelles il se fsschoit ^itter la posseesion, et bazarder ses vieux jours comre tels désespérés, dioet qui advient coustumîiremettt à ceux qui pré^ fèrent les gams et richesses déshonnestee à Imt honneur. £t de vray il ne se teeuva jamais un tel Arabe. On dict aussi- qu^tl n'avoil adeone envie de miner du tout MondRtm, parée qu'il luy servott d'une vacheàleiet. Qm parce moyen il aeeroehoit souvent du pape bennes somme! dedeniers,qu'iln'eiuetpsseQesaNKremetit; ausM ae ledsoit-il rien si la croix n'aHeil devant.

Or, pour reteomer à Mentbrun, eensidérafit qu'il n'aArott ameons vivres ni espérance dese^ oaora» veu que l'entreprinsede Lyon est<yft rompne, et teoles eheeeedéselées a l'entoor dehty de sorte qu'enfin sesennemM le pourroyeutaf^ séement aeeaUer, reeognoissant aussi f^lfroy des ennemis estire tel qu'il ne seroit aucune-^ ment poursuyvi ni espié, il donna eoi^gé à ses gèns,qui eurent tout loysir de retourner en leor^ maisons, ayant de sa |^ résc4u de se retire^ eiahandonnersen Wen à la meroy de l'ennemi; laquelle conohisron prfnse, s'aocofhpaigna d*tm jeune advoeat de Graooble Matthieu Datrtffne, lequel pour Taven* jueques alors ce^neu fidèle etaftsetionnéà sa querelle, M préfëra à tou^ autres, et kry promit qu^H evroit tousfourspart à scHdbîen, voire jusques au dernier. Mais quand

Matthieu le vit àti ehemln ie MerindoT, pour de Hi 8e retirer en Alleniàigne, oohre le d&nger des chemins il l'etlfans homme perdu sans reoofirs. Fêf qmy y coneidd en soy-mewne de le MrepreiMireà la première ocea^on, afin denon^ seQlemem é? ttet le darder de mort, mats aussi trbuirer le moyen de se faire riche, comme il aivolt tenté tous baterds pour avoir dçs biens qae tes voyes ordinaires loy avoyent jasqoes alofs déniés.

EManrt donc arrivés m Provence en une petite vHIe appelée le Bosquet, Dantrlne s'accoste àè qoekioes gens qn'H cognetit adversaires de rÉvffiDPgîle, par rinqnMtion qo^ils luy faisoyent de Monthron, leur dict qu'il es(oitlà,etleurdenastfida secours pmir le prendre, ce qu'ils luy pNmsettent et courent aux armes. Cependant Matthieu commence à s'escrier tout haut: Force pour le roy, pour appréhender ce malheure«a Montbrun, capHainedes hifguenauds. Et se voyant suyvf, vient sauter au coHet de son rawlstre, s'attachant à une grosse chaisne d'or qeftl tfvoit pendue au col, laquelle luy demoura entre les mains. Montbrun, estonné de se voir trahy et assaitty de celuy auquel il se fioit le ptas, le terrasse, et se sauvant par une fenestre délogeant à travers champs, trouve un paîsan auquel il change sa juppede velours à la siernie dete<le,etenoestesquippagegagneMerindol.Sa feAMne, en ce tumulte, après avoir esté entière- Acmt piHée et saccagée de tout l'or, l^argent, bagues et chaisnes q^^eHe emportoit peor ses nécesiskés par ce mesme tralstre et ses eompaigBiMie, trouva moyen d^aMer après son mary en fcwfcmfe de village, de sorte que tous éeux se reneenfrèrent. Dautrlse sentant Monthrun eséheqipé, k in d'avsAr le plus dé son bien qu^a pMirmIt, fl^advoue à te Motte Gondrî», et ainsi s^estant approprié les chevaux, toullets, armes, hftbHlemens et vaisselle d'argent d^icehiy , s'en vient rendre à Gondri^, luy bailte les moyens de pouvoir surprendre Monthrun au passage dé Savoye, et luy raconte tout ce qu'il soaitde ses allitres, ceMme attesi <te celuy des prmces. Et encofes (pflÈ n>n parkst que par conjectures, pour n^avoh* bougé du pays, si s'attendott-on Met» qu^ aervlrok d'im bon et seur tesmoinîg, conme ausm il en donnoif grande espérance, estant homme accort et rusé, bref tel que ceux desquels on a voit à Cadre pour dresser le paquet 0ijs princes.

SOUS f RAfqÇOtS 11.

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Alexandre Guyotin ce pendant, voyant l'issue de ses aflair» se porter mal, ainsi que Mont-, brun prenoit le chemin de Merindol, print celuy de Savoye pour gagner le paîs des Ligues. - Mais estant près de Grenoble, il lut arresté par souspeçon pour ministre de Montbrun, et mis èr mainrs dû vi-baiHif, lequel le r^arda songneusement. Estant monstre à Dautrine, il dict que c'estoit celuy qui avoit esmeu et mis les armes au poing de ceux du comtat de Yenisse, mais nonobstant cela estant Guyotin homme advisé et versé en telles matières, ce juge ny ses assistans ne pouvoyent mordre sur luy, en sorte que par faute de tesmoings son procès demeura pendu au croc, attendant la volonté du duc de Guyse, lequel commanda qu'on le gardast à fin de le confronter a« princes. Ce qui fut faict, encores que ledk^t juge eust lettres pour juger telles gens sans appel, et qu'en vertu d'icelles il en eust jà JEatt brancher plusieurs.

La Motte Gondnn, ayant eu quelque gage de fidélité de Dautrine, luy bailla gens pour aller aguetter Montbrun au passage. En quoy il se porta si finement qu'il le cuida surprendre et sa femme ausri, les. ayant rencontrés un jour de marché sur les frontières de Datiphmé et Savoye, desguisés en boulangers, et portans (tp pain dans des paniers en une ville là prochaine. Matthieu recogneutladicte dame, et regarda attentivement le mary, le remarquant par la balafre qu'il avoit à travers la joue. Mais soit cpi'il fast esmeu de honte ou de compassion, ou esblouyssenent, comme il advient souvent en telles extrémités, tant y a qu'il leur feit place. Aussi Montbrun contrefaisoit si naîfvement le piSsan, que la balafre par laquelle il estoit désigné ne fat àpperceue d'aucun de la compaignie qut les suyvit assez longuement. Yoylà comme il se sauva miraculeusement es terres de Genève et de Berne, combien qu'il fust poorsuyvi sur tous autres.

Or, pour retourner aumareschal Sainct-André, il n'est croyable quelle diligence il faisoit de vérifier l'entreprinse de Lyon avoir esté faîcteparle commandement des prinee>s, en cp]6y les juges n'espargnoyent leurs peines, et pareillement à luy adresser et pratiquer des faulx tesmoings à la faconde parler du gantier, afin de fortifier les preuves que l'on espéroit aiussi bien faire tomber sur tout le corps de la \ ville, comme coulpablcs et consentan» à !&:

DE L'EâtAT ÛÊ FRANCE

œiupîratioQ; puis voyuis que les charges du gamiét* n'estoyent assez concluantes à leur gré, ik usèrent de telles menaces contre luy et le traictèrent si rudement, qu'il se soubmit à tout faire ettoutdire,tant ilavoitgrand'enviede sauver sa vie.

En ce mesme temps, les deux frères de Changy furent prins en leur maison de Dauphiné par la diligence de Sainct-Chaumontleur cousin-germain, desquels, estant accusés du faict de Lyon, on espéroit tirer beaucoup de preuves, d'autant qu'ils faisoyent profession de la religion, et qu'ils estoyent gens d'esprit et des menées ; mais on n'en sceut rien tirer, combien qu'on leur eust récolté et confronté plusieurs tesmoings, lesquels ceux-cy monstroyent estre faulx, et attiltrés par monsieur le mareschal et ceux de Guyse, pour avoir leur bien. Quant à leur religion, ik ne la dissimulèrent point ; mais ils maintindrent que ce que l'on leur objectoit plus oultre estoit purementcalomnieux ; toutesfois on les garda bien estroictement, et leur feit-on de piteux traictemens.

Quant à la Borde, combien qu'on l'eust géhenne oultre mesure, et qu'on l'eust presque desmembré sans qu'on y eust* rien profSté, si e^-ce que le mareschal estimant qu'on l'eust espargné, et qu'il luy pourroît faire chanter autre langage, le fit remettre en sa présence sur la question; mais après avoir veu la manière de laquelle il avoit esté traicté, et qu'il n'y avoit membre ni os sur son corps qui ne fussent disloqués et outrageusement tirés, il changea d'opinion, et fut contrainct de dire qu'il n'eust jamais pensé un homme pouvoir tant souffrir sans mort, et que la Borde estoit loyal serviteur de son maistre, s'il en fat oncques. Ordisoit-il cela, pour autant qu'on ne l'avoit peu faire condescendre à rien dire contre son maistre pour menace de mort cruelle et promesse de biens qu'on luy eust sceu faire ; car on y avoit employé toutes sortes de gafis qui le pouvoyent persuader de rachepter sa vie au prix de la mort du prince, qui jà estoit tenu pour mort et du tout ruiné. Sainct- André aussi y avoit employé tous ses sens, de sorte qu'il y perdoit toute espérance et n'avoit-on autre response de luy, sinon que son maistre estoit prince vertueux et sage, lequel pour mourir ne voudroit avoir rien attenté contre le roy et son estât.

Les bruits de ces cruels tourmeos envers lef prisonniers furent expresséement semés par la ville pour espouvanter les plus grands, et adjoustoit-on que l'on en feroit autant aux principaux de la ville, d'autant qu'ils setrouvoyent chai^ de la conspiration, et que le corps de la ville y avoit donné consentement. Ce &ict, Sainct-André commanda à un de ses serviteurs auquel il se finit le plus de leur tenir propos secrettement, et de les asseurer de la txmne volonté du mareschal en leur endroict. Or avoitil à faire d'argent, par quoy il iesprioit très instamment de luy vouloir prester cent mille escus (ce prest estoit à dire dcmner), et il lesexempteroit de la calamité en laquelle ils alloyent entrer, si on ne luy acoordoit sa demande. Mais il ne se trouva un seul qui luy voulust bailler le liard à ceste ccmditioii, d'autiM^t qu'ils sesentoyent netsde toute accusation, et n'y avoit en la ville, à dire le vray, que certains hommes de moyenne et petite condition qui eussent donné consentement à ceste entreprinse, encores ne leur parloit-on que de loger gens pour trois ou quatre jours, à fin de les faire ensemble partir et armer pour aller trouver les princes, qui vouloyent oster les tyrans d'auprès du roy.

Le mares<Aal n'ayant rien proffitédeceeosté-là, vient de cent mille escus à quatre-vingts, de quatre vingts à soixante; de soixante à quar rante, de quarante à trente, de trenie à dix mille escus ; mais autant gaigna-il au grand qu'au petit. Parquoy on recourut aux maisons privées des plus suspects de la religion, les aucuns desquels estoyent absens, les autres tenoyait bcm, sans ioutesfois vouloir rien desgainer. Dequoy le mareschal coneeul un tel despit qu'il se délibéra de faire du pis qu'il pourroit. Cependant il les menaça de laire deuxcitaddles, de les munir, et y mettre garnison aux despens des citadins, et davantage de faire un fort au milieu du pont de la'Satoe, à fin qu'ils ne se peussent secourir les uns les autres, pensantparlàamanercesgensàraison.

Et de finict il commença à taire besogne sur 1er dict pont, et au lieu où on avoit délibéré de fûre la maison de ville. Et à fin de passer plus avant, ceux de Guyse luy envoyèrent lettres patentes du roy, contenant un pouvoir bien ample, oii récit estant fait bien au long des esmotions survenues en tout le royaume par les menées des

ti«e«î

SOU$ FRANÇOIS IL

rebelles, delà gràoeeifaveor dontoa avoltBBé envers eu ; de la eondiisioiipriase enrattembiée naguères Cuicte à Fontaiiieblean; le roy se plaignoit de ce que, phis il usoit de béaignité, plus ces meschaasmatinss'efllevoyent, enscurte qu'il voyoît ordinairemeot lear maavais coorage s^aceroistre pour advenir tout Testât du royaume, et le mettre en proye. Que toutes ces choses, disoit-iU le oontraignoyent de pour* voir an repos public, en chastiant rudement les meschans qui s'estoyent eslevés en Dauphiné, Provence et Languedoc contre lui et sa justice. Et que néanlmoins on y verroit reluire sa clémence envers ceux qui se voudroyent réduire.' U 'vouloit doncques que le marescbal se transportast èsdicts pays avec toutes les forces qu'il verroit estre nécessaires pour réprimer les séditieux, comme ennemis de luy etsonroyauone, &ire ouverture des viUes et cbasteaux avec le canon, m^tre en pièces tous ceux qui résistenmt à soo autborité, raser leurs lieux et maisons, et celles où se fieroyent assemblées et conventicuks, et celles aussi èsquelles lâs prédicans auront logé, ou esté reclus et recueillis, detfendant de jamais les réédifier. Que si les séditieux s'eslevoyent, il pourroit mander les forces circonvoisines des gens d'ordonnance,- Tarnère-ban et légionnaires, à ce que la force luy demoorast ; pourroit aussi mettre garnison où il luy sembleroit bon, et contraindre les babitans de leur fournir de vivres pour eux et leur chevaux. Finalement les rd^elles retirés et roaipus,il estoit dict qu'il feroit venir tous les gens de justice et autres gentilshomoies qui luy sembleroit bon, pour s'enquérir des moyens de surprendre les assemblées et conventicules, avec leurs ministres et prédicans, à fin de leur estre Caict sommaire procès extraordinaire et sans appel, par un mabtre des requestes pour ce envoyé. Que s'il setrouvoitdes officiers dudict seigneur y ayant adhéré, favorisé ou conhivé par notoire négligence, ils seroyent suspendusouprivésdeleurs offices. Et semblabiement contre les villes qui avoyent délinqué il seroit procédé par mulctes, amendes honorables, pécuniaires et suspensions de leurs privilèges, et aussi contre les liabitans particuliers d'icelles, et leur osteroit les armes selon qu'il le trouvera bon. Et enfin qu'il orrfonnoit des deniers pour le payemaat des gens de guerre, de rartillerie et autres fraisnécessaires.

Telles et pareilles lettres furent aussi expédiées au duc d'Aumale, aux màresdiaux de Briflsac et de Termes, nuxquels le reste du royaume estoit-desparty pour aller faire le carnage qui sera dict en son lieu.

Ceux de Guyse, ayant entendu le retour des bandes d'Escosse sortyes suyvant le traicté de paix, duquel nous avons faict mention, les joignirent aux vieilles bandes venu^ de Piedmont, Metz et Picardie pour leur garde, avec douze cens hommes d'armes, réservés oultre le département cy-dessus.Ce faict, ils feirent une despesche du roy au Navarrois, par laquelle le prince de Condé estoit chargé d'avoir entreprins contre l'estat dudict seigneur, et de s'estre voulu emparer des meilleures villes du royaume pour se foire roy. Ce que ledict seigneur ne pouvoit aiséement croire; toutesfois, pour en avoir le cueur net, ledict seigneur prioit le roy de Navarre de le luy envoyer en bonne et seure garde; sinon qu'il seroit luy-mesme contrainct de l'aller quérir avec si bonne compaignie que la force luy en demoureroit.

Le roy deNavar re respond ne pouvoir croire son frère avoir entreprins contre sa personne ny estât, comme a«issi n'en avoit-il nulle occasion, mais que plustost il voudroit bazarder la^ vie et les biens pour conserver contre ceux qui seroyent si téméraires de l'entreprendre; et ne faisoit doubte que ses haineux et ennemis qu'il avdit près de sa personne ne luy eussent preste ceste charité par leurs faulses caloomies et accusations. Que s'ils se vouloyent rendre parties, et qu'il pensast trouver la justice ouverte à la cour, il cognoissoit l'innocence de son frère si grande que luy-mesme ne feroit difficulté de l'y mener; et iroyent en si petite compaignie qu'on auroit occasion de croire toute autre chose de luy, enoores que, grâces à Dieu, il eust tant d'amis que s'il les vouloit employer, il espéroit bien ne tomber à la mercy de ses ennemis qu'il sçavoit. préparer leurs forces soubs le nom et autborité dudict seigneur. Que s'il y avoit gens en ce royaume qui eussent entreprins sur son estât et autborité, il espéroit bien démonstrer que c'estoyent tek imposteurs mesme qui rejettoyent leurs crimessur les innocens, n'ayant tous les princes de son sang rien plus cher en ce monde, ny tant recommandé que la conservation de sa couronne, laquelle ne pouvoit estre esbranlée ny transférée que ce ne fust à leur

CE VEStKi DÉ PRANCÉ

tfiwç^

fuiiia et stfbversio»eiitlèrê, eomme estant après hiy et des Mres les plus prêches et appareils héritiers dû royaume. Partant, il siïpplieit tedict siwir de ne recevoir légèrement- aucune mauvaise et sinistre opinion de ses pins pnx^es pa-^ rens et serviteurs très affectionnés.

Le prince de Condé escripvit aussi bien au long au roy, se deffendant de toutes les calomnies qu^on luy avoit imposées, desquelles il dé- 8h*oit sur toutes choses s'aller justifier, pourveu que ses accusateurs se voulussent rendre parties, et que l'authorité qu'ils avoyent embrassée leur ftist ostée; car î! ne s'attendoit pas de voir aucune bonne justice administrée au royaume pendant que eeux-là gouvemeroyent.

Après que ceux de Suyse eurent veu eeste riesponse, ils pensèrent que le meilleur seroit de lés attirer en leurs filets par belles promesses, que d'y aHer de force et avec doubteuse issue. Par quoy autre despesche fut promptement fciiete, par laquelle le roy manda qu'ils pourrbnt aller devers hiy en toute seureté et s'en retourner quand bon teor semblera, les asseurant en parolle dfe roy qu'il ne seroit attenté en leurs personnes en aucune manière; qu'll^ entendroit paisiblement leur» remonstranees et justifications sans qu'ils entrassent en prison, ou qu'on leur feist procès ; et que seulementwl vouîoit avoir response de sa bouche sur les poincts dont on chargeoit ledtct seigneur prince, et qu'il ne pouvoit aucunement cmvrt ; bref, qu'ils seroyent recueillis selon leur esiat et dignité, voire qu'on leur bailleroit te rang qui leur appartenoit au maniement des affiairea, à fin d'avoir leur conseil et advis pour rendre toutes choses bien policées. Et quant à la religion de laquelte ledict sieur prince avoit feict déclaration et protestation publique, il ne vouîoit et n'entendoit que pour raison de ee il en fùst aucunement troublé ny inquiété.

La rolne mère escripvit de semblable substance, et disoit souvent en pleurant (^lantdes princes) : « que leur faulMl? quedemândent-ib? S'ils voyent que les afftlires aiMent mal, p»urquoy ne le viennent-ils remonstrer, ou bien qu'ils ne le mandent, à fin que on y pourvoye sans donner occasion pour leur al^ence d'esmouvoir tant de troubles?» Ce qu'estant rapporté aux princes, ils te prenoyent à leur adrantage.

P<5Qdant ces aHées et venues, le roy de Na-

varre palssolt d'éspéranee les capitaines et seigneurs qui le devoyent acoompaigner, et dlsoftvouloir aller à la cour présenter leur» remonatrances en si bonne compalgnie que ses ennemis ne peussent user de puissainee sur luy. Tbutes^ fois te courage luy estoit bien diminué depul$ les choses advenues à Lyon et en Dauphiné, et ne pou voyent tes provinces avoir aucune résohition pour feire marcher leurs gens, encore» qu'on hiy remonstrast tedictseigneur estre trop avant au jeu pour en retirer son esptngte. Et que s'il tardoit pltte longuement, il seroit difficile de joindre ses forces encores esparses par tout le royaume et les unir ensemMe avec lea^ siennes; attendu que, pour son retardement et demeure, l'ennemyavoitjà occupé les passages; mais qfxen tout événement, s'il donnoit te mot ^de vouloir marcher, on s'esleveroit de tous endroicts pour te ftiire fort en ceste assembléedes estats. Mais tout cela ne peut aucunement encourager, estant ordinairement refroidy par les menées des serviteurs secrets de ceux de Guyse. Et ce qui estoit pk» estrange, eux-me»mes te cognoissoyent à veoe d'œil, confessans qu'ils estoyent trahis et vendus par teurs fevo** ris, comme la chair à la boucherie; mais 11 n'estoit question de les reculer de teur présence, encoresmoins de leschastier , de peur, disoyentils, qu'Us ne fatssent pis. Et de vray, Bouchart son chânceKer, qui aussi estoit maistre des re^ questesdu roy, l'ayant du commeneeoient conseillé et solHcité très instamment d'entendre aux remonstrances et sommations à hiy feictes, pour l'espérance qu'il avoit (tant il estoit sot) d*estre faict chanceiter de France, voyant que les choses tiroyent en longuetn-, et craignant» si Paffttire ne succédoit, de perdre la vie et tesbiens, situst qu'il sceut ce qui se Cilsoit à Lyon, se retira en sa maison en Poidou, et allant audevant par derrière, escripvit au roy, te suppliant très humblement de rappelter te prince de €ondé d'auprès le roy de Navarre son frère,* qu'il dlsoit le poorsuyvre sans cesse, d'entreprendre beaucoup de choses contre les ministres de Sa Majesté, et pour trotd)ler le royaume à la sollicitation des luthériens et ées prédicansde Genève venus exprès, à quoy toutesfois, disoit-il, ledlct seigneur n'a jusqu'alors voulu entendre; mais il est à craindre qu'il ne soit guigné par longue importonité. De quoy H n'avwt voûta futur d'advertir Sa Majesté^ f our

lueO] sous FRÀKÇOiS II

Iny e^re très imadde et très obéyssaot Mbjeel natord et iervite«r« pour U double oUigfttioa 4'e8lre Tua de» mioUtre^ de m justice.

U eaeripvitseoiMahlefi lettres au eardiiutl de liormoe, luy ofbaskt tout service, e^^péraot quelqjue jour luy réciter à bouebe beauisoup de choses de conséquence qu'il ue pouvoit escrire* Ce pttidaot il le suppUoit de se donuer garde des OMMdiîufttîms q^e l'on brassoit contre luy et toute sa iMÎsoQ. Bref, il promettoit des luoy ens pour &ire le procès et aux princes et plus grands seigoe^rs du royaume. Et à fia d'avoir plus de seureté en sa maison pendant les troul^es et lenpesles, il affermoit que, s'il n'eust ratwutv les coups, tuy et son frère fussent pÂéça morts; mais U avoit différé de les eu advertir jusques alors, tant pour u'estre descouvert que pour s'informer plus au vray de toutes choses, lesquelles par luy ingénieuseaient descmverteiw il se seroit ineontipeut retiré en sa maison, li'q^ dict que |uy*mesme douna les moyens de ^ foire prendre prisoiMHer* ce qm nous réserverons en son lieu.

Yoylà comme ces pauims princes estoyent maniés par leun propres serviteurs, ce que l'on u'eust jamais peu doubter de Bouchart; car ja* oàais homme ne se monstra tant affectionné au eontraire, et fut eeluy m^me qui conseilla au foy de Na verre d'envoyer ipiérir ceui^ qui vindreat puis après à Nérac, entre lesquels estoit Théodore de Bèze, l'advis duquel estoit de faire e& toiAes sortes que U eondusion de l'assemblée de FontaiocÛeitu touchant les estais f ust bien aaeeuvéa et exécutée contre ceux qui jamais ne Tavoyent accordée qu'eu intention de s'en servir an lieu de s'assubjettir au jugement d'icel le. Mais M n'en fut creut non plus que les autre a, et pourtant se retira avec merveilleux^ dan^r de sa personne, non tootesfois sans avoir oooNBMocé le pi^sche public à Nérac, y assistaot le roy de Navarae en personne. Plusieurs ieuoyent que Jaruse avoit pratiqué ce cbaor oelier , car ils estoyent grands asus et familier;^ Aussi s'eslmt-il du t^ut retiré de la compaignie H fomiltarité desdiets seigneurs, ne les ayant veua depuis le premier susdict voyi^ du roy de Navarre à la cour, et leiu* ayant refusé tout service et ayde. Cela feit pareillement Saiuete- Foy son frère, encoresqu'il eust reeeu du prince de Condé toiyes les faveurs et cpurtoisies que ^fsntilfaomme sçauroit requérir du prince, voire

jusques à le CMre UeuteàaM de a^ eompAijpûe de gendarmes.

Le roy de Navarre doncquas très mal ooajseillé, ayant accepté les conditions à hiy pro«liosées et eoooeu boime espérance des affaires pour les promisses que luy en avoyent confirmées à houche ceux qui estoyeot allés négocier, mesmement le cardinal de J^ourfoon ^<m frèr^ lequel y fut expre^séement envoyé p<H«r leur donner pkis d'asseurance, demanda au roy poor tout certain i)u'il se trouveroit à Orléans avant rassemblée générale de ses estats, et promit d'y mener son frère avec leur petit train simplement, s'asseurant tant de leur innocence ffm le roy les reli^droit petur serviteurs et parens. Toutesfois il nourrisaoit tousjours de hwne e«péranceles capitaines et gent ilsbommea qui e$«toyent avec luy, et remeit laeooclusion detow afbûres et l'ordre qu'il voqdrolt tenir pour marcher quand il seroit à limoges, où il s'i^ ebeopôna ; et u'y fut plustost arrivé que pluisieurs seigneurs et gentilshommes ne le vio»^ sent voir, en sorte qu'en peu de jours il s'y m trouva de sept à huictcenê bien mmvtés» armés et esquippés. Ià il fut soUieité se déclarer et dt pubUer son intention à toute la noblesse de France, selon ce qu'il &à avoit tant de Sm domoié espérance, l'asseurant qu'il n'auroH fiAute de gens et qu'on n'atlendoit siimn qu'il eu^t liitA le mot pour marcher» £t d'autant qu'il s'«xcv^ soit sur ce que ses ennemis esteyeatde«))à prests avec grandes forces, on luy offroit sia ou sept mille hommes de pied tous prests a mareber^ tant de la Gascongne que desisles de Mareones et du pays de Poietou jà enroulés aoubs cafû** taines. Que de Provence et Languedoc manebep royent trois ou quatre mille hommes tant de pied que de ehevaL De N<u*mandie autant ou plus, avec grand nombre de cavalerie, lesqueb en un instant le reodroyent si fiirt avec sa juste intentioa, qu'il femit sans combat , Dieu aydam, quitter la place et la personne du roy à ses ennemis, et que c'esleit aussi le moyen de se saisir de U ville d'Orléans pour y asaeooet les estats, et de Bourges, qui estoyent deux bonnes retraiotes. Davantage on les asseuroit que la plospart de la gcttdannerie se toumeroit de leur costé, ne pouvant gouster 'ceux de Guyse qu'ils ju^ geoyent ennemis du roy et du. royaume, fit x|uant à l'argent, ils n'en auroyeat fuite. Car oultrece que éàmcm^ homme de chèv^ et dé

DE L'ESTAT DE FRANCE

pied en avoit pour deux mois, les meilleures bourses du royaume ne dé&uldroyent à ce besoing, pourveu que le roy de Navarre se dédairast seulement protecteur du roy etdu royaume, et s*opposast 4 la tyrannie de ceux de Guyse, insupportable à tous gens de bien.

Pour le contrepoix de ces offres, les serviteurs secrets de ceux de Guyse remettoyent devant les yeux du roy de Navarre la convocation ' des estats, le roy d'Espagne qui Tespioit au passage, et n'attendoit que son partement et sa déclaration; pour escomer si peu qui luy restoit de ses terres souveraines; la playe de Bourbon encores sanglante , Tarmée qui estoit toute preste à marcher pour le venir affronter, les nouvelles certaines que le duc de Guyse avoit le serment de douze cens hommes d'armes, gens d'eslite, qui devoyent mourir à ses pieds devant que Ton eust le dessus de luy. II y avoit encores ce poinct que ces bons conseillers, qui avoyent envie de loucher les deniers de ceux de la religion, s'en voyoyent du tout hors d'espérance quand on leur parloit que chascun viendroit tout soudoyé. D'autre part le roy de Navarre n'estoit pas beaucoup chargé d'argent, et eust bien voulu toir trois ou quatre cens mille escus de fond, auquel cas il eust feit merveilles, comme il disoit. N'ayant doncques que des promenés, cela le faisoit retarder à conclure; à tout le moins il prenoit son excuse là-dessus, de telle sorte que d'Escars et ses compaignons avoyent trois jeux et quarante-cinq sur la partie, et finalement la gaignèrent. Car ledict seigneur, ne pouvant plus dissimuler les choses qu'il avoit mandées au roy, estant à Yertueil, où le vint trouver le cardinal d'Armaignae, donna congé à toute sa cx>mpaignie, oontremanda ceux qui venoyent et les pria de se retirer en leurs maisons file à file, avec infinis remerciemens de leur bonne volonté envers la maison, couronne et république de France ; ce qu'il promit de faire entendre audict seigneur, et luy présenter leurs requesteset supplicaticmspour leurpourveoir en l'assemblée de ses estats généraux. Qu'il scavoit que ceux de Guyse avoyent faulsèment et calomnieusement accusé son frère et luy ; mais il aimoit mieux aller en cour pour se justifier et mourir en bonne conscience plustost qu'estre .cause d'un si grand carnage qui adviendrait indubitablement s'il paroissoit avec forces en la présence de ses ennemis. Là-dessus

on leur meit au-devant des yeux (mites les choses passées, avec le danger évident de leurs vies s'ils alloyent à la cour, n'estant en la puissance du roy mesme ny de la roine sa mère de rien garder ny tenir de toutes les promesses à eux faictes. Ques'il vouloit demourw entièrement ferme en ceste opinion, à tout le moins qu'il laissast derrière soy le prince son frère, attendant qu'on cogneust quel train prendroyent ces affaires, joinct que n'estunt tous deux en peine, l'autre tiendroit les ennemis en suspens. Leur response fust qu'ils estoyent tant asseurés de leur innocence et du secours de Dieu, que leurs ennemis ne triompheroyent pas d'eux comme il sembloit, et qu'il n'estoit aisé de faire mourir un prince du sang par justice. Au fort, si on ne leur tenoit promesse, eC qu'on les feist mourir sans iesouyr en leurs justifications, avec ce qu'ils prendroyent telle mort innocente en gré. Dieu avoit assez d'autres moyens pour délivrer la France de captivité sans qu'à leur occasion tant de gens de bien en souffrissent.

En ces entreCaictes voicy arriver lettres et homme exprès de la part de la princesse de Gondé, dame aymant son mari, vertueuse et sage s'il en fut oncques, par lesquelles eUe advertissoit son seigneur et mary du complot prins et arresté entre ceux de Guyse , d'exterminer tout le sang royal : ce qu'elle avoit entendu de si bon lieu qu'elle n'en pouvoit nullement doubter; partant elle le supplioit très humblement de n'avoir le cueur si lasche quede s'aller jeter en leurs filets, quelque belles promesses qu'il eust du roy. Que si elle estoit homme et en son lieu, elle aimeroit mieux mourir en combattant l'espée au poing pour une si juste querelle, que de monter sur un eschaffaut pour tendre le col à un bourreau sans l'avoir mérité , comme il en estoit menacé. D'autre costé,eHes'asseuroit tant de sa bonne cause et querelle, qu'elle trouveroit bonne trouppe de gentilshommes qui l'accompaigneroyent de leurs vies, en prendroyent tous ensemble une fin heureuse avec une perpétuelle louange d'estre morts pour la sauveté du roy et du royaume, à l'exemple des grands personnages qui avoyent pour moindre occasion rendu leur nom immortel. Et que si ainsi advenoit , elle l'accompaigneroitbleotost au tombeau : mais ce seroit avec phis d'heur et contentement , que si elle eust possédé toi^

(15601 ^OUS FRANÇOIS il

les hkoBy hotmeon et riéheases da monde. On estiiBoit bien que ces iMres et le porteur aurayent quelque avantage sur la résolution de ee prince ; mais il estoit si fort possédé par les serviteurs secrets, qu'il se laissoit mener avec k roy de Navarre son frère , ainsi que prisonnier. Ce qui fut si grief à ceste dame, qu'ellemesme luy alla au-devant, pour essayer par sa présence de le pouvoir destoumer du danger' apparent de sa vie où il s'alloit plonger ; mais die n'y peut ri^ profBter : ains s'en alla esplorée comme elle estoit venue. Or comme les principaux seigneurs et gentilshommes prenoyent congé d'eux, le roy de Navarre lei^dr donna bon courage et espérance que tout se porieroit bien, et a(\|ousta qu'il demanderoit au roy la grâce de ceux qui l'avoyent accompaigné jusques-là et en armes. « Grâce I respondit quelcun. Pensez seulement de la demander bien humblement pour vous seul , qui vous allez rendre prisonnier la corde au col. Car à ce que je voy , vous en avez plus de besoing que nous , qui n'avons délibéré fetire si bon marché de nos personnes , mais de mourir plustost en combattant que nous sonbmettre à la mercy de ces détestables ennemis du roy et du royaume. Et puis que nous sommes si pauvrement destitués de chefs , nous espérons que Dieu nous en suscitera qui auront pitié de nous, et qui nous desvelopperont de l'oppression de ces tyrans. ** Ces paroles furent prinaes en risée; maisellesfeiraatvenirde l'eaue en \m bouche des serviteurs secrets, qui eurent opinion que oeux-cy alloyent procéder à l'eslection d'un chef, de quoy ceux de Guyse furent advertis incontinent, ce qui leu^ donna à penser plus qu'on n'eust cuidé. Yoyià quelle fut la despartie de ceste noblesse françoise , laquelle avoit merveilleuse envie de comlMittre et plustost mourir que de s'assubjettir à la domination d'une maison estrangère.

Ces forces séparées, le roy de Navarre et son frère ne tardèrent nullement de sentir la douceur du traictement qu'ils devoyent espérer de leurs bons cousins de Guyse. Car estant près de Poictiers, voicy arriver une de leurs créatures nommée Montpesat, lequel fit auxdicts princes très expdressesdefFenses,de par le roy, de n'entrer, allant à la cotur, en nuUe ville close appartenant à Sa Majesté sur peine de rébellion, et d^estre atteinots-et convaincus de crime de lèiemajesté. Cela leur donna dès lors à penser de XVI' SIÈCLE, La PI. el La PI

rebovser diemin, mais se voyant desjà enclavés entre les forces de leurs ennemis, sous la charge et conduicte du mareschal de Termes là envoyé pour son département, il ne fut plus question quede fiiire bonne mine. Et ne dict autre chose le roy de Navarre à Montpesat, sinon qu'il obéiroit au roy , et qu'il eust bien voulu voir ce commandement par escript; mais l'autre n'en feit aucun compte. Ce qui donna couleur au cardinal d'Armaignac, à d^Escars et autres serviteurs secrets de leur persuader cela n'estre rien, et que c'estoit seulement une bravade de ceux de Guyse , le roy n'en sçachant rien ; duquel et de sa mère il devoit attendre autre recueil et traictement.

Estant passés Chastelleraut , ils eorent advertissement de se sauver de vistesse s'ils pouvoyent, ou bien de n'escarter les grands chemins tant fust peu. Car il yavoituneentreprinse dressée pour les tuer, comme s'ik eussent voulu s'enfuir et se sauver. Parmi cela on leur bailloit moyen de gaigner Angers, et de là la Normandie où ils trouveroyent secours , gens , argent et villes de retraitte. Mais nonobstant cela, leur résolution fut d'aller droict leur route , quoy qu'il en deust advenir, et ne faire que petites journées, de sorte qu'il sembloit proprement ( spectacle pitoyable ! ) qu'ils usassent du roy de Navarre comme d'un prévost des mareschaux pour mener son frère prisonnier, et qu'il s'allast luy-mesme rendre es mains de ses ennemis pour estre à leur mercy.

Ceux de Guyse, ayant ainsi commencé, leur voulurent bien faire avaler d'autres poires d'angoisse; car encores qu'ils eussent d'heure à au* tre advertissemeut de leur venue à petite cornpaignie, qu'ik fussent jà enclos et environnés de leurs forces, et que toute la noblesse qui les avoit accompatgnés fust despartie, chascun ayant prins la route de sa maison , délibérés d'attendre l'issue de ceste tragédie ; tant y a toutesfois que, pour monstrer leur animosité au descouvert contre ces princes, et pour contourner les députés des estats à leur dévotion , si d'adventure ils leur voudroyent en rien contredire et empescher leurs desseings, ils délibérèrent de mener le roy à Orléans avec le plus de forces qu'ilspourroyent. Par quoy le mareschal Sainct- André fut maîiMlé avec tout son régiment de cavalerie , car on avoit à faire de luy , des prisonniers et'de&informations. Cependant ils feircnt

CE L*ESTAT DE. FRANCE

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Btcrcher le roy droiet à Odéans , et passer ai armes à travers la ville de Faris , aocompaigné de ses chevaliers de l'Ordre, gentilshomm^ de sa chambre, escuyers d'escuirie, de panneterie, d'eschansonnerie et offices domestiques pouvant porter armes, des deux cens gentilshommes, de toutes ses gardes de cheval et de pied, et de tous les grands seigneurs du royaume desquels on avoit quelque souspeçon , hors mis le connestable et ses trois nepveux de Chastilkm, qui estoyent en leurs maisons, regardant lejeu» Tous ceux-cy ,dis-je, joinctsensemt)le, fais^yent un bon et gros régiment de cavjilerie, et sur les aisles du roy marchoit la gendarmerie de douze cens hommes qu'on disoit avoir particulier serment au duc de Guyse. Bref, toute la noblesse de France avoit esté mandée de s'y trouver en personne sans aucune excuse ni d'aage ni de maladie, sur peine de confiscation de corps et de biens , et d'estre punis comme ennemis du roy , séditieux et rebelles : chose qui avoit grandement estonné toute la France, tt plus encores quand après ce parlement il ne paroissoit nuls ennemis : ce qui feit croire que c'estoit aux estats qu'on en vouloit. Mais pour efihcer ce bruit on feit courir qu'on alloit assiéger Orléans, qui s'estolt rebellé et eslevé contre le roy, et y entremesloit-on les princes , pour tousjours les rendre odieux , et faire trouver bonne l'exécution qu'on en vouloit faire. Et à dire vray, le bruit d'Orléans n'estoit sans cause : car ceux de Guyse avoyent tant animé le roy a rencontre des habitans en les diargeant du laict d'Amboyse, qu'il les tenoit pour mortels ennemis ; et avoit délibéré d'en faire mourir des principaux, les biens desquels estoyent jà donnés et despartis aux mignons courtisans. Le baillif d'Orléans avoit de sa part trois mauvais tesmoings,à scavoirunbel estai, une belle maison à la ville, et une autre aux champs. Sa confiscation estoit jà donnée au sieur de Cipierre , comme aussi les meilleures maisons du royaume estoyent remarquées, et le sacd' Orléans promis aux soldats françois venus d'Escosse et autres lieux*, qui marchoyent avec l'artillerie. Voyià l'esquippageavec lequel le roy passa la Beausse, et fit son entrée en armes à Orléans le 18 d'octobre, mais avant que de passer oultre, je réciteray ce qui ad%'intde notable.

Ceux de Guyse ayant veu le mescontentement de ce que toutes les charges ,. dignités et

offices avoyent esté despartici entre en saas en bailler aucunes aux princes du sang , pour aucunement les contenter , avoyedl advisé de faire ériger deux gouvernemens au milieu da royaume, et d'en bailler un au docdc Montpensier, et l'autre au prince de la Roehe-sur-Yon» sçachant(}»'ilsnepourroyentancunementnuire à leurs desseings, comme s'ils estoyent en firon* tière. Et toutesfois ils leur baillerait des lieotenans avec telte authorité que les princes n'avoyent que le tiltre, chose qui ne revenoit qu'à la foule du peuple, et à quoy les prédécesseurs rois n'avoyent jamais voulu entendre, d'autant aussi que leurs principales demeures estoyent en ces paîs-là. Au duc de Montpensier fut baiUé le gouvernement de Touraine, et annexés à iceluy les duchés d'Anjou et de Vendosme, comté» du Maine, de Bloys, Dunois, et pais circonvoisins. Et au prince de la Rocfae-sur-Yon, celuy d' Orléans , auquel on joignit les duchésde Berry, pays Chartrain,la Beaus8e,Montargis, et autres lieux contigus , et bailla-t-on pour lieutenans au gouvernement d'Orléans ledict sieur de Cipierre, et à celuy de Tours, Savigny , e^ave» de ceux dé Guyse, avec toute puissance, principallement à Cipierre sur Orléans.

Cestuy-ci donc estant arrivé en ladicte ville avant l'arrivée du roy au commenceibent d'octobre, avec lettres de Sa Majesté portant commandement auxeschevinsde luy obéyrentout ce qu'il commanderoit , commença à désarmer ceux de la ville, remettant leurs armes en la maison commime, à la garde desquelles il cornmeit un capitaine, de sorte qu'il n'estoit loisible d'en approcher. Puisaprès ilfeitentrer les garnisons là prochaines , qu'il logea es maison» qu'il avoit suspectes , leur remettant la garde des portes. Il advertit aussi les eschevins que le prince de la Roche-sur- Yon arriveroit le jour mesme, pour y faire entrée comme gouverneur. Au moyen de quoy ohascun se meit en devoir de le recevoir le plus honorablement qu'on pourroit,selon le peu de temps et commodité; et fut au-devant de luy Hiérosme Groslet, baillif d'Orléans, accompaigné des gens de la justice , de Funiversité, des eschevins et conseillers de ville, et des plus notables bourgeois et tous officiers d'tcelle. Le baillif porta la parolle pour la viHe, et fut sa harangue pleine de bonne affection , s'estimant très heureux d'avoir un tel prince pour gouverneur. Us le supplièrent d'avoir h

SOUS FRANÇOIS II

ville en recommandation , et de les maintenir en la bonne ^ace de leur roy , prince et souverain seigheur, auquel ils désiroyent entièrement obéyr, comme aussi à luy , non-seulement en ce qui concernoit le service de Sa Majesté, Hiais pour le sien en particulier : puis sur la fin ils s'excusèrent de n'avoir faict plus grand appareil pour sa venue, dont ilsavoyent seulement esté advertis le matin. Estant entré eu la ville , il leur feit entendre, comme aussi Morvilliers leur évesque Tescripvit , que le roy et la roine voutoyent faire leur entrée en ladicte ville le jeudi ensuyvant 17 dudict mois; mais pouroe que le temps estoit court, ils eurent un jour de délaj seulement pour dresser leur appareil au mieux qu'ils pourroyent \ auquel jour 18 d'octobre , ledict seigneur et la roine arrivèrent de matin aux faulxbourgs d'Orléans, où leur fut préparée une maison , et dressé un eschaffaut pour voir passer les troupes de la ville qui leur viendroyont au-devant selon la coustume. Les gens de pied faisoyent monstre de quatre mille hommes sous douze enseignes, et leur avoit-on rendu toutes leurs armes, excepté les bastons à feu, d'autant qu'ils estoyent suspects au cardinal de Lorraine. Après eux suyvoit la justice , les eschevjns, conseillers de ville et plus notables bourgeois, Tuniversité et le clergé suy vant l'ordre devant dict ; et passant pardevant Sa Majesté , le baillif et ies principaux ofliciers montèrent sur l'eschafTaut pour luy faire leur harangue.

Après eux marchoyent les enfans de la ville, ' en nombre de cinquante à soixante, bien montés et avec bel esquippage, revestus d'une rnesme parure des couleurs desdicts seigneur et dame y «uyvis des archers de la ville avec leurs hocquetons. Toute ceste compaignie passée, et puis rentrée dans la ville en mesme ordre , le roy moota à cheval et entra soubs son dais d'or avec les armoiries de la ville , et tira droict au^rand temple Saincte-Croix. Devant luy roarehoyent les quatre cen« archers de sa garde, les deux cens gentilshommes de sa maison, les Suisses et les harquebusiers de la nouvelle garde. £t après Sa Majesté alloyent les ducâ d'Orléans et d'Angoulesme ses frères , le prince de la Roche-sur- Yon et plusieurs autres seîgiteurs et chevaliers de l'Ordre. £t ainsi au son des troni^teaetcJairons ht conduictaodict foinple, oQ révesque et le clergé Je recewent ;

puis son oraison parachevée, il alla loger en la maison du feu chancelier d'Alençon père dudict baillif, en place appellée l'Estape. Et n'est du tout à oublier que le roy passant par les rues richement tendues, son cheval feit unfaulx pas, en sorte qu'il fîist tombé tout à plat, s'il n'eust esté soudainement relevé , ce que plusieurs interprétèrent des lors à mauvais présage pour luy, autres aussi pour la ville.

L'après-disnée toute ceste compaignie re* tourna au-devant de la roine en mesme ordre et esquippage, laquelle feit son entrée fort richement^i tournée et montée sur une hacquenée blanche, suyvie d'un grand nombre de dames et damoiselies ; mais en l'une ny en l'autre entrée, ceux de Guyse ne comparurent, et disoiton que c'esioit de crainte de rencontrer quelqu'un désespéré, parce qu'un magici^ (comme nousavons dict)avoit prédict aucardinal,estant à Rome , que son frère et luy mourroyent de mort violente et de bastons à feu, de sorte que* pour éviter cela , ils eraignoyent telles assemblées, encores qu'ils eussent fait deffendre de porter aucunes pistoles, pistolets ne harquebuses sur peine de la vie mesmement en teUe ville qu'ils avoyent expressément choisie p€)ur la plus propre à exécuter le comble de leurs entreprinses , de longue main appareillées , estimant, disoit-on, que tout ainsi que la lignée de Cbarlemaigne (dont ils ont resvé qu'ils estoyent sortis) avoit pris fin en la ville d'Orléans, ceste mesme ville aussi serviroit de cimetière à toute la race de Hue Capet et à leurs affectionnés serviteurs.

Quand' nous avons dernièrement parlé dn roy de Navarre et son frère, nous les avons laissés par les chemins venans à leurs petites journées; mais plus alloyent-ils avant, tant plus avoyent-ils d'advertissemens de se retirer secrettement, suyvant ce qu'ils ont bien recogneu depuis leur avoit esté prédict qu'autant de pas qu'ils faisoyent vers la cour, autant approchoyent-ils, et tout Testât du royaume, de la mort , si Dieu n'y remédioit extraordinairemcnt ; à quoy ils ne vouloyent nullement entendre, se remettant et leur affaire du tout en Dieu, duquel ils attendoyent tout secours et deffense, et en ceste confiance et de leur innocence se recommandpyent aux prières des églises réformées, faisant venir k eux tous les ministres, diacres et surveillans par où ils pas-

DE L'ESTAT DE FRANCE

«oyent pour les consoler ; chose notable pour cela qui s'en ensuyvit, combien qu'il ne tinst aux princes qu'ils ne se perdissent entièrement. Voylà comme ils arrivèrent à Orléans avec leur petit train, qui fut la veille de Toussainct, dernier d'octobre.

Ceux de Guyse séachant leur arrivée, non pour besoing qu'il en fust, mais pour estonner de plus en plus les princes et tous ceux qui seroyent si hardis de leur porter tant soit peu de faveur, feirent venir tous les hommes d'armes et archers qui estoyeiit en garnison à l'environ d'Orléans, lesquels, avec l'élite des gens de pied qui estoit logée à la ville, furent arrangés en haye fort serrés, armés à blanc d'un costé et d'autre, depuis le commencement du Portereau jusques au logis du roy, en sorte que les princes furent contraints de passer au travers, et de recevoir des brocards d'un chascun, selon qu'il estoit le plus impudent ; et ne leur alla au-devant aucun des courtisans, ny encore moins de ceux de la ville, pour les raisons qui seront cy-après desduictes, réservé le cardinal de Bourbon leur frère et le prince de la Roche-sur-Yon, qui eurent congé de ce faire.

Estant lesdicts seigneurs entrés en la ville, et approchés du logis du roy, le roy de Navarre voulut selon la coustume entrer à cheval jusques dedans la cour du logis dudict seigneur ; mais cest honneur leur fut dénié, et leur fut assez rudement respondu que les grandes portes ne s'ouvroyent point. Après avoir aucunement contesté sur cela, ils meirent pied à terre, et accompaignés du cardinal de Bourbon et du prince de la Roche-sur-Yon, allèrent trouver le roy, lequel, sçachant leur venue, s'estoit mis en lieu éminent, accompaignédeses oncles de Guyse et de toute la noblesse de cour, qui ne feit un tout seul pas pour aller au-devant. Eux en la salle vont droict au roy, sans regarder ny çà ny là. Après avoir faict les révérences accoustumées , leur réception fut assez maigre, comme aussi il n'y eut aucunes caresses entre eux et ceux de Guyse, lesquels ne feirent compte des princes : comme aussi toute la compaignie se conforma à eux. Avant que tous ces mystères fussent achevés, la nuict survint, qui feit que le roy s'achemina en la chambre de la roine mèrcf où il fut suyvi desdicts princes et de peu de gens. Aussi ne voulurent ceux de Guyse estre présens aux propos

desquels ils avoyent instruict le roy, de peur que les princes s'attachassent à euxdeparolles, comme ils avoyent entendu qu'ils en estoyent bien délibérés, et pour jouer le reste du jeu en telle sorte qu'à un besoing ils eussent tousjours leurs négatures à propos, dont bien leur en print à la fin, comme aussi finement estant question du décret de la prinse de corps, ils en avoyent faict porter la paroUe au roareschal de Brissac.

Après que la roine mère les eut receus avec Farmée de Crocodile, le roy s'adressant au prince de Condé luy dict qu'on luy avoit rapporté de plusieurs endroicts qu'il avoit feict et faisoit plusieurs entreprinses contre luy et Testât de son royaume, à l'occasion de quoy il avoit mandé pour en scavoir la vérité par sa bouche. Le prince demoura court ne muet, comme il n'eut oncques feute de cueur ny de langue et hardiesse singulière, et usa de grandes deffenses, voire telles que Sa Majesté avoit juste occasion de s'en contenter, ct.d^estimcr que c'estoyent pures calomnies inventées par ses ennemis de Guyse, lesquels il chargea grandement et ouvertement de plusieurs forfaicts, et des causes qui les a\ oyent meus à le calomnier envers Sa Majesté, qui luy tourna depuis à plus grande vertu que s'il eust fiiict teste à ses ennemis, estant assisté des forces qu'il avoit mesprisées. Ce néantmoins pource qu'il avoit esté advisé et cônclud avant leur arrivée, Sa Majesté commanda à Chauvigny, capitaine des gardes expresséement envoyé là par ceux de Guyse, de se saisir de sa personne; ce qu'il feit, et le mena prisonnier en une maison là prochaine, au-devant de laquelle fiit construit un fort de brique flanqué de canonières, et gamy de pièces d'artillerie de campagne qui battoit en trois rues, et deffendoit les advenues. Les fenestres de sa chambre furent aussi murées, et fut tenu le prince si estroictement que nul ne parloit .à luy qu'un homme de chambre.

Le roy de Navarre, se sentant trop tard frustré de son attente, supplia le roy de luy tenir promesse, à scavoir d'ouyr son frère en ses justifications, sans le tenir prisonnier, ou à tout le moins qu'on le luy baillast en garde, et qu'il en respondoit sur sa vie. Ce que Sa Majesté refusa : voylà quelle fut la réception de ces princes. Et de vray la liberté du Navarroîs n'estoit guères plus grande que celle de soa

SOUS FRANÇOIS IL

firère, sinon qu'il avoit ceste espace d'aller de son logis qui luy fust baillé auprès de celuy du roy ; mais au reste nul n'osoit parler à luy ny de jour ny de nuict, s'il n'estoit de ses gens, et encores n'y avoit-il guères d'autres que les serviteurs secrets de ceux.de Guyse. Cartons ceux qui hiy estoyent loyaulx s'estoyent absentés, liors mis un bien peu qui tindrent bon et seiiazardèrent aussi avant que leur maistre, auquel sa garde fust ostée, et celle de ceux de Guyse au contraire fust assise de jour et de nuict autour de sa maison, avec plusieurs espies qui suy voyent pour regarder qui parleroit à luy.

De ceste mesme colère les seigneurs de Carouges et de Renouard, gentilshommes de la chambre, eurent charge d'aller prendre prisonnière la dame de Roye, sœur des sieurs de Chastillon , et belle-mère du prince de Condé. La cause portée par la commission estolt qu'elle avoit certaine intelligence et participation des conspirations, entreprinses et séditions qui s'estoyent pratiquées et duroyent encores en ce royaume, et des autheurs et fauteurs d'icelles, desquels ledict seigneur désirant sçavoir et entendre 1& vérité, pour pourvcoir Sti danger qui en dépendoit et chastier les coulpables autant que leur faute .l'avoit mérité , ayant pour ceste cause Sa Majesté arresté (par l'advis d'aucuns bons et grands personnages de son conseil ) de la prendre prisonnière, commandoit très expressément Kux dessusdicts d'eux transporter en la maison de ladicte dame la part qu'elle seroit, et de se saisir de sa personne pour la mener prisonnière à Sainct-Germain-en-Laye, à fin d'avoir plus de lumière de ce que Sa Majesté désiroit sçavoir d'elle, et de la participation et intelligence qu'elle avoit eue pour les cas et crimes dessusdicts. Et surtout leur estoit enjoinct de se saisir de tous les papiers qui se trouveroyent en sa possession, pour les luy envoyer fidèlement et diligemment. Il y avoit aussi lAandemént au capitaine du chasteau de Sainct-Germain-oa-Laye de l'y recevoir prisonnière, et de la tenir en si estroicte garde que nul ne parlai à elle fors que les juges que le roy y envoyeroit. Ce qui fat entièrement exécuté, ladicte dame estant lors en sa maison d'Anisy en Picardie, là où lesdicts Renouard et Carouges la farent trouver ; et sans aucune forme ne figure de justice, fouillèrent

par tous les lieux secrets de sa maison, visitèrent ses papiers, et usèrent en son endroict dé tous les rudes traictemens dont ils se peurent adviser, sans avoir esgard à s^ qualité, aage ny indisposition. Aussi estoyent-ils serviteurs très affectionnés de ceux de Guyse, et avoyent à singulier plaisir d'exécuter leur commandement à toute rigueur. C'estoit la cause pour laquelle ce Carouges avoit faict plusieurs allées et venues vers les princes en Béam.

Ils envoyèrent aussi à Paris, et feirent prendre un conseiller de parlement nommé la Haye, pource qu'il manioit les afEaires du prince de Condé, et voulurent faire le semblable à Orléans de quelques autres ; mais ils se retirèrent delà presse.

En ce mesme temps si malheureux, arriva d'Italie en France madame Renée de France, fille du roy Louys XU, duchesse douairière de Ferrare, et belle-mère du sieur duc de Guyse, qui avoit tousjours favorisé la religion; et trouva fort mauvais l'emprisonnement des princes, prédisant à son gendre que mal luy en adviendroit, comme il feit depuis. Mais elle ne fust creue, et falust qu'elle avalast ceste pilule à son arrivée.

Nous avons touché cy-dessus comme Amaury Bouchard, chancelier du roy de Navarre, auroit escript au roy et à ceux de Guyse contre le prince de Condé, et du bruict qui couroit que luy-mesme s'estoit faict prendre; ce qui ne fat sans grandes conjectures, d'autant que la commission pour ce faire fat adressée à Jamac, qui estoit aussi, comme nous avons touché, son grand amy et familier.

Advint que Bouchard estant allé voisiner chez un gentilhomme, on luy apporta un gros paquet, et luy dict tout haut ie porteur envoyé de Jamac que son maistre le luy envoyoit avec ses affectueuses recommandations, l'advertissant qu'il le verroit dans trois jours chez luy avec bonne compaignie. Sur quoy le chancelier rougissant et palissant, comme aussi à Touverture du paquet, luy manda qu'il seroit très bien venu, ce qui fat très bien remarqué. Bref, au jour assigné, Jamac vient en sa maison après l'avoir derechef adverty de sa venue, le faict et le constitue prisonnier, saisit ses papiers, et use en son endroict de toutes les mdesses en apparence qu'on eust peu &ire au plus estrange homme du monde, Pour quoy

DE L'EST AT DE FRANCE

faire il esteit acconipaigné de deux compai- . ^ies de gens d'annes avec la sienne, et sem- | bloit qu'il denst avoir abandonné la maison au pillage. De quqy Bouchard se plaignoit grandement, appellant Jamac traistre et mesohant, \fi menaçant de s'en venger, et luy faire trancher la teste. Yoylà comme ceste farce fiist jouée, et ce chancelier conduict à Orléans en grande compaignie, et de là envoyé à Melun,avec tous les autres prisonniers qui avoyent esté amenés de Lyon, à fin de leur feire procès, et préparer contre le prince de Condé, duqud m hastoit Taflaire en toute diligence.

Deux jours après Tarrivée du prince de Omdéà Orléans, lebailUf Groslot fust prins prisonnier ; et combien que le bruit des autres test trouvé mierveiUeusement estrange, et que de touscoatés on ne vist que calamités préparées, tant y a que cestuy-cy fust remarqué, ne sçay autrement pourquoy, sinon que les uns avoyent compassion de aon mal, le cognoissant homme vertueux, amateur du bien et repos public, ennemy de la tyrannie, des factions et enUreprinses turbulentes, comme aussi esioigné de toute ambition ; chose rare de ce temps es hommes constitués en telles dignités; ce qu'on I^UQit doublement en luy, à cause que sa dextérité aux deux rohbes luy promettoit de fort grajods avancemens aux honneurs, s'il les eust voulu chercher et prendre party. Les autres^ préoccupés de ce qu'on luy mettoit sus, pour donner couteur à sa mort et confiscation prétendue, excusoyent ceux de Guyse, lesquels par gens apostés abreuvoyent le simple peuple du crime de lèze-majesté supposé à tous les prisonniers , et autres qui ne vouloyent player ioubs le joug. Et pource qu'on a parlé diversement de la cause de l'emprisonnement de Qroslot et des procédures tenues contre luy, et que cela touchoit le &ict de plusieurs autres i}ui estoyent remarqués, j'ay pensé que ce seroit chose digne de mémoire pour la postérité d'eotre^tter içy ce qui en est la vérité, à fin qu'on cognoisse le péril éminent où lors estoyent tombés toutes gens de bien.

Le père de Groslot ayant receu cest honneur d'estre chancelier de la feue roine de Navarre Margueritte de France, son fils nourry es bonnes lettres et doué d'autres grands dons se monstra toujours affectionné au service de cest« maison, selon sm devoir. Xoulesfois, apiis bf

mort de ladicte roine, sans aspirer à l'entieprinse des affaires ordinaires d'icelle, il se contenta de l'exercice de son estât de baillif d'Orléans et d'y vaquer en toute droieture et rondeur. Cela ne pouvoit plaire à ceux qui désiroyeut sur-tout que les principaux des grandes villes fussent à lem* dévotion ; mais ce qui leur fcit coucher ce personnage dans leurs papiers, fut le rap(>ort ordinaire de leurs serviteurs secrets, qu'il estoit la sauvegarde des assemblées des buguenauds ; et que, de fraische mémoire, il s'estoit imprimé en leur fantai* sie , qu'il avoit eu intelligeofie avec ceux de l'entreprinse d'Amboyse, à cause que les princes, desquels Groslot estoit serviteur^ en estoyent par eux accusés. Le cardinal en avoit souventesfois faict ouverte déclaration par ses propos tenus en divers lieux et teo^ïs, notamn^nt au mois de juin précédent, quand ledict baiiUf et le^ eschevins avoyent esté appelles à Sainct-Gennain-en-Laye. Car, estant admis au cabinet du roy, après les remonstrances faictes par le chancelier de l'Hospital sur la négligence et connivence dont ils usoyent à la rocher* che des buguenauds, le roy dict fort félonne» ment au baillif (qui avoit eu eommandeittent, et tous ses compaignoos aussi, de se tanir tousjours à genouils) qu'il ^ust à y faire mieux son devoir qu'il n'avoit iaict par le passé. Sur quoy ayant ledict seignmir roy oublié la leçon qui luy avoit esté recordée, le cardinal hiy souffla ces propres mots eo l'aureille, lesquels puis après il prononça en besgayant : « Ou je vous cbastieray de telle sone que les autres y prendront exemple. *>

Estant donc ceux de Guyse ainaî affectionnés contre le baillif il ne &ult s'esbahir s'ik avoyent envie de sa teste, laquelle anisoit aussi à ceux qui estoyent afiamés de sa despouiUe desjà mise au sort, comme il a esté diêt : de sorte qu'il n'y avoit faulte de diligens solliciteurs pour ramentevoir qu'il estoit des premiers au rooUe. Tous ces choses, dis-je, estoyent bien Gogoeues et remarquées par le baillif, lequel sfavoit pour certain que la malice et félonie de ses adversaires estoit d'autant plus acereue, qu'ils s'estoy^t eslevés en crédit et autborité joincte avec les forces qu'ils avoyent apprestées pour l'exécution de leurs seerenes pratiques et me^ nées. Mais ah Ueu de s'absenter et se sou^nàre ^eleun «sains (ee qé tey eust esié^iié), Mm

Htseoî

SOU&jrftAMÇOlail.

3Si

loy inapiia non aevlemâût de demour^, atust ealeUe perplexité dVsprit» de s'entreoietlre do têki de sa charge à la manière aecousluiaée» al de faict il alla au^vantde Sa Majesté qaand y feit 8oa entrée, délibéré de luy remonstrer Vobéysaanoe de son peuple d'Orléans, et de le deffendre des calonmtes de rébellion dont on le clMu-geoit. Mais on homme incogneu (atiltré toutesfoîs) le voyant marcher d'mie grande hardiesse et asseuranoe, s'eaéria tors qu'il montoit mt FeschafiEaat dn roy : « Voyià le capitaine des huguênauds! * Ce qui Fesmeut éè telle sarte, avec la contenance fnrieose da roy, qui commença de le regarder d'nn o^ félon, qu'il ne foi possible au baiUif de faire aa harangue teUe qu'il avoit projettée.

Be ceste occasion le cardinal tira un noiabie stratagesme, duquel il se servit bien à poinct en ceste affiiire, et en deui fkeons toutes contraires ; car l'estonnement du baillif appercen, il donna lieu de faire croiatre le cueur au roy, luy mettant en avant Tobéyssanoe qu'il se devoit promettre en tous les lieuiL de son royaume où il voudroit alkr, puis que cest homme « autrement des plus accorts et asseurés, s'estoit eifrayé de sa présence ; de la suffisance duquel il rendit lors et ailleurs assez bon tesmoignage, à fin que le roy et autres peu roses, estans par ce teamo'^nage esleignés de tout souspeçon de sa mauvaise volonté, il semblast puis après, frisant faire (Nrocès à Groslot, qu'il n'estoit mené que. d'une saincte affection de justice.

D'autre part, il feit une menée parsbubs terre envers Leurs Majestés , et courir un bruit sourd par gens attitrés que le silence et l'es* tonnement du baittif le convainquoyent manifestement du crime de lèze-majesté dont il estok souspeçonné, faisant estât que ceste seule conjecture donneroit lustre suffisant à son entreprinse, qu'il advisa de coulourer de quelques procédures accoustumées de justice. Et pour oest eHéct choisit des juges de la conscience desquels il se tenoit du tout asseuré. U print doncques pour l'instruction du procès d'Avanson, comme celuy qu'il tenoit le plus fidèle a son service, le plus ignorant et le plus eiïh)nté, et qui avoit moins d'occasion de retarder le COUPS de ceste matière, pour le peu de sentiment que ce juge avoit de Dieu et de l'honneur. La partie ainsi dressée, d^Âvansoif commença i tiwr les premiers coups par lo moyen du curé

de Saitictc-Pateme et éi vicaire de Saliicte- Catherine, secondés de quelques raarchans désireux d'estre connua zélateurs de l'Église nn maine. £t ce qui les rendoit d'autant plus con^ voiteux de ceste gloire fut que, par ce moyen, ib se voyoyent honnêtes ; ce qui les feit enfin devenir factieux jusques à chercher la ruine de leur propre patrie. Et de &ict, desjà aupara-^ yant ils avoyent prins une telle habitude à en-' tineprehdre légèrement et témérairement toutes choses , que pour leurs vies et feutes secrètes ils redoubtoyent le bailKf, pource qu'il s'oppo*^ soit ordinairement à leur audace, rompant le col à leurs pernicieuses menées, à raison de quoy ils s'estoyent tous ensemble rendus seif ennemis mortels, s'asseurant, luy désarçonné, que toutes choses seroyent gouvernées à leur posle. Les pk» malins d'entre eux estoyeni pour lors Jacques Aleaume, Jacques Piluillier, Lehorgne, l'Allemant et Jaipiet Masnet, les* quels, pensant avoi^ trouvé propre et asseuré moyen d'opprimer ce baiHif, n'espagnèrent rien à suborner de faulx tesmoings. D'Avanson avoit trois cheb d'accusations capitales, sur lesqueb il cherchoit tesmoings en toute diligence, corn* ment qu'il en fust. Le premier estoit, si le bail^ lif n'avoit pas délibéré de livrer la ville d'Orléans au roy de Navarre qui venoit. Le second, s'il avoit pas eu quelque intelligence de l'en^^ treprinse d'Amboyse. Le troisiesme, s'il s'estoit pas trouvé à une assemblée qui s'estoit faiete de •nuiet dans le grand Cimetière.

Les deux premiers chefs estoyent manié»

plus secrettement, mais tant y a qu'on les pr&tendoit prouver pour tou^jours charger sur la malle des princes. Ne pouvant rîen descoovriit de cela, ils mettoyent en beaongne toutes sortesi de gens^pourun quatriesme chef d'accusation, qui estoit présenté a ceux que l'on vouloit in* struire en leurs dépositions, sous tels termes : « Si la connivence et négligence du baillif à la recherche des huguenauds n'estoyent pas cause qu'ils estoyent en ai grand nombre à Orléans.» De cecy parlèrent toutes sortes de gens plus ou moins pertinemment, selon l'esprit qu'ib avoyent pour retenir l'instruction que leur donnoyent lesdicts curé et vicaire, auxquels tout ouvertement les renvoyoit d'Avanson, disant : «< Mon amy» avez^vous parlé à m(Hisieur le curé de Saincte-Pateme?» Sils respondoyent 5 « Non.»— «Allez, mon amy, allés à luy; ftlicte%

DE L'ESTAT DE FRANCE

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ce qa'il yods dim, c^eÉt on homme de bien. *» £n ces entrefajctes passèrent qoeiqoes jours, dorant lesqoels se foisoyent les apprests poor la réception do prince de Gondé, qo'on attendoit de joor en joor avec le roy de Navarre, après remprisounement doqoel leor desseing estoitde commencer besongne, laissant josqoes en ce temps-là ceox qoi estoyent remorqués à la mort en liberté servile, comme poor tendre aox larrons, ainsi qu'on dict. Ils avoyent aussi conclod de tenir poor convaincos de la rébellion prétendoe ceux qui s'advanoeront d'aller au-devant de ces seigneurs, à fin que ceste couleurjonnast lieu à leurs captures, ayant présupposé queTamour que ceux appelloyent les séditieux et conspirateurs portoyent aox princes ne fauldroit à les poulser de les aller recueillir, de sorte qu'il seroit aisé de les remarquer; mais ceste ruse fut tellement esventée que personne ne voulut bazarder sa vie pour leur faire un si dommageable service. Ainsi , ce desseing n'ayant rencontré à l'endroict de Groslot, on ne laissa deux jours après de l'arrester prisonnier en sa maison , avec gardes , oultre le guet que faisoit sur luy le mareschalde Brissac, qui s'estoit allé emparer de sa maison nommée Tlsle, de laquelle et de tout ce qui y estoit il faisoit desjà estât, partageant avec le sieqr de Cipierre, comme on le descouvrit à ses propos. Mais cela fut plus esvenlé quand son secrétaire Boy vin osa dire à la damoiselle femme d'iceluy que si -on en parloit à son maistre, comme il seroit besoing (ce qu'il interprétoit l'argent au poing), les afhires du baillif s'en pourroyent mieux porter. Mais quand on s'apperceut qu'on ne vouloit rien desbourser, huict jours après on luy recbangea ses gardes, le mettant entre les mains de Pachaut, l'un des lieutenans du prévost de Thostel, qui le mena en son logisbien estroictement gardé. Ce qui fut trouvé estrange; car le cardinal avoit commandé de le mettre en une tour de la ville qu'on appelle la Tour-Neufve, laquelle il avoit faict remparer et renforcer de barreaux.

Quelques jours après il fut interrogué par ses commissaires et à divers jours, durant lesquels , selon la contenance qu'il avoit tenue, fust qu'il se monstrast patient en son affliction ou autrement, le bruict couroit aux tables des courtisans, ou qu'il se sentoit convaincu, ou qu'il estoit trop résolu et asseuré. Bref, il ne dif oit ny ne faisoit chose que ils ne tirassent à la

mauvaise part. Cda hitU on passa k la con-^ firontation des tesmoings, la vie desquels, eogneue par le baillif et bien despeincte, lesestonna autant et plus que les termes èsquels leur déposition estcMt couchée, non jamais entendue de la pluspart d'eux. Bref, la surprinse de ceox qui estoyent confrontés, voire leur desdicfle manifeste, ne les rendoyent que trop reprocbables, SI d'Avanson eust donné lieu aux reproches suffisans, et n'eust maintenu tek garnemens, comme il faisoit ouvertement, les asseurant en leur estonnement et tremblement, jusques à leur servir de trucheman, et à les desvelopper de leurs embrouillemens pour les ramener à leurs premières instructions, en leur donnant autant de licence et audace pour vomir leur venin contre le baillif, comme uniquement il luy interdisort d'user de répliques.

Or , d'autant que d'Avanson ne trouvoit matière si bien préparée contre le baillif, comme ceux de Guyse eussent bien désiré, et déàroît semblablement accrocher en ce négoce la chancelière d'Alençon sa mère, la damoiselle des Marais sa belle-mère, et aussi sa femme, qui toutes possédoyent de grands biens, ils atiltrèrent, comme on présupposoit par conjectures, un certain soldat, lequel en plein marché demanda à une troupe de femmes le logis do baillif d'Orléans, et s'il y avoit d'aucunes d'elles qui l'y peust conduire. Et conmie une se fust présentée, il l'enquist si elle le pourroit mener droict à la chambre de la damoiselle femme du baillif. Ce qu'elle refusant de faire, il se contenta qu'elle luy gardast une chandelle de suif d'une grosseur excessive, l'advertissant que personne ou beste n'y touchast sur peine de la vie. Cela faict, elle le conduisit jusques à la maison, où il trouva la mère et la femme du baillif, et les ayapt priées de parler à elles en particulier, dict qu'il avoit sceu à Bloys l'injure que l'on faisoit à monsieur le baillif Groslot, et l'indignité du tort que l'on sentoit estre &ict aux gens de bien et la nécessité dont les petits compaignons se sentoyent pressés estoyent deux grands aiguillons à bazarder la vie. Partant, que si elles voyoyent que l'affaire du baillif n'allast bien, elles luy feissent scavoir. Contre tdie ruse, Dieu leur meit en la bouche ceste respbnse : «• qu'elles le remercioyent, et S'il avoit volonté de leur faire quelque plaisir,eUesdésiroyent sçavoir qui il estoit

SOUS FRANÇOIS II. '

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pour loy en sAvoir gré. Sar quoy il respohdit : «Je suis qui je suis.» Au reste, elles viodrent à dire que touchant TafTaire dont ilparloit, elles espéroyent tant de la bonté de Dieu, qu'il seroit deffenseur de Tinnocent. Sur quoy le galand se retira sans plus retourner ; mais elles estoyentsouv^t tentées par des courtisans de semblables propos. Yoylà en somme les procédures que Ton avoit délibéré de tenir envers tous ceux auxquels on en vouloit.

- Oultre tout ce que dessus, ceux de Guyse avoyent donné un merveilleux ordre de rendre tous les estrangers, voire jusqu'au curé mesmes,exécutcursdeleursdesseingsparlesmoyens suyvans.

- Entre les moyenneurs de la paix d'entre la France et l'Espagnol, de la part du roy, le cardinal de Lorraine en estoit un, auquel l'Espagnol avoit baillé pour contre-poids le cardinal Granvelle, homme d'esprit, et qui, pour sa longue expérience es affaires d'estat, estoit encores plus rusé que le cardinal de Lorraine; duquel Granvelle cognoissoit Thumeur, ayant pesché si avant en ses entrailles, que jamais anatomie ne fut mieux faicte. Pour le faire court, Granyelle luy remonstra les guerres avoir esté nourricières des hérétiques, en sorte que la France en estoit presque du tout gastée, voire jusques aux plus grands princes qui espioyent, disoitil, la couronne par ce moyen, à laquelle ils pourroy^t parvenir aiséement à l'aide et &yeur des protestans, comme il avoit naguères descoavert. Le cardinal de Lorraine se sentant piqué au vif par ce propos» ne sceut dissimuler à Granvelle ce qu'il scavoit de quelques offres faictes au roy Henry, lors vivant, par les princes protestans, et des allées et venues sur ce falotes entre le roy de Navarre et eux ; en sorte qu'il creut tantv plus aiséement que s'il estoit prévenu, non-seulement ses desseings seroyent rompus , mais aussi sa maison ruinée. Par quoy voyci l'un des fondemens de la paix, •à sçavoir que leurs maistres estoyent si égaux en puissance, que malaiséement l'un pourroitil ruiner l'autre, sans estre si fort affoibly , qu'un tiers en auroit bon marché, et que partant il feJloit . nécessairement les . accorder ensemble, de sorte qu'ils n'eussent plus occasion de s'entre rien quereller, mais qu'avec leurs vives forces ils courussent sus ces évangéliques pour se récompenser de leurs pertes, faisant première-

XVI" MÈci^B, La PI. et La PI.

ment mourir tous ceux de leur seete q^i seroyent sousl'obéyssance de ces deux rois, sans espargner ni petit ni grand. Et ce qui donna plus de goust à la noix, ce fut que Granvelle dict au cardinal de Lorraine qu'il ne cognoissoit chevalier ne capitaine au monde tant bo^ noré et respecté, ny plus digne de ceste charge que le duc de Guyse son frère. Voylà, dis-je^ les promesses qui furent faictes et jurées entre ces deux bons piliers d'église, avant que de ve^ nir à aucun accord de la paix, à sçavoir que les deux princes employeroyent toutes leurs forces et puissance à restablir le siège romain, et à exterminer les hérétiques qui contredisoyent à sa hiérarchie, sans espargner firère, sœur, enfant, parent ny amy. Mais la mort intervenue de Henry rompit tous ces desseings.

Depuis, ceux de Guyse cherchant ordinairement à renouer ce faict, n'eurent faulte de coadjuteurs. Car les ambassadeurs d'Espagne et du pape crioyent sans cesse après le roy François et son conseil, pour accomplir les promesses de Henry son père contre les hérétiques. Leurs maistres aussi en.escrivoyent souvent à la sollicitation de ceux de Guyse, y entremeslant des menaces. Et aussi par cest artifice la persécution recommença telle que vous avez entendue; mais quand ils cogneurent le danger duquel ils estoyent eschappés à Amboyse, crai* gnant qu'en fin le hazard tombast sur leur teste, ils résolurent d'exécuter leur plus haute entreprinse sans plus tarder. Et pour autant qu'elle n'estoit sans difficulté pour les murmures qui commençoyent à sourdre à rencontre d'eux, ils voulurent s'asseurer des princes estrangers et allèrent au-devant par derrière. - Ils feirent donc croire au roy d'Espagne, qui jà n'estoit que trop aisé à persuader, comme le roy de Navarre et le prince de Condé, soubs ombre de quereller le gouvernement du royaume durant la minorité du roy, s'envouloyent emparer, et faire mourir ledict sieur roy et ses frères, pour venger la vieille querelle de Bourbon, en quoy ils estoyent soustenus et aidés des hérétiques de France, de la roine d'Angleterre, des Allemans protestans et Suisses évan-. géliques, soubs la promesse de prendre et faire recevoir leur religion au royaume, et puis après de régler de mesme le reste de la chrestienté. Semblablement qu'il y avoit alliance et ligue popr Venger les oijtfages qu'avbyent receusles

DE L'EST AT IXE FRANCE

[iSM]

AnemansjMr Charles cîoqtiieaioe empereur, mm père. Et que quaod bien toutes ces choses ces* seroyent, il devoit considérer, s'il $ou&oit seulement ces princes entrer au maniement des afEaires, quec'estoit chose trèsasseurée, qu'oiUr tre la ruine de la religion catholique romaine, U ne jouyroit guères de la paix; d'autant qf» le Navarrois n'y estoil nuUrâient eoa4>rins, et qu'il tascheroit avec les forces du royaume de recouvrer le royaume de Navarre wr tay, et, qui plus est, qu'il ne fauUbroit d'entreprendre sur ses has pais, où il avoit grande inteUigeoce par le moyen de ceux de la religion nouvelle, qui luy promettoyent rendre les principaUes villes, en leur promettant de les dâivrer de servitude, et leur donner pleine liberté en leur re* ligion. Mais sHl plaisoil audict sieur roy d'Espagne les maintenir et favoriser en leur gouvernement, ils ne le garantiroyent pas seulement de tous ces dangers, mais aussi accompliroyent les promesses du feu roy Henry en toute fidélité. Sur quoy ils eurent bonne résolution, à cela les conduisant Granvdle^ qui ne demandoit que de faire brescbe au royaume et d'y voir une guerre civile, pour y donner entrée à son maistre. Yoylà comme à mesme arc servoyent plusieurs cordes.

Ils remonstrèrent au pape que les hérétiques n'avoyent autre àppuy en France que des princes du sang, et que partant s'ils n'estoyent retenus, on verroit bientost la France se retirer de son obéyssance, veu son intelligence avee les apostats de TÉglise ronuûne. Ce qui l'induiei facilement à promettre tout secours et faveur à luy possibles, et à employer son erédil envers tous les potentats d'Italie, l'empereur Ferdinand, les princes papistes et évesques d'AUemaigne.

En ceste mesiée, le duc de Savoye estoit en bransle de se fourrer des plus avant, estimant que peut-estre ce seroit le moyen de rentrer en ses terres, occupées par les Bernois; joinci qu'il avoit un extresme désir de se rendre sei-^ gneur de la ville de Genève, sur laquelle on rejettoit la cause de toutes les mésadventures de son père et de luy. Et de vray il se sceut de sa part si dextrement comporter avee les cantons catholiques appelés Landers, ennemis jurés de la religion, ayant flairé les promesses de ceux de Guyse par le moyen du colonel FreuUch^ que s'ils n'eussent finalement apperoeu le mal qui

proviendroit de la éésunion de kar n^tio», h ligue ancienne des cantons estoit ^ danger d'estre rompue.

Som«ie> la mafem de Guyse a^eil teHem^ meslé les oanes par (ouïe FEurope, qu'As le* noyeat ceux de la reti^n pour ruinés, el h royamne du kMrt à leur dévolioa par cojBséquîent, puis que le seu^ emptsqbcmeal procé* doit d'ieeux.

Et à ce que VEspagool n'^s^ vmsaa empee* ehement du costédu Ture^ qui senkloît le menacer pendant ces expleiets, slldésemparoitset forces, on envoya exprès à Con^antmople devers by pour accuser les priaees du sang dt trahison et desloyauté, comme ceux quiavoyeai conspiré avee fêtâmes gens d'ime nouvelle religion, qui ne reoognoissoft n«k magistrats ni supériorités, pour mettre à mort le foy el ses frères, le suppliant pendant qu'on seroit eaipe%chéà réprimer (eur audace de rien innover ny entreprendre du cosié d'Italie el d'Espaignei Et ce en eooaidération de Pandenae amitié,a^ Uance et confédération qni estoit entre luy st les prédécesseurs rois, les enbns desquels n'a* voyent rien plus cher que de continuer les a^ liances, et luy rendre tour d'amis el voisins. De quoy ils eurent si bonne response que le due de Guyse se desborda, jusques à dire par plusieurs fois qu'en lout évépement il aimeroll mieux le royaume tomber ep la pulssanœ du Turc, et demeurer sous sa domination, que de voir la doctrine des hithérieos et liéréliques» qoiil appelloit, y astre reeeue.

Yoylà, dis-je, la grande et haute eatret prinse qu'ils avoyent à exécuter. Maïs quand ils cogneurent que riee ne fcç^uo^ du eosté de ceux de la religion, et ^'avee la perte de )eur« ebe& ib avoyent (comme ils cuidoyent) aussi perdu tout eueur et courage, ils ne doubtèrent plus de leurs affaires ; qui leur (ut une bentme et grande occasion de mander à l'Espagnol qu'il ne luy estoit besoing de se baster, et que p«A« dant Thy ver ils espéroyent aveîr tellement nettoyé la France, qu'au printemps ils pourreyeni aller tous ensemble fiiupe ronfler les truittes d« ho de Genève, et visiter les bons eompaignons» parlant ainsi par mespris des Allemans et Suisses.

Ceux de la religion cependant, ayi^t perdu toute espérance, comme nous avons dict, du OQsté des princes, advisèrent entre eux quels

sous FRANÇOIS II.

ttioyens on 1tiendh>it pour empescher la maa- YftlBe volonté de ceux de Guyse^ et pourtant eorent leur refage dernier à l'ancienne anthorîté des estets. Et d^antanl qu'il n'estoit loim- Ue4e parler ni mettre en diràbte te goovemenent de eenx de Guyse^Baùs estre pimy connnè séditieux et ipri^eUe^ voii^ coHime eriminel de lèze-ma)cifeé (<^ qui les mettoit en grande l^rpletHé), inaieneBt après la convocation des estato particuliers pabHée, plusieurs bom <K notables personnage, discourant les misères Ae nostre temps, résolurent, avant que de mourir, de rendre leur devoir au roy lemr prince et souverain seigneur, et à leur ]iartie, proposant en pleine assemblée et en toute liberté, ce que ils pensoyent pour k gioîre de Dieu et la tranquillité du royaume qu'ils désiroyent voir Ken policé.

"Entre autrek, Jean Basin, pfocuremr du roy en la prévosté de Bloys, se prépara, bon comme personne publique, tiaab comiùe privée. Ce que venu aux aureilles d'une bonne et grande partie des bourgeois et habitans de cesfe ville-là, il fat par eux prié de prendre charge de parler pour le tiers estât, et proposer tout ce qui luy semUeroit nécessaire. Ce qu-ayadt accepté, le 1 d'octobre audiot «n 1&69, il se transporta en la maison de ville, où le conseil des juges, «schevim etîsatres, «sfoH assémMé poulr ce

4KJCt.

Or» il convient présupposer que c^ix de la ihaisoB de Guyse avoyent donné o)*drè en envoyant les commissions particulières pour l'assemblée desdicts esUts, d'advertfr tous leurs -amis de s'y trouver, et aux jt^es d'ëmpescher que rien n'y fust proposé contre leur authorité çft celle de l*Église, et sur-tout que ihil ne fast iléputé pour aller aux EsUts-Généraux, duquel ils n^eussent bon et asseuré tesmolgnage de sa religion catholique romaine, à fin que ceste assemblée ne fost aucunement bigarrée, et que le roy les peust voir de meilleur cril. Notamment Ils vouloyent que ceux de leur faction fassent préférés, et que l'on prinst bien garde i^ue nul -de ces séditledx et rebellés hugucaïauds ne fost -escouté, à fin que le repos public n'en fost troublé. Que si aucune paribrcoit de passer oultre, fis vouloyent qu'en tes en ad vertist incontinent pour y pourveoir. Voylà l'instruction que l'on "-envoyolt aux amfs. Et pour le regard des lieux ^desquels Hs n'estoyent asseurés, avec tels man-

démens on y voyoit des gentilshommes et seigneurs d'authorité, qui avoyent charge expresse de présider es assemblées particulières, à fin, disoit leur mandement, que toutes choses allassent par ordre; toutesfois, ils ne peurent estre de si près voyant, qu'on ne remuast de terribles matières.

Bazin doncques estant entré en la maiso» de ville à Bloys, ainsi qu'il commenooit sa proposition, ceux du commun petipie le suy virent, demandant d'estre présens à ce qu'il prononceroit, et s'efforcèrent de rompre la porte pour le reffus qu'on faisoit de les y recevoir. Sur quoy les députés vaincus d'impunité par la multitude, ayant ouy entièrement Bazin en ses remonstrances, ne laissèrent de luy assigner une heure après midy pour se trouver en la salle de ville, et là red&*e publiquement ce qu'il avoit jà proposé. Et ce fiiisoyent-ib principalement pour sçavoir s'il y en avoit beaucoup de son opinion. Bazin y obéyt volontairement : et lors estant eslevé en public en la présence de plus de quinze cens personnes , meit en avant les matières qu'il avoit alléguées le matin , sans rien changer ny diminuer : ce qui fat aussitost divulgué par tout le royaume, en sorte que ce resveil-matin feit ouvrir les yeux et deslx>ucher les aureilles i plusieurs notables personnages, qui envoyèrent quérir ces remonstrances, pour prendre ceste route, lesquelles j'eusse volontiers insérées en ce lieu, si j'en eusse peu recouvrer la copie.

Estant icelles prononcées par Bazin, elles forent grandement louées et ad vouées de toute l'assistance. Or, combien que la pluspart des juges estant aux estudeseussent eu cognoissance des abus du clergé, et à ceste occasion receu la doctrinederÉvangile,les uns ouvertement, et les autres entre leurs fiimiliers et compaignons d'escole, déplorant la condition de l'Eglise romaine, etsoubsignant à ceux qui s'estoyent ostés de telle servitude, si est-ce qu'eslevés en tels offices par voyes obliques, et (comme ceste piaye est universelle par toute la France) ayant ainsi gauchy leurs consciences, ils s'oublièrent de telte sorte que se rendant esclaves de ceux de Guyse par ce qu'ib avoyent la vogue près du roy, ib se rendirent non seulement adversaires, mais aussi persécuteurs ouverts de ceux des- «pieb ils avoyent tenu la doctrine. Par ainsi ayant sceu les secrets desseings par le moyen

DE L*ESTAT DE FRANCE

[iseo]-

du sieor tfAlluyé, et que ciralde Guyse avoyent principalement consenti à ceste ccmvocation d'cstats, et à leur promettre de proposer libremeiit leur advis, à fin de descouvrir plus clairement tous ceux de la religion, et en général ceux qui demandoyent une réformation de Testât; Us s'estudièrent de les servir et complaire en tout leur possible, voire avec telle confidence de venir à bout de leurs entreprinses, que ne feignant de tout descouvrir, ils appeloyent ouvertement les lettres patentes du roy pour la convocation des estats la souricière pour tendre aux fols qu'on vouloit attrapper, en quoy Dieu monstra puis après qu'il scait renverser le conseil des malins par leurs propres inventions.

Pour retourner à mon propos , le lendemain de ceste proposition, Bazin est mandé par le baiUif de Bioys, homme réputé ignorant et de perverse nature s'il en fust oncques , pour se trouver en la chambre du conseil où assistoyent avec luy son fils le président de ce siège, et autres juges. Au lieu plus éminent estoit Claude Robertet, seigneur d'AUuyé, serviteur très affectionné de ceux de Guyse, et là envoyé pour TeiTect qu'avons entendu. Aussi désiroit-il par quelque bon service recognoistre le bien receu par son fils, colloque par eux en la dignité de secrétaire d'estat, à prix d'argent toutesfois tombé en leur escuelle. Là plusieurs interrogatoires furent faicts à Bazin , pour tant mieux sçavoir de luy la cause de sa légation, et les principaux qui l'avoyent misen besongne,où il sembloit bien que tacitement on y voulust embrouiller les princes du sang, en quoy se voyant ne rien proffiter, ils recoururent aux menaces et intimidations. Il respondit qu'il ne pouvoit estre en coulpe de cest acte, d'autant que les lettres du roy ne se pouvoyent dissimuler, et que ce qu'il avoit dict n'estoit que mémoires que luy avoyent baillés ceux du tiers estât, qui aussi Tavoyent advoué , comme il justifieroit par ses actes qu'il on avoit signés. Que s*ik y trouvoyeni faute, elle devoit estre imputée à eux députés, qui l'ayant ouy à part au matin, ne le de voyent remettre à Taprès-dînée, et y assigner le peuple, s'ils y sentoyent rien de mauvais. Sur cela interrogué par le président que c'estoit peuple. Bazin respondit : Bestia muUorum capitum, dont vous estes l'un, monsieur le président. Bazin puis après, nommant quelques-uns

qui avoyent ratifié ses méak)ire8, le président maintint qu'on ne les devoit recevoir d'eux, attendu qu'ib n'estoyent pas boui^eois, pource, disoit'il, que les maisons où ik habitent né sont pas à eux. L'ayant alors fûct sortir. Jaques Daguier, procureur du roy au bailliage, requist qu'il fust arresté prisonnier; mais ils ne l'osèrent faire, de peur d'offenser le peuple. Par quoy* leur résolution fut d'en advertir le cardinal et leur envoyer sa harangue. Ce qu'ils feirent en toute diligence, et ce pendant ils luy signifièrent quelques deffenses, dont il appella. Le cardinal adverty de ce faict, combien qu'il n'y eust rien qui le deust offenser, et qu'on n'eust rien touché à son gouvernement, tant y a qu'U ne laissa croupir ceste affitire, estimant avoir trouvé assez d'occasion de chastier Bazin, et par son exemple intimider tous les autres. Par quoy le vingt-uniesme d'octobre arriva le jeune Villegomblain de leur nourriture, avec commission du roy, qui estoit lors à Orléans comme dict a esté, pour se saisir de la personne de Bazin. De quoy adverty, évada miraculeusement , et à la veue de ses ennemis, lesquels avoyent délibéré de luy, spécialement le baillif qui s'estoit persuadé la harangue appartenir à luy seul, combien que nul de ses compaignons n'en fust exempt.

Ceste retraicte ne fust sans très grand danger, à cause des aguets mis après luy, comme aussi elle porta mer#illeux ennuy à ses ennemis, et fut le cardinal transporté jusques là, de reprocher à Yillegomblain, Tun de ses plus intimes et fidèles serviteurs, qu'il avoit trahy le roy. Ainsi parloit-il de tous ceux qui n'accomplissoyent ses comirandemens. Car quand le commandement vous fut donné, disoit-il, il n'y avoit que la roine mère, monseigneur de Guyse mon frère, de Laubespine et moy, nul d'eux ne Ta dict. Il &ut doncques que vous, Yillegomblain, l'avez descouvert. Sur quoy s'excusant, il promeit et jura le luy amener vif ou mort. Et de &icl estant retourné à Bloys, il promeit un estât de douze cens eseus à qui le luy livreroit. Depuis les amis de Bazin cherchèrent d'appaiser le cardinal. Sa response fut que, s'il le tenoit, il luy feroit tant allonger les esguillettes qu'il luy donneroit nouvellesde ce qu'il demandoit.

Finalement les juges de Bloys voyant ceste poursuyte affectée du cardinal, décrottèrent

SOUS FRANÇOIS IL

sur certaines^informatioDs quHls avoyent faictes de ces remoDstrances, et procédèrent par defbnt et annotations de ses biens. Mais pour cela ils ne peurent tant laire qae le cardinal en plein conseil privé ne les menaçast de leurs vies, pour deux raisons: Tune pour n'avoir arresté Bazin prisonnier lors de sa proposition; et qu'il fut par eux mandé; l'autre, pour ne ravoir faict espier et donné ordre qu'il n'évadast, qui fîit cause qu'à leur retour, pour aucunement contenter ledict cardinal, ils feirent recoler tesmoings, espérant le faire exécuter en efGgie. Mais la mort du roy survint, avec laquelle les troubles furent ensevelis ainsi qu'il seraveu.

Le cardinal d'autre costé, sçachant que le pays d'Anjou estoit fort advancé à l'Evangile, et principalement la noblesse, ne faillit d'advertir ses amis pour y brouiller les cartes, lesquels au jour assigné, à Angers se trouvèrent au lieu ou les gentilshommes estoyent assemblés. Là Charles DaU>iac, dict du Plessis, ministre qui s'estoit retiré de Tours à cause de la lettre escripte à la roine mère tost après l'entreprinse d'Amboyse, eust charge de la pluspart de la compaignie de proposer ce qu'ils luy avoyent donné en charge. Ayant eu audience à grande difBculté, feit une longue narrative et entière confession de leur foy , puis entra en la deffense des calomnies desquelles on cbargeoit ceux qui faisojent profession de la pure religion chrestienne, et de là vint aux abus de l'Église romaine, monstrant comme elle avoit ensorcelé toute la chrestienté, et concluant à la réformation du clergé, et qu'il pleust au roy leur ottroyer estât paisible et temples pour l'exercice de leur religion, jusques à la détermination d'un sainct et libre concile. Geste harangue ne fut moins admirée par l'assistance, pour avoir esté ornée d'une infinité de tesmoignages des Sainctes-Escriptures et docteurs anciens, que desplaisante au party contraire. Voire mesmes le juge le Rat, qui s'estoit tousjours monstre ennemy de ceste doctrine, déclaira tout publiquement n'avoir jamais veu ny entendu homme si docte, et le pria de luy bailler sa remonstrance par escnpt, à fin de l'envoyer au roy. Mais ceste compaignie, esguillonnée par certains eq[>rits passionnés, ne se despartit sans murmure, et furent bien près d'en venir aux pnnses, ce qui fust indubitablement advenu,

si le party de Guyse eust esté le plus fott, et si la prudence du ministre n'eust retenu ceux qui l'avoyent mis en besongne, qui n'eussent peu sans cela bonnement endurer les parolles injurieuses de leurs adversaires, dont s'ensuy virent après plusieurs grandes extorsions. Gar le duc de Montpensier y fut envoyé par ceux de Guyse, d'autant qu'il estoit sur tous autres princes et seigneurs françois bandé contre ceux de la religion, de sorte que les gens de guerre qu'il y mena après la prinse de ses cousins, ruinèrent beaucoup de chasteaux et maisons de gentil»; hommes, pillant et saccageant tous ceux qui estoyent souspeçonnés de la religion.

Avant que cecy advinst et le lendemain de l'assemblée des nobles, le tiers estât esleut François Grimaudet, advocat du roy à Angers,, pour parler pour eux, lequel proposa ce que s'ensuyt de mot à mot.

« Messieurs, ceux qui ont parlé du gouvernement des cités en ont faict trois espèces: l'une qu'ils nomment démocratie, c'est-à-dire le gouvernement que le peuple a de soy, sans avoir autres gouverneurs fors les officiers par luyestaMis; l'autre est aristocratie, qui n'est autre chose qu'administration des nobles plus riches et plus sages de la république ^ la troisiesme est monarchie, c'est-à-dire gouvernement d'un prince, au commandement duquel obéyt le peuple. En la comparaison des trois, Platon et Arislote jugent la mcmarcbie la plus digne, parce que pluralité de puissances, comme elle est en démocratie et aristocratie, engendre factions et séditions, et le plus souvent fond et périt par guerres civiles. Nous sont pour exemples les ruines des républiques des Romains et Grecs. Nostre royaume de France depuis le règne de Mérovée, qui commença environ l'an quatre cent cinquante- huict, a tousjours esté régi par monarchie, et par le grand nombre des preux, vertueux et vaillans rois décédés, nous est enseigné combien monarchie excelle par'-dessus et aristocratie et démocratie. L'ame de ceste monarchie, c'est le prince, vraye image de Dieu, la puissance duquel est fortifiée et supportée par justice, par laquelle nous entendons, non une partie de vertu, mais avec Aristoteune vertu parfaicte, comprenant en soy toutes autres vertus, la fin de laquelle est rendre à chascun ce qui luy appartient. Ge que le prince ne peut foire, sans soy communiquer à

DE L^EâTAt t)E tftANCÉ

les subjects, pour entendre d'eux leurs requestês, demaiides et doléances, à ce qnè sur icelles fl leur despftrte justice, selon la nécessité des affaires qui se présenteront, et aussi à ce qu'il brdorine ce qu'il trouvera estre proffitable au public. Xa forme ancienne des rois de France, de se communiquer à leurs subjects, à esté dé convoquer tous les ordres du royaume en tels tieùx qu'il leur a pieu commander. Telles convocations ont esté appelées tenues des Estats, lesquels ont esté de si grande authorité, que les plus hauts foicts du royaume ont esté traictés ^ar eux, délibérés et conclus, et mesmes l'aathorité du régent du royaume, lorsqu'il a esté ^eàtiondu gouvernement d'iceluy, pour Tabîénce des rois, ou leur bas aage. Comme fut feîct après la mort de Charles quatriesme, es feitafâ, qui, contfe Edouard, roy d'Angleterre, adjugèrent à Pbilippes fib de Charles, comte de Gallois (qui diaprés fot dict Phllippes sixiesme), l*authodté de régent en Franèe, pendant tet ]tisques à ce (p^ la veuve dudict Charles fust accouchée. Pareillement, l'an^ mil quatre cent ^piatre -vingt et quatre, par les estats tenus et kssemblés à Tours, par Fauthorité du f oy Char^ lés hulcliesme, lors constitué en bas aage, pour X)bvier atlx factions et entreprises qui se matWnoyent contre Tauthorité du roy par îe méy en de la régente du royatmé; fut dict par lés estats qu'il n'auroit aucun régent. Se pourtoyent alléguer plusieurs autre^exertples des liaules affaires du royaume, trafctées et résolues par les estats, par lesquels est entendu l'ancien droict du peuple françoîs, de s'assembler "et ébmmuniquer avec leurs roys des affaires ^j^iAliqués.

'•«'Nostre>oy,t)rlttce prudent et sage, pourau commencement de son règne faire cognolàtre % son peuple ^uMl le veut gouverner cotnme ïn bbriet naturel prince; aussi pour le cognoîsîre, "et erttendre deluy ses doléances,iuy donner'allégeance de ses plaintes, soulager les 'tfavàiHés, conforter les boris et punir les mauvais, suy vant ceste ancienne forme fraiiçoîse (de bien gouverner le royaume, a commandé Tassemblée des estats de tous Tes ordres de son •^uple, qui sont les gens d'église, de noblesse, 'et le commun peuf^e, veut que diascune pro- Vînce députe commissaires pour envoyer de- *vei^ Sa Majesté, ira dîxîésme de décembre en la WlRe de lleaux, ou il a assigné l'assemblée des

estats de son royaume. Par son miôidement sont exprimées trois causes de ladiete assemblée. Là première pour ouyr les doléances dé toutes personnes. La seconde, pour composer et pacifier les troubles de la religion. La troisiesme, pour soulager le peuple de tributs et imposts qui tant lé foullait, qu'il est tout couT^ be. La principale, pour la triste face des affaires présentes, est la religion, en laquelle y a deux poincts. Le premier, des j^cremens et choses spirituelles. Le second, est la doctrine et police sacerdotale. Qtiant au premier poinct, qui est des sacremens et choses spirituelles, lors qu'elles sont mises en dispute par tel et si grand nombre d'hommes, que le glaive du prince et l'authorité du magistrat n'y peuvent donner ordre, et maintenir l'ancienne doctrine en son entier, telles contentions se doyvent terminer aux estats généraux de la chrestienté, c'est-àdire au concile général et universel, et non au concile national, lequel estpériHeux tenir pour tel laffiaire; car si les disputes dès SBM^remens se traictent en concile national, ce sefa faire ouverture d'introduire en ht chrestienté autant d'opinions et sectes qu'il y ia de royaumes et provinces-, toutesfois il appartient aux rois et aux estats de chascun royaume délibérer et adviser s'il est expédient tenir éoncile universel, et prier les autres princes chrestiens y entendre.

«Leroy, comme protecteur delafellgion, et sur laquelle principalement il repose son sceptre, y a intérest ; aussi le peuple pour son salut, et sont tous membres de l'Église. Et quand est dict concile de l'Église, se doit entendre composé de tous ses membres, c'est-à-dire assemblée générale de tous les (Arestîens, et non des évesques seuls. Pourtant c^te question appartient aux princes chrestiens, aux évesques, et au peuple en général. Or les anciens rots et princes chrestiens ont jugé estre expédient et nécessaire commander concile de la chrestienté, lorsque par schismes et opinions nouvelles là religion a esté pollue et divisée. Autre remèdfe ne peut trouver Constantin contre l'erreur d'Arrius, presbtre d'Alexandrie, qufe de célébrer te premier concile à Nicée. Gratianus et Théodosius empereurs, contre l'erreur de Macédonius, assemblèrent le second concile à Constantinople. Théodose second assembla le tiers à Éphèse, contre l'erreur d^ Nestorius. MartGànus coin*

HMUida lequatriesme a Chaloédohie, pour confoter l'erreur d'Ëutychès. Et ainsi successivement a esté ftiîct contre les erreurs des héréUques qui se sont trouvés en chascun temps. Et telle autborité et foy a esté adjoustée auxdicts conciles bien et légitimement assemblés, que ce que par Içeu:!^ a esté jugé et décidé, a esté tenu poEF vray décret, de FÉglise déchratif des évapgileB. Or, en nostre religiony a deux sectes: Vm^ de €^nx qui vivent en Tobéyssance de PEglise romaine; Tautre de ceux qui se disent é\'angélistes ; et sont les deux si populeuses, qu'il est en doubte laquelle eat la plus numéreuse : bruslent les/leux de telle ardeur de haine rimç contre Fautre, que si Dieu n'y remédie, la chre«tienté est préparée à embrasement de goerrea civiles, beaucoup phis à craindre que ne forent oncques celles des Romains et des Grecs. Le concile seul y peut remédier, ou Diea sera le plu» fort et puissant, et permettra que la doctrine qui est de son Sainct-Espril demoure victorieuse, et celle qui sera au contraire, soit dissipée et exterminée.

«Lç i^cond poinct de la religion est en la police et discipline sacerdotales , sur laquelle les roys et princes ohrestiens ont puissance d'iceUe dreeser, mettre ep ordre, et réformer icelle corrompue; comme lisons avoir esté feict par David, lequel esleut le nombre des lévites, qu'il vit eôtre requis pour servir au temple de Dieu, et à chascun bailla son office qu'il devoit iiire. Salomon, son fils, déposa Abiatharde la dignité de souverain presbtre de la loy, pour sa m«iovaise vie, et meiten sa place Sadoc. Ézéchias, ayant trouvé Tordre des lévites institué par David troublé et confondu, le restitua et meit enson entier, suyvant l'ordonnance de David. Pareillement Judas Machabeus déposa tous les meschans presbtres de la loy, et en leur place meit autres sans macule, craignant Dieu. Pourroyent estre allégués plusieurs autres exemples de l'Ancien Testament. Geste authorité n'a esté abolie par l'advénement de Jésus- Christ, mais au contraire confirmée par la loy, publiée par la bouche de sainct Paul, parce qu'il est escript aux Romains en ces mots : « Toute amesoitsqbjecte aux puissances souveraines. »0r sainct Jean Chrysostome exposant ee passage dictque sainct Paul a dit ces mou: «toute ame, *> pour nous enseigner que tous doyveiit obéyssance auj( roiset princes, sansexcep-

SOUS FRANÇOIS II. Mi

tion d'apostre, prophète ra évangé&te, tt k moindre raison, de presbtre, moyne, ou clercs car telle obéyssance n'a rien de répugnant aveo la doctrine de FÉvangtle et de la religion ohre»-. tienne.

« Les emperBirs et roia ebresti^ns ont gard^ et retenu cesjte puissance de &ire et prescrirt kMX aux presbtres , de ce qu'ils doyyent faira en leurs estais, de réformer leur mauvaise vie ei abus; comme lisons avoir esté faiet pav Constantin, Gratlanus, Honorius, les ThéodcH ses empereurs romains, desqueU les ordon-; nances sont escriptea au premier livre du eode de Justinian ; duquel pareillement lisoifis 4i^ sept Gonstitutionçinséréeâ es Authentiques, eoa^ tenant loix de la vie des éves<piei[, preshtrea, clercs et moynes ; les ofiiees qu'ils doyvesl faire en leurs dignités épiscopales, presfay^' raies et cléricales ; les peines de dégradation* et dépositions , privations de leurs charges ^ bénéfices, punitions contre les délinquans el mal vivans en l'ordre de presbtrise. Nos roys franeois qui ont pareille autborité, ont iiiol loix de la vie et réformation des moBurs des presbtres et gens d'église, comme tisons %voiv esté &ict par Charlemaigne, lequel a faict plusieurs loix et constitutions de la vie def presbtres, de ee qu'ils doyvent garder et obr server en leur office sacerdotal ; et mesmes a faict une fouable constitution, conforme aux canons de la primitive Église, par laquelle il % voulu que les évesques ftissent esleus par le peuple et clergé, laquelle ordonnance est ia-r sérée au grand décret. Charles septiesme, pour les troubles quiestoyent foicts en l'Église fw le pape Eugène, pour réformer FÉglise de France assembla ses princes, barons et chevaliers, en la ville de Bourges; par leur ad vis feitel publia les constitutions de la pragmatique-sanction, contenant tiltres et chapitres de la discipline ecclésiastique de la puissance et autborité des conciles, de FassemMéed'iceux, des eslections, la forme de célébrer le divin service, eomman-* dant aux presbtres d'y assister, et autres phi-* sieurs bons préceptes de la vie des presbtres. Es ordonnances y a autres inflnyes loix iiietes par les roys pour corriger Fabusdes presbtres.

«Nostre roy commençant son règne parFbenneur de Dieu , en a foict une fort catholique , par laquelle il commande à tous évesques se retirer en leurs diocèses, et y résider. Pourtaal

DE L'ESTAT DE FRANCE

est clafr et manifeste qu'il appartient an roy corriger, cbastier et réprimer les abns, etmaayaises vies des presbtres et gens d'églises de son royaume, et ne se peut soustenir le contraire, sans offenser Sa Majesté. Or ne fut oncques saison qui requist plus rigoureuse et sévère réformation de la vie des prebstres que le temps présent, où voyons les prebstres n'avoir rien de religion, estre opposites et contraires à ceux de la primitive Eglise , qui estoyent pauvres des biens du monde, riches en choses spirituelles, instruicts et sçavans en la loy de Dieu, travaillant jour et nuict à instruire le peuple , luy enseigner l'Évangile, vivans en saincteté, intégrité de vie, chasteté, amour et union. Les presbtres du jourd'huy sont riches des biens du monde, pauvres des biens spirituels, vivans en délices le jour et la puict, lubriques, paillards, simoniaques, et si ambitieux, qu'ils demandent les premières séances, voulant en tous lieux estre appelles messieurs; eombiai qu'ils sont les plus rudes et indoctes presbtres qui ont esté depuis l'advénement de Jésus-Christ. Et comme dict sainct Hiérosme des presbtres de son temps, ils ont faulsé la loy de Dieu, l'ont divisée, sont cause des schismes pour le scandale de leurs mauvaises vies. Et pour cognoistre leur avarice, par laquelle laientement ils ont souillé le ministère sacerdotal, l'enfant n'est baptizé sans argent; les presbtres mesmes ne sont promus aux ordres de l'Église sans argent; l'homme et femme ne peuvent solemniser leurs nopces sans bailler argent aux presbtres ; ils en vendent les bancs six, sept et huict escus ; font marchandise des pardons et absolutions des péchés du peuple ; ne font les prières au temple de Dieu sans argent.* Et combien qu'il soit dict en l'Escripture que la terre soit au Seigneur, qui l'a baillé à ses créatures à posséder, et par ordonnance politique des chrestiens en chascune paroisse en soit laissée partie pour la sépulture des morts, toutesfois ils se l'attribuent en propriété, la vendent et détaillent, ne permettent les sépultures des trespassés sans payer l'ouverturede la terre. liCs cimetières ils les vendent aux pauvres, les templesaux riches, et en tirent grandes sommes; tellement qu en aucunes églises de ceste ville, s'en payent dix livres pour chascun corps. Un pauvre passant s'il meurt, ou un homme s'il est tuéi les presbtres ne souffrent qu'ils soyent en-

terrés sans avoir permission de l'évesque, qu'ils appellent un cadaver, ne rougissent d'en prendre un escu ou deux. Et pour comprâiulre en bref leur bonne vie, ils ont tourné les œuvres de piété en quest sordide ; de l'admlnistraticm des sacremens, en ont faict magazin et boutique de marchandise. Comme sont-ils vestus de draps de soye, le plus souvent découpés, enrichis de pouriilures et broderies? Sont testonnés, espongés et parfumés, tellement qu'ils ressemblent mieux des amoureux ou presbtres de Yénus que de Jésus-Christ. Leur suite est selon qu'ils ont gaigné bénéfices; ils ont troupes de valets et rufiens, accoustrés et armés comme soldats; ontmaistresd'hosteI,escuyers, palfreniers, laquais, courtisannes, maquere»ix, maquerelles, et autres infinis bagages; nombre de grands chevaux en leurs estables , meutes de chiens de chasse et vénerie, oiseaux de volerie; et en bref leurs maisons et compaignies sont plus magnifiques et triomphantes que les cours des rois, princes et seigneurs ; combien que nostre Seigneur devant Pilate , lieutenant de Til)ère César en Judée, dict que son royaume n'estoit de ce monde. Leur lubricité est si grande, et si excessive et publique, qu'ils n'ont honte d'avoir concubines, qu'ils nourrissent et entretiennent pompeuses et triomphantes, couchent avec elles, comme s'ils estoyent mariés ; leurs maisons sont pleines de bastards ; font gloire de suborner femmes mariées , les retenir contre la volonté de leurs maris, corrompit et violent les filles. Des biens donnésaux églises comme en usent-ils, ou plustost en abusent? C'est ce qui les gaste, corrompt et perd. Mais plustost faut demander comme ils y entrent, par contact d'achat et de vendition. Cela est si public et notoire en ceste ville, que par Pasqml public a esté affiché au temple : Emenies ejecerunt è templo vendentes. Ceux. qui ont la disposition des collations en font salaire de valets, douaires et dots de putains, récompense de maquereaux ; souventes fois les mettent en commerce des hommes, comme marchandise , ont de petits custodi-nos de valets, desquels ils usent comme de maquignons, d'establesà leurs chevaux ; ils les leur baillent à garder jusques à ce qu'ils ayent trouvé marchand ; et s'y en a de tout prix. Les anciens conciles, mesmes celuy de Carthage , grandement célébré et loué par la présence de sainct Augustin , ont deffendu

tlBÔOl

SOUS FRANÇOIS il.

k pluralité deâ bénéficeâ, sans différence s'ils ont charge d'ames on non. Les presbtres de maintenant ont faict des bénéfices simples, et les antres ayant charge d'ames; et par invention cacodémoniqne ont trouvé moyens de se faire dispenser, et de fagotteir les bénéfices les uns sur les autres, de frauder les sainctes constitutions deffendant la pluralité des bénéfices, desquels ils usent comme d'esponges grasses ou mouillées, les estreignent pour en tirer la substance et humeur, puis les laissent reposer jusques à ce qu'ils soyent rengressés et remouillés, pour de rechef les estreindre. Quant à leurs charges de résidence et faire leurs offices, il leur semble advis faire pleinement leur devoir par unediabolique clause, dont ils usent en leurs contracts de baux à ferme, de les acquitter vers Dieu et les hommes. Les évesques et supérieurs en ce pèchent avec les inférieurs, les dispensant de non résider , et pour ce prennent arjjent. L'Escripture parlant aux ministres de TEglise leur commande repaistre le troupeau, veiller sur la garde d'iceluy . Nos prtlats et curés ont quitté et abandonné les troupeaux aux loups, qui y sont entrés, les ont divisés en factions, sectes et parties que nous yoyons aujourd'huy ; qui a faict que les brebis ont oublié et descogneu leurs pasteurs, desquels Dieu se vengera, les punissant de la garde du troupeau, mettant autres en leur place» comme il feii des enCams d'Héli, Ophni et Phinées. Ces fautes, ces vices sont espandus par tout le corps du clergé depuis la teste jusques aux pieds; ils ont esté et sont endormis et négligens en la réformation de leurs vies, chascun d'eux y dissimule , connille, et diffère y faire ce qui est de nécessité ; confessent leurs fautes, leurs mauvaises vies et mœurs corrompues, disent, qu'il les faut corriger et amender ; mais de peur de perdre le goust et plaisir de leurs délices et voluptés, n'y veulent toucher, et s'efforcent passer le tout par délais et connivences.

lai tiesi del vite h\p icell pue i

administration, et pour aj^paiser Pire de Dieu irrité contre nous, doit nettoyer son peuple de tdies ordures et fanges, et restituer la religion en son premier estât Les ecclésiastiques mesmes escrivent que le roy en telle et si puante pourriture des mœurs des ministres de l'Église et pour leur négligence, doit tirer son cousteau de justice pour trancher et réséquer ce qu'il y a de mal. Or, si nous regardons de près, nous trouverons que la source et fontaine de tous c^ maux est dérivée des richesses acquises à l'Église par dévotion ; lesquelles toutesfois depuis l'ont suffoquée et esteintei Tellement qu'au lieu qu'auparavant l'or et l'argent mis en l'Église, nous avions des pred)tres d'or et d'argent ; depuis que les richesses y ont entré , nous n'avons que des presbtres de bois et de terre, subjects aux vers et corruption causée des richesses. Ceux qui ont parlé de la réformation de l'Église, l'ont comparée à un beau, haut, et dreict arbre, qui par négligence et mauvaise culture du laboureur est abaissé jusques en terre. La cyme est belle et verdoyante, toutesfois les basses branches regardant la terre, l'empeschent de profiter ; aussi l'Église pure et nette, comme elle nous a esté annoncée par les évangélistes, est belle et sans macule; la cyme d'icelle sont les sacremens et choses spirituelles regardant au ciel, qui sont bien ordonnées, et ne peuvent estre changées et muées par quelques traditions humaines, nouvelles sectes ou opinions. Mais en cest arbre y a infinies branches regardant la terre. Ce sont les pluralités des bénéfices, ce sont les superfluités des richesses qui ont poilu les sacremens et clioses spirituelles, souillé le temple de Dieu, ont rendu * les presbtres ignorans et vicieux, comme les voyons, et mis en opprobre et dérision la dignité sacerdotale. Lorsque ceste cause péchante en l'Église sera ostée, les ministres seront remis à leur première lumière de sçavoir, littérature, chasteté et intégrité de vie.

« S'il y a des fiiutes et abus en Testât de l'Église, aussi y en a-il en Testât de noblesse; laquelle premièrement a esté engendrée par la vertu héroïque des prédécesseurs des nobles, qui par armes ont aeeouru le roy et le royaume. Pour récompense de leur vertu, eux et leur postérité ont esté annoblis, et affranchis de tous tribus et subsides qui se payent par le coDunun; pour Baarque perpétuelle de leurs il-

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DE L'EStUt m r RANGE

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loiCfet foieti et Ctarillesi mt estéhoDorés d'ar* ltte8 impriméet en letin eeeus, ngiûfiofttîyeB dé kars prouesses; au llea que kt anciens remnneroyent les biens mérités de la répoMiqae) de statues et Images érigées en publie. Aucuns nobles présens n'ont rien retenn de leors anciens pères, fars le nom et tes armes» les* foeb ont difEsmé et mis en obseirité par oi- Âveté. Leur &tct d'armes est de faire assem- Nées illicites, et ports d'arme^ contre tes édicts do roy. Sont an TiHage à battre et outrager le pauvre homme, roter te bien du pauvre ftiaarehant,. iaîre infinies forces au peuple, arec grands Uaspfaèmes do nom de Drau en grande forte. Se disent fort magnanimes comme Hereotes pour terrer et intimider le pauvre peuple; et toutefois es nécessités des guerres publiques, et knrs qu'il faut prendre tes armes, pomr la deffeime du roy et du royaume, sont ohrestiens si débonnaires (pi'ife ne bougent de kurs maisons de peur d'offenser leurs frères threstiens, les emiemys du roy et du royaume. Tek nobles ne sont vrays enfons de leiArs pré* déœsseurs, mak avortais dégénfeans de no- Messe. Parmy tes nobles il y a inime»ronceff, qui veulent croistre et se meder entre les nobtes; Sont infinn fiudx nobks^ tes pères et prédécesseurs desqueb ont manié tes armes-y et fûet acte de chevalerie es boutiques de MastetiVi vinoterie, drapene, an moulin, et es fermes de terres des seignemrs ; et tonteslbk quand ik parlent de leur Kgnage, ik sont descendus de k couronne, extraicts du sang de Charlemaigàe, de Pompée ou de César. Tek usurpateurs de noblesse ne sont à soufirir. Ik sont à k foute du peuple, parce qu'ik se veulent de»eharger des tributs, et leur cotte est départie sur le reste du commim. Est expédient que tels violons oppresseurs dépeuple soyent réformés par le prince, et les usurpateurs de noblesse ioyent remis en Testât du commun, duquel ik se sont voulu desrober.

« En cest endroict nous ne pouvons nouscontUmr de parier des gens de justice; lesquek, combien qu'ik ne basent çstat à part, toutesfok ik tiennent lieu en k république fort éminent. Sur eux est esprouvée k sentence de Caton estre véiitabte, qui est : qu'il y a longtemps que nous avon» perdu les vrays^ noms et appellations des choses. Ce mot, gens de justice, est le nom de ceux qui s^arent te It-

dte d'aveé rttkite, te Jtistè d*aveo fii^èM) Féqeité d'avec l'faiiquité ; et pour ce sont àppeli^ prékts de k déesse Justice; desqœk k première protestation est: mespHser toute oeovre mercenaire et questâire, parce que k science des drolefs est très sanicte^ qui ne aè doibt priser ny soiullef par or ni argent. Of , tes mimstrés de justice qui sont âujourd'huy ne it peuvent attribuer ceste qualité; car ikne foA rien sans argent. Lecpiel par àucmn est prins si desmesm^éement qu'au lieu de ce mot gens dé justice, ik doy vent estre nommés sangsues di peopte, qui en tirent et succem te sang el sul^ stance ; du<piel tes àffunés s'engraksent, pauvres s'enrichissent, et acquestent les grandes terres et seigneuries, font les somptuevx et mperbes bastimens. Leur ministère, jûrisdiGtion ou distribution de- justice n'est autre choae qu'une boutique, où se détaiUent par te menu teurs offices qu'ik ont achetés en gros. Le M- Me, l'homme d'église, te rotuder, te péterin, k vcKive, l'orphelin, l'inqK>tent el mendiant n*ailroot aucune sentence, soit interlocutoire ou définitive, qui ne soit taxée, prisée et payée auparavant la prononcer. L'offensé, fenfent dû tué,n'auront décrets d'ai^ournemem personnel, on prinse dé corps, sans argent. L'accusé pri^ sonnter ne sera interrogué par te ^e, tfiion qu'il «vance son salaire. Vengeance du défiet et crime puMic ne sera falcte ^ poursuyvîe, sinon que fes juges soyent asseurés estre payés de leurs vacations sur tes biens des accusateuih ouaccusés. Etencoresle mal estes minktite dfe justice (pli, au moyen qu'ik sont perptoiek et qu'ik ne rendent compte de leur acbninistrtftion , sont si attibitieux, 'si crainta et redoutés, que nul n'ose parier de leurs foutes. Et en cesfe conscience d'impunité, aucuns tombent en Wcence de faire infinis maux , et plusieurs contracta d'aéquets, et d'autres commerces, plus par impression de k grandeur des dignités et ofiQces (pi'ik soustiennent ipie par k libre volonté de ceux qui contractent avec eux.

«n y a deux manières de gens qui se disent ministres des juges, et sont à k grande tonSe du peupte, à sçavoir greffiers et sergens.^. Pouvons nommer les gr^ers, tes bouchers du peuple ; ils l'esoorchent, ik alongent le pardiemin par battologies, superfluité de langage, par grands traictsde lettres es^ptes à longues intervaleè; <mt petits derds rapacea et harnona-,

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