‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 37 sur 69 · CIS6I · texte numérisé non relu

CIS6I

tiHerte; et cTiAoïdée, ayMt esté somméii ne vmhrent ouïr, estant là^ledan» iin eapifiiie espagnol, qui se fitisant encroire d'estFe plus aisenré qa'A ne se trouva, dont mal I07 en piint; car, en pea d'heures estant la iNrêscbe fiute, les soldats du premier effort 7 entrèrent, et ce que fot tronvé de prompte furie exécuté, mesinement luy passé au fil de l'eq^ée, après fut ptUée, saccagée, et le feu mis dedans.

Du Pont-Camonson fut prtns le chemin droit à Mets, et aux bourgs et villages à l'entour; jusques auprès des murailles Ifut logée et campa rarmée firùiooise. Peu après, M. le connesta* Me fit sommer la ville d'obéir au roy, et plustost accepter ses gracieuses et libéraler conditions, que d'y estre forcés avec plus grand danger pour eux. Les seigneurs, qui prenoient ceste menée tirée de kmgue main estre à la totale destructlfui de leur authorité, y eussent volontiers contredit; mais ib esUMcnt adonc trop petits compagnons; car les déboes et richesses les avoient tant aveuglés, que n'avoient jamais pensé à remédier à cest inconvénient. An contraire, le menu popidaire, qu'ils man» geetent par exactions, ne demandoit autre chose que d'esdiapper de leurs mains pour diéir à un prince qui les trattast plus humainement ; et œ restoit phw que cest esgard de n^estre [dus francs et libres, qui les détint suapenaet douteux, prolongeans leur dernière response par accuses de leurs anciennes confirmaUoDs de franchises des premiers empereurs et rois de France; tant qu'importunément ce général les somma de luy en rendre en htkt leur finale résolution, autrement il en foroit w^ procber le canon, et sentiroiodt l'aigreur de la puissance d'un si grand roy. Pour conclusion, eux voyans ceste très forte armée estre proche, et sur leurs bras préparée, et en appétit de s'entichtr de leurs thrésors de long-temps accumulés, e^ant leur cité désemparée et mal pourveue, fut moyenne par le sieur de Bordil- Ion avec eux, que M. le connestable et les princes cy-dessus nommés, et beaucoup de gentilshommes, avec deux enseignes de gens de pied, y entreroîent; ce que passa ainsi. Mais, au lieu que les deux enseignes ne dévoient estre que de six cens hommes au plus, on les doubla ; et se trouvèrent ]u^ de quinze cens ou plus, hommes esteus et choisis. Eux, voyans la queue si hxiguet eitaas les premieraet principaux en-

trés, voulurent l^ppier le perluif<piand ib se trouvèrent les plus foiUes; car cem qui es* toient entrés des |»«mien, soldats expérimentés, gagnèrent les portes et repoubèrent ceux delà ville, tant que toutes furûit ouvertes, et y entra plus gros nomère. Voilà comment ceste puissante cité, ayant r^;né par temps immémorial en toute haultesse el présomptueux orgueil, fot en peu de temps surprinse et rendue à l'cd^éissance du roy le dimanche, jour que nous solennisons l'entrée de Jésus-Christ en celle de Hiérusalem, qui estoit dixiesme jour d'avril U$2.

Au temps de ces exécutions, le roy estoîtencore à Ginville, atlendamt l'advaacement de b royne pour se venir rendre et trouver le reste de son armée, qui estoit demeurée pour sa œnduitte jusques à Mets, où l'attendoit M. le connestable, à fin de remettre en ses mains eeste beHe cité. Et le lundy unziesme de oe mays en partit, après y. avoir finit ses pasqnes conme très chrétien, acconq[>agnédeMM.de Guyseet de Boisy , ^nand escuyer, de Sedan et Sainct - André, maresdiaux de France, des gentilshommes de sa chambre, ordinaires, extraordinaires, pensionnaires et ofliciers, avec les deux cens gentilshommes de sa maison, de l'une desquelles bandes est capitaine M. de Boisy, b siemr de Sainct-Cyre', lieutenant, et le sieur de Saby, enseigne; de l'autre, M. de Caiiaple, chevalier de TOrdre, de grande et méritée réputati<m ; lieutenant, lesieurdeSainct-Forgeux, vieil chevalier de renom ; enseigne, le sieur de Vilemoil, sage et gentil chevalier de b maison de Jaukourt, l'une des plus ancienne maisons du duché de Bouiyongne, lequel depub décéda près de Soisaons au retour de ce voyage ; des quatre cens Mrchiers de sa gurde, Françob et Escossois, et des deux cens Suisses ; les compagnies de MM. le Dauphin, de Guyse, d'Anmalle, et mareschal de Sainct-André, Caisana le nombre de quatre cens hommes d'armes, es-toient aussi demeurées pour esoorte et 00^ duite de Sa Mi^esté. Avec ceste grande compagnie et suitte, print b chemin de Thoul, où le mercredytreiziesme jour arriva. Entre une petite viUette appellée Foui, et celle de Tboul, vindrent au devant de StC Miyesté les gouverneurs de ceste cité neutre, hqr en prèieùÊat les cleb en signe d'obéissance, ce qu'elle aecq[>ta gracieusement et de bon via^, les M'-

bigitized by

[\Ui]

GUEMIES DE BELGIQUE, LIV. tL

MQTfiitdetoittelHfpBrttMqiport Prè»4ekquelle eBUat aimé, Fenvironoft et visita à ^ retttoor, etea^Y pn* m» antre porte que par celle cm on Tatteiidoit avec le poîde, à raison de la grande presse et fouie de peuple qui s'es*jonyssoit et attendott à le veoir, combien qa'eUe setroovast prêsqoe autant grosse à celle où il passa. Quant à son entrée, elle n'estoit snmp* tnense en arttâces on grands apparais ; c&r il entra en armes, kiy mesme armé comme estotoat les princes et grands seignenrs qui le cestoyoient, et généralement tonte 4a snitte ; les héranlts d'armes vestns de leors cottes de ▼eiomi cramoisi aznré, semées de fleors de Us, ai^ec les trompettes et derons sonnans an devant de ce très poissant et très victorieux roj. Encetriomphepaasa le long d'une grande me, et fat oondait bien avant dedans la ville, non loing de la grande église, on Tattendoient quatre dee premiers et polestats avec le ciel triomphant. Accompagné de ces grands pHnces et seigneurs, alla josqnes devant le portail de ce temple où Tattendoit le clergé, avec plusieurs sanctuaires, en leurs habits officiaux et riches. Là, a(Arès avoir promis et fait solennel serment de maintenir et garder ceste cité en tous ses droits et libertés, entra dedans, auquel feit son «Hraisen ; et fut chanté à Dieu, en signe de resjouyasance, le cantique plein de ses louanges. Cecy accompli, se retira au palais épiscopal, ou estoit dressé le logis de Sa Majesté. Le reste de ce joor employai sçavoir l'administration àt ceste répuUioque, mesmement les qualités des estats, et de leur bonne ou corrompue versation. Après y avoir, selon son conseil, constitué une police à la descharge du populaire, y establit son lieutmant et gouverneur, le sieur d'EsclavoUes, chevalier sage et expérimenté, auparavant lieutenant de la compagnie de feu M. de Guyse, avec trois enseignes de gens de pied francoises, desquelles toi deux eHoieBtsoQbs sa charge, et l'autre soubs le sieur de Mont Sainct Père.

Le iefidemain le roy partit de ceste dté de Thool, accompagné de tous les princes, grmis seigneurs, gentilshommes et compagnies susdites, et des bandes de lansquenets du ca|iitalne Charte!, avec quelques enseigne» de Gascons, arrivées nouveHement, qu'on avoit fait ajourner, campées tant en la prairie que logées aox tefaibourgs» avec dnq ou six ptèees

d?artfflQHe de campagne. De là fct prins le chemin de Nancy, belle et forte petite viUe, située en lien asseï pUin, non loîngtaine d'une petite rivière appellée Muz, qui vient des montaignesde Vaulges, ville de long temps ca{ntale du dudié de Lorraine, dedans laquelle est une fort magnifique maison et excellent palais aux ducs, distant de Thoul environ cinq lieues. Le roy y arriva environ les deux heures après midy. Au devant de Sa Majesté vindrent M. le duc de Lorraine, beau et sage jeune prince, conduit par M. le comte de Yaudemont son onde, accompagné et suivy de beaucoup de grands seigneurs et gentilshommes lorrains ; lesquels, ayant trouvé le roy assez près de la ville, après avoir proposé pluaeurs bons propos, et pleins de toute douceur, comme j'estime, l'accompagnèrent jusques audit palais. A la porte de la ville l'attendoiont les maires et escbevins avec le poisle, soubs lequel s'estant arrestée Sa Majesté, aUans au devant les héranlts d'armes, à la mesme sorte qu'à son entrée à Thoul, passa le long de la ville jusques à Sainct-George, église cathédrale, pour y^&ire son oraison; en laquelle est inhumé Charles, duc de Bourgongne, qui fut desfait près de là par René, roy de Hi^nsalem et de Cécile, et duc de Lorraine. En signe dç resjouyssance et allégresse, furent deschargées plusieurs pièces de grosse et menue artillerie. En ceste ville passa le jour du grand veadredy, jour auquel on remémore à tous chrestiaos la cruelle passion et mort qu'endura le fils de Dieu pour nostre rédemption. Puis, ayant disposé du doaire de madame de Lorraine, ordonna M. le comte de Vaudemont gouverneur ^ général audit pays, mesmement an celle ville de Nancy, et de toutes les autres choses , au proufit de ce jeune prince; ce Caict, luy feit drâser son estât pour l'envoyer en France. Le samedy suyvant en partit, et ce jeune prince, non sans grands pleurs et regrets de madame sa mère, àlaconduitede M. de Bordillon, et de la compagnie de cent hommes d'armes de M. le Daulpbin, fot amené à Reims, où estoit mondit sieur le Daulphin, avec messieurs ses frères et autres jeunes princes.

Ce jour le roy coucha à Condé, une maison dMunpestre pour le fiiôm des ducs , pour ce qu'elle est assise en lieu hault et bien claire , dLiptai belle et lointaine veue; au dessoubs la

Ui

rRANÇDISDE ftABCTm-

{Nrairie bpacieose et de grande étendoé, anrtm- (Béé et cittftiie de tirols rivières qui près de là t'i«semblent, soavoir Moz, Madon et Mozeile; fÊLt le hault est voisine des forests, povrqnoy IMnable commode à tous plaisirs et paasdemps de princes, et toates chasses et volleries.

An partir de ce lieu, le jour de la résurrertion de JésuS'Christ, le roy alla coucher à Pont-€atnoofioa; et (ut Sa Majesté logée au palais des B(iarchi2 , y séjournant pour celle seule nuict. Le lundy ensuyvant fut continué le chemin de Mets, distant de là cinq bonnes lieues, le long duquel fut fait souvent hault le bois, pour attendre rartillene, estant fascheux, ptein de misaeaux et mortes.

A un petit quart de Heue près de Mets , du costé de Pont-Camouson, en une plaine , estoit Târmée du roy attendant sa venue, laquelle estoit Tune des plus belles que jamais prince chrestien meft ensemble, et qui m*a semblé mériter tf estre couchée par escrit, selon Tordre qu'ay tBU au plus près qu'elle estoit estendoe, non en grandes tourbes d'hoiftmes, mais autant complette de vertueux et vaiHans e^pHaines et soU datS) autant bien et richement armés , autant bien à cheval, que depuis mille ans fut armée. De ce que j'en dy j'appelle tous ceux qui Tont reue à tesmoii», amis et ennemis; car, pour commencer premièreraent à la fanterie , il y «voit trois bâtailloas quarrés, le premier desquels estoit des vieilles enseignes soldoyées et entretenues dès le temps du feu roy es guerres de Piedmont,de Champagneet Boutongne,airee d*autres nouveaux capitaines dressés au eommencement de ces guerres, sans y comprendre atsKuns braves soldats et jeones gentilshomflMs de maison, lesquels y estotent pour leur plaisir .et sans solde du roy : complet, de quinze à seize iiiilie hommes , desquels estoiait ée neuf à dix miUe armés de corselets, avec les bourgnignottes à foavières , brassais , gantelets et tasseites .jusques au genouil, portans long bois, et la jrfuspart k pistolet à la ceinture ; et cinq ou six mille harquebuaers, armés de Jacques et manches de tnaUle, avec les morions autant riches «t beaux qu'est possible, l'hàrquebuz ou seopette luisante , polie et légère ; les foumimens 'fort 6xq«iB et braves ; le reste ayans artoes seien fat qualité cks personnes. Le second bataît- 4ain estoit de Gascons, Armignacs, Ritoaina, #éwoots , Basques» PérigouidinSt Provençaiux

[ISSIJ

et Aôvergnacs, Inans monstre de dM à douse mille hommes»ayaiis la chaire et le port de gens de guerre. Ce que le fait croire est que tit sont exercités, et seuventà la Attigue et combat ordinaire avee leurs eiuiemis , tant par terre que sur la marine; desquels il y eu pouvoit avoir de huictà MufttiUe portans Icmgbeis, armés de corselets et lMdeoirets,etdeuxou ^ois mille harquetusiers , «vec mailles et moHons. Le troisiesme esloit d'Allemana, en nombre , eomme j'estime , de sept à huiet mille , desquek estoit colonel le oomie Rtngrave, gens de gverre et asseurés, comme faisoi^t oc^noîstre à leur or* dre et norehe tle bataille^ assez bien armés à leur mode , wtaffli les pioquiers qu'harqu^usiera.

Quant à la gendarmerie et cavalerie, elle estoit ordonnée par ranës sur les flancs de ces bataillons; et y pouvieit «voir mille ou unie eeni hommes d'armes^ avee laeuHted'arebers ; les hoBMMs d'avnes montés sur gros roussias ou coursiers du royaume, turcs et chevAux d'Espagne^ aveo les bardes peintes des oouleurs des sayes que porleient ks capitaines) armés du bauU de lateete jusquesau bout du pied, avec leshauhes pièces et plastrons, la lanoe^reapée, l'estoc^ b eoustelas ou la maase , sans encore nombrer leur suitte d'autres chevaux sur les* quels estoient leurs <»)ii^illiers et vaUets , et^ sur tous, paroissoient les chefs et membres de ces compagnies, et d'autres grao(k seigoeiirB » armés fort richement de hamon dorés et gravés en toute sorte ; leurs chevauxfeitoetadreîtft, bardés et caparaçonnés de bardes et lames dV oter légères et riches , ou de mailles fortes et déliées, couvertes de veloux,drapsd'or et d'argent, orfaveries et broderies ensumpttioaité indicible : les arehers armés à la légère , portans la demie lance, le pistoUet à l'arcon de la seUe, Pespée ou le eoustelas, montés «ur cavallins et chevaux de légère taille, bien temnans et rfàtigeans*, entre lesquels, selon le pouvoir ^ne chacun se sentoit avoir, n' estoit nen ouUié qvHl ne fest desployé pour se &ire paroistie et veoir à qui mieux mieux. Quant à laeavaUerie légère etharquebttserieàebeval,il y pouvoit«vmr{»iès de deux DûUe chevaux légers, lesquels estoient armés àla légère de corselets, brassais et bomrguignottes, la demie lanee, ou le pistoUet o« le coutelas, ai bon lemri sembloit, ou L'espieu goeldioto) montés sur eavalma^ dbdfalea eonrtavL

ea chevaux de légère taitie et Tîntes. De.hap-> qmbmers à efeevaly en aveltde douie à quinze eens , armés de jaeques et maBches de maille OQ euirassmes, la bôurguignotte ou le morion , Pharquebuz de trois pieds de long à rarçcNQ de h seMe, monté» sur bons eourtaux, chacun sehm sa puissance; estant M. d*AumaHe général sur toute ladite cavalierîe légère. Il y avoit aussi de trol9 à quatre cens AngMs, lesquels estolent parti» de leur pays à la conduite d'un milord , pour venir à la guerre pour leur plaisir, sans commandement, comme je croy, de leur roy. Desquels la pluspart estoit à cheval sur guildins et petits chevaux vistes et prompts, sans estre fort armés, vestus de juppons courts, avec le bonnet rouge à leur mode , et la lance comme «ne demie picque , dont ils se savent fort bien «yder, et sont bons hommes , qui vont de sça^ veir et adresse à la guerrCt comme l'ont esprouvé eeuft qui y ont e§té avec eux.

' En œste belle ordonnance trouva le roy son armée prèsde Met8,qui,avec les princes, grands seigneurs, gentilshommes et toute sa maison , ensemble toutes leseompagnies susdites,depuis le Pont Camouson jusques-là, commanda tenir ce mesme ordre , et marchèrent tousgours en bataHIe, armés de toutes armes : qu'estoit chose admirable à eieux qui avoient ceste félicité de le veoir, son armée passant par le bas, le long de la prairie, pour spéculer et considérer à son aise les bataillons de sa fianterie , où fot caressé et bien venu de la soopetterie, qui dura au moins troia grosses heures, et estoit clairement cogneu à sa face .riante et ouverte Taise qu'avoil Sa Majesté à veoir tant de valHans hommes en si grande monstre, démonstrans une naturelle volante et affeetton de bien foire et combattre pour gon service. Après avoir fait bon recueil à plu* Meurs grands seigneuraet capitaines qui s'y estaient des premiers avancés; aprèaaussi diver^ seaaocollades et caresses de ceux qui estoient ëemeurés avec Sa Majesté et' des premiers , comme des par^M, voisins et amis , suy vant le chemh) droit à la viHe, fut salué de son artillerie, qui estoit un peu au^iessus de son armée , dedans des vignes sur une motte : à scavoir de selse grosses pièces, camms et doubles canons, aix grandes et longues coulevrines^ six moyennes et dôme bastardes, et deux paires d'orgues, eatrange et nooveHe façon d'artîllerte : iilBanc ij&jïX oeb tel et si merveilleux tonnerre , i|u*il

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IL

sembloit que le ciel et la terre voulussent i^ commencer la guerre entre eux , ou que tout deust reprendre la première forme dHia oaos v estant le sieur d'Estrée grand-maistre et géné^ rai sur toute ladite artillerie , sage et prudent seigneur auquel teHe charge est bien conveiUK Me, pource qu'il a le soing et sollicitude qui y est requise. Ici ne veux passer l'entreprinsa brave que dressèrent les ennemis, et présume^ t-on que c'estoient ceux de ta ganaison de ThéoaviUe. Cependant que toute ceste armée estoit ainsi en bataille , et que ceux qui estoient oT'* donnés pour garderies bagages s'ahusoientà regarder ceste triomphante et brave assemblée, vindrent donner dedans quelques vallets et gou* geats qui y estoient demeurés , mesmement du costé des lansquenets, desquels emmenèrent le meilleur et le plus aisé à porter , avant qpi'on eust donné ordre et dépesché gens pour les suy<» vre et repoulser.

Le dix-huictiesme d'avril, le roy, après un peu avoir considéré et visité le dehor»de la ville de Mets, entra par la porte champenoise, où, avec le poisle et ciel triomphant, quatre dm premiers gentilshommesdela viUe rattendoieatt soobs lequel estoit Sa Majesté royale, les cléiyms et trompettes sonnans, avec les blasons et ar-» moiries de Frftce, les béraolts d'armes vestus de leurs cottes de vekrax cramoisi azuré semées de fleurs de lys ; les deux cens Suisses marchans en bataille des premiers, que trois cardinaux suy voient, vestus de leurs longues robes rou-r ges et de leurs rochets dessus; à scavoir mes^ sieurs les cardinaux de Lorraine, de ChastîNon et de Lenoncourt, arebevesque de Meta; puis M. le connestable, la teste descouverte, Mme de toutes pièces, portant Tespée nue devant Sêl Majesté, à l'entour de laquelle estoient tous les princes et grands seigneurs presque de tout soa royaume, en une magnificence et pompe inestimable ; à sa suite, toute sa maison, ses gardes^ et un nombre infini d'autres qui Ta voient suyvy en la presse pour veoir ce triomphe, le laisse à penser le peuple qui estoit par les rues, aux fe«nestres , aux galetas et sur les maisons pour contempler une si nouvelle et esmervcillable haultesse. Certainement n'estoit celuy, depuis les enfens juscjues à ceux qui alloient à po«tences de vieillesse, qui ne dist et conlessast n'avoir jamais veu n'ouy parler d'une telle com* pagnie et noblesse; dequoypourrolentlM«fo)r

FRANÇOIS DE RàBUTIN.

tons ceux qtû l'ont ainsi vai. Devant le grand temple arriva le roy en ce triomphe, où se troava tout le clergé et chapitre de Sainct-Estienne, avec divers habits de grand prix et valeur, et plosiears reliquaires et dignités. Près de là, descendirent premièrement messieurs les cardinaux, puis M. le connestable; lequel à pied retourna devers Sa Majesté, luy prestant la main pour descendre de cheval, ainsi que feirent après tous les princes et grands seigneurs qui en estoient les plus prochains. Le roy, s'approchant près du clergé, meit la main dextre sur les évangiles, protestant et faisant vœu de garder et dépendre à son pouvoir les droicts, libertés et prééminences de ceste très ancienne et opulente cité, selon que depuis s'est veu. Après plusieurs cérémonies, tout le clergé commença en musique à chanter cantiques et louanges à Dieu, auquel respondoient les orgues et divers instrumens harmonieux. Le roy, suivy de tous les princes et grands seigneurs, entra en ceste triomphante et tant riche maison de Dieu, et lieu d'oraison, &i laquelle il acheva la sienne fort dévotement. Le logis de Sa Majesté estoit appareillé au palais archiépiscopal auquel fut conduite ; et peu de temps après, aucuns gentilshommes de la ville, lesquels y estoientdemeurés,oupourtenirleparty deFrance ou pour ne se sentir coulpables d'aucunes charges suspectes, luy vindrent faire la révérence, et par M. de Guyse le feirent suppliertrès hum- Um^t de leur pardonner s'ils l'avoient offensé en chose que ce fust, promettant kiy estre cyaprès fidèles et loyaux. Et pource que tous les citoyens, mesmement le populaire, estoient fort estonnés de veoir tant de gens de guerre logés en leurs maisons, ce que jamais n'avoient acooustumé ne veu, sans sçavoir la conséquence, requirent que son bon plaisir fust d'y statuer une ordonnance. A quoy Sa Majesté, de démence royalle, fett response pleine de par&ite humanité et douceur, qui les contenta fort, disant qu'U n'estoit là venu pour les destruire et n^ner, mais pour les défendre et garder en leurs droicts et privilèges; et ce qu'il avoit entreprins fi avant, estoit pour la doute qtie.aonennemy ne s'emparast de leur villeet biens, pouraprèsl'endommager et ses pays. Au surplus, commanda M. le connettaMe de faire publier dedans ht ville et es environs par toute son armée, qu'à peine de la mort et griefve punition, homme ne fust ^

si hardy de prendre ne transporteraucune chose sans payar raisonnablement, si ceux à qui eUe appartiendrait se trouvoient; de ne battre ne molester leurs hostes ny habitans du territoire de Mets ; de s'en aller ne partir du logis sans les contenter ; de ne oiettre la main aux armes, si ce n'estoît contre ses ennemis. Ce que ibt fût et publié dedans et dehors la ville; et aux environs furent levées potences et signes patibulaires, pour en dcmner plus grande cognoissanee à tous.

Ceste ordonnance fut tenue et si bien ohs^vée en toute l'armée du roy, sans mutinem^is ne violences, que au départir chacun s'en alla content, et demeura au peuple une bonne opinion de nous, en louant l'humanité du roy et h noblesse de France. Cepoidant les cbevanx4égers et harquebusiers à cheval, qui trottoient des premiers, et estoient logés assez près de Théon ville, d'heure à heure s'y alloient présenter et appellor ceux de là-dedans à l'escarmouche; et ne se passoit jour que n'en fàs^put dressées maintes, tant par les sorties des Bowguignons que par. la semonce des nostres, desquels la pluspart estoient jeunes hommes qui avoient le feu à la teste, et qui ne cherchoîent que nouvelles entrq[>rinses et à veoir, toutesfois, tousjours à la conduite de vieux routiers de guerre et capitaines usités et expérimentés. J'estime qu'autant en estoit-il du costé des ennemis ', parquoy ne pouvoit advenir autrement, et est facile à croire qu'on y pouvoit veoir divers passages de c^ art, et de braves et vaUUns hommes.

Trois jomrs le roy séjourna en ceste riche et puissante cité de Mets, pour sçavoir et cegnoîstre le régement de tous leurs estais et gouvernement de leur république, pour confirmer les bons et èboUr les pernicieux et dommageables, et ériger loix et ordonnances pour la conservation et maintien d'iceUe communion, an contentement de chacun estât, entre antres tsfaoses, pourdélibérerdelafiortifieation selon sa volonté. Et dès-lors en furent proposés les moyens^ et fut commencé à y besongner à frire ^raser et abbattre plusieurs petiiescaseites et naiMnsde plaisir, que les bouigeois et oitoyens avoém basti en leurs jardins et v%nes, au long des fossés, près des muraUies, lescpieUes ponvoscot grandement servir aux ennemis à fiîîre le«rs approches; et pour estre une oosle trop pro-

. Uo5g

chamed'imeinontâgne qui ponvoit cominander ^t nuirefort à la défendre, fat conclud^ selon 1^ ré^lotion de tous tes ingénieurs, et de ceux qui entendent nndustrie des fortifications, de coiq>per de la vtile en cest endroit, et y eslever une tranchée et rampart, de grandeur et hauheur au niveau, te plus que seroit possible, de cette ooste. A tomes ces choses et plusieurs . autres nécessaires, ayant estably une police, • laissant M. de Gonnor, frère de M. lé mareschat de Brissac, gouverneur et son lieutenant, avec la compagnie de M. te comte de Nanteuil (lequel et M. de Jametz estoient pour ostâges donnés &ti duc Maurice), et detix cens chevaux-Iégexsj deu^t cens harqud)dsiers à cheval et douze enseignes- de fantede , tant pour la garde de la ville que conduite de vivres et munitions qui en sortoientet venoientdeiB autres lieux circonvoisins, pour suyvre nostre armée.

Le roy en partit le jeudy après Pasques. vingtietfmetrapvril, pour commencer son voyage, et fût son armée levée des envirohs par M. le eonnestaUe, qui en estoit général, et le premier à Tavàiit-garde, accompagné de lapluspart des princes et grands seigneurs que j'ay cy-devant nommés, sans d'autres qui y arri voient chacun jour. Le surplus estoit à la suittedu roy, estant Sa Majesté la première en sa bataille, pour estre exemple à tous de le suyvre, mesmement en justieé; car ne se peult nier que durant tout ce voytt^, et tant que ses enseignes ont esté desployêes aux champs, que n'ait commandé et observé une justice tant grande et sévère en son camp, que les ennemis et estrangers s'en esmer- Veilloient; qui me fait penser et croire, avec fes prières du pauvre peuple, que. le supemel Dieu des batailles iuy avoit mis les armes au poing pour dompter les hommes qui s'esti moient invincibles. A Tarrière- garde n'y avoit que trois ou quatre cens hommes d'armes qui de^ne^roient tousjours à la queue pour faire ^Uyvrè ce que venoit après, ou pour empescher que les viUains et Marangets * ne détroussassent * ceux qui ne pouvolent aller s! tost que les pre* miers, 6a tes bagages qui estoient demeurés et ârrèstés par les chemins par accident. Je ne puis donner certaine raison pdlppioy, car à moy tels secrets n'estoieni oommuniquès *, toutefois je pense que c'estoit à cause que n^avions point d'ennemis au dos qui fussent si forts que

(I) Rtbtiaos^ can^D de Horange.

Xyr fiicLE, La W. et La PI.

GUERRES DE BELGIQUE, LÏV. IL

MB

nous. Aussi estoit grand bruit que le roy^ avec ceste puissante armée, s'aJIoit joindre au duc Maurice, lequel, avec une autre, avqit jà repris plusieurs villes des protestans, les remettanUen leur première liberté, et déchassant les garnisons que l'empereur y avoit assis, pour (eut tenir le pied sur la gorge ^.qui attendoit le roy auprès d'Auspourg, devers lequel de Mets y avoient estoient envoyés le sieur de Montiao- • rency, les comtes de Villars et Ringrave, pout en sçavoir certaines nouvelles ; si est-ce que U publique renommée et commune opinion de tous jugeoit toutes ces intelligences et simulations estre un faux appast et couverte amorcé de mauvais gousf, de laquelle toutefois le succès n^est tourné grandement à nostre préjvidice« Pour ce jour que le roy deslogea de Mets, l*ar* mée ne feit grande traicte, et campa à u^ lieue et demie près, en deux petits villages desquels Tun s'appelle Serre et l'autre Gouin.

De ce lieu le lendemain partit, et alla camper à Rancourt et Rouvres, près d'une petite ville appellée Mumony, des appartenances du comte de Yaudemont, située au pendant d'une petite mcmtagne au dessoubs de laquelle coule une petite rivière qu'ils appellentSeille, qui va passer à Mets ; l'avant-garde estoit campée un peu au-dessus. Quant à nommer de mot à mot les villages, lieux et places' où toute çeste graînde année a passé et campé, sinon les plus Cameux, et où a esté exécuté acte méritant à estre noté et mis par escrit, avec ce qu'est fort difficile pour estre les noms* estranges et malaisés à nommer, encore ne le peux -je faire pource que le plus souvent la gendarmerie estoit estendue en divei^ endroits pour trouver vivres plus ai^ sèment, pour eux et leurs chevaux, à la moindre foule du peuple, et ne demouroit, tant de l'avant-garde que de la bataille, sinon les personnes des princes, quelques grands seigneurs^ èi gentilshommes de leur suite, la maison du roy et stea gardes avec la fanterie tant françoise que d'AUemans, fors en lieu serré, malaisés ou suspects ; et ne veux oublier avant qu'entrer plus avant, que toute l'armée, sçavoir : hommes de combat, tant de cheval que de pied, durant le voyage, yeoir jusques au rompement du camp, a marché en campagne, tenant tonsjours ordre de bataille, ce qui nous travailloit grandement, et a fait mourir beaucoup de gens de tM«3 et de bravés hommes par fièvres continuer,

FRANÇOIS DE RABÛTIN.

plcarésies et diverses maladie 4. Plusieurs autres , dès ce temps , ont longuement Iraisné et languy, à la fin sont morts diversement. Une des jpiincipalles causes est que beaucoup de personnes, selon leurs qualités et commodités, par le temps de paix et repos, s'estoient tant reiaschés et abandonnés à Ieui*s aises et voluptés^ qu^advenue ceste soudaine entreprise, pour peu de peine et travail estoient abatus et demourés soubs le fais; depuis, la continuation et accoustumance nous a rendus usagers de nécessité.

Au partir de ce lieu, fut pris le chemin à une petite villette nommée Lunéville, située en lieu propre pour Tusage de vivre, aux racines de petites collines et montaignettes où il y a quelques vignobles et terres de labeur, près de laquelle passe une petite rivière qui s^appelle Savon ; de l'autre costé a une prairie grande et spacieuse, à Tentour de plusieurs villages et censés. Le roy, M. le connestable, les princes et grands seigneurs estoient logés, dedans la ville ; les gentilshommes de sa maison et ses gardes estoient aux fauxbourg; le reste estoit campé à l'entour, et la gendarmerie aux villages.

Le lendemain, le roy et son armée en deslogea, et y demoura dedans une enseigne de gens de pied et quelques harquebusiers à cheval, pour l'escorte de la munition qui nous suivoit, et alla loger à Blamont, une autre petite ville capitale d'une comté qui en retient le nom, en laquelle estoit la duchesse de Lorraine, pource qu'on disoit ladite comté eslre de son assignai, et ordonnée pour se retirer. L'*assiette en est belle et plaisante, presque semblable à. celle de Lunéville sinon que le terrouer n'est si bon ni fertile. Leroy, M. le connestable, les princes et grands seigneurs estoient logés là pluspart dedans le chastëau et dedans la ville ; le reste du camp à l'entour, et la gendarmerie es prochains villages. Dedans ceste ville demoura pareillement une enseigne de gens de pied et quelque cavallerîe pour la mesme fatigue quç ceux dé Lunéville. Le jour ensuy vant, vingt-septiesme d'avril, la gendarmerie de l'avant-garde feit une grande traicte de cinq grandes lieues du pays, qui en valent dix parisiennes, pour estre le pays tous bois, broussailles, essars, bossu et* raboteux, et les villages petits et escartés, mal aisés à loger grosses compagnies, et allasmes loger aux plus prochains d'une petite ville appel-

lée Salebourg, appartenant au d^c de Lorraine, dernière ville de sa CQmté de.Yaulges, au pied des montagnes qui sép^arept ladite comté d'Allemagne. L'assiette e^l as^iea mal plaisanlje à l'œil, pour esire en liey Jbas, et^ marescagew d'un costé, et d'autre trop prochaine dc^.njflntagnes et grandes foriçsts;, toi^etoi^ jp. (a .peu; serois abondante en grands prouûts de bestail j^ nourriture. Leroy et le reste^d^ sonfk^^kée^ jouma audict Blamont qnj^ouri.e^ au partir de là, vint camper ea dej^ .a^^e^^ops' villag^es, fij^ pelés, l'un tJbîgijy^ et l'autre Sftinct-Geor^, En ce lieu furent apportée^ les noviv^les de la paix entre le pa|^e et le roy. Près de Salebo^jrg, son armée estoit campée. au long du pendant d'une montagne, ayant au-cjessus les bois et au-dessoubs la prairie, et yne petite, rivière, de laquelle je ne sçay seurement le nom, si ce n'est celle qui passe à Blamont et ^ Lunévillie, sortant de ces montagnes. Près dé là , M., le connestable, l'avant-garde estant campée à la portée d'une coule vrine presque la ville, estoit logé dans une grosse maison en un petit villi^e où n'y avoit que^ trois ou quatre naaisons ^t quelques grançbes. Tout à l'entour çstoieni dressées les tantes'et pavillons ^és princes ^t grands seigneurs. Le roy, à demie lieue plu^ arrière, estoit logé en un chastelet édifié nouvellement en un essart, sur , une petite iposnt^r gne. Tout à l'entour çstoit la batajile campée, et un peu arrière estoient logés ses.gentilhomiaae;? et ses gardes. Deux jours fut. séjourp^ ^ ce lieu, tant pour attendre rartillérie et les muoïtions, que de toutes parts es environs estQieni envoyés commissaires et hommes député^ pouif amasser vivres, el, amener toutes provislopif au camp, pource que de France ne d'autres lieux derrière nous n'en yenoit plus, ou pouf estre desjà trop esloignés de noç limites, ou à raison qu'estions près, du jJâ'ssigç pji^ J^9"^î l^armée devùit descendre en fa plaine de. Salverne. Amsi fut fait en partie ce peu, de S|yQy\ pour donner temps à ceuxqui estoient ^dçrrj^i^ de nous reprendre^ et y«usserabret>ye^^ pour passer ce pas^ qui estoit sapsmeijt^îi: fçrt scabreux et dangereux, a' petites ^omp^nieSy estant plein cte Dois forts et obsieurs. t^.chei mins estroils et creux. Au-dessus çstoiènt rochers hauts et inacjcessiblçis, sinon avec grande difficulté, desquels les lirigands peuvent dié loin yeoir ceux qui y' doivent paisj^rj^lb allcù-

GUERRES DP BELGIQUE, tlV. ÎI.

dre et enfermer, sans avoir moyen de s'en retiftr. Quant anx Vîvii?s, je ne penx dire que Jnsqne^là nods ayonii en nécessité dé ce que tduehe la vîe'dè fhotome, sinon de vîn ancuneniient ; lès cheVkni n'y -mangeoîent ^as leur sàolnl, me^mementceux de la bataille; cannons estions jà bien avant en la saison, et près du tempscommode àreèneiHîr lesfbings nouveaux, estant les vieux bien cours et presque tous mangés. Quant àTàvoine, les bons bleds eàteient si chers, que le pauvre t)euple estoit fort àîsè d'en faire son pain et substance , qui l'enttiér1ss6it^gl*andement; encore ce peu qu'en rèstoit, lès gros uèuriers Fa voient retiré et resserré dedans les viRes ou le vehdoient chèrement et ati double, à grand* requèste et pi*ière. Vray é^ que nous, qui estions à Tavant-garde, qfal trottions des premiers sur le pays, avions Tadvantage d'en trotfver et recouvrer plustost que rt»ux qui nous sày voient, bien so'u vent par grandes traictes surprenans les paysans avant (prtis eussent moyen de reth-er leurs biens, et le plus souvent n'en laissions guères à ceux qui Venoîent après, pour la itiauvaise considération qde nous autres Françofs avons'. Et ce peu que demouroit a nostre parlement, te pan vf*e homme te cachoif le plus estroictément cpi^il avoit le moyen, de crainte que ne luy fost ravy des der- Alers. Vray est que les bleds estolent jà' grands en herbe, qui aidoient fort à soustenîr et vivre b^ucôup de chevaux ; mais' lés grands che* vaux de service, après qti'îls en avbient tasté, devenoient vains; vagues, et dimihuôiéhl d*em- Konpofaiôt et force. Ëi ce lieu (ddrrithe couroit lébrtilt) le roy eût nouvelles du dué'MauriôP, duquel ordinairement en estbient forgées mille sortes de paroles, et phisto^ eh mal qu'en bien, pour la desfiance due chaéuii ptt)no!5tiquoit de luy.

' A Salebourg demoura nne enseigne de gens de pied et quelques éhè vaux fégeh , ei lé deu X iesme jour de* may, le roy avec toute àoh àrniée .en partit, el alla loger en deux petits villages dedans des Koïs, appelles Melteoourg et' Ahdrefcsénty, qui sont àTèvesque'dè'Strasbourg deux lieues de Salebonrg, ses gentilshommes et ise^ gardes et toute la bataille campée à Tentour de Sa Majesté; M. lé connestable et l'avantgarde, un quart de Keoe plus avant en un autre Village nommé Andreout, qu'on disoit s'il

il y a une grosse tour quarrée en forme de pa^ Villon, assez forte, en' laquelle on laissa cinquante harquebuziers, pource qu'elle est à l'entrée du passage du costé de deçà', et sur le front des bois qui durent jusques au pied des montagnes, de l'autre part longs et larges, de fort fascheux et estrange chemin. Ce jour mesme la gendarmerie de l'avant -garde passa ce passage, et devallasmes en un gros village nommé • Sainct-Jouan, où est située une abbaye de femmes en sauve-garde du comte Ringrave. Là nous trouvasmes force bons vins, qui renforça dé beaucoup nostre bien venue. Auctins allèrent descendre droit à Salveme, et furent logés aux pieds des montagnes, du haut desquelles, tant que lâ veue se peut estendre, on' descouvroit une belle et fort grande plaine, qui dure près de six grandes lieues du pays, qui vallent plus de dix françoises,' peuplée de gros et grands villages, richeset opulens, de bois, "rivières, ruisseaux, prairies et autres lieux de proufit, que ceux du pays appellent la vallée d'Aussaiz. Le terrouer est gras et fertile, qui rend les bommes habitans èette contrée fiers et hautains, pource qu'ils ne sont chargés ne foulés de grandes exactions, et n'ont accoustumé de veoir gens de guerre couchés en leurs lits, ne manger si privément à leurs tables; mais, selon le commun proverbe, ce sont eux qui le font aux autres. Ce que tant les estonna au commencement, que beaucoup abandonnoient leurs maisons et biens, et s'enfuyoient aux bois. Ainsi. nos soldats commencèrent à faire un grand désordre; et le tout estant à l'abandon, se meîrent à piller et robber où ne se trou voit à qui rçspôndre, car la volonté, prompte plus à mal qu'à bien, leur augmentoit le désir dé l'exécution, aussi que, le plus souvent, la robe abandonnée se présentoit à la prise. Le lendemain, le roy et toute Tarmée traversa ces grandes forests et dévalla en celle belle plaine ; mais non sans grande peine Ton y feit descendre l'artillerie et les munitions, tellement qu'à traverser tous ces forts de bois et .rochers y eut des bagages beaucoup destroussés, quelque escorte et conduicte qu'il y eust, mesmement ceux qui estoient sur chariots et charrettes $ car, estant le chemin estroit et rabotteux, facilement se rompoient les essois, les lymons, oi; quelque autre chose, ou bien versoient; pour-

village nomme anareoux, quon aisou s» quelque autre cnose, ou nien versoient; pourm*en souvient, appartient au comte Palfitin, oii I quoy demouroient derrière, et les villains bau

!f*RAXÇOIS de RABUtllfi.

dotiers avoient le moyen et loisir de le» saccager et retirer dedans l'espesseur du taillis av^t que peussent estre secourus. Les autres, sur m&lets et sommiers, qui pouvoient suyvre, ne tomboient en tel danger. II y avoit aussi tant grande suite et quantité de bagages, qu'ils tenoient plus de pays et faisoient plus de monstre que toute l'armée; qu'est, selon le jugement de beaucoup, une chose mal ordonnée, causant un désordre et famine de camp. Et n'y avoit jusques aux simples soldats et vallets qui ne feissent traisner mille bardes et brouilleries sur chariots et charrettes, ou sur chevaux et jumens. Le roy, M. le conriestable, les princes et grands seigneurs estoient logés dedans la ville de Salverne, le reste aux fauxbourgs, ou campée à l'entour. Toute la fanterie estoit logée et estendue le long.de la prairie, faisant une belle et grande monstre; la gendarmerie et cavalletïe de l'avant-garde estoit deux lieues plus avant logée en gros et riches villages, ausquels le plus communément trouvions abondance de vivres, mesmement^de bleds et vins, et peu de foins et avoines.

Salveme est une petite ville qui est du domaine de révesque de Strasbourg, située au pied des montagnes, sur le grand chemin et passage par lequel on descend des pays de deçà pour aller à Strasbourg, Spire, Francfort et en tous endroits des AUemagnes ; parquoy est habitée de riches marchands, qui trafiquent en divers endroits d'une part et d'autre. L'assiette est fort belle et plaisante, commode pour le plaisir et proulit, bien bastie de beaux édifices et maisons à leur mode. Elle a le soleil levant du costé de la haute Allemagne, l'occident à Tendroit des montagnes^ les Suisses et la Franche Comté à midy et les bas Allemands à septentrion. Elle a en front les labourages et terres de rapport en grande estendue ; un peu au dessoubs les prairies longues et larges, arrousées d'une petite rivière, et grande abondance de fontaines et sources vives; au dos, sur lescousteaux et pendans des' montagnes, sont les vignobles, èsquels croissent de forts bons vins blancs et rouges; au dessus les bois et chauffages. Sur trois hauts rochers au dessus sont trois vieux chasteaux , forts de situation et non d'art comme je pense, toutefois que je ne les ay point veus de près, estant le chemin mal aisé et dangereux pour la hauteur du lieu. Près de ceste ville fut

la deafoUe des luthérieo^^ la vkt^re «chaise par feu de bonnemémoire le bon diuc Aothoine de Lorraine. Elle est environnée da costé de la plaine de gros villages^ à une et deux lieues près desquels estoit logée tpute la gendaimerie, qui se sentoit fort soulagée d'estre plus an large qu'elle n'avoit esté auparavant ; ce que par le roy et son conseil fut prudemment considéré, faisant en cebeaa lieu temporiser son armée trois jours entiers pour un peu la refireschir et délas^r des longues traites qu'onavoit hix auparavant, pour entendre aussi plus certaines nouvelles du due Maurice et de sa délibération. En ce lieu vindrent au roy, de divers endroits, ambassadeurs et grands personnages, les uns pour s'offrir et leur pouvoÎE à son service ; les autres pour obtenir, pour eux et leurs subjects, de^çharges et soulagemens; mesoie* ment des^Suisses, pource qœ ceux de la Fiwiche Comté estoient en grande crainte que toute ceste nuée ne tombast sur eux. Toutefois, à la &veur des cantons, si le roy en avoit .quelque volonté, changea d'opinion. De la ville de Strasbourg devéhi Sa Migesté.fut envoyé un ftoi^iefnan, c'est adiré enallemant, seigneur; pour la supplier d'avoir souvenance et esgard à la bonne volonté qu'ils avoient à luy Caire service, et vouloir supporter et soulager leur plat pays le *plus qu'il seroit possible^ olfrans vivre» et provisions en payant raisonnablement; ce qo^ pleut au roy, et leu^ accorda libéralement, ainsi que se disoit communément.

Au(Ut lieu de Salveme furent faites grandes exécutions par les prévosts et ministres de jus* tice d'aucuns soldats qui destroussoient les munitions. piUoient et raBoienoient des villages plusieurs meubles, comme linges» habits, vaisselles, bestail et chevaux, et ce que pouvoient rencontrer; et ne sceut encore estre tant rigou^ reuse la punition qu'on les en peust divertir , tant pour trouver les maisons ouvertes et abandonnées que par faute de bonne police qu^on avoit oublié à y mettre dès le commencement/ que nous laisserons à disputer aux bien sçsr vans et bien entendus en ces matières.

Le sixiesme jour de may, le roy avec toute son armée se leva de Salyeme, estant demooré dedans une enseigne de g^de pied et quelque cavaHerie légère, pour làseureté de nostre queue. Ce jour ne feit que deux lieues du paysi Le lendemain alla camper en un gros bourg; là

GUEftRES DE BELGIQUE, LîV.

[165 ij

ea un etast^au Sa Majesté étoU logée » et de- (bmsle boorg et à Tentour les prioees, grands seigneurs^ ^tilsbouunes et ses gardes; le reste de la bataille campa aux epviroos ; M. le con* Destable avec Tavant-garde on quart de lieue plus avaiU; la gendarmerie s'estendoit josques à une petite lieue près de Strasbourg. Quant à desccirecertameffient la situation et murs de la ville de Strasboui;g, je ne puis, pour n'en avoir approché d'une lieue^r les citoyens ne voulaient permettre entrer personne, ne seulement approcher à la portée du canon. Quant à IV pinion en laquelle communément qn la tient, on ne Festime que l'un des villages d'Allemagne ; à la voir, chacun pouvoit croire et juger que c'est un^ fort belle, grande et riche ville, et très forte, comqie elle en a le bruit, assise en lieu pUt de touaoostés ; le Rhin passe dedans en deux endroits, qui la part en trois, tontes lesquelles parties sont closeset environnées d'eaux, avec une autre petite rivière qui vient près de là s'assembler au Rhin. Les vigpoobles n'en sont pas loin ; le terrouer sablonneux et mourveux, qui fait quantité de mottes de terres mouvantes; à cesté cause, comme je pense, anciennement estoit appellée Argentine. En aucuns quartiers, comme es pendaus des montagnes ou près des villagçs, les terres y sont meilleures pour estre souvent amendées et*engressées; et me semble que les paysans y sont bonslaboureurs^ car, encor que le terrouer ne soit fort bon et le climat froid , les bleds en herb^ estoient^ plus beaux et grands en ceste saison que ne sont un mois plus tard aux nostres ; aussi que nous y trouvions des bleds vieux en grande quantité, et {MOT deçà estoient fort chers. En ce temps commencèrent les grandes chaleurs, lesquelles ac- C|t>is8oient nostre travail de beaucoup, mesmcment.au'x soldats et gens de pied, plus qu'à nous qui montions à cheval à deux heures ^rès minuit et y demeurions jusques à demy jour avant (pie d'estre logés ; encore le plus souvent logions aux villages, où trouvions vivres et rafreschîflsemens. Les soldats de pied partoient premièrement que nous, et cheminoient jusques à cefte mesme heure, ayant tousgours les armes imr ledpB, marcbans en bataille avec la chaleur et la poussière, qui les grevoit et altéroit grandG0iei|t, Quandilsarrivoientenlenrs.qiMirtier8, ne trouvoient que la place vuide sans vivres et sans moyen , plustost qu'autrement, d'en re-

couvrer promptement; ainsi altérés avec une chaleur véhémente, beuvoient de ces eaux froides merveilleusement; à raison de quoy tom*. boient en grandes maladies, pleurésies et fier vres, dont en mouroit grand nombre de braves hommes.

Pour ne fouler le territoire et pays circonvoisin à l'entour de Strasbourg, une nuit seulement l'armée y séjourna; le lendemain, tirant à main gauche, fut pris le chemin à une petite ville appellée HaguiNieau, laquelle au commencement feit quelques difficultés den6 vouloir faire ouverture et contiributipn de vivres comme les autres, s'opiniastrant à ceste folie jusques à cequ'elleveitqu'onvouloitapprocherl'artUlerie pour y ouvrir passage; enfin, ayant parlementé elle se rangea à la raison, et M. le connestable avec, le sieur de ChastiUon y entra et ordonna de tout, comme le besoingrequéroit. Ce jour le roy campa en une tuillerie au dessoubs de la ville, et toute l'armée à l'entour ; le lendemain alla disner dedans, où luy fu( lait un grand rçcueil par les habitaas. Toute la gendarmerie de l'avant-garde, au nombre d'environ huict cens hommes d'armes et plus, estoit logée à dexa, grandes lieues par-delà, en un seul gros village, auquel la plus grande partie estoit à couvert. Geste petite ville, selon que la considéray en passant, est fort belle et proprement située pour toutes commodités, bien clos^ç de murailles hautes et de bonne estoffe, garnie de grosses tours et défenses assez fortes pou? résister à un camp volant, circuie de fossés creux et profonds à fond de cuve et pleins d'eau vive, prochaine d'un epsté de grands bois et forests, de l'autre de larges et spacieuses prairies et marescages. Le terrouer est sablonneux et mprt, presque pareil à celui de Strasbourg; de vignoble j'en vey peu ou point. De-là fut poursuivy le chemin pour aller à Wissembourg, belle et petite riche ville au pied des montagnes qui séparent la haute et basse Allemagne, comme un terme triangulaire, par trois chemins tirans en divers lieux de par-deçà à passer le Rhin, pour tournoyer toute la haute Allemagne et L'une et l'autre Pannônie, et, en le suivant, pour descendre le long des basses Allemagnes en Guel^ dre^ Clèves, Juliens, Lièges, Brabant, et par tous les Pays-Bas^ faisant presque d'un costé une borne entre la Gaule belgique et la grande Germanie. Ceste ville est voisine de Spire envi*^

550 ËRANÇOtS DE RAËtltlN,

ron trois lieues grandes» qni en valent pour le tiKHns sit ffànçcrises; la sittiatlon est fort agréa* ifle'àl\feîl et commode, comme ùti le pourra juger promptement, riche et garnie de grands fcfîens pour les usages et propriétés qui y sont; pour ce detx dix *pays Fappdlent la viHe aux trois Alliances, dont ils portent en leur Wason troisesCussoûsàvec les artnoiriesdctroisgrânds seigneurs, et un monde au miliea. Le' terrouer est sablonneux ; ^ y passe une petite rivière qui ftit moudre grande quantité de moulins à divers usages. Leshûbitatis nous furent fort gra-. cleux et secourans en toutes choses. Le rôy n*y logea point, ne son armée, qui alla loger au Village une lieue plus avant, nommé ce me semble, FEstat. M. le connesiable aveé Tavantgarde eslbit logé en un autre petit village à la portée du canon ; plus loing la gendarmerie de Pavant-garde estoît Campée dedans un bois audfessoubs,* au loing du chemin, tirant de là à Spire, près d'une fort belle maison qu'on disoit èstre à Tévesque dudit Spire.

•' En ce lieu on espéroit avoir certaines nouvdles du duc Maurice, et tenôît-on pour chose véritable que le roy tt-ouveroit près de là grande compagnie de grands seigneurs de ces pays,* qui TadVertiroient de toutes choses; Ton y adjoustoTit beaucoup d'autres promesses de ce duc Maurice. Pourtarit, afin d'avoir advis*certam de Iny , y fin envoyé le sieur dé LaVissac, g'entilhomme'de grand sçavofr. '"'''"' ' Cependant, en ce séjour, leroy eut nouvelles tfxie la reyne d'Hongrie, avec une grosse armée, a'i^oit prms Sthenay, et désjà' estoif entrée en geii terres, broslant et dégastant tout fcr plat pays à rénvit*t)n. ' Devers Sa 'Majesté plusieurs tibupeniàns et séîgrtéurs allemands vindrent luy remonstrer pour lès Cothmbhes là' foule él chatge que sou^tenoietit parles fifaik'de son arm&e. Ausquels fut rendue là* respônsè autre él* phs hàulte que ne là potfrrbis asseurer. Tnni va que la publique opinion la disoit estré suffiimnte pouf leur faire entendre leur ingratitude, ayant le roy amené à grand frais une grande et puissante arniée, pour seulement les secourh* et remettre en leurs libertés , malsons iet Mens ,. appelle par eux à très grandes prises; Jaqùellé'rtilson sèulte ïes^ dévoit assez esilnouvolr à nous s^iôurir , notf-afeutement de vivres et autres nécessités, mais à exposa Teurs éorp^ «t personnel poiirrecognoîssahccdè ce grand bien.

[mt]

Estant de retour, le sieur de Lanssac ne rapporta de ce duc Maurîée (Juë'frlvoïe^ excuses, entre fesquelles que l'arftiée du Turc ktoît descendue bien avant en Austridie , dont H avott promis, comme aussi y ^stoit obligé, à Ferdinand, roy des' Romains et de Hongrie, de l'aller secourir pour trois mois ; parquoy ne pouvoit accompUr sa promesse promptement. Cela entendu, le roy, par Pôdvf$ de tout Son conseil, déltbém dé retourner en France pour deffendre ses terres, et eauployei'ses forces pour en dejeter e't repouîser l'ennemy. Et pour ne fouler pas trop le plat pays, afin aitesi que son armée trou vast plus commodément vivres, la partit en trois parties; l'une desquelles demeura avec Sa Majesté, à scavoirdu nombre, cin^ cens hommes d'arme?^, mille ou douze cens tant chevaux légers qu'harquebusiers à' cheval, les vieilles bandes et compagnies de fentefie Françoise, le régiment de lansquerSets du colonel Çhartel, avec les gentilshommes de sa maison, et ses gardes à la condulie'de M. le' connëstable. Ainsi print le chemin des nfibntagnes, lieux déserts et fort dffficiles, ausquels le roy, les princes et grands seigneurs ] et généralement tous les soWats, endurèrent grande^ indigences de viv'res, tant pour eux'qde pouf leurs che- Vaux. Toutefois, avec lé temps et labeur,' qui les choses impossibles fait possibles et etl avoir le bout, descéndik-efnt en la Comté yet*s Salebruck et la Comté à DeutPôots. L'autre trètipe ()fui estoit de huictcens homtnéà d'armes au inoin^, avec le 'comte Rln^â^e et son régî- Vnent d'Allemàns. fat conduite {iàrT*. 'de Vendosme, prince d'incrédfble valeur,' repirenant lès mcsrties brisées que Tarméé atoit suîvy en ï;e voyage, ou pareillement nodsr eutoes tiaucoup de nécessités. Touiesfcls ce geiltfl prince et tous ceux qui l'accompagnoieht y dohnèrent tin tel oMre, que par faute des vivres n'endûrasmeié point, reprenaht le chemin au sortir des bbis et montagnes potu* descendre vers Marsault et Chasteau Sil?ns ; delà se vînt joindre et reprendre l'arnîée du roy près de Waldersen, petite ville à six lieues* Mets, en assez belle assiette^ayantd^uh costMes bcîs et de Tautre les montagnes , et une petite rlvîèrc qui s'àppefie Sarre, qui sépare la'Lbrhahaë d« montagnes. '-...,

M. d*Aumalle, avec cinq cens hommetd*armes, Jiuict ou neuf cens chevaux Wgèrs et har-

[15511 GUERRES DE BELGIQUE, LIV

quebusiers à cheval, et I^ régiment du comte Recroc, print le tpur au-des^y^ de Spire» pas- ^apt par dedans le» n^ont^agne» et les Ij^u^ es^ troita^ ixiha))ités et déserts, qui^ avec graxKl traya^, (eit sjt biea, qu'il parvint ^os.graûd défault .i^u o^siBe li^ où le roy estoit jà attei^dant de réunir son armée pour parfaire les cho^ ses^c yerr^ cy*api;ès.

Et ne veux oubliçr,, avant que commeaicei; autre chose, qu'estant advertl ou se doutant

* ^e }>rmée de la royne de Hongrie assiégeast le cbast^u de JamçtS;^ despqurveu adono dû cbef ». eMant le seigneur en Q$Uge entre les maioa. d/P G» duc ijauriçe, y envoya. le çiçiij: de X-osaq ep grande diljgeaçe ^yeç vipgt houimes d'ariaas et (reat/e archers de la compagnie de M. 1$ ç^ar^^hal de Sedan^dj^ux cens cbevaqx légers/, et autant d'l)arquebu^ie|'p.à,€heval..Dq^.ftft trouvé que les Bourguignons, à Jei]|rcoâfusion> avoient tourné le doz et s'estoient retirées.

TROISIESAtE LITRE.

De ce qu^a esté exécute par le roy très chrestien aH duché de Luxembourg à son retour d'AUeihagne, en l'an 1552.

(l552^ Sv^ la 0n du mois de may^' auprès de Wisbourg, jçomme j'ay dit, le rpy eut nouvelles que la reyne de Hongrie avec une puissante armée avoit pris la ville de Stbenay , et que sur ses terres et es environs exerçoit estrangea cruautés-, cpqq'estoit véritable, non que l'on ait trouvé qu'elle y fust en personne, comme le vulgaire dii&oit , mais çstant ep Flandres assez, certaine de la nécessité à laquelle estoU réduit f empereur son frçre^ comme femme caute.et subtile, solicita un Martin Roussan^ bastard et mare«chal de aèvés, descendre au duché de LuxemL>ourjgav€C trois ou quatre miUe soldats clé vois, guelurois et walops, et de cinq à six oens chevan^^, où il trouveroit Ip comte Mansfel, le baillif d'Ayènçfi et le gouverneur de Çimetz, auxquels elle avoit pareillement mandé d'apaasser toates les forces qu ils pourroient finer, pour entrer es païs du roy et y exécuter toutes le^ cruautés qu'ils pourroient inventer, à Aa (jje le (|ivçrtir et destoijimer de parfaire son, voyage. Dont jces trois jseigneurs , ass^blé^ a.vtec lenombrededôu^e à quinze mille lîopnjies de pied, et environ trois mi^^ chevauxj s'adressèrent premièrement à jJJtheoaÏA.QÙn'avoit artillerie, i^ punitiotjs, sol(|ats , ne ganjiispA aucune pour le roy, qj^e leshabltans seulement Çt un' capitaine.lorraii) que la duchesse de Lorraine j avoit roi§. qui,, peuU estre selon l'ii}tentiende sa maistresse) ne leur feit grana

(I) Van^Rossen,

refuz.. Soudain. après y qstrc^ intropiis, commencèrent à ^airje réparer les bresche^ et.,re-5 ipettre le fort en.^n premier q^tat, b^tir.ui» bouievert de terre dt]^co8té de Dun le Çbast^^t çt une plate forp^e devers la Justice» fa^s^a courir ^le bri^it de, vouloir, aller as^iég^r .Yilïer, franche, petite yillette pçufve^^pi;^ plustos^ chas^ teau t, au dessoubs diudit, St^eaay^ sur ^J^ rivière de Me^se, où ^'y avoit adonc que Gujjr: lanton, qui en estoit çi^pitaine, avec $esnK)rt^ payes e|. une compagnie de genc^ dep^du capitaine Le Vignan. Ta^ntos^lanc^uvelle parvint ju^ues À la reyue et à M. l'amiral d'An^ nebault, flue le roy à son département Avoi| constitué visroy en Fr2^)cç , qui f toit lors ^ Chaalons en Cbampf^igné,pq esloix ausfiM,.,de ÇordÀllqp, qui promptemept, à cest ay^rtissemjt^nt, le soir me;sme eptra.aveç dixHrs^t ch^r vaux seulement dedans Yill^ranche, aya^ m^d^ sa compagnie j a^rriver décrus çell^ nuict; ce^qu el|e feit,. et pareillement advertir 1§ capita^ie de Mf^t^îppi» ,, nomm^ le ^eur d^ Mgntpty gentilbofppie^idu païsTQisia,pqpr fair^ retirée Je ^ustpat qviesçvQiit eu ^puissain^ If^ I^bit^ps ,dudit,Mo9itfau)cqnvetj^^ çjjtch^ Ipur afïtilleriç,^ leurs biQpset.munitjpns,:6tjav|9^ Ciç qpip^pQ^rrçient recouyrejf, de poldal^^.ret^ rer dciY^rs Jny audits Villefi^incbe, /Qu^nd.lef; Boùftgujgnons fu^-gnj adyertisjqujEi M. d^ Bior^ (jillo4 estoit làdedam; ppyr.lea attendre .à pied ferme, et qu'on avoit pourveu à leur délibéra-

FRANÇOIS DE RABUTIN

tion, changèrent d'advis, et loy fut rapporté . par son espion qu'ils avoient conclu de tounier à Mouson. Parquoy partit de ce lieu soudaine- .ment, laissant en son lieu chef et lieutenant de roy le sieuc de Chastellux , lieutenant de sa compagnie, avec une partie de sadite compagnie, auquel pour ce mesme eflect la reyne et M. fadmiral, avoient ifevorablement escrit,luy donnans toute authorité et puissance. M. de Bordillon , avec le reste de sadite compagnie, se meit toute la nuict en chemin, et entra au poinct du jour dedans Mouson, où estoitM. de La Roche du Maine avec sa compagnie de quarante hommes d'armes , et le baron de Cemy avec la sienne de trois cens hommes de pied, lesquels ne s'accordoient guères bien ; et trouva davantage les habitans troublés et grandement descouragés, tant pour cognoistre cette petite ville foible ( ce qu'elle est irrémédiablement à raison d'une fort haulte montagne trop prochaine, laquelley commande en tout,encorequ'ony ait fait ce qu'on a peu pour la couvrir), que pour la sentir mal pourveue de toute défense; mesmementque la plus grande part des habitans, par mauvais présage, en ce qu'ils voyoient les principaux en vuidèr et mettre hors les meilleuriï de leurs meubles, estoient descouragés à là défendre et secourir. A ceste catise, afin de les consoler et leur croistre le cueûr , non-seulement les asseura du brief secours du roy retournant d'Allemagne , mais y feit entrer ésl vaisselle, son èquippage et ses meilleures bagues, leur promettant , quand lé siège y arriveroit, de ne les abandonner ; ce que les meit en telle confidence, que deslors le coutage leur revint,étdélibérèrentd'y vrvreetmouriraVec luy. Les Bourguignons , pour exécuter leur première conclusion, passèrent la rivière de Meuse au pont de Sthenay, et avec ce qu'ils pouvoient avoir d'artillerie, qui n'estoit en grand nombre, vindrent camper en un petit village entre ces deux villes, nommé Mousac, où in^ continent furent advertis que M. de Chastellux estoit dedans YfUefranche, qui souvent les saluoit de coups d'artillerie , desquels estoîent ixiés jusques dedans leurs logis ; et trouvèrent que ceste petite ville n'estoit tant déibumié qu'ils avoient pensé ; ce qu'eux cognoissans, et que le chef qui estoit là-dedans n'y estoit pas demeuré pour se laisser sourdement surprendre, ainsi qu'ils présumoient, mais comme [

homme esprouvé et certain (ce qui est sans mentir ), sage et bardy,'issu d'une des plus anciennes maisons du duché de Bourgogne, qui détibéroit les etiipescher et résister à toutes leurs entreprises, sans feire autre semblant, coulèrent au long de la rivière jusques au village deBrioltes, bù Ils mirent le feu, et ruinèrent réglîse et le fort.

Après ce beau faict toûtuèreht à inaih droite, montans à Monftfaulcon , où f on iie leur feit grande résistance , et sans contredit meSrent le feu où bon leur sembla, mesmement en ce beau temple de Nostre-Dame, où ils commirent des • mesflhaneelés ^f malheuretés plus énormes que les Turcs et Infidèles ne les voudroient attenter. Après je laisse à penser avec quelle terreur et espouyantement le menu peuple commença à fuir et s'espandre de toutes parts ; dequoy les ennemis fiers et eslevés , trouvans les passages libres et ouverts , descendirent en la plaine , et vindrent ^sir un petit chastea^ appelle Boullandre. Là ilâ laissèrent quelque compagnie pour «ervir d'escorte aux vivres et provisions qu^ils faisoient mener et conduire audit Sthenay . De là, suyvans toute ceste vallée au long de la rivière , saccagèrent plusieurs villages et chasteaux, en aucuns meirent le fçu, et des autres ravirent et emportèrent jusques aux doux de fer et socs de charrue , comme à Sainct Jevain, Conrad, Remonville, ènrabbayede Chaery et autres lieux ; tousjours continnans de pis en pis jusques à Grand-Pré , petite ville sur la rivière dfAirre, entre Saîncte-Menéhou, Chaalons et Attigny. Et là,ayansesté advertis comment M. l'admirai amassoit gens pour les venir veoir, s'arrestèrent; puis sitost que M. l'admirâl eut mis ensemble les légi(mnaires de Champagne, et réuni les Suisses avec la gendarmerie, qu'ils entendirent qu'en diligence avec ses compagnies s'approchoit d'eux , après dix miHe meschancetés qu'ils y feirent et perpétrèrent, abandonnèrent Grànd-Pré, y ayant mis le feu, et ei ieirent autant à Boullandre , et le plusto^ que leur fut possible retournèrent à Sthenây , où estans arrivés ouy rent nouvelles pires pour eux que les premières, à sçavoir comme l'armée du roy à grandes journées retoumoU d*Allemagne pour les venir rencontrer et desfaire et que ji les chevaux légers de Tàvant-garde estoient à Luxembourg, et &u long du pays eslargis. Davantage M. l'admirai les tenoît de fort prè6 , et

tissôj

GOËftàEi »É BELGIQUE, hïV. Ht

«rtôit avec son année de Tautre part de la rivière , prest à les i^mbatlre. Poorce ne sceurent promptement inventer meilleur conseiï que de se retirer et tiiyr en grand désordre ; tellement que si les nostres eussent esté advertis d^un gué et passage qui e^toit auprès de Villefranche pour leur coupper chemin aussitost que de les suivre par Stiienay , ils en eussent fait une grande boucherie. Ainsi se retirèrent ceux du pays en leurs lieux et maisons , et la pluspart des Clévois et Gueldrois furent mis dedans Vvoy.

Ayant le roy entendu les malheûretés et violences que ces Bourguignons et ennemis avoient exploité et commis en ses pays , meu grandement de pitié et dé tristesse, avoit, à grandes journées et grands travaux, fait passer son armée par les montagnes , bois et lieux divers e( inhabités, pour plustost les joindre et rencour trer, afin de venger son peuple de tels outrages. Et pour plus légèrement faire ses gens marcher, feit partir et sortir de son camp la plus grand part des bagages, et les malades, leur ordonnant pour escorte les compagnies du comte d^Aran et vidasme de Chartres , avec quelques chevaux légers et harquebûsiers à cheval , et les rendre devers Mets , ou en tel lieu quMIs se pourroient retirer , à leur libéral arbitre. Depuis estant sceue la soudaine retraite des ennemis , ou à mieux dire fuite , fut modérée ceste extrême diligence pour adviser le meilleur à ce que seroit de besoing après exécuter, et fut délibéré , par le conseil , estre très nécessaire et utile pour le bien public et de toute la France, saisir et joindre à la couronne le duché de JLuxembourg, comme succession et propriété escheue à la maison de Vandosme ^ dès la mort du connestable de Sainct Pol, qui en estoit vrày possesseur et seigneur , portant le nom et les armes, combien que Charles duc de Bourgogne, injustement depfuis Teust usurpée , pour estre un vray réceptacle et refuge dç larrons et toute nation séditieuse, propre à susciter tous mau;aL; et fut remonstré au roy qu'il feroit chose agréable à Dieu, proufiiable aux hommes, mesmement à ses pauvres subjects, de suppéditer et dompter ceste gent , et réduire a son propre ceste contrée, pour luy servir de boule vert et frontière;. Toutes ces raisons ouy^ et biep dé-.

ClU £ie,a*ira»U PMM6 fln^nB.pei^^.pârtie <itt docM d« Luiembourg.

XVI» stàcLV, La PI. et La PL

battues, fut approuvé par tout le conseil estre te plus setir et certain d'ainsi Texploiler et mettre à' fin. Ce que dès lors proposa de faire, et d'y employer toutes ses forces.

Pour ce commanda son armée prendre le chemin droit à un chasteau nommé Roc de Bach S au long de la rivière de Mozelle, entre Théonvîlle et Trêves , assis au pendant d'une montagne,' en lîeu naturellement et de soy assez fort, et les fortifications assez bonnes, mais non bastantes pour attendre' la fureur d'un tel roy, comme ils avoient eu opinion, estant au dessoubs la villette , bien commode pour toutes choses convenables , portant tiltre de vicomte ; dedans lequel fut fait rapport au roy quil y avoit grand nombre de gentilshommes, damoiselles et autres voisins de réputation qui s'y estoient retirés , estimans que premièrement • Théonviilfi seroit assiégée , contre laquelle Je roy employeroit toutes ses forces, plustost que s^arrester à ce petit chasteau ; et s'il advenoit .que Théonville fîist emportée ou rendue , qu'ils seroient receus à comiposition honneste : advenant autrement, présumoient estre assez forts pour attendre le premier choc , après seroient ouys à capituler. Au contraire , le conseil fut d'advis que valloit mieux s'ad'dresser premièrement à ce cbasteau, auquel on trouveroit promptement vivres et prcîvisiônspour rafraischissement de l'armée , adonc harassée et encore ennuyée de ce voyage, et là où feroient refus de se rendre a la première semoïicè , que Ton donneroit le sac aux soldats , pour les encourager davantage à faire après leur devoir. Quant a afier promptement assiéger Théonville, très forte et inexpugnable, que long temps y seroit consumé au siège, sans faire peult-estre chose d'importance , et perdroit-on l'occasion çt le temps d^exécuter autreis délibérations plus .certaines ; et cependant que les autres Villes et forts se renforceroient de toutes commodités plus que Théonville , demeurant entre Mets* et ée chasteau , lequel on répareroit : puis quand le roy laisseroit bonne garnison, que seroit fort difficile aux ennemis de faire la recueillie de leurs biens, ayans de tous costés leurs ennemis, lesquels annuellement les pourroient empescher et grandement troubler; parquoy seroit contrainte, maugré elle ,' peu après de se i^ndre à f obéissance du roy. Ceste opinion

(1) Rodembach.

rflAN^PfS ^Ê Rà^UTlÔÎ.

tl5S?î

jugée qai fut la plus expédiente et certaine, l'on envoya sommer le chasteau de Roc de Bach ; ceux de dedans feirent response qu'ils n'estoient pas encore prests à se rendre, pensans l'artillerie n'estre si prochaine qu'elle estoit : laquelle promptement l'on feit approcher, et fut assiégé devers la montagne de six gros canons et deux grandes coulevrines, qui le ][)attoient au long d'une grande muraille où n'y avoit qu'une grosse tour quarrée d'un flanc , et le portail qui servoit d'un autre, et, entre la ville et le chasteau, fat dressée une batterie selon^le bas, qui tiroit à une grosse tour et un quanton de muraille. Si-tost que Tartillerie de dessus commença à donner, et quedesjà elle esbranloit fort le hautt de ceste tour, et les défenses de la muraille, ceux de dedans voyans que c'estoit à bon escient, et qu'on ne leur donneroit le loisir d'estre ouys sans temporiser guères, commencèrent à faire signal de vouloir parlementer ; mais les soldats qui estoient desjà en bataille prests à se lancer dedans , ayans senti que ce butin leur estoit destiné , et se doutans que si l'on vénoit à composition, qu'ails seroient frustrés du sac , quant et quant qu'ils entendirent qu'ils vouloient parlementer n'attendirent une voUée de canon ; mais » comme gens forcenés de grande farie, les uns s'allèrent jetter dedans les fossés creux et profonds de b hauteur de deux lances ,* toutesfois secs et sans eau , commençans à gravir et ramper au long de leurs picques : autres avec force fagots et bois allèrent mettre le feu a. la porte; dont ceux de dedans farent tant et en telle sorte estonnés, que, sans faire autre résistance, s'allèrent- cacher et enfermer, les uns aux chambres et greniers, les ^utres es caves et lieux secrets du chasteau. La fortune encore leur fut tant adverse et contraire, que nos soldats, mesmement ceux de l'enseigne du capitaine Villefranché, trouvèrent une poterne qui descendoit de la basse court' dedans ledit fossé, laquelle soudain enfoncèrent, et, sans trouver résistance , montèrent h tnont, et ce qu'ils trouvèrent à chaude cholle < et furie première taillèrent en pièces , qui n'estoient en grand nombre ne personnes de valeur. Les autres qui estoient à la porte, entendans leiirs compagnons dedans qui fourageoient desjà, pour en avoir leur part enfoncèrent et meirent les portes dedans, ainsi entrèrent jt la f^Ie.

(1^ CoK're.

G'estoit après piteuse chose d'entendre les clameurs et espouvantables cris i& misérables captifs, tant hommes qde femmes, ei ou^r tes froissemens et chamaillis des portes , fenestres et coffres que nos soldats dérompbient ; Ton eust dit estre la forge dé Vulcan. Le comte Ringrave , colonel* dès Altemans , de cecy adverti , qui ne pensoit ceste surprise advenir si promptement, à toute haste alla supplier très humblement le roy d'«stre commandé aux soldats mettre fin à leur farie et cesser , remonstrant à Sa Majesté que la dame de ce chasteau estant IMedans avec autres dames et damoiselles du pays , estoit sa parente , à raison de quoy luy requeroit le don de ce chasteau. Ce que. le roy luy octroya libéralement, estant fort loyal et gentil seigneur estranger ; qui a fait et continué ordinairement de grandsservices aux rois de France ; par<ju6y y fut envoyé M. de Chastillon pour faire retirer les sbtdats. Or, pource que fay dit que ce chasteau sembla au conseil estre propre et commode à donner grands empeschemens à ceux dé Thédnville , le roy laissa dédans une ensei^e de Gascons du capitaine La Frade , et cent chevaux dû capitaine La Sonnerie.

Puis, estant traversée la rivière de Mozelle, le rôy et toute son armée alla camper au dessoubs d'une petite ville appelée Mont Sainct Jean, laquelle fut saccagée et brusiée, comme aussi furent Soulieuvre et beaucoup d'autres gros villages es environs. Nous feismes en ce lieu quelque peu de séjour, durant lequel Journellement estoient dressées diverses et brav^ escarmouches devant ThéonvUle, èsquelles, tant les François que les Bourguignons, monstroient grandes évidence et preuves de leur hardiesse et vaillance, sans toutesfois que nous ny eux y ayons perdu homme de renom dont j'aye ooy parler. Le commun bruit alors estoit (etcroy que les ennemis le pensoient ainsi) que Théon ville seroit assiégée; mais le roy et son conseil le proposoit autrement, car, s^ns y faire plus long séjour,, au partir de là, passasmes à Estain, une petite ville de Lorraine a quatre lieues de Mets , et six ou sept de Verdun ; de là fut tourné visage soudainement pour reprendre le chemin de Danvillé, où jà estoit à l'entour M. l'admirai d'Annébaut avec les légionnaires de Ghamipagne, et trois ou quatre ittilte Suisse» deux an trôfa mitte ebevÉux, tsn^

Digitizrt by

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IIL

des ordonnances que d'autre cavalerie, ayant empesché beaucoup de secours (pi'ph pouvoit donner à çeste ville. Dedans estoit gouverneur le sieur de Marcy, gentilhomme de ce pays, bien aymé et loué; l^qpqli à ce qu'ion dit, né pensoit si. pron^ptçjpaent avoir tant grande besongae syir le^ br^s. poui- n'estre encore parfaitement pourveu de toutes choses qui luy eussent esté nécessaires au besq/ng. Toutefois, à l'arrivée du camp, y plouvoient des canonnades aussi espessepaent que la gresie tombe du ciel, nous faisant pepser qu'on ne les auroit à si bon marché qu'on les a eu depuis.

.. Cj^^te yjlie ^st en liiç.u plain et marescageux, et rnj^laisé % approcher par temps de pluyes et hyyer; m^is le temps esjoit adonc fort propice wx François pour la grande sécheresse que fai^oit, Cjar c^estoitau sQlsticc4*esté,que le soleil est en son plus haqt degré, au sgigne de cancer* Nous estimions estre dedans ceste ville prés de dçîyi\ mille hommes de pied, et environ trois ou qufitre cens chevaux, desquels une partie esioient gpntilsl)p,in\mes du ç^y^, et le . surplus chevçiux légers et harqjuebusiers, que les Fi;anç9i$,pm ftppejlé depuis carabins. Us feirent aaçez, hravei^enf Ici^ devoir à sortir au;i escarmouches^, tant, pour empescher que la ville ne fust repognue, que pour nq^re aux approches, faisaaf Içpr ar,tillerie fort bien son office, et giCAnde c^xécuMon tant de soldats que d^ vastadpur» * ; enfin i^e peucent donner si bon ordre à leuj" affaire que l'artillerie ne fuîst assise jusques mt le .bord dç. leyrs. fossé^/ à sçavoir, a l'encLroict du chasteau et devejr^ la prairie, sans une^ijatterie. q^i e$l|oit sur une petite montagne, .df^sijLgros*e3«tgr^ndesçoqleuvnnesquitiroiçirt iqa|)etueusen^nt aux défenses» dont estoit assez mal pquryeuq ceste ville,, cncçre.qvi'elle fust tou,t^ n^uv^ et baatie avec^rand Vouloir et dé^ libération de la r,endre imprenable. La batterie coiumenç^^le. quatojzi€vspïe de juin^ autant fg(rieu?eipent et^soujjai^ejfneni que futjairi^is ville cahonnéa. Le diq^ajacjiie aup^ravant,.fçstedel^ Trinité,^ là de juin, le jcpy eçt^oit allé^fai^c soia

entrera Verd^up, AOUj^fl t^iomp^ntle que lés ^ .

-précédeq.tesi^8ol*çlçsjjppessU^sauxqw^ | pour efforcer Vireton et rompre les forts deé

ej^oit reijpji.te .ceçie grande,, êilé, esta^it pleine • environs, que pour sommer et recognoistrê de ipala^esi, e^dc? tcjvitjB manigre de gens de l'ar- ; ^ontmédy, où, en rescarmouche faite au dc- ^é^Vf^S9^B''9fi^W^ 1 vant,futtpe k. jeune Estauges, gentilhomme

rainq» JjSy.^gonna à (îisher en l'evescilé; le soir I luén piainct et . l'e^tetté. Le seigneur Salnctè ri) rio'n^rs, | Marie, qui e^tdit dedans gouverneur éï eàpi-

le roy retourna au coucher en son camp pvhs de Danvillé, pour veoir commencer la batterie.

Jusques au seiiiesme de ce mois, jour de la feste du Sacrement divin, dura ce merveilleux tonnerre devant ceste ville, jyant fait deux brèches moyennement raisonnables, plus celle devers la rivière et le chasteau, mais non encore tant que le fossé ne fust plein d^eau, de la hauteur d^ujie pique, et y falloit monter plus d'une toyse et demie de haut; tant y a que ne restoit plus qu'à donner Tassautt, que les soldats fran« çois, comme ils monstrolent au visage, désiroient presque autant qr^'un bon festin, quand ceux de dedans se rendirent au bon plaisir du roy; ce que ne f eurent autrement modérer^ estant hors d'espérance d'avoir secours de leur prince. Le bon plaisir du roy ftit que les chefe et principaux demeureroient prisonniers, les soldats sortiroient un baston blanc au poing, avec liberté de se retirer oîi bon leur sembleroit ; quant aux biens et meutles qui demeureroient dedans la ville, en seroît disposé à la discrétion de Sa Majesté. Depuis, il donna le tout' à M. de Chastillon, réservé rartillerie, dont les soldats commencèrent desjà à mtirmurer. Ce que fut parachevé en moins de quinze Jours, sans y avoir perte d'homme de renom, que du' capitaine Villefranchè, lequel y fut fort blessé d'une mousquetad'e, dont depuis mourut dedans ceste ville de laquelle luy aVoit esté donné fè gouvernement; duquel ftit grand dbmmt^é,' estant vieil capitaine, hardy et expérimenté. Sa compagnie fut donnée au capiitàine Breuli' gentilliomme du duché de Bourgongne, vertueux et vaillant, auparavant lieutenant dé la* compagnie du capitaine Salsede.

En ce lieu 1^ prince de Salerne, grand seigneur du royaume de Naples, vint ofTrir son service au roy, ayant'eû quelque! mauvais traitement et injure de l'empereur; lequel Sa Majesté accepta humainement, Tasseurant de toute . ayde et faveur, ainsi que depuis a esté cognetr luy avoir esté observé et tetiu. Or' de là mésme, un *peu auparavant l'on avoît fait partir un nombrede fanterieavëcquelqtiè cavallerie, tan*

FRANÇOIS DE RABUTIN

t^^e, feit response.^au héraolt d'armes ga'il. n*estpil encore prest à se rendre ; mais quand il itaroit veu ce que ceux d'Yvoy feroientîl advjseroit du meilleur. Quand a estre recogneue, on trouva qu'à la fin elle pourroit estre prise,' niais non pi facilement que n'y fallust eniployer du temps ^t des frais; et, n^estant place de si grande conséq^oence comme Yvoy, laquelle cependant qu'on s'amuseroit à ce petit lieu se pourroit de toutes choses renforcer, fut advisé de temporiser quelque peu, ou jpour le mieux d'inventer autre ruse ppur la surprendre à plus petite despense.

Le comte Mansfel, lieutenant général pour Tempereur, et gouverneur du duché de Luxembourg, craignant d'estre surpris en lieu foible, voyant les affaires de son maistre ainsi mal aller, ne pouvatnt toutesfois pour son honneur au besoing quitter ceste charge, pour faire CQgnoistre qu'il estoit bon serviteur s'estoit enfermé dedans Yvoy, où jà estoit le seigneur de Strinchant, gouverneur de la ville, que ceux de ce pays estimoient une forteresse tenable pour' résister contre la puissance humaine ; pour ce^ tout le plat pays y avoit remis le but de toute son espérance, et la pluspart de tous les gentil^ommes et leurs biens y estoient receus. Sitost que fut sceu que le chef s'y estoit enclos, M» le eonnestable y envoya les compagnies de loesseigneurs de Nevers, mareschal de Sedan,' et du seigneur de la Roche du Maine, quelque' cavaUerie légère, et environ deux mille hommes de pied, pour envelopper la ville, fermer le plissage, et oster la liberté de plus entrer ou sortir. Tost après toute l'armée suivit, et fut ceste ville enceincte de tous costés. Ils ne furent si prodigues de leurs munitions à l'arrivée de nostre camp comme ceux de DahvïUé,' et ne tiroient coup 4'artillerie qu'avec occasion, et où pen«oient estre de pbrtée; départant leurs provisions avpc pois et mesure, pour le grand désir et t)onne affection qu'ils avoient dé se défendre ^t soq4|enir le sié^e le plus long-temps que leur seroii possible, voire jusques au terme que présuraoient l'empereur les pouvoir secourir; et croy fermen^nt qu'ils eussent esté opî- 9iastres jusques au bout, si la volonté de tous eost esté semblable à celle du chef et de beaucoup d'autres qui estoient dedans. Ma,-is tout ainsi que l'homme est l'animal le plus é'mineht et pariait, sur tous aussi estril le plus diflScfle

à estre oogneu, je dis quant à sa volonté et malice, car il la peut faindre et dfversifler ; toute autre beste îrraisonnablé communément est poulsée et conduite selon sMi haturd. La ville dTf vory est au pied d'une montagne assez prochaine et qui luy nuyt fort; de l'autre costé, a la prairie et plaine fort large et spacieuse, au long de laquelle descend une petite rivière qui se nomme Chesse, qui vient devers DanviUé, qui s'enfle toutefois davantage près de la, à cause de plusieurs petits ruisseaux qui entrent dedans elle, et s'assemble à Meuse près de Sedan, faisant moudre des moulins joignant les murailleis d'icelle ville.

Dedans on disoit estre près de trois mille hommes de pied, desquels la pluspart estoit Allemans, Clévois et Gueldrois, hommes qui n'ont accoustumé de porter longue faim ou soif, et ne iscavent que c'est d'estf-e estroitement cnferiAéâ et s'assubjectir à une extresme nécessrté. "Le reste estoit des gens du territoire, la compagnie du comte Mansfel, de cent hommes d'armes, avec environ dnq cens chevaux, tant de gentilshommes voisins que de ces carabins et harquebusiers. Ati commencement furent bravement leur devoir à sortir et escarmoucher, et donnoienvà cognoistre letir délibération résolue de bien défendre leqr partie de mieux en mieux. Ils ne faisoient guères sorties sanâ exécuter i]uelque Vonne chose, et emmener des Françoii prisonniers, ou en rendre des morts ou bien malades; aucune fois autant en advenoit d'eux. Et pour dire la vérité, ils fèirefit de grands et Vertueux efforts, tant par hommes que avec leur artillerie, pour divertir et empescher d'approcher la nostre de leurs murailles si près qu'elle fut, par la grande di-ligence et très bonne conduite du seigneurd'Es trée, estant posée en deux endroicts jusques sur la douve de leurs fossés, à sçayoir : du costé de Mouson, contre un petit eantcm de muraille qui seul avoit demeuré à estre" rèmparé la longueur d'enviroh deux toises, prfe d'un portail hedf, où n'avoit guères bons flancs; et, un peu au-dessus, qui bafttoit en biii^ànt, à cette mesme place, plus fort qu'en autre lleo, où elle feit un petit pertuis. De88u$ la montagne on avoit mis les Six grandes coufevrines, qui tiroient a plomb dedans presijue toutes les rues, le long des courtines, droit «ti dbsdeceux qui eussent voulu <itefendrela tnfëdiés àVecuoe

GUERRES DiE BELGIQUE, LIV. III.

tant admirable, terrestre et terrible furie foadroyôît toate celle artillerie, qn'on eust dit quetout devoit abismer. Qtiandees AMemans eutendirent ceste estnmge feste qu*on leur sonhoit, et veirent qcftf ne leur estott loisible de' se poormenersur le pavé tons estre esmouchés bien souvent si prts des oreilles qùè le poil y demeuhilt, le éueur leur conftnença à défaillir, et jugèrent impossible de poiuvoir davantage se' défendre. Pour ce, tf un commtin accord, s'assemblèrent soubsla faaMe, sans se prqiarer pouf combattît ne faire semMant de vouloir tastér d'un assatalt; et non seulement eu%, mais d'autres les plus braves qui fussent la dedans, avoient' finute de courage, comme depuis a esté sceu par aucuns prisonniers. Cbmbitn que quelque grande foudre et violence qu'eust sceu faire nostre artillerie, si n'avoît elle fait ouverture si grande en toutes les deux bresches, où W y eust peu^ntrer quinze' homihés de front, sans les trabuchet s et artifices qu'ils pouvoient appareiller po«ir repoulser les assaHlans. C'estoit donc le moins qu'ils eussent sceu fiiire que de soustetilr un assault; et en éda on peut de plus en (ffùft cognoistre les mérvéHIes et estranges jugemens du tout puissant et supemel dominateur, lequel a voit réservé ceste gènt outrecuîdée pour estre domptée pai* un roy très cbrestien, et défenseur de sa fby.

Le comte Manslel ayant les armes sur le dos, et prest k se présenter le premier à l'assault, commença à haranguer ^t admonester ses Allemans, disant qu'il estoit temps de mohstrer le devoir et service qtfWs vouloient fkire à la Césârée Majesté; en leur remonstrant que facilemeht,' etsan^ danger de leurs personnes, pouvoient repoulser rigoureusement les François, estant la nation germanique d^mmortelle imputation ; leur remettant devant les yeux plusieurs beaux exemples delà: vertu de leurs prédécesseurs avec -autres propos pour les animer et soBreitera bien fkire ledr devoir. Toutefois il neëc^utsiMendlre qu'ils t vOulussa^t mordre, fet pou^ condûrion hy fitit dit qu'il en déllbérast comme bon luy semUeroit ; mais que si les Pratieofs le combiattoient par devant, ils te defferofebt par derrière. Dont 11 se trouva mervefllèusemem estonnéëtesbi^y, cai' Uses* toîeàt les plus fdrts là dedans, et neséàvbit pluil qu'y penser ne dontîer remède, qètivec grân-^ des extkmatiolur nna^réerk» vTe et déterter*

son malheur, disant entre autres protestations : « Or, Dieu et lès hommes me soient tesmoings si c'est par ma faute que ceste forte ville soU ainsi perdue! » Puis, s'adressant à un gentil homme firançois qui estoit là-dedans prisonnier, hiy dît : « Mon gentilhomme, je veux que vods soyez maintenant en liberté, à fin que soyez tesmoing de ceste infidélité et défenseur de mon honneur et innocence, quand vous oyrez parler de ceste lascheté. » Ainsi avec les grosses larmes aux yeux, passionné de véhémente dou-< leur, se retira en son logis. Alors le seigneur de Strinctiant et d'autres feirent m<mter un trompette sur un petit torrion du costé des tranchées, qui demanda pour les assiégés à parlementer avec M. le connestable, ce que leur fut accordé. Tost après sortit ledit Strancbant, accompagné de trois ou quatre, pour capituier et traicter de leur reddition, quenepeurent au^ trement impétrer qu'avec le bon plaisir du r4>y ^ presque semblable à l'accord de ceux de Danville, à sçaveir que lesdits comte et Siranobant, avec les principaux qui estoient là^dedans, demeureroient prisonniers, les soldats sorUroient un baston blatac au poing, pour seretlrer à leur volonté, el de tous leurs bielis qui estoient léans qu^il en disposeroit selon sa clémence ; lesquels depuis fîirent donnés à M* le connestable, qui les départit à sa compagnie et' à celle de M. de Montmorency son fils^ dont lés soldats des vieilles bandes se mutinèrent covi^rtement, el dès-lors commencèrent à se roaipre et à seerè* tement abandonner leurs enseignes. En ceste ville fut trouvée assez grande quantité de forts et beaux chevaux, de belles armes, et diverses bardes de bonne estoffe et riche prix. Je vou9 laisse à penser quel dueil et despûisir reéeut lé comte Mansfel, quand on luy manda de sortir pour se rendre avec les autres prisonniers au l^isde M. le connestable; certainement ce grand seigneur, lieutenant d'un empereur, estoit attaint au vif de grand regret et tristesse, se voyant si bas et atténué de sa bautesse et préminence, ce que son visage démonstrolt assez lorsqu'il addressa Éà paroUe . et harangue fort élégante et honnesce (tel esl4l estimé à rûsmi des lettres, sçavoir et vertus, desquelles son magnanime cueur est proveu)* à ce lieutenant dé roy, que peu d'hommes ont pe« retenir ; tant y a i|u'elle tendott aux fins de s'excuser et dési^ai^ér de ceste trop légère reddition d'une

FRANÇOIS DÉ KaBUTÏN.

vilie si fprte et deffeasable. Cela fait, il ivtt aa^ né avec le re^X^ de» autres prisoi>i#r9 à Paris^ Telle fut ^is8^e et Finition de la.fortç yillç d'Yvoy^ le vingtrtroisiescoe de. juiu, saxjs.y; estre taé§ devant, hommes de réputatipn, qy'uiï g^otUhomme nommé le ^eign^r.de Haul,tefort, parent du. ^eigueqr de La Fayette? qu^ fut dès la commencement fort,l)ie$8é e^.one esqarmoi^-; che, et emmené prisonnier ded^jfi^ la ville, et depuis avpcseurté et response renvoyéaucamp^ oùilQiourut. , , > . 1

Tpst fiprès œste redd» tiw,on en voyade rechçC sommer Montmédy Avec grandf^brpitsde trom^ pette^ et cbarrois;, faisais dv^noçtration de ^ venue du camp. Le capitaine S^ainiCte-M^rie, et ceux qui estoient dedans, ne se seniaps, estrfi plus forts que ceuXt d'Yypy, s^n^ espérer d'es* tre secourus, se rendirent vies et bagues .s§u*. yes, réservé rartillerie. Ainsi quittèrent la place sans coup frapper. . .

Ces trois viUe»,.I)anviUé^ Yvoy, Montmédy et Luxembour^g» et laplusparl du duché, avoient esté une autre fois prjisiefipar feu ^e bonMe.mémoi^ Charles, troisiesme fil9 du roy Fraoçois^ et difc d'Oriéaàas, et (kpMi» rendues par miappotntemerit fait, entre l'emperear et Je xpyi KMis eBés B'estoient adottc si. fortes nf) reUH^^r rées de telkf fiioon oomme à présent ; car, Dan* vHlé a'estoit atorsqu'une bourgade, et (ut pretr que toute tMawlée et ruinéei ei dep^i^t a. eslté nowv«Uemeniba6iie<sielon les {«^oderAès forti^ fications, avec, bouleyîerts, .l^astioBs, .pi^te^ formes^ autant belles et défensid>lesiiq»*esl; pos* aibie d'^ veoir ; les-ri^iuparts larges ,e$ b^qt^,. et d^ausii bon cooroy qu'w- m poi^rroit trouver ; le toat revestu de munûlfeâ-de bonne i^atjère et estofîè* Quant à Yvoy , yjray^pst qu'eUe Q^t des}à.sl forte» qu'elle ne Jut pçise d'assaAilt, ett B'y fut fait toesebç c^p^le povr la Corcer; fl4nç Ie4^pitatne Giaelpbt^ ayant inventé ?t Ny-ri»^. me-, forage r une, qtjaRtHé/le. mortiers qui d/^scharr geoieot de jteste i^^magne divers, gro^ boiiieti^' les eâtooM.et^ esp»u]mita4ellement d^ ces,^ traDgesfliaohiiMl9,.que Gilie^ de Levant pr^^ miîer chef likdedans pom: Ten^ieretir, se lei^it;^ a,vecrl4: pi|CtiOn4aite et i^ordée . pour fmy , et: ses. gens plus» lMftU^rabfcement^,yie^ eHJM^gt^ aaitves, re«f9ft|gnes àe^^loy^^ %i^ f^elq^iejai?^, tiUeniei eoôpre.qBfi ^i^mhf^^fioi^f^i^cfrfk) tadin>estevèm <3^^bQ0iHQur.parf^^Yfj^ hardiesse. Et n'estoit i)our lors si fortifiée que

maip^en^t quand nqns i>vQns assi^g^.estanl tr^ bien renforcée, mesmenftfiût pajr jun^ : pb^e fqrq^ q^ç }^ Impériaux. Avqj^ ûîijt l^tjur eq cajieo 01) ^lle. j^ offensée ;.q^i m^ fait, es))ahi^ grj^demept..ç9i9Pi>ejce comte^.uf^ antcç César, i^u d'qi^ def ojfiilleur^ et^de? plug ^çiennés nuisons ji'^Ueoç^ag^e, ^'f^voit dè^fr. le commencement n^eux préveu^.ai^ 9écessités et d^faults de ceste. çl^ w fQrtprefi^;, ^t ne s'accompagnoit d'hoqpo^, ^ï^^, et^certains^ £ûrts à ti^ut labepr,. A^aipt. qi^^ s<;^çomber à, telle néfiewlté^joa^si^ bjèv^té et.vp|>qrt»»ijé dutç|Qpypse|jHiti;eaaffaipf;if ne l!^9f:oie;[^^mis, comipei^t xan^ J|ég^r/ei«»ei)t jl^>llf précipiter, et jettçr Jlà-<lcj(iaps, poijUf,en S5jijti^,à si, pp^* hoan£ur.etdéfen^;.qpi.per4Dn bel e^^împle aii^ cbefe dps, yiHes qwi ,inq9psi4érémeïft et,j)ar prompte volonté dèmi^depi,et.a(^tent telles gramfeMbSjTges; e^ gv»an4,^'s,yflaf/pt5.1es dangws, jMir l^^ir^ i^8ifi$ ffçé^ à ftW#f • P^^ ceux qp^les aa:û4emallàgq^,t^i}i;;ie^cu4^yuai^; n'^pap tç^ps^; par;.pliit<9st.qu'eatrgpr^resi pesaient, faifs fa^^n^j^ je. souleyjBr, î'a^yçp, çx-, cogHer et coatrepons^r les afTaire^ e^re^plus. grandes q^'ell^s ne «e mon^ei^it,, jà soit que' nqus^edevp^i^ voviloir e^e J^lveJ[l^futrelpû^, pour Jla beHcet piTQuG^i^lç (^que^^t^ qn^ nos-, tre prince en a fait, esUns ce&,^\jgf, yjUei»,j$ur.

! tçutes autrQ^p(jn>ipieyse&^t<toinnyagBaj>l^A aes pauvres ^ubjec^; Jesqfielle^ de J*ecbef içpçorfd,

'[ mieip^a^i^élioréeÇtd^ejûofjÇsfii^Ktificjitiûn^ tillcielles. (;omm9dités« Ripant ,)e^uYeni;e^ qqieot 4eBanvillé,afi. sif^ de^Babaudangeapar lamqrt dn capitainf^.YiU^fir^i^be a¥ee .cpi^tre -ei^^eigties de Ismterie, et, deux cea^,..tftn)t deçbçvaux,-lég^s qu'haçquebusieirjf, pour la,gi^-, nison ordinairie^, Lç^ouv^siejQaep^ d'I^^voy pre^ mièr^fiiit j^ty dopné ^i^,s\eur (le. Bl4|neau, et depuis, an* s|eur* d^ fi^pouirt^îaY^ par^ npi|[à- I>i;e4]|e.sqi^at«( cfj^y (te> JJontp^y. tc^cafiir. tftipe pajîqi^, P/isisifip,pqid^.(Jp ^Qf^i^Ku^anfle^ U9urry. eîeçlevçei^ |a, igpeçiffl, fy^/rçia.eaaejgqpçide pe^^p^e^iet^çewt chpvaux* pour la^F^etgiffft^^^ . ; j,^ ..f,:.v,ï-^* .

. , Durait, Jp-^i^e 4'.XVi9y. M- * Jft^H^^ <*ft ^ttlan,^ .^^y ftç;;Hier fi(f^^|mf4so%/teM*tM- <ibç..poflr.nç,^îisef:,gli^ sH,

^^m^m^^fkMVi^ ç4e ïm^v^

(1) La Marck, fils du maréchal de Fleiiraoges.

tissàj

(ÎUËRjl^3 pp B]Ç^GI,9tJ^E, t^y. Ht.

dit l'empereur, à Tadveu de Vévesque de Liège, I fiàulitiltres TaVbîf Injustement tiàurpé, supf)Hà le )rdf lui donner éecouts et ayde pour ^itkticetk le reprendre; ce qne Sa Majesté né'Iuy voulut dénïer, éstans ceuxdeceste maison de longtemps 'fidèles servi teors de France, ëii qaoy mienï^perfeévS^e ce gentil et vaillant sieor. Pourtant furent ordonnes pour son seëofars le siéhr de Jours, colonef des légionnaires de Champagne, fet quelques autres compagdieà, au nombre de deux à ti^ois mille hommes de pied, avec sa compagnie, et douze ou quinze cens chevaux el cln'q ou six pièces de grosse tt moyenne àrtSlIerie. Avec tant peu d'armée alla pUtiter le siège devant ce chasteau* très f&rt, et jflus ijue beaucoup de personnes* ne le podrroient croîre ny estimer s'ils ne Ta voient vèti, cotnme pourrez entendre par ceste des* ï^iptlcmt '

' C'est un rocher haut et dfoict, sortartt d^me m<^tâgne,&laqbelle je pense qu'autrefois estoit assfemblé; mais par ceux qui édifièrent premièretoieht, él depuis encore plus en a esté ^paré et diVisépar une fosse large et creuse flnviron de cent cinquante pas en diamètre, feavée et adaptée au ciseau et marteau' avec grand labeur, en la pleine et circonférence du- ^d est entaillée la meilleure part du diasteau idféd^n^ la roche vive, avec pareil artifice en forme^ presque ovafe h bariongue, ayant dû costé de ceWè fosse une plate forme haute et eslevée qui.'descotrVre presque Tune des montagnes, au pied de laquelle est tfn petit boule- *vieh o^ caseniat)e, bien percée à propos pour garder d'apnroéïier près de ce cdsié, liy asseoir machines;! FâutrebofUt est le portail qui sot^l Dehors, de chactm costé, de cfotize à quinze

S' léds, avec les fumièi'es ou canonnières pour eiféndre 'les flancs, servans pareillement de plate forme JEn la cônéavifé^ au dedans est un (èôrps'de logis â Varitique, en quadtatnre de pavillon, couvert <f ardoises;? au-deésoobs sont lés caves vouhées, entaillées dedans lé roc mesifie, avec Un puits fort creux, de quatre-vingt ob cent brasses profond, ayant la source d'une eau autant bonne et fresche qu'est possible de trouver! Au surplus, ce chasteau e«t percé tant à propos, qu'un poulet ne S^y pourroit descouvrtr sans é^re emporté et attàint. Il estoit gamy â^artillerieet de munitionii pùùt un longtemps*

ayant un seul accès, encore bien estroit et malaisé, inaccessîMe par tous leî atitres cdstés. Au-dfesitobbs est lel)ôurg, (juVaoïflélt estre ville, Maïs tant déï'dmpu et dessirê par les guerrear, qu'il est presque inhaWté, où décourt un torrent appelle Sëmoys, âVec jgraiid bruit, qui vient devers Montmédy, lequel, par les neiges et pluyes hyvémall^s, Quelquefois devient fort îtopétùeuk. Par un coslé est couvert d'une au* tre mOntaîgne pleine de bois et rochers raboteux et si aspres, qu^est presque impossible d'y résider ne ffndoinraager de ceste part loingftaine à la portée du canon. Les autres lieux shnt vaHéés fort basses et profondes.

Sans avoir esgard à toutes ces choses, ou pour son bon droit se confiant à l'aide du su* pemet juge juste et équitable; par întelligencer ou pour tenter ta fortune, M. le'mareschal le vint assiéger'; et, pour déraonstrer sa petite arïhée plus gi^osse qu'elle n>stoit, phisieurs fois faisoit passer et repasser par un mesme Ijeu les compagnies de cheval et de pied, afin que èeux de dedans, voyans tant gra!nd nombre de enseignes, pensassent que ce fuist toute l'armée françoise. Peu après feit affûter son artillerie sur ta crope de ceste mesme montagne, au lieu le plus prest, commode et bâ table que fat choisy*, niais encore" tant mal aisément, qu'avec gros chàblès fallôit retenir les pièces qu'eirés ne roulassent du hault en bas; desquelles né fut jamais tirt^ix volées, ayâtit seulement égratîgné le «dessus de la muraille, avec si peu d'appa^ttice de bresche que rien moins, quand le capitailfiéde ce chasteau, bastard de la maison de Màurfort, réputée des plus antiennes de ceste contrée, demanda à pârlértienter ; et peuh-on penset qu'il ne le sceut sitost demander que encore plustost ftit ouy. U réquéroit beaucoup de condition^' avant que sortfr, que peu servrroîerit à estre récitées'; enfin lu'y fut accordé que,.si bedans trois joiirs ne luy venoit secours, qu'il rendroit la place, vies et bagues sauves; réservé rartilterié et autres munitions qui estoient dedans. Par quoy donna son fils en hos-tageà M. le taareschàl. Les trois jours fmis, il sortit avec ses compagnons. Depuis, M. lemarèschal et autres seigneurs et capitaines se sont ésmerveitlés du JFolble courage de ces Liégeois^ ayans quitté et rendu ceste place inexpugnable à'si petite occasion, confessant luy-mesme qu'il |idne Peusi creu ne pen8é,et ce qu'avoit entrepris

ttlANÇOÎS ÛÈ RÀBUTIN.

avoit esté faitàl'adyentare. Le capitaine aussi de ce chastean, pour soa loy^ et rétributioa» a ea la teste tranchée ; qu'est pour tousjours confirmer mon dire, ceste punition leur advenir, et la victoire estre concédée au roy, par perïnission divine. Par la reddition de ce cbasteau, advenue le dernier jour parachevant les trente ans que ce duché avoit esté usurpé et occupé, M. lemareschal recouvra. presque tout le surplus qui estoit concernant et appartenant audit duché, estans bourgs, villages et quelques petits forts, non de grande résistance et difficile oppugnation; en laquelle ayant estably le sieur des A velles,. gentilhomme de ses (Aus cognus, capitaine, logé et mis bonne et seure ^arde, tourna joyeux trouver le roy qui estoit à Sedan, se retrouvant Sa Majesté un peu mal, tant pour les fatigues de ces guerres que pour jies grandes et extraordinaires chaleurs de ceste saison, comme estoit advenu à plusieursgirands seigneurs, gentilshommes et autres ayans £Biit ce voyage, qui estoient contraints de se retirer aux villes prochaines pour recouvrer santé. Cependant M. lé connestable, avec l'avantgarde et meilleure partie de Tarmée, gaignoit tousjours le devant, tirant droit à Cimets, tant poursuivre la victoire que* pour l'envie qu'on avoit de rencontrer l'armée de ceste reyne de jflongrié, faisant merveilles et choses estranges en la Picardie, comme le bruit continuoit; laquelle toutefois s'esvanouyt en peu d'heures, selon sa coustume, ayant senti le vei^t de ceste venue. Néantmoins fut continué le chemin conclud droit à Cimetz. Peu de jours ensuyvans, le supernel Tout-Puissant, non-seulement restitua la santé au roy, mais luy démonstrant par seure évidence qu'avec sa colonne et force il combattoit, estant mort le sieur de Lumes^ sans savoir véritablement comment ne parqud accident ou par maladie, ou, comme disoient quelques-uns par l'esclat d'une pièce d'artillerie qu'il faisoit essayer, ou, t^insi que d'autres semoient le bruit, par effusion de tout son sang, ayant mis son pied en l'eaue, ceux ausquels eschéoit la succession de ce chasteau, et un nommé Mérenbargue, qui le gardoit pour le parti impérial, le rendirent <à la merci et clémence du roy, entre les maips du sieur de Yieilleville, lieutenant de la compagnie de M. le mareschal de Sainct-André, qui les traita assez humainement; peu après ont esté sapés et ren-

versés les forts de ce chasteau» ne restant que le donjon, que la n^ajesté royale, avec partie de la oonfiscation de ce rebelle vassal, doopa à M. le duc de Nivemqis et comte de Rhetoisi et l'autre à un gentilhomme françois, dit le seigneur de Confiant, ayant espousé la niepce et vraye héritière dudit seigneur.

Le chasteau de Lûmes est assis au pied d'une montagne, comme sont presque toutes les places fortes ; de ce costé-là est le bord de la rivière de Meuse ; de l'autre part a la prairie large de la portée d'une ooulevrine, et d'estendue en longueur de plus de dix lieues, estant d'un bon mille proche de Mézières, à laquelle a fait et faisoit souvent beaucoup d'enbuis, mesmement aux.fauxbourgf de deçà Meuse, pource .quele sieur de ce chasteau disoit y avoir aucuns droicts seigneuriaux ; en sorte que par temps de guerre ceux qui y demeuroient n'y eussent osé coucher seurement ny laisser meubles d'importance, pour la crainte dé ceux du chasteau, qui tr:iversoiént la rivière à bateaux et de nuict leur venoient donner innumérables alarmes, ravissans ce qu'ils trouvoient de boa, et non-seulement à cest endroict estoit fort dommageable aux François, mais presque à tout le long de ceste lisière, estant un vray magasin et boutique de bannis et essoreillés de France^ gui sçavoient les destroits et passages pour servir de guides et espions en temps de division ayx ennemis. Pourtant le feu, roy François, pensant l'avoir sans canon, y avoit vis-à-vis dé la porte fait bastir un blocul, qui ne feit autre chose que despense et frais, pource que mauvais ordre y régnoit. Le seigneur de léans avoit esté nourri page en la maison -du roy ; depuis, par un temps, sa place et forteresse avoit tenu le party de France ; mais par un despit rompit sa foy et tourna sa robbe pour prendre la croix rouge, et y a persévéré jusques à la mort, combien que ce chasteau ne se soit trouvé tant fort et defensaUe que le commun bruit le tenoit ; car^ avec ce quMl estoit bâtable et subject à esire miné aisément, par dedans on a trouvé beaucojup de fiiutes, entre autres y avoit si peu d'espace entre le rempart de la basse-court et la muraille du donjon, qu'il estoit impossible d'y ïnettre soldats ny artifices- pour deffendre une bresche ; davantage les plates formes estoient eslev^ées en l'air sur pièces de bois et piliers; ainsi donc.

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. III

sansjlus jgrieCstounneDSyfdt rendue ceste forteresse aa roy.

Toutes ces choses furent exécutées heureusement par les François dedans tout le mois de juin et sur tout le commencement de juillet, que le roy, ayant recouvert santé, délibéra reprendre le chemin pour retrouver son armée, constituant M. le duc de Nivemois son lieute^ nant général au gouvernement de ce qu'il avoit conquis au duché de Luxembourg. M. de Nevers incontinent après, délibéra de retourner devers Roc de Bach, pour le remunir et renforcer, tant de vivres que de toutes .choses nécessaires, et pour faire le dégast et récolte de la moisson à Tçntour de Théonville, accompagné des forces de g^darmerie, de sa compagnie, celle de M. le duc de Bouillon, des seigneurs de Jametz, de Bordillon et de La Roche du Maine, environ sept ou huict compagnies de cavalerie légère et harquebdsiers à cheval, et vingt enseignes de fanterie, tant de la légion de Champagne qu'autres. A ceste cause, ainsi accompagné au partir de Sedan, il retourna passer à Yvoy et Danvillé ; de là, suivant toute la frontière et visitant toutes les places fortes, alla descendre jusques au dessoubs de Mets, en on village appelé le Pont de Richemont, à deux lieues de Théonville, à trois de Mets. S'estant là par^é et fait amasser toutes provisions, tani de vivres que de charrois, le jour ensuivant, y estant en personne avec sa compagnie et quelques autres, tant de cavallerie légère que de gens de pied, en feit conduire une partie, mesmement grand nombre de chairs salées, vinaigre, seel et poudres, devers Roc de Bach ; et parce qu'il estoit force de passer près de Théonville, le seigneur de Chambourg, qui en estoit adonc gouverneur, et beaucoup de braves hommes de la garnison eussent esté bien marris s'ils n'eussent fait cognoistre quelque chose de leur bonne volonté à nous venir veoir; pourtant avoient-ils mis une embuscade assez près du heu où nous devions passer, non point pour donner en teste, n'estant assez forts, mals.potir. serrer la queue à ceux qui demeureroient derrière; ce qu'advint, car un homme d^armes de la compagnie de M. de Nevers, noomiéle seigneur de Chevenon, estant demeuré esloigné delà troupe par accident ou par autre grande affaire, tira droit à quelques ar- ))rçs, et où il voyoit certain nombre d'hommes XVf- SIÈCLE, La PI. et La PI.

vestus de rouge et de presque semblable pareure que la sienne, ne côgnoissant de loing la difTérence des croix ny escharpes ; desquels il approcha si près, qu'il se trouva envelo];^ d'eux de tous costés. Toutefois, estant homme vailiant,de boncueur et bien à cheval, adverty qu'il luy estoit besoing alors de s'ayder de tous ses meinbres s'il ne vouloit demeurer pour le passeport, feit si grand devoir et preuve de sa gentille petite personne, qu'il se meit hors de leurs mains sans estre blessé que d'une dragée de pistollet dedans la main, combien qu'en euS' sent esté deschargées sur luy phis d'une dou** zaine, dont son cheval futattaint dedans la cer^ velle, et peu après en mourut. Ainsi estant eschappé, et les ennemis descouverts à petite perte des nostres, se retirèrent devers la ville, non sans estre suivis jusques assez près des portes. Nous nous retirasmes aussi, mais non sans avoir maintes canonnades, avec perte de quelques chevaux et peu d'hommes. Le lendemain M. de Bordillon avec sa compagnie et autres, tant de cavallerie légère que de gens de pied, parfeit le semblable voyage pour la conduite d'autres vivres, qui furent aussi menés audit Roc de Bach ; et sans grands empeschemens furent les soldats françois qui estoient dedans rafreschis de tout ce qu'il leur estoit besoing. Après tout le dégast des bleds et fourrages qu'il fut possible de faire es environs dé Théonville, et avoir donné assez de temps et moyen à ceux de Mets de recueillir les leurs sur la fin du mois de juillet. Monsieur avec son petit camp se leva du pont de Richemont et se retira devers Mets, attendant autres nouvelles. Bîentost après,en ce lieu ayant sçeu que le roy avoit rompu le sien des Pays-Bas, se retira du costé de Champagne, vers Chaalons.

Pour retourner dire ce que exploita l'armée françoise depuis nostre département, le roy^ ayant prins congé de la royne, partit de Sedan pour aller trouver M. le connestable. qui s'estoit arresté avec une grande partie ae l'armée à l'entour d'un fort chasteau appelé Trélon, qui est à un grand seigneur de ces Pays-Bas, parent du comte d'Aramberg, dit Barbanson ( sçachant l'armée de la royne de Hongrie estre rompue et esvanouye), tant pource qu'on luy avoit rapporté ce chasteau estre garni de grand nombre de soldats ennemis, faisans maintes destrousses .et volleries sur les François, que

FRANÇOIS DE RABUTIN

pour les grands biens et munitions desquelles Ton disoit estre muni et prouveu, avec ce qu'il avoit osé attendre le canon, encore qu'il fust moins fort que d'autres places qu'on avoit subjuguées auparavant. Ceux qui estoient dedans, estans comme persoimes désespérées, souhaitans autant la mort que la vie, au commencement fetrent grand semblant de se met- Ire, à leur possible, en devoir de tenir bon ; mais enfin Âirent efforcés de furie, et la pluspart taillés en pièces, ks forts aussi decechasteau sapés et rués jus, et le tout mis à désolation. Autant en fut fait d'un autre cfaasteaii prochain de là, appelé Glaion, qui est à un grand seigneur de ces Pays-Bas.

Or, pour contenter les vieilles enseignes, on les avoit fait passer deux lieues plus avant, jusques à une petite ville nommée Cimetz, qui est au ducd'Ascot ^ ville autant ennemie des François que possible estoit, et où se retiroit plus de mauvalspeuple qu'en lieu de toutes les Ardennes; pourtant on avoit grand désir de la ruiner. Donc, y estant arrivées toutes les compagnies tant de cheval que de pied avec artillerie, fut ces te ville sommée, pour estre gardée et dépendue seuletnent d'aucuns soldats et autres fugitifs, et que les plus apparens habitaos s'estoîent retirés avec le meilleur de leurs biens, tant es forts des Ardennes que es Pays-Bas, n'y voulurent premièrement entendre, sçachans bien, quoy qu'ils accordassent, qu'ils seroient saccagés. Parquoy se préparèrent à se défendre, et fallut que l'artillerie tirast à bon escient, et y feit brescbe, sans toutesfois pour cela qu'ils voulussent se rendre; à la fin, ayant veu l'ouvert ure,et ne se sentans plus en puissance de tenir la ville, la quittèrent, et en diligence se retirèrent, .avec ce qu'ils peur-ent traîner et emporter dedans le cfaasteau. Ainsi « tes soldats françois entrèrent à la foulle là-dedans, et la saccagèrent de toiU ce qu'ils peureni ravir, qui n'estoit butin de grande estimation. Après fot question d'avoir lediasteau, et fut sommé par deux ou trois fois sans vouloir dire mot, tant que de rechef fallut que le oaaoa en partast«

,(t)Af«chot,

<lûimaat du cosié de la grosse tour. Orçnfia, le capitaine du cbasteau voyant la brescbe qu <s(Hnneneoiti)rtà s'ouvrir, se dédaira, demandant il pûiemenla- ; et mrie prnpos de la composition, la pimpart ëes soldats 4ra»eois gatgnèrent le grtfod portail à si gfaade focrlle,qiK de la pmsse js'egioufifoieiic l'un l'autre ; 1f« an^ ires gravirent et entrèrent par tdivers endroits, fit de ceste feçon, à froide et petite mistaDce, furent surpris k ville et Je cbastean de CnoetE, dont estant niaistres les François, se bastoienC ^ diligentoienl taot à fouiller et d^rdier les biens de ces misérables Bourguignons, que dedans la vooke d'une des tours du ckasteau où ils avoient retiré les pouldres à canon, furent bruslés et rostis plus de cent ou six vingts soldats 'franec^, oii eviK-mesmes sans penser avoient mis le jEbo. Le tout ayant esté bi^n recherché et visité^ le feu fut mis par toute la ville, dedans le diàsteau, et grand nomisre de prisonniers prins et ramenés, estant toutesfeîs demeuré prisonnier le capitaine de léans à m capitaine franoois, à qui il s'esloit rendu.

Ceste crueUe •exécution meit tes Bourguignons en telle frayeur, que les hommes et femmes, petits et grands, fuyoient de toutes parts pour éviter la fureur des François, estant le bruit partout qu'on alloit assiéger Avesnes, où jà plusieurs fcns a voient esté dressées maintes escarmouches par nostm cavallerie l^re. £c ose bien dire que l'assiette de cestf forte wiUe avoit jà esté recx)gneue pour trouver moyen d^ l'emporter, ce que je croy qu'on eust fait ^les pluyes ne fussent survenues par trop abondam^ ment ; aussi que nostre camp dioiiniKrit journetlement, à raison de beaucoup de nos soiklats qui tomboîent «oalades d'heure en heare pow le long travail précédent, et que d'autres, ennuyés de la fatigue, ou chargés de pioyes, se dq)Artoient, tant secrettement qu^avec oongé. Acesteeause, fdtreHivse ceste eiitrepnii«e à «ib^ tre temps, et pris le chemin à Estrée «Q Pont ; et là, sur la fia du mots de juiUet en cest an^fat départie toute l'année povr là mettre è& garni- 8«ns, an attendant ce ^pie feroit reomaiy.

QtATRlESME LITRE.

De ce qui 8*est bit en Lorraine deyant la puissante cité de Mets et pays de Picardie, tant pat l'armée de Teoipereur que celle du roy, en l'an 1552*

(15&2) Le roy, oomme j*ary dMcoium« Ail contraint de rompre son camp dès la fin da nota de juillet» tant pour lea grandes maladies qiii y sorveboient^ causées des itoa accouetamées ebaleors |»*écédMites» que pour Taboïkdanee de pluyes fai eoeunepçeient desjà à tomber en ces pays oeeide»taQx et froids; et voyant son armée joumelleBieBt se desfairet pour ta rafreschir et soulager, ka Ceit mettre el départir es garnisons, avec estroiUs défenses^ tant à la gendarmerie que fianterie, de n'en départir et s'absenterysedoutaniqnerempereur, prince de grand coeur, ne laisseroit passer le surplus de eeste année ssms, en quelque sorte que ce fost, t^ter tous moyens pour avoir sa revanche. Mais, -nonobstant cesie ordonnance, la pluspart des soldats ne tindrent aucune gar* BÂson, et n'y eut ordre que^ pour reveoir leurs femçies et en&ns, aucuns à toute haste ne gaignassent leurs domiciles ; les autr6s , pour se remonter et remettre en équipage, eeux. principalement qui avoient iait pertes eu ce voyage ; et cf ux qui ayoient amassé butins, pour les rendre et conduire en leurs maisoosw Aucuns aussi estans malades «'eSorçoîent d'atteindre ou leurs propres babitationSs oii de leurs amis, ou bonnes villes, pour se rafresebir et recouvrer santé. Par quoy, entre tous ne demeura que les estrangers et lés plus loingtàins ; qui fot en partie cause que tant promptement que le Ix^ing requéroit le roy ne peusl rassembler son armée, et en partie Topinion que chacun t^oit que l'empereur estoit mort, ou de pouvoir fort dénué, veu qu'il n'a voit fait aucune résistance ny à ee duc Maurice ny à noua, fui avions à la rigueur ainsi traité ses pays et subjects. ToutesCois dq^is chacun se trouva fort estonné quand parWte la Franee ftit publié et mandé expressétteni à tous soldats de retourner à la guerre» et sur le commenoement de l'byver, ayant le roy reeeu advertissemeat qu'es Allemaignes estoient faites diverses le-

vées de gens de guerre, et I^phiq)art à Tadveu de l'empereur, sans qu'on seeust à la vérité où on les vouloit employer, sinon par quelques rapports et présomptions qui menassoient Mets devoir estre assaillie.

Pomr à quoy obvier, et afin de prouvoir en diligence à la fortification de ceHe grande ville, le roy envoya dès le eoDMnencement du mois d'aoust M. de Guyse, tant pour l'esgard de l'amitié et révérence que ceux de ce pays portent à ce prince et à tous ceux de sa maison, que pour se confier en sa prudence et bonne conduite; lequel, nonobstant la breveté du temps et l'incréd^ labeur, usant de toute la commodité que la saison Iny permettoit, non-seule- Éienthi fortifia et prouvent de toutes choses nécessaires, mais, l'ayant gardée et défendue contre toutes les forces qw le plus grand prince de l'Europe pouvoit assembler, en a acquis une immortelle et glorieuse renommée par tout le monde. Si-lost que-ce prince y fut arrivé, à fin d*estre mieux adverti ou l'empereur proposoit conduire toute ceste grande armée qui se dressoit aux Allemaignes, à raison d'un bruit qu'on disoil le roy des Romains la vouloir mener en la Transsylvanie contre le Turc, envoya en divers, lieux explorateurs afin d'en apprendre aueunes nouvelles certaines. Lesquels, estans de retour, rapportèrent que pour vray ces pré-^ paratifs estoient mis sus pour le recouvrement de Mets ; car l'empereur cognoissant la première

foreur des François estre violente et d'abordée

intolérable, nous avoit laisé Jetter nostre premier feu, espérant après recouvrer la commodité de se pouvoir venger ; et pourtant appaisa (nonobstant tous intérests), premièrement ces tumultes des Allemans, et se réconcilia avec le duc Maurice en eslai^ssant le landgrave de Hessen, son beau-père, et le duc Jean de Saxen, . son coosin-germain, cognoissant ce duc de Maurice estre homme subtil, et celuy qui luy pouvoit nuire ou ayder en- ses entreprises*

FRANÇOIS DE RABUTiN,

Quant au autres princes et seigneurs (desquels, k mon opinion, volontiers se fast vengé s'il ne s'en fast vooia servir en ce mesme afbire), il les attira et endormit si doucement au son de ses amiables paroUes et promesses, que ils ont esté Jes premiers à luy donner entrée et accès es principales villes de toute la Germanie, comme à Auspourg, Nuremberg, Ulme, Francfort, Spire, Strasbourg et autres, èsquelles si bien besongna avec ses persuasions, qu'il en tira argent, armes, hommes et toutes provisions de guerre, leur faisant grandes protestations, et les assurant devoir estre employées au recouvrement de ces trois cités franches, Mets, Verdun et Thoul, desquelles il se promettoit mettre hors facilement les François ; et de tout le duché de Lorraine chasser entièrement, mesprisant et blasmant le voyage que le roy avoit fait en leur pays, le desguisant avoir esté entrepris plus à leur désavantage, diminution de leur grandeur et biens, que pour la publique liberté. En quoy je ne puis que je ne m'esmerveille de la trq) facile crédulité de ceste gent, veu que lorsqu'il usoit de teb langages pour les distraire de l'alliance et amitié du roy, à peine pou voient estre reparées les grandes bresches qu'il avoit fait en leurs villes, à peine pouvoient estre leurs despouilles départies entre ses soldats, lesquels, à peine pou voient estre hors de leurs maisons dont avoient esté déchassés, et eux remis en liberté par le duc Maurice à la faveur du roy, et desquels encore ne pouvoient estre mis en oubly les estranges ravissemens et rançonnemens. Je ne sçay aussi s'ils avoient point aucune cognoissance de son intention, qui estoit de s'emparer desdites trois villes franches, et les adjouster à son propre, comme il a fait Cambray, les fortifier et munir d'Espagnols, comme aussi il proposoit autant en faire de tout le duché de lK>rraine, à fin de clore le .passage aux François, et leur ester le moyen de pouvoir secourir les Germains et délivrer de sa servitude, voulant semblablement, par cest accès, eslargir ces limites sur les pays du roy:

Donc les persuasions de l'empereur eurent telle vertu et efficace à l'endroit des Estats du Sainct Empire et les villes franches, qu'il luy fut ottroyé et foumî'un gros nombre de gens de guerre payés pour un certain temps. Oultre, feit venir de ses villes enseignes de fwte-

rie, tant d'Eqpagnds qtie dltaliens, un autre grand nombre qui estoien\ es garnisons des forteresses dltalie, Lombardie* et Pîedmont ; af ec ce, de la Franche-Comté et banlte Bourgongne et de ce qu'il tient encore au duché de Luxembotirg, il tira un autre grand nombre, tant de cheval que de pied; de Hongres, Polacques. Bohèmes, autre grand nombre, principalement à cheval ,dequels estoit général le grand séneschal de la Moravie. La royrte Marie luy envoya assez bon .secours de Flàmens, Hennuyers et Walons, desquels estoit général le sieur de Brabanson. Et quant à nommer particulièrement les chefs d'une si grande armée, telle que ce prince amena devant Mets («non des plus grands et principaux) il m'est très difficile, pour n'en avoir eu aucune apparente cognoissance. On disoit que le duc d'Albe estoit son lieutenant général et colonel sur tous les Espagnols, duquel estoit lieutenant de la cavallerie espagnolle le seigneurs Loys de Avilla ; le marchis de Marignan estoit chef et colonel des Italiens; un comte d'Allemagne estoit Keutenant-général du marchis Joachim de Brandebourg, sur les Allemans. Sur d'autres commandoient le comte de Nanssau ^ et le sieur de Bossu. Le comte d'Aiguemont^ estoit général de certain nombre de cavallerie. Pour conclusion, le commun bruit estoit en ceste grande armée estre près de deux cens cinquante enseignes de gens de pied de diverses nations, et près de vingt ou vingt trois mille chevaux combattans.

Cependant que eeste grande armée s'assem- Wwt aux Allemagnés, Ferdinand, roy des Romains et de Hongrie, en faisoit dresser une autre pour mener en la Transsylvanie* contre le Turc, qui descendoit ceste part avec une très grande puissance ; à raisim de quoy estoioit faictes diverses levées dont faut préisupposer que de l'armée, laquelle le duc Maurice avoit assemblé estant d'accord avec l'empereur et restitué en tous estats et biens, une partie s'en alla avec luy en ce voyage contre le Turc. Et pour ce qu'en ce traicté n'estoit compris, ainsi que peut estre vraysemWable, le marchis Albert de Brandebourg,* ou pour certain autre lâescontaiteroent, se sépara, prenant son chemin à travers l'Allemagne, avec le duc de ZImmeren, parent du comte pifctfai, landgrave de

(I) Kassan. — m Egmont.

GUERRES DE BELGIQUE, LÈVRE IV-

Lytimboorg, h comte Ludovie d*Ottin^ii, le le comte d'Ahemboturg et d'catres YsUbns hommes des reliques de la guerre des Allemaâs ooDlre remperev, qui, estans assemblés aif noaàm d^envhron soixante ou soixanle-deux enseignes de gens de pied et près de deux mille chevaux, selon lear dire, venoient au serviee du roy, et portoient en leurs enseignes desployées les armoiries de France, vivans néantmoins, soobs ce prétexte, d'autre façon que le droit ny équité le permettoient; ce-que . continuèrent jusques à Trêves, ville impérialle, laquelle à leur venue ils pillèrent avec grands excès. Le roy, adverty promptement, envoya Févesque de Bayonne devers le marchis Albert pour entendre son intention et convenir avec luy de sa solde et de celle de ses gens, qui Gontinuoient leur &con de vivre soubs le tiltre et adveu du service de France, endommageans les ennemis en toute sorte, mesmement sur les •limites du duché de Luxembourg. La première response de ce marchis fut honneste et gracieuse, disant, quant à son appointements n'estre venu au service du roy pour un proufit particulier et espérance d'y thésauriser ; mais que toute sa vie avoit eu désir d'employer sa personne, biens et puissance pour luy faire entendre combien il avoit souhaité, et encore désiroit d'entreprendre chose qui fust agréable à Sa Majesté, pour le bon zèle qull y avoit cogneu d'avoir &vqrisé à la réduction des franchises et libertés de la Germanie ; et que pour ceste raison s'estoit départy et séparé d'avec le duc Maurice, estimant le roy tant juste et équitable, qu'il feroit donner sufiBsance solde et appointement à ses soldats, hommes esleus et vàlllans, ^rests à mourir pour son service, et qui de loesme intention l'avoient suivy, adjoustant davantage phisieurs autres bons propos qui seroient trop longs à réciter. Mais le roy et son conseil regardoient les choses de plus loing, et se desfioit-on que l'empereur ne fast après ce marchis pour le pratiquer, se monstrant quelque opinion et apparence que son appoinctement estoit desjà en terme que l'empereur avoit tousjours délayé à conclure, espétant le prévenir* et soubs ceste dissimulée fiance le serrer et joindre de si près avec stm armée, qui estoit en campagne, qu'il l'auroit à tel marché et condition que désiroit. Dequoy, à mon advis, ce marchis se doutoit, ayant ^n

fresehe mémoire le traHement qu^il avoit veu estre &it à ses parens et alliés. Par quoy tendoit à gaigner tousjours le devant, s'a$fseurant, s'il pouvoit attaindre les pays du roy, et se seroit mis à sauveté, que ne luy pourroit manquer d'estre receu du ro3^ ou que l'emperew seroit encore fort aise dé le retirer à luy, et accorder ce qu'il demanderoit, ainsi qu'on aveu depuis estre advenu. Toutefois j'ay ceste ferme opinion que si dès lors se fust'voulu arrester et recevoir les raisonnables offres que le roy hiy présentoit, en toutes choses eust cogneu la différence de la fidélité de ces deux princes. Sur ces menées secrettes, ce marchis ne laissa de passer outre ; montant contre mont la rivière de Mozelle et costoyant ThéonvIHe, vint camper à Roranges, trois lieues près de Mets, où, si-tost qu'il fut arrivé, envoya demander vivres à M. de Guyse pour la fourniture de son armée ; lequel, tant pour oster toute occasion à ce marchis de former un mescontentement sur un refus, encore qu'il fust raisonnable, feit tout ce que luy fut possible de luy en d^artir pour aucuns jours. Ce que toutefois estant par luy mal considéré, ne désistmt de l'importuner journellement pour en tirer en aussi grande abondance comme s'il n'eost esté question que de les prendre à son plaisir, sans avoir esgard à la nécessité future ny au lieu où ce prince estoit ordonné qu'il devoit garder pour temps incertain. Et partant de fois l'importuna qu'il fut contraint de luy remonstrer par le seigneur Pierre Strossy que la raison delà guerre, qu'il n'ignoroit pas, ne permettoit qu'on défoumist une place de garde^ mesmement de telle importance que Mets, des vivres et provisions dont elle seroit munie, pour les distribuer à un camp qui seroit maistre de la campagne, et qui pourroit suyvre autre chemin et pays, comme devers les salines, pays très fertil, auquel non seulement trouveroit toute commodité de vivres, mais, en les mangeant et consumant, désavantageroit d'autant i'ennemy de les y pouvoir recouvrer. De ceste raison, du commencement ce mardiis se monstra estre contenté, et sembloit qu'en premier cest advis eust esté bien receu de luy, mesmes demanda, un homme* qui sceust le pays, pour l'y conduire et mener. A quoy fiât ordonné par M. de Guyse, et de Mets expressément, envoyé Gaspard de Huz, gentilhomme natif de Mets, Tou-

FRANÇOIS DE RABUXIN,

tîS52]

fefois eii|>eiid'bewQ9 Amg/tA de propos ; ear, au liea .de pi^dre ehemia vera ks salaies, il s'approcha davantage à une lieae près de Meti^ et vint camper eo un lieii appelle Aey, où U feit quelque séjour, usant de toutes les ruses ^'11 pouyoU imagina* pour, soubs couleur de se démoostrer bon serviteur du roy^t et se fiain» dce tel envers M. de Guyse, le surprendre et mettre en danger toutes choses, ou les troubler par un désordre, si la prudence de ce prince n'eust esté si grande que de le prévoir et y remédier. Puis ayant ce marchis à divers logis tournoyé toute eeste contrée, après estre retburné devers Trêves pour en retirer un iu>mbre de ses soldats quUl y avoit laissé, finablement dévalla au Pont Camouson, sans toutefois avoir encore rien résolu avec Tévesque de Bayonne, tant de son appointement que de la solde de ses gens, combien que de rechef le roy eust renvoyé le sieur de Lanssac devers luy pour la mesme cause. Ce néantmoins ne peust avec luy aucune fin conclure, traisnant toujours çesi eOect en diversité de. demandes (^lorées de belles paroUes , en quoy estoit malaisé d'asseoir bon fondement. Et pourtant on entra davantage en souspeçen de luy, et la première desfiance eomn^ença de croistre plus qu'auparavant. Parquoy le plustost que faire se peust, le roy feit assembler son camp à Sainct-Michel S petite ville de Lorraine sur la rivière de Meuse, six lieues à co^ de Pont Gamoiison, i^utant de Verdun, el àdix grandes de Mets, où se trouvèrent M. le connestsble, le duc de Nevers, le cointe d' Anguian, le prince de Çondé, le comte d'Aumalie, le seigneur de {lohan^ le mareschal de Sainct-André, le seigjiieur de Chastilion» général de toute la fantefie fp^nçoise, le comte de Yillafs, le seigneur de BordilloQ, ordonné lor^ mareschal de camp, les comtes Hingrave et Recroc avec leqrs régin>ens de lansquenets, et plusieurs autres grands seignetirs et capitaines.

Quant à Tarmée impériale, elle esioit toute preste et s'engrossissoit journellement, ayant tellement desjà cheminé, qu'estant arrivée à Deux Ponts s'estoit eslargie et estendue par tout le pays de Yaulges ; en sorte que nécessairement estoit requis de loger et faire entrer dedans Mets tout le secours, tant d'hommes,

(1) Saiot-uniIclK

dfarimerie^ et tootea mutiHîinsi^'ctttqîtdc^ libéré d'y envoyer. £t podrlran le fins eom* vbodémeDt que fut podsible, de eelieudeSainet Michel M. le eennestaUe y esveya les oodpagnies de gens de cheval et de pied qvi povr ce estoient ordonnées. £t e«t le fleignem* Oraoe Faimexe, due de Castres, la darrge et eon* duite dudit secours, menant i|vec luy un nombre de pionniers et de po«klres, pour de tant plus renforcer ceste ville, non toutefois en si grande quantité ^ M. le connestabte eust bien voulu, et qu'il eust fiiit sans le doute de ce marchis, qui estoit toujours au Pont Camooson, estans ses hommes sur le pfatt pays de l'enviroA, abandonnés à maux intdérâbles, robbana* ptitens et ne laissans que ce dont Hs . neTaisotent cas, ou que ne pouvoient port»* ne traisner; ce qu'on trouva estrange, et qui de beaucoup augmenta la desfiance qu'on eust peu avoir de luy. Méantmoins pour l'amei^r à toute raison, furent envoyés devers luy MM. d'Aumalle, de Chastillon, et le comte Ringnve, à fin de le prier vouloir faire cesser ce dégast et destruction de peuple, et finalement pour résouldre avec luy le dernier accord de sou appointement et solde de ses hommes* Lors se' manifesta grandement le doute qui estoit au* pàravant formalisé <^ luy en nuée, rendant une response ambiguë et austère avec un maintien d'homme despité et -mal content, deman* dant presque la moitié de la rançon d'tm roj pour appointement. £t quant à la façon de vi^ vre de ses hommes, sur cela feit response qu^il estoit amy du roy et allié de la maison de Lorraine, mais qu'il vouloit que ses soldats eossent à vivre, et qu'ils en priassent où en trouveroient ; au refus estoit résolu de ce que il avoit à déterminer, et où se devoit retirer. Ce qu'estoit vray, car l'empereur le voyant eschappéet Ikhts de son pouvoir, par tous moyens le feit solliciter et attirer à soy , le remettant en tous ses biens, luy faisant les plus belles offres et promesses du monde, avec lesquelles de long temps scait allaicter les hommes inconstsuos; qui estoit cause de faire varier ce marchis, et le tenir suspens, faisant de cecy fort évidente preuve le refus des deniei^ que M. le coones* table luy envoya.

Toutes ces choses mettoient M. le eonnestable et le conseil en grande diversité d'opinkinsv yoyans l'en^pereur ayec une très grande anaée

[ihhî]

GUERRES DE BELGrQUE, LIVRE IV.

s'approcher journeHemênt^ ce marcbis estre ji j en pays bien avant, soUcilé de r«inemy, avec les armes au poing , prest à exécuter divers nam ; du costé de Picardie aussi Tennemy es^ tre jà en campagne avec une grosse armée» Itroslant et fouidroyaiit tout oà il passoit. £t à bref dire, Von pouvoit préiiaéditer et penser devoir advenir divers malheurs, si le suprême Seigneur n'eust usé dé pitié envers nous, dé* tournant le succès et infortuné advénement de tant de prochains dangers et les changeant en meilleures ad ventures, dont nos esprits s'asseupoieat que le Seigneur nous garderoit, et à nos prières qu'il rendroit tant phis prompt Tesprit de M. le eonnestaHe à remédier à ceste petite nécessité. Car estatit Pempereur arresté malade c|e aes gouttes, et, tant pour ceste cause que pour iMmportunité du, temps, séjournant son armée en la comté de Yauiges, à (a plus grande diligence que fut possiMe on serra nostre armée à Salnct Michel^ renforcée tant de fanterie fipançoiset Attemans et Suisses, au nombre de près de trente mille hommes de pied, que de sept à hutet mille chevaux. Parquoy comraençasmes à mrieux espérer et- reprendre cueur ; tellement que t*advis<te beaocoup estoit d'aller desfaire ce raarchis ce pendant que celle du plus grand ennemy estoit loingtaine, ne pourant faire sa retraitte en lieu asseuré pour luy Be ses hommes , sans estre affamé et ruiné. Toutefois d'autres trouvèrent et choisirent ceste délibération meilleure, puis qu'on l'avoît trouvé de si fascfaeuse convention, que serott bcm tirer de dessoubs son assle, et soustraire la meilleure part de ses capitaines et soldats par le moyen et cognoissance de nos Allemands, avec la seurté de leur faire bon traictement ; ce qoe fût si bien conduit, qu'avec grand mutinemexvi entre eux un colonel, nommé Reifberg, aw^ee son régiment, dès lors accepta le parti françois et se retira devers nous.

Ce marchis voyant l'armée de France qui s^enfloit tous tes jours, hiy estant fort voisine, que <leqà on murmuroit die luy appareiller une cargue, et qpie ses soldats «e mutinoient, desqueb pkisieurs à la file se rangeoient de nostre cotftéf «t par tous ces acoldens estre en péril d^estre «orpris et endos, feit entendre à M. le eoianestâble, puisque ne plaisctt «pu roy t'ac* eept^r ei retenir à son servlet, ne hiy voolaal accorder appointement et paye raiaoïiDable^

qu'on luy donnast passage pour se retirer, disant, pour couvrir son intention/que là où en autres lieux suf ks terres de son ennemy, hiy pourroit laire service autant ou plus que ceHe part, et pourroit conquérir terres qui luy d^ meureroient perpétuellement, sans s'arrester à petite chose, protestant toutefois sur sa foy de ne prendre party avec l'empereur contre luy. De ceoy le roy adverty, et ceste affaire bien disputée au conseil, fut opiné le plOs expédient 4e faire pont à l'eimemy se retirant, que mettre les armes en la fournaise pour les eschauffer davantage, tant pour asseurer (e peuple de i'im^ pétueux advénement de cest homme ne ctierchant que son adventure sans respect de sa vie, que pour honnestement le convoyer et contenter. Car de vouloir coaû)attre à main forte (encore que la fortune nous iust favorable) ne pouvoit advenir la victoire sans perte peut estre de beaucoup de vaîllaps hommes dont le roy avoit lors bon besoîng, estant prochain un ^^ nemy plus grand que l'autre : à fin aussi par prudente considération que ne nous iust reproché avoir desfait un qui venoit à nostre secours, mesmement de nos anciens amis et con^ fédérés les Germains. Pour pe demeura près de luy l'évesque de Bayonne pour seurté et conduite à luy faire donner libre passage par tous les pays du roy. D'autre part, fiit ordonné M. d'Ajjmalle pour le cofitoyer avec environ deux cens hommes d'armes et cinq cens chevaux légers

Ainsi ayant séjourné environ trois sepmaines ou un mois à Tentour de Pont Camouson, se leva, et, suyvant la vallée, se vint asseoir et camper en la prairie au dessus de Thodl, sur le bord de la rivière de Mozelle, estant la généralle opiiùon qu'il vouloit ' donner dedans la Franche Comté et la comté de Ferette. Duraoi Pespaœ d'environ quân^se jours ^'M y feit séjour, Dieu sçait les vacarmes et estranges extorf ions que ses soldats failsoid[i|t sur le commun peuple il l*entour. Lç peuple, estimant que M . d' AumaMe fu9t constitué paar y imme ordre, incessamment sfaddressoit 1 luy av«c grandes plaintes, p)»«r l'oamouvotr ^ pitié et compasr sien. Entre autres luy fct raporté que ces barbares avoiait foreé et saccagé une maison de gentilhomme prochaine deThbvl, ou is avoieiit perpétré et commis des malheurtès iaeroyables. Parquoy M. d'Aumalte escrivll et manda à ce

FRANÇOIS DE RÂBUTIN,

[lôSî]

marchis qu'il eust quelque esgard à la foule et oppression de ce pauvre pays neutre, et qu'il eust souvenance de Taliiance tjui estoit entre luy et la maison de Lorraine. Dequoy il ne feit grand compte, mais continuoient ses soldats à faire de pis en pis, dont redoubloient ordinairement les clameurs addressées à ce prince, tant qu'il fut contraint finalement de respondre à ce populaire qu'il ne pouvoit autrement y remédier, et ne vouloit oultrepasser sa charge. Et dès lors les communes commencèrent à se mutiner et s'assembler, et où ils les trouvoient escartés en despéchoient le pays et les assommoient comme pourceaux. Ce que estant venu à la cognoissanee de ce marchis, envoya son trompette devers M. d'Aumalle, l'advertissant du sacment et perte de ses gens, laquelle se doutoit advenir à son adveu. Auquel M. d'Aumalle feit response qu'il sçavoit assez l'asseurance et promesse que luy avoit esté faite, à sçavnir.de luy donner passage libre et ouvert pour se retirer sans porter dommage aucun aux François ny à leurs alliés, qu'il asseuroit luy avoir esté maintenu et gardé ; mais que de 6<m costé ne s'acquittoit justement de ce qu'il avoit promis, pour les oppressions et foules que faisment ses gens, encore en pays neutre et non ennemy, pour lesquelles les communes estoient fort mutinées, tellement que s'il n'y ipettoit ordre mal luy en pourroit advenir. Le semblable ce marchis manda par un gentilhomme de ses plus favoris au seigneur d'EsclavoUes, gouverneur de Tboul, plus, à ma fantaisie, pour avoir cognoissanee du dedans de la ville, des fortifications, des soldats et de toute la police, que pour autre raison. Toutefois le recueil luy fut fait si honneste, et la conduite tant prudente, avec une re$ponse sage et gracieuse, qu'il n'entendit et ne veit chose de grande importance, ne dont il luy peust faire dangereux rapport.

Ea ceste opinion ce marchis deslo^ d'auprès de Thoul, et luy redoubla de beaucoup plujs le jour ensuivant son mescontaitement. Car, au partir de Thoui, à la première stance qu'il feit, alla camper au long d'un estang, sur un marets; et tant mal luy advint, que celle nuict il pleut comme si le cid se fust ouvert, tant cpie il ne cuida jamais trouver les moyens de s'arracher de ces paluds, ny en faire mettre hors son artillerie, estant embourbée jusques

anxaffutset moyeaux de roueâ. Enfin , tant travailla avec grands ef^rts d'hommes et chevaux, qu'il s'en meit hors. En cela pouvant cognoistre que M. d'Aumalle n'estoit là envoyé pour luy nuire, selon que le lien et le temps estoient commodes,et comme beaucoup d'hommes volontairement luy conseilloient. Mais nous laisserons |e marchis en ces mauvais chemins, pour parler de ce qu'adonc Caisoient les armée» du roy et de l'empereur.

Nous estions desjà bien avant au mois d'octobre, quand l'armée impérialle estoit encore au pays de Yaulges et devers les Deux Ponts, estant tousjours l'empereur mal disposé, aussi qu'il attendoit le secours des Pays-Bas qui n'estoit encore arrivé, et son artillerie et munitions qu'il faisoU amener sur le Rhin, jusqucB à Confluence*, pour de ce lieu la faire montar contremont sur la rivière de Mozelle, jusques auprès de Mets ; et pource que les plus grandes froidures de l'hyver commencent en ceste saison, ce séjour faisoit penser à beaucoup de personnes que l'empereur n'entreprendroit .si tard tant grande besogne, et qu'il n'exposerpit une tant belle et bien complette armée à cuider vaincre et la riguemr du temps, et une ville hien pourveue ; mesmement, selon le rapport des étions, la pluspart de tous ses capitaines estoient de cest advis, et luy conseilloient de plustost essayer, à recouvrer toutes les autres petites villes, tant du duché de Lorraine que sur la frontière des duchés de Barrois et» Imein* bourg; èsquelles feroit hyvemer son armée et la tiendroit à couvert toute la mauvaise saison, cependant que ceux de Mets, seroientcontraincts de manger leurs vivres et consu&ier leurs munitions; estans tousjours néantmoins tenus en subjection par les courses que ses soldats feroient sur eux et es environs, pour de plus en plus les aCCoiblir et leur osier tous moyens de recouvrer vivres, dont se troaveroient avoir faute sur le temps nouveaa : lors il les pourroit à son grand advantage assaillir; au contraire luy remonstroient qu'avant qu'il eust ordonné de la disposition du siège de oeste grande ville, et que son artillerie fust assise et pr^rée' pour la battre, l'hyver seroit entièrement venu; qui seroit cause d'ipjterrompre tous moyens, tant par neiges et froidures fSaisam mourir grand nombre de ses soldats, que pour

(fl) Cobtenu.

[iHi]

GUERRÊâ DE BBLGÎQtJE, LtV. IV.

la diffieuUé qo'oo aoroit à reeoovrer vivres, estans détenus et arrêtés par la contrariété et indisposition du temps, comme aussi pour estre sur les chemins destroussés et destoufbés par les François. Davantage, avec la perte y pourroit recevoir une jtelle et tant grande honte, quMl voudroit en après luy avoir cousté sa couronne d'empereur, et ne s'y estre trouvé; car ayant esté combattu et en partie desfait par la fureur et violence du temps, il avoit encore un autre «memy fort et puissant, qui n'attendoit que ^occasion pour de tous poincts le ruiner. Gest advis, encore qu'il fust le plus certain pour l'empereur, ne fut pourtant tel receu de luy. Mais ayant l'esprit picqué et solicité de unextresme désir de se venger, oublioit tous accidens et périls pour mettre heureusement à fin un seul poinct par lequel on peust cognoistre qu'il se seroit vengé du roy ; et entre autres luy sembla meilleur de s'addresser premièrement à çeste ville de Mets, dedans laquelle il scavoit estre beaucoup des principaux princes et grands seigneurs de France; au surplus qu'elle estoit parfaitement fournie et pourveue de grandes munitions : parquoy luy sembloit que, si dedans le surplus de ceste année, pouvoit tant bien besogner* que seulement la peust recouvrer facilement par le moyen des prisonniers qu'il auroit trouvé dedans, pourroit obtenir et r'avoir ce que le roy auroit prins sur luy, sinon qu'il s'aideroit de nos mesmes bastons et préparatiCs pour nous y contraindre; et qu'estant venu au dessus, et ayant subjugué ceste première et principale forteresse où estoit la fleur des soldats françois, il se promettoit aisément venir à bout des autres moindres ; tant y a (quelle que fust l'intention de Tempereur) qu'il s'achemina avec son armée devers la rivière de Mozelle, sans toutefois suyvre le droit chemin, comme s'il eust voulu descendre vers Tbéon ville et le duché de Luxembourg; de qnoy M. dejGuyse adverty, pour ne laisser perdre et demeurer en proye une des vieilles enseignes du capitaine La Prade qui estoit dedans Roc de Bach, donna si bon ordre, qu'à la veue des ennemis,' moyennant la faveur d'une escarmouche que M. de Nemours et lé comte de La Roche Ffyibault dressèrent devant Théon- ' ville, ladite enseigne (ayant mis le feu par tout jcecbasteau)fut retirée et mise à sauvetéavec la meilleure part de Tartillerie qui estoitlà dedans. X>T f licLB , La PI. et La PI.

M. le connestable avoit tousjours attendu à Sainct-Michel, pour veoir et cognoistre ce que l'empereur voudroit entreprendre : ayant sceu que L'armée irapérialle marchoit tenant le chemin susdit , doutant l'advénement de diverses choses , entre autres que , délaissant Mets , ne s'adressast à Verdun qui n'estoit encore fort ne presque en bonne deffense , ou à quelque ville foible etdespourveue, feit pareillement marcher l'armée françoise et s'approcha près de Verdun , en laquelle ville estoit lieutenant pour le roy M. le mareschal de Sainct- André, avec sa compagnie de cent hommes d'armes , et le sieur de Tavannes, qui en estoit gouverneur, avec la sienne de cinquante hommes d'armes , et huict enseignes de fanterie françoise de la légion de Champagne, deux compagnies dfe Chevaux légers et autant d'harquebusiers à cheval ; lesquels sans cesse jour et nuict faisoient travailler à la* fortification, faisant amener et remplir ceste grande ville de bleds, vins et tous vivres qu'on pouvoit trouver à l'entour. Autant en faisoient, s'efforçant de mieux en mieux améliorer leurs places, le sieur deRabaudanges, gouverneur de Danvilé , et le sieur de Blaineau , lors gouver* neùrd'Yvoy, et le capitaine Baron, gouverneur de Montmédy ; jà - soit qu'el les fussent desjà fortes et bien munies, si veilloient-ils continuellement pour adjancer ce que présumoîent. y falloir et estre nécessaire.

Or ne restoit plus que la ville de Sthenay (autrement par langage corrompu appelée Astenay), laquelle, s'il fust advenu que l'ennemy eust prins la campagne , l'on eslimoit que elle auroit le premier assault, tel jeult-estre qu'elle n'eustpeu soustenir, estant donc dénuée et despourveue de toutes choses , combien qu'auparavant le feu roy François l'eust fait remparer et fortifier pour luy servir de quelque umbre ou parement contré ceux du duché de Luxembourg; qui depuis luy ayant esté remonstrée sa mauvaise assiette , et plus incommode pour luy , si après l'avoir fortifiée elle tomboit es mains de l'ennemy , feit démollir et sapper en plusieurs endroits les forts et boulevers,et ruiner les flancs et deffenses, la remettant ainsi au domaine du duc de Lorraine. Et derechef le roy l'ayant recouverte et mis hors les Bourguignons qui l'avoient saisie,* et qui commençoient à la réparer, comme j'ay discouru précédemment, pour s'en ayder contre luy, l'avoit toujours te-

sro

rRÀNÇOIS HE RABttm

nue en ses maîns, sans toutefois y avoir rien adjousté de nouvelle fortification , ains seulement pour empêscher que elle luy fust dommageable. Quelque temps après, luy estant reraonstré par M. de Nevers qu'on la pourroit fendre fortcetdéfensable,eique luy-mesme sans danger entreprenoit de la garder,dès lors commanda à estre cherchés et employés tous moyens et artifices pour la fortifier en extrême diligence; à quoy ce prince se rendoit volontairement tant subject et enclin , que tout grand labeur luy sembloit plaisir pour parfaire cest œuvre , qui luy estoit en telle recommandation, qu'on le trouva de beaucoup et du principal avancé , avant qu'on présumast les fondemens estre encore assis.

Et non-seulement à ces remparts et fortifications M. de Nevers a voit l'esprit vigilant et adonné, mais estant ad \erty qu'en une petite ville nommée Vireton, prochaine de Sthenay de cinq lieues, s'estoit assemblé un nombre de voUeurs et bannis, ne vivans d'autres proyes que de volleries et destrousses qu'ils exerçoient es environs; prévoyant que si le siège arrivoit devant Sthenay, ce réceptacle de brigands pourroit estre fort propre aux ennemis à y retirer leurs vivres, munitions et toutes nécessités , avec une conduite si prudente e( secrette \eà alla surprendre, si qu'un matin avant qu'ifs le pensassent être encore esveillé, n'ayans au^ cun moyen de se sauver ou avoir secours , se tfouvèrent enclos et enveloppés par ce prince , accompagné de dix ensefgnes de fanterie françoise, à seavoir : deux de Verdun, deux de Danvillé, deux d'YvOy, deux de Montmédy, et des deux de Sthenay ; de cavallerie , des compagnies de M. le duc de Bouillon., des sieurs de Jametz et de la Roche-du-Maine ; des chevaux légers et harquebusiers à cheval du capitaine Sapoigne, et de plusieurs gentilshommes de sa maison ; lequel, estant ainsi arrivé devant ceste ville, afin d'exécuter promptement sa délibération,, la feit battre le plus soudainement qUe se peut faire, sans donner foisir de faire tranchées ne dresser gabions; mais estant couverte l'artil lerie seulement d'ais, tables,'portes, charettes, et ce que sur le champ on pouvoit trouver pour mettre au devant , la feit asseoir et bracquer si à poinct, qu'en peu de temps la muraille hit fort empirée et la brèche cogneue raisonnable , ce (jue ceux de léans endurèrent satis faire sem-

blant d'avoir pexir né dé se votrtoit rendre. Les soldats françois vbyans l'ouverture, avoient si grande ardeur d'aller à l'assault, impatiens de tant temporiser, que, sans attendre le commandement du prince. Le Chesne, enseigne du capitaine La Lande, suivy de t|uelque nombre de ses soldats, se lancea dedans le fossé pour donner , la teste baissée , droict à la bresche ; qui toutefois fut vaillamment repoulsé par les Bourguignons , et fort blessé , dont depuis mourut. Arbelay aussi, enseigne du capitaine Baron , y fut tué, et beaucoup de vaillans soldats. Enfin les assiégés, voyans et ne se sentans assez roides et forts pour soustenir un assault général , feirent signal de vouloir parlementer, requérans que Ton leur donnast quelque peu de respit, dedans lequel, s'ils n'avoient secours prompte-* ment, promettoient se rendre les vies et bagues sauves. M. de Nevers ne leur voulut accorder une seule heure de délay, ains leur feit response qu'à Finstant, s'ils ne se rendoient les vies sauves et à sa discrétion seulement , qu'ils attendissent l'assault et les feroit tous passer au fil de l'espée: Eux, ayans un peu pensé à ce danger,-se rendirent à la mercy et discrétion de ce prince. Ce qui adjoint si à propos et à bonne heure, qu'il ne restoit plus que deux boulets de coule vrine. Eux sortis , pour ne donner loisir aux soldats français de s'abuser au sac , te feu fut mis en divers lieux de la ville. Quant aux prisonniers, M. de Nevers leur avoit ja donné congé, quand fortune leur lut encore tant ennemie qu'ils furent recogneus par le capitaine Sapoigne leur voisin, fils de Gilles de Levant , autrefois gouverneurde Luxembourg pour Tempereur ; lequel Sapoigne remonstra à ce prince que le plus homme de bien d'eux tous avoit cent fois mérité la mort, et qu'il leur feroit encore grande grâce de leur sauver Id vie ; et si on les mettoit en liberté, ce seroil leur donner moyen de faire d'avantage de mal aux François. Pour ce furent la pluspart d*eux retenus et r^ntcnés prisonniers à Sthenay, depuis une partie renvoyés, réservés les principaux, mesmement le capitaine, nommé Dalaumoot, autrement Maladerie et son enseigne, appelé Arbonnière. Toutes ces choses heureusement mises à fin dans ce seul jour, retournasmes le soir mé^mes coucher à Sthenay avec toutes les compagnies, réservé celles de Montmédy, lesquelles poûf estre prochaines se retirèrent de ce lieu, leur estauattaiv

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IV

commandement de venir joarnellement par centainesdémolir et ruiner ce que le feu n'avoit peu desfeiire et consumer de Vireion.

Le lendemain ayant dépesché le seigneur de Sainct-Symon pour porter les nouvelles au roy , qui estoit tousjours à Reims, et commandés au sieur des Pots, gouverneur de Slhenay, de recevoir des babitans de la ville le serment de fidélité au roy, partit pour aller trouver M. le connestable , qui faisoit temporiser l'armée du roy, attendant que voudroit attenter l'ennemy. Lequel, selon Padvertissement et rapports des espions, se trouvant avoir toutes ses forces assemblées, et le secours qu'il attendoit des Pays- Bas estant arrivé, avoit repris le chemin devers Mets, et s' estoit approché jusques à SerebrucS • sept ou huict lieues près. Et peu de jours ensuyvans vindrent autres nouvelles comme le duc d'Albe, lieutenant général de Tempereur, et le marchis de Marignan, colonel des gens de pied italiens, avec quatorze mille hommes de pied , quatre mille chevaux et six pièces d'artillerie ; de campagne, s'estoient davantage approchés, jusques à venir recognoistre la ville et les lieux les plus comnuodes pour asseoir leur-camp. Et ne s'acheva ceste leur entreprise sans une furieuse et brave escarmouche de nos soldats , qui, estans sortis, pour le commencement leur feirent veoir, et sentira leurs soldats de quelle affection et volonté ils avoient délibéré de se défendre et les soustenir. En quoy les nostres acquirent dès-1ors une grande réputation, tant de M. de Guy se que des ennemis ; lesquels après se retirèrent à Saincte-Barbe , deux lieues en arrière", avec peu d'avantage et perte de près de huict ou neuf vingts hommes ; et de nostre cpsté y perdismes le seigneur de Marigny en Picardie, issu de l'ancienne et bien renommée maison de Salezart , et cinq soldats qui furent tués sur le champ. Les seigneurs de Mompha , lieutenant de la compagnie du seigneur de Randan, de Silly, le capitaine Sainct-Âulbin, le capitaine Soley et son enseigne La Vaure, et renseigne du capitaine Gourdan, avec dix ou douze soldats, y fgrent blessés ; et peu de jours après moururent Silly , Mompha et La Vaure. J'ay bien voulu escrire ce mot d'jdvertîsseraent et rapport quLnous en fut fait, à fin de donner à entendre qu'adonc n'estions tant esloignés que n'en eussions souvent nouvelles; non que je

(1) Ç^biruçli.

yueille entreprendre de tant parfaitement nar^ rer et déduire les- escarmouches, sorties et tout ce qui s'est fait durant ce siège, comme beaucoup de gentils esprits d'hommes qui y estoient présens , et plusieurs fois se sont trouvés aux , mesiées , et après , de la înesmè main qu'ils avoient combattu,*escrivoieni les faicts dignes de mémoire. Entre lesquels je puis nommer Salignac, gentilhomme de nostre temps, de méritée réputation tant aux armes qu'aux lettres , lequel en a tellement bien et selon la vérité escrit , qu'il n'estoit presque besoing en parler davantage, n'y en atteindre autrechose ; mais SI quelquefois je viens à endireaucunspoincts, c'est seulement pour m'acquitter de*ma pro* messe et entreprise d'escrire les affaires ausqueb je me suis trouvé , et selon les nouvelles qui nous estoient rapportées.

Pour reprendre donc notre marchis Albert , ( lequel M. d'Aumaile cx)stoyoit tousjours avec tel désastre que Timportunité du temps luy en faisoit assez de preuve), ayant suivy ce chemin jusques assez près de Âeuf-Chastel , continuans ses soldats leur première et accoustumée faconde vivre, estoît en fort grand travail d'esprit de ce qu'il avoit à faire et conclure , ou de se retirer à fin de n'acquérir pour luy et les siens un immortel tilt re d'infidélité, ou d'entendre aux promesses et offres ausquels le soHicitoît l'empereur. A la fin (comme si la fortune eust eu plus de pouvoir sur luy que la vertu ) , se persuadant luy pouvoir succéder à son souhait, comme, au nom de l'empereur, le duc d'Albe luy promettoit, qui ne prétendoit qu'à le divertir et interrompre son proposé chemin pour retourner vers Sainct-Nicolas, adhéra et s'arresta à telles persuasions, non sans depuis en avoir' ressenty la repentance.

M. d'Aumaile estant adverty de toutes ces menées et sollicitations, en advertit le roy, qui estoit tousjours à Reims* pour prouvoir à tous costés, tant de ceste part que de Picardie , luy faisant entaidre , selon aucuns de son conseil prochains de iSà personne, que le plus expédient estoit de le desfaire , plustôst que le permettre se joindre à Fennemy et le renforcer d'autant. Et pour ce faire, luy faisoit entendre les moyens qu'il avoit, pourveu qu'on luy baillast deux cens hommes d'armes. Le roy luy feit response qu'il trouvoit bonne ceste délibération , mais qu'elle fust exécutée prudemment et sans trop grand

FRANÇOIS DE RABUTIN.-

hazard. Et quant et quant manda à M. 4e Bordillon d'aller trouver M. d'Aumalle avec lesdits deux cens hommes d'armes , et luy obéir en ce qu'il voudroit l'employer pour son service; à quoy ne feit faute, approchant de luy trois lieues près. Duquel lieu l'advertit prompiement comme, par le commandement du roy , à la plus grande diligence qui luy avoit esté

{)Ossible, l'estoit venu trouver pour luy obéir , e suppliant de luy mander son bon plaisir et ce qu'il auroit à faire. M. d'Aumalle luy feit response qu'il se contentoit fort de sa bonne diligence, et que ce marcbis avoit jà passé la rivière duMuz, et estoit prest à traverser l'autre de Madon pour se retirer au camp de l'empereur, et ne cognoissoit grands moyens de le suivre davantage; parquoy délibéroit en brief de se retirer à Thoul pour faire la guerre àl'ennemy. ^ Ceste response fut cause que M. de Bordillon ne bougea de Blaineau, attendant son retour.

Or, deux ou trois jours auparavant, mondit sieur d'Aumalle avoit envoyé son trompette avec lettres devers ce marchis, la teneur desquelles est fort difficile de sçavoir ; tant y a que le trouvant au bourg de Sainct-Nicolas, où estoit ailé en petite compagnie pour conclure et arrester sa révolte, faisant peu de cas de ces lettres, le trompette fut retenu, afin que retournant promptement il ne descouvrist le secret et feist rapport de ce qu'il avoit veu; lequel, esbahy de ce nouveau traictement, se retira devers le truchement de ce marchis , pourcè qu'on le disoit avoir esté nourry en France, estimant par ce moyen qu'il auroit encore quelque bonne affection de taire plaisir à ceux de la nation de laquelle il auroit receu toute doulceur et humanité ; mais au contraire le trouva homme braye et présumptueux, qui se jugeoit de grandissime valeur, pour la&miliarité qu'il avoit avec sonmaistre. Ce trompette le supplioit procurer sa despesche et retour, et luy au contraire, sans faire response à sa prière, disoit diverses injures des François, et, leur souhaittant mille malheurs, protestoit avec grands juremens que, avant qu'il fust longtemps, se baigneroit en leur sang. Ainsi force fut au trompette ^attendre jusques au jeudy précédant le malheureux jour de la desfaite de son maistre, qu'on luy dit qu'il seroit expédié, et que le lendemain s'en retourneroit avec sa respppse. Ce que n'advint toutefois; car ce jour, toutes choses estant (chan-

gées en pis, et fortune ayant monstre son triste visage à son maistre, le rendant prisonnier de ce marchis, le pauvre trompette fut traité de ces malpiteux Alîemans plus rigoureusement qu'auparavant, estant mené lié et garotté et traisné, comme si d'heure à autre il n'attendist que d'estre pendu ou mourir malheureiusement. Ainsi ce marchis avoit délibéré le lendemain de prendre le chemin au camp de l'empereur, et ne restoit plus qu'à réunir et appaiser aucuns de ses capitaines et soldats, lesquels n'avcnent point envie de tourner visage pour faire serment à l'empereur.

Ce vendredy vingt -huictiesme d'octobre, jourinfortuné,de ce partement estant M. d'Aumalle acertené, à la diane partit avec toute sa cavallerie du port Sainct-Vincent où il avoit couché, et se vint mettre en bataille sur le hault d'une montagne appelée la Croix du Monstier, au-dessus de ce marchis, pour (comme je croy) considérer et veoir ce qu'il voudroit faire, et quel chemin il prendroit. Lequel aussi ordonnoit ses batailles, pour (comme j'estime) suivre son chemin accordé, sans avoir opinion pour ce jour de combattre contre les François. Toutefois ces deux armées ne furent longtemps voisines, que les escarmouches commencèrent a se dresser chaudement, tant par gens du pays que d'aucuns soldats françois qui estoient accourus, pensans voler et destrousser quelque butin sur la queue de ce marcbis. Auquel en fut fait le rapport par deux ou trois fois avant qu'il en voulust rien croire, ou pour le moins le dissimuloit, faisant response à ceux qui luy faisoient tels rapports, que M. d'Aumalle ne le cherchoit pas. Mais les plaintes luy redoubloient si souvent, que luy-mesme avec sea truchement voulut aller recognoistre comme il estoit du tout à la vérité, où il fut repoulsé fort rudement, et d'une harquebusade près de luy fut tué son ^truchement. Ce que soudainement l'étonna si fort, qu'il pensoit estre adonc à ses derniers termes. Depuis estant revenu à soy, à toute bride retourna vers ses gens^ et avec vives et affectionnées prières et exclamations leur reroonstra que M. d'Aumalle, avec grand nombre de gendarmerie françoise, les attendoit là au passage pour les hacher en pièces; tellement que le moins qu'il leur pouvoit advenir c'estoit la mort, laquelle ils ne pouvoient éviter sans foire une extresme et grandisèime preuve de

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IV

leur force et hardiesse, teur proposoit aussi, s'ils avoient doute de la. rigueur et punition de César*, qu'il ne leur Moit attendre ny espérei meilleur traitement des François. Ces propos, avec moitié frayeur et asseurance, leur monstrant au doigt ceste montagne presque couverte de cavallerie françoise, les peurent tellement esbranler et irriter, qu'ils se mutinèrent "en telle sorte, qu'ainsi que forcenés et désespérés, la tête baissée vindrent charger les compagnies de M. d'Aumalle, lequel adonc estoit sur le I>oinct ei délibération de se retirer. Mais c'estoit si tard, qu'ils estoient jà près à se' joindre et combattre, avec si grand malheur, que de première abordée rencontrèrent une troupe de valets que l'on avoit fait demeurer en un lieu pour faire monstre, lesquels ils meirent incontinent à vau.de route; et quant et quant chargèrent sur un autre squadron de chevaux-légers et harquebusîers achevai, lesquels pareillement menant en désordre , trouvans ouverture sans combattre pour donner jusques aux rancs de la gendarmerie ; laquelle ils enfoncèrent et contraignirent reculer à coups de pistolets, dont ils portent grand nombre, estans la pluspart des compagnies' mal pourveues de lances pour les soustenir. M. d'Aumalle voyant sa cavallerie ainsi rompue et fuyr de tous costés, picqué et attaint de véhémente tristesse, prévoyant une malheureuse fin à ceste entreprise, manda au seigneur de Brezé, lieutenant de sa compagnie, qu'il se retirast, et le mieux qu'il luy seroît possible sauyast sadite compagnie. Depuis voyant le grand feu allumé près de iuy, et les enneini3 fort mesiés avec la principale troupe de sa gendarmerie, et la plus prochaine de sa pefsonne, où le combat estoit fort aspre, et les ennemis vertueusement soustenus par ce petit nombre, qui estoit de gentilshommes bien renommés et vaiilans jusques au bout, se rallia avec sa compagnie, leur criant avec un visage riant et asseuré : « Mes compagnons et mes amis, bataille, bataille!» Puis avec le hàzard de fortune, sans respect de sa vie, Fespée au poing, donna dedans ceste meslée, et feit tous les plus grands efforts qu^on pourroit dire de la vertu humaine. Toutefois la foule des ennemis renforçoit continuellement, et le nombre des siens diminuoit, tant pour estre abandonné d^ucuns qui s'enfuyrent, que les plus vertueux (0

estoient tués et abbatus devant luy, et les autres fort blessés et mis à pied, prins et emmenés prisonniers par ces Allemans. Luy, estant blessé de deux ou trois coups de pistoUets au corps et en la teste, son cheval tué soubs luy, finablementfotabbatu et prins. M. de Rohan y fut tué, etnesçait-on comment à la vérité; aucuns ont dit que son cheval estant hors d'haleine, et ne se pouvant plus tenir en pieds, depuis la prise de M. d'Aumalle fut tué en un petit village près de là. Les autres oift rapporté que deux Allemans le tenoient prisonnier, et luy avoient desjà osté l'accoustrement de teste, querellans auqueldemeureroit, quand y arriva un troisième, qui après phisieurs disputes luy donna un coup do pistollet dedans la cervelle, dont il mourut sur l'heure. Mais comment qu'il soit advenu, ce fot un fort grand dommage de la perte de ce prince, quiestoit de la maison de Bretagne, et qui contrarioit et opiniastroit fort contre ceste entreprise. La compagnie de M. d'Aumalle y fiit presque toute desfaite, et entre autres d'hommes de renom tués, desquels, j'aye cognoissance, le sieur de Nançay, guidon de ladite compagnie, le sieur de la Motte Dusseau, guidon de la compagnie de M. le visdame de Chartres, le guidon de la' compagnie du comte de Sanserre, le sieur de Sainct-Forgeux, capitaine de chevaux-légers, le baron de Couches, le sieur de Joncy, puisaisnéde la maison de Rochebaron en Charolois, le jeune Vaux, et plusieurs autres gentilshommes au nombre de deux cens. De prisonniers en demeura beaucoup avec M. d'Aumalle ; entre autres, le sieur Desgully, maistre de camp des chevaux-légers, le baron des Guerres et le sieur Dau * , lieutenant de la compagnie du Vidasme de Chartres, lesquels pour n'estre cogenus, avec le moyen de leurs amis eschappèrent à petite rançon.

Quant à M. Bordillon, ce soir mesme luy estans rapportés aucuns propos que tenoient les paysans de ceste desfaite venans de ce costé là, sur l'heure feit monter à cheval un gentilhomme de sa compagnie^omméle sieur de la Toumelle, accom^gné de quelques autres chevaux, pour l'aller de plus près sçavoir, et luy en rapporter le certain. Depuis, peu de temps ensuyvant, par deux gentilshommes d'authorité (qui s'estoient de ceste cruelle meslée sauvés et eschappés) luy fut dit et récité

(I) Jeao <ro.

FRANÇOIS PE RABUTIN

comme le tout estoit passé. Aceste raison, sans faire plus grand perte, ne donner pïoi grand travail aux hommes, despescba cette noict le sieur de Chastdlus, lieutenant de sa compagnie, poor en porter les tristes nouvelles au roy, et quant et quant envoya son tronipette devers bt comte de Vaudemont, pour le prier de permettre les corps de M. de Rohan et du baron de Couches estre ensépulturés dedans Téglise de Nancy, comme ils furent, et d'autres aussi.

Ce marcbis ayant le cueur enflé, estimant par ce beau faict s'estre davantage avancé en la bonne grâce de l'empereur,, f eprint son cheminr devers Nancy; où il eut pjiusieurs propos avec le comte de Yaudemont sur cesie des* faite, qui, parmy ces devis jet plaisans contes, se rioit de la grande hardiesse de M. d'AumalIe. Après retourna camper, au partir de lli, au Pont Camouson, de l'autre costé de la rivière, où peu après l'empereur luy envoya deux miUe chevaux pour le renforcer et luy faire escorte jusques à ce qu'il fust joint à son camp, qui desjà estoit tout assemblé et campé à Tentour de Mets. Un peu au-dessus du pont aux Mores, dedans les vignes, près d'une abbaye dédiée à sainct Martin, estoit le quartier où leXreiziesme de novembre s'itlla parquer ce marcbis Albert.

L'armée du roy estoit arrivée à Germont en Argonne, petite villette bien située au duché de Barrois, au-dessus de laquelle sur le hault d'une montagne est un chasteau naturellement fort, pour la baulteur inaccessible en deux ou trois endroits; lequel, pour estre commode et duisant h beaucoup de nécessités, M. de Chaslillon, partie par ruse, partie par frayeur qu'eut le capitaine de ce chasteau, voyant arriver l'armée françoise, surprit et rendit à la volonté de M. le connestable son oncle pour le roy. Depuis on a besongné par un long temps à davantage le fortifier et améliorer. £n une autre petite ville aussi, nommée Yarennes, et aux villages à Venviron, toute à couvert estoit logée Tarn^ du roy. M. le copnestabl^, estait demeuré, M. de Nevers lieutenant g^nérei en l'armée, partit de Cjf lieu ^ur aller trouver le roy à Reims, fort triste et ennuyé de cest^ mauvaise adventure. Mais fortune, ne se pour vant contenter de ceste première touche^ voulut davantage esprouver sja constance ei magnanimité, luy rechargeant de^x ou l^rois mauvais tours ensuyvans^ car peu de jours après la

desCaite de M. d'Aumalle» luy fut rapporté comme son chasteau de Hédjn estoit rendu à l'empereur parle seigneur de Kasae, ^i en estoit gouveri^eur.

Et pour dire comme le tout s'est passé (selon que je l'ay ouy réciter), le siepr du Reux^ lieutenant pour l'empereur es Pays-Bas, avec un nombre de Flamens» Hennuyers et Walons ipontant à quarante enseignas de gens de pied, et environ deux op trois mille chevaux, s'estan^ mis en campagne en délibération de forcer et surprendre La Fère .en Picardie, qui esta M. de Yandosme, et depuis ayant trouvé que mal-aisément en viendroità son honneur, y estait dedans M. l'admirai d'AnnebauU, bieupourveu de ce que luy estoit nécessaire^ après avoir brusjé les villes de Noyon, Nelle, Chadlnys, Roye et une magnifique maison que le feu roy François avoit fait édifier pour le plaisir de la chasse, nomméq Foulembray, et de sept à huict cens villages, desquels la plui^)art estoient du patrimoine de M. le duc de Yandosme, et, pour en parler au vray, fait des ;uaux infinis, tousjours àl'adveu d&la royne de Hongrie, alla assiéger Hédin. La yille fut tanlxxst prise, n'estant assez forte pour soustenir baHerie ny assauk. Tost asprès le cliasteau fpt assiégé du costé du parc, où une grossetqur qtjti défendoit les flancs de cestte part, fort cassée, et les défenses abbatues et fracassées, trouvèrent façon de i^pper et trancher par le pied un grand pan de muraille, et à coups de canon rompre lesquarres et espérons, tant de ceste grosse tour que de la muraille. Parquoy le tout fondit et fut renversé dedans le fossé, qui le remplissoit et faiaoit pont fort aisé pour aller à l'ass^ult, estant demeuré le rempart entièrement ^evestu et empiré, où n'avoit gabions ne cavaliers pour le couvrir et défendre; toutefois que l'on disoit le repapart estre encore de soptfi huict pi^eds de hauteur. Ceux de dedans voyans ce^e niuraille tombée spudajpçjQoant, etkur jEos^ p/leiOf furent 4 f^>^^^ et e8ti]^:ànés nfue, sans attendre amcun a^jcft, se rendirent % compositioD, vies et bagues chauves. I),e ceste tomposilion e^ie^ chçC^ le^ si^orjs de Basse et de Janlis, à l^ufuelle ne yf:>u|u|. pnc consentir œ l'acoçu*der ie siei^r de Dojaric de la malsoa de Qucirquy. Pour ceste tanjt ^u4aine perte, «a 4it que le roy fut fort esbaby , yei\ que pep Mfiparavant le sieur de Rasse luy avoit mandé

qo^il n^etisC àtietmé docrte et mù chitdtéacr de Hédin, et ce que depuis on trcwva fi>tt estfangc, et qui donna aux no»ti-es argument d'en parler diversement, d'autant que ic Aieur de Râsse âvoit fort bonne réputation de vaillant Chevaliei'.

^ Depuis, peu de jours ensiiy vahs, le roy sceut comme M. Fadmiral d'Araiebault par une fièvre continue estoii décédé à La Fère en Picardie, où s'estoit rais pour là défendre contre les ennemis.

Tous lesquels accidens de mauvaise fortune advenus siïbsécutivement ne peurcnt fleschir fty abbattre le magnanime et très haut courage aie ce gr^d roy ; mais sçachant assez que ceste fortune, que les hommes feignent, n'œt autre chose que permission divine, meu du zèle et désir de très chrestien prince, recourut au seigneur des seigneurs, qui départ ses grâces sans acception de personne, autant aux grands que ftul petits ; faisant admonnester son peuple de ée humilier et mettre en jeusnes et oraisons, pour requérir la pitié et miséricorde étemelle, et invoquer le Créateur, Dieu des batailles et de paix, qu'il lui pl'eust les regarder en sa clé- Mence, ne les permettans tomber es mains de iios ennemis. En ceste grande confidence (comme feit le prince des Hébrleux), remettant sa totale fbrce en la main dextre de FOmnipoient, partit de Reims pour s'approcher jasques à Chaaions, où manda venir M. de Nevers, messieurs le mafeschal de Sainct-André et de Chàstillon, et les principaux chefe de son armée, à fin d'ad- ¥iser et conclure au plustost le plus expédient pour recouvrer le chastèau de Hédin.

Potjr ce fut prudemment advisé d'envoyer en vert M. dé Gdyse, afin de scavoir dte Itly combien de temps il poUtroit garder et défendre la cité de Mets, ou s'il avoit défkult et néiéessité de quelque cho^ dont auroit besoing d*estre phistqst secouru. Lequel, s'asseurant à la volonté de Dieu, et de la foy et loyAuté de beaucoup de vaillans hon^mes qui l'avoient imivy et veilioient près de sa personne, manda au roy que a'eust aucune dôme de sa cité, ne ée ceux qui estoient dedans, attsquels tous il àvôit cogneu semblable et parfaite affection f>ouf sèn service, aymans mieux laisser la vie qu'avec déshonneur-sortir de ce lieu: au reste <|ti*n n*aVoit &ut6 de chose que ce ftttt« d(mt il cust occasion de ne ki pouvoir garder eontre

GUERRES 6ë Belgique, liV. iv.

toute Ia puissance des hommes, avec Filyde de celuy sans lequel en vain veille qui entreprend hk* garde des cités. L'adverlissoil aussi comme, dès le deufxiesme de novembre, le duc d'Albe avec la plus grande pattie de l'armée impériale avoit quitté le logis de la belle Croix (estant demouré te sieur de Brabanson avec trois reglmens de hauts AHemans, deux de bas et trois mille chevaux), et, ayant passé la rivière de Seille, estoit venu camper près dt la ville, départant son armée es environs, comme à Sainct» Clément et à Sainct-Amoult, où il estoit logé avec les compagnies espagnoles. Une partie des Allemans estoit logée au Pont de Maigny ; dora Loys de Avilla, avec la cavallerie espagnole, k ht Maladerie ; le seneschal.de la Moravie, avec les chevaux bohémois, à Bléry; le surplus à 01éry,-et Satnct-Priech à la Grange aux Dames, à (a Grange aux Merciers, et*autres lieux à Tenviron; luy donnant aussi advertissement qu'ils avoient commencé leurs tranchées près de l§i porte Sainct -Thibaut, comme s'ils vou* loient en cest endroit asseoir leur principale batterie. Sur la fin escrivit les noms et surnoms de ceux qui avoient fait mieux leur devoir aux sorties et escarmouches, n'oubliant plusieurs autres affaires selon le temps servant à sa response.

Le roy ainsi asseuré de cekte part, ordonna M. de Nevers son lieutenant général sur toutes ses forces qui demeuroieni en Lorraine; et, pour les bons et continuels services que luy avoit feit et faisoit journellement M. de Chàstillon, luy octroya et l'honnora de l'estat d'admirai de France, et à l'instant mesme le constitua son lieutenant pour ramener son armée de Lorraine en Picardie, par résolution de ce qui seroit considéré estre nécessaire et utile. Puis, tous les chrfs estans ad vertîs et instruits de leurs charges, l'armée fut levée par M. Fadmiral pour luy faire prendre le chemin droit à Hédm. M. le mareschal de Saincf- André retourna à Verdim ; M. de Nevers, avec sa compagnie et celle du siedr de la Roche-du-Maine, se retira à Sainct- Michël, afin de couper le^S vivres aux ennemis et les divertir de s'escarter par ces vallées. Dedans Saihct-Michel estoient desjà les enseignes du capitaine la Prade et du sieur de la Motte- Goiîdrln, cent chevaux légers du capitaine PeliM, et cent harquebusîers du capitaine TAdventure^ et M. de Bordillon avec sa eompajnie^

Sfû

FRANÇOIS DE RABUTIN-

[ibS2]

qui pea auparavAtii ëstèit retourné du lieu où M. d'Aumalle lay avoit escrit.

Sitost que M. de Nevers fut arrivé à Sainct- Michel, fut faite une course par sa compagnie avec quelques cbeviiux légers et harquebusiers à 'cheval, de laquelle estoit chef le sieur de Mouy, guidon de sa compagnie, gentilhomme vaillant et hardy, jusques à Malatour, petite villette assez forte près de Gorzes, et en d'autres gros villages en une vallée assez estrange, pleine de bois, ravins et lieux dangereux, que ceux du pais appellent la Yeure, èsquels se estoient espanchés et retirés aucuns soldats, tant espagnols qu'allemans, de Tavant-garde impénale, desquels les uns furent tués et les autres amenés prisonniers. Geste infortune tomba sur aucuns qui retournoient du chasteau d'Aspremont , cuidans y prendre au giste le comte ; auquel si bien sdvint, qu'il estoit à Sainct-Michel, près de M. de Nevers; car, au lieu dé penser prendre, furent prins et ramenés avec quelque peu de li^utin.

Semblables courses là et aux environs furent continuées par M. de Nevers Tespace de trois sepmaines, s'y trouvant luy-mesme en personne; desquelles les ennemis furent tant ennuyés et travaillés, que force leur fut d'oublier le chemin de ceste part; et pour ces continuelles alarmes estoit l'armée impériale maintefois contraincte demouf cr la moitié d'un jour en bataille avec grand travail et froidure; mais s'ils souffroient beaucoup de maux^ nous n'en estions point exemptés, pource que le plus souvent nous montions à cheval sur la minuict, endurant les gelées et le froid si aspre, qu'aucuns de nos compagnons en ont eu depuis divers membres endormis, et les autres morts et perdus de la peine et tourment insupportable que ils avoient eu, ayans continuellement les neiges jusques au ventre des chevaux. En tel équipage nous demourions, passans le jour et la nuict sans repaistre ; puis autour S lorsque nous pensions reposer et prendre un peu d'haleine au logis, nous falloit faire le guet "powr crainte de la surprinse des ennemis. Ainsi, tant pour nous garder que pour donner de la peine et ennuy aux impérialistes, nous souffrions nostre part de l'incommodité du temps, mais beaucoup moins qu'eux, comme le certifioient et rapportoîent plusieurs pauvres soldats italiens , lesquels jour- Ci) Auretoui.

neUement venoient à la file, du etmp de l'empereur, pour supplier M. de Nevers de les accepter au. service du roy ; lequel, esmeu de grande pitié, voyant les uns nuds et à demy transis, les autres avec les dents longues en bon appétit, sans forme de monnoye, <isoit envers eux, comme il est très humain, de grande libéralité, et leur faisoit distribuer sur ses coffres argent pour vivre, attendant la solde du roy ; puis les CAvoyoit au capitaine André de Maye-More, homme d'esprouvée hardiesse, pour en addresser compagnies, tant à pied que de cavallerie légère^

Par eux et autres espions, aucunement estions advertisdes grandissimes diligences et admirables préparatifs qu'avoit £ait le duc d'Albe pour dresser sa batterie ; les grandes esplanades, les tranchées autant ampl^, largeis et creuses que l'on ay t veu long-temps y a ^ le gran^ nombre d'artillerie et munitions, la presque innumérable quantité de gabions et vastadoars' qu'il faisoit bastir et emplir continuellement sans repos,, ne faisant cas de la vie de ces misérables personnes non plus que de bestes brutes^ et exposées à la merci de l'artillerie et contrebatteries de la ville. Nous rapportoîent aussi les grands empeschemens et âischeriesque leur donnoient ceux de dedans incessamment, leurs sorties hardies et furieuses, telles qu'on les estimoit plustost fayés^ et esprits diaboliques, que hommes mortels; tellement qu'un sergent de bande, accompagné de cinq ou six soldats seulement, avec sa hallebarde, avoit chassé et contrainct abandonner leurs tranchées à plus de trois cens hommes ennemis. Quelques autres aussi osèrent aller enclouer leur artillerie et tuer les cannoniers sur leurs pièces, ce que toutefois les ennemis ne réputoient à fait digne ny d'eux, ny de cueur vaillant et magnanime. Oultre, deux et trois fois le jour, la cavallerie sortoit 'metunt en tel désordre^ les ennemis, qu'aucun des gentilshommes (les' plus hasardeux qui vouloient faire acte digne de mémoire, ou par souvenance et amours de leurs amyes, aiioient rompre leurs bois et donner coups d'espées jusques dedans les tentes des ennemis et en couper les cordages, exécùtans choses étranges et non ouyes de nostre mémoire. Or si les François désiroient par tels efforts se roonstrer loyaulx subjects à leur roy, le duc d'Albe ne

(i) DoQéi du poinroir des fées.

GUERaES DE BELGIQUE, LIV. IV.

reposoit de son costé. Leqael estant corieusement désireux et enflammé de rénàre en Tobéissance de Tempereor son maistre ceste très puissante cité, pour le resjouir de la prinse de tant de princes, grands seigneurs et vaillans . hommes qui estoieot dedans, que, n'espargnant tout labeur, ne la vie des siens, rendit sa batterie preste le vingtiesme de novembre, commençant à tirer aux défenses, à sçavoir, à celle du portail de la porte Champenoise d'un boulevert qui est dedans; à la grosse tour, laquelle est devers la rivière, appelée la Tour d'Enfer, et surnommée la Tour de Lanques, et à une petite église estant dedans la ville, où estoit une plate forme. A bref dire, ce qu'ils jugeoient estre pour nostre défense et leur pouvoir nuire, rasèrent et ruinèrent.

Nous entendisme^ pareillement*, tant par le commun bruit que par le merveilleux tonnerre de Fartillerle, quelevingt-sixiesmejourilcom- • mença à la canonner avec telle impétuosité, que, de mémoire des vivans, ne s'en est ouye de pareille, ayant d'un front, par le rapport des espions, quarante grosses pièces, lesquelles, portant boulet de pois extraordinaire, tiroient jour et nuict sans intermission que pour les rafireschir. Il faut penser que les assiégés ne dormoient pas, ains que les princes et grands seigneurs, et générallement jusques aux plus petits, portoient la terre et la hotte pour remparer en telle diligence et solicitude, qu'à l'endroict où il pensoit que la bresche seroit faicte, en moins de vingt-quatre heures, deux fois enlevèrent le rempart de la hauteur du parapect, laissant entre la vieille muraille et le rempart les flancs et une tranchée garnie de diverses bonnes drogues, pour festoyer les ennemis s'ils fussent venus à Tassault, ainsi que depuis nous avons veu et réciterons en son lieu. Pourtant retournerons à dire ce que l'armée françoise feit depuis son partement.

Sitost que le sieur du Reux, avec l'armée du Flandres, qui estoit encore à {'entour de Hédin , sentit approcher la nostre, sans faire semblant de vouloir combattre pour soustenir ceux qui estoient prests d'estre assiégés, soudainement se retira. Dedans ce çhasteau demeura le fils dudit sieur du Reux, auquel le père avoit juré et promis une grande punition s'il rendoit ceste place avec déshonneur et reproche. A la jnesme charge on disoit avoir esté son compa- XVI^^ siiiQLB, La PI. et La PI.

gnon un gentilhomme hennuyer, de boime estimation, nommé Harenyille. Ainsi, ayant fait réparer et remparer la bresche faite par eux plus forte qu'auparavant, et s'estans pourveus et renforcés de tout ce que pouvoit imaginer • leur estre de besoing, semoient le bruit de plustost vohloir, les uns qjrès les autres, mourir là-dedans que se rendre à si bon marché que ceux qui premièrement en estoient sortis. Bien-» tost après, estant arrivée l'armée de France;, M. ^e Vandosme, lieutenant pour le roy au gouvernement de Picardie, feit faire ses approches et asseoir l'une de ses batteries au mesme endroit que les Bourguignons avoient dressé U leur, et l'autre sur le pendant d'une petite montagne du costé de Tbérouenne. Ainsi ceste ville de Hédin commença à estre canonnée le dix^ septiesme de décembre fort furieusement, et y furent deschargés quatre millQ, et soixante-six coups de canon sans faire bresche et ouverture que n'eust encore le rempart derrière de dix-huict à vingt pieds de hauteur. Toutefois, faute de cueur et crainte de mort saisit les assiégés, et se rendirent à composition telle qu'ils sortiroient leurs vies et bagues sauves, leurs en seignes ployées, aveô deux moyennes pièces d'artillerie à leur queue, sans rien oste^* ne transporter autre chose de cfi qu' avoient trouvé là-dedans. Ainsi fut rendu et remis en l'obéissance du roy le çhasteau de Hédin, par la bonne conduite de M. le duc de Vandosme, le dixneufviesme de décembre. Et combien que le fils de M. du Reux se fyst acquitté de son devoir à le garder, néantmoins, craignant la cholère de son père, j'ai entendu qu'il demeura long-temps sans s'oser présenter devant luy . Soudain après, M. de Vandosme estant adverty que les ennemis avoient cuidé tenter la fortune de passer la rivière pour venir donner bataille sur l'heure qu'il parlementait avec ceux de Hédin, à l'adveu du roy les voulut relever de ceste peine, et luy-mesme les alla chercher avec ses forces, en intention de les combattre s'ils eussent voulu . attendre ; mais ne se sentans assez forts, se retirèrent devers les villes fortes et plus avant en leurs pays, luy quittans et abandonnans les passages, pour exécuter son bon plaisir et moyen de se venger des cruautés qu'ils avoient commises en ses terres. ^

Au temps que ces affaires se démenoient par de-là, M. de Nevers, comme j'ay devant dis-

eouni, ayant fait du costé de Sainct-Michel plusieurs et diverses courses au grand dommage des ennemis, à Taugmentation de sa gloire et lonange, en partit par nn advertissement qu'A eut comme du costé d'Espinaux, par le comté de Vaudemont, descendoient ordinairement de la Franche-Comté grandes quantités de vivres et provisions* conduites au camp de Tempereur. Tour ce, avec ce peu de gendarmerie que pouvoit avoir, qu'estoit environ deux cens hommes d'armes, cent ou deux cens chevaux légers, et autant d^barquebusiers à cheval, se retira devers Vaucouleurs, petite villette francoise asse^ renommée, sur la rivière de Meuse, prochaine de Thoul de cinq lieues, enclavée dedans plusieurs terres de Lorraine; de laquelle un jour ou deux ensuy vans partit pour aller audit Thoul, faisant y approcher ses forces qu'il feit loger en un fort beau et grand village nommé Blaîneau, terre du temporel, et justice du chapitre de Sainct-Estienne de Thoul, et en d'autres petits à l'entour. Tost après leur venue, fut fait un rooUe des hommes d'armes et archiers les plus disposts et mieux montés, au nombre de cent ou six vingts, à la conduite du sieur de Mouy, pour aller rompre et percer la chaussée d*un fort-grand estang, en la comté de Vaudemont, afin de noyer et perdre plusieurs villages qui estoient au dessoubs, où se retiroient plusieurs vivandiers, et où les fôurrageurs des ennemis y trouvoient encore grands quantités de bleds et fourrages. Laquelle toutefois fut trouvée desjà rompue et percée, aux grands intérests du comté. Nos gens ayans agrandy le pertuis, et s'en retournans, rencontrèrent une grande file et suite de chariots et charettes chargées de toutes sortes de vivres et tnunitions addressées au camp impérial, desquelles du tout ayans fait grand dégast, et défoncé grand nombre de vin d'Arbois, et mis à perdition le surplus, ayans tué une partie des guides et chartiers, amenèrent ce que peurent des chevaux, et se retl- ' rèrent avec grand danger ; car estoient contrainctsde passer en plain jour dedans plusieurs villages où estoient logées aucunes compagnies des ennemis, tant de pied que de cheval. Ce que toutefois par bonne fortune advint sans perte d'un pour n'estre cogneus, estans habillés en marchans sans croix n'escharpes blanches apparentes, et leurs hamois couverts de manteaux, estimés ainsi avant-coureurs servans

FRANÇOIS DE RABUTIN. [1655

pour les attirer en embuscade, où cràignans les ennemis que leur plus grande trouppe liist couverte et cachée ; t)ourqu(iy M. de Nevers, fort content de leur aevoir, pan iptès se relira à Taucouleurs.

Or, pour reprendre ce que faisoit Tempereur devant Mets, c'estoit peu à son advantagè et proufit, n'ayant sceu, avec toute là îouidre éx impétuosité estrarige ^é son artillerie, faire i^i seul pertufs be j)àssa^e pour donnék* l'assaut que Wy avplt demandé ce'marchis Albert, pensait davantÀgé s'advàncer en sa bonne gracé ; pource qu'iiyant hrïsé presque toute ceste grosse Tour d^Ênffer, tout le grand jjan de mur èûire ladite tour et Kà pc^té Champenoise, et ce boulevcrt qui la côîàvroît, ne peut i^aset favantmur, autrement dï\ fausse braye, laquelle sou^ tenoH les quairiters de la mutaîRe qui tomboient et estoient arrèsiéà les uns sûr leà autres entré cest avant-mur 6t le pied de ladite muraille; et, par ce moyeti (comme ils désiroient), n'ém- * plissoient le fossé, mais servoient à ceux de dedans de plus fort rempart; parquoy fut adviiàè par son conseil de changer la batterie en un autre endroit un peu au-dessus, et de miner celle part pour renverser dedans le fossé cest avant-mur et fitusse-braye, dequoy M . de Cuyse adverty , feit par dedans contremînèr en divers lieux, èsquels on pou volt cognoistre etprèvcÂr leurs advenues, en sorte ûu*ils n'eurent foing estendu ne cave leurs mines, que les sentlnefles et escoutes des assiégés les pbuvoient ouyr et sentir ; ce que commença à les décourager, affedir et desgouter grandement de lettr entreprise.

Dèslors, tant pour les merveilleuses et grandes froidures qui les empesçholent, que pour les nécessités et défault de diverses choses, à tous leurs soldats déikinoit le courage, mesmetiaent aux Allemands. Lesquels feireiît k^onstrer à l'empereur qu'il pleust à Sa Majesté de commander ftire bresche raisonnabtiè pour entrer et prendre ceste vfflè, àymans trop mieux tous mourir honorattement eiî fateàult^gu' ainsi misérablement dé hlth et front. César adonc (comme on peult te èroîrè) fut piqtlé de îa ireèognoissance de sa faute, âv^c tih tegréi d*yàvoir as^is ai mauvais commencement , pré- Voyant une honteuse fin et pemicîeuçe Issue. Toutefois, pour leur croistre le cueûr et encourager, les asseura et' leur proiinit que si , dans

[mi]

la 00 de Fan bien prochaine ne venoit à chef 4fi cme besogne, Imx (tomeroit un congé poni: se retirer. Ce qvw les feH tCHiporiser ^t preadr^ putieim ; et, pour feUp preuve ^ démonstraçce m œs^ affeaUon, G0ïPa»an4a de rechef an dnç d'AIbe en e^turesme diligence de fiure oontin^e^ •4 poQrspjiyYre ces mtoes commencées; ce qu'il fq^t, «insi que DOQ/l «toit rapporté, avec si giMde volonté et ardeur, que n'abandonnoit i^9St GMvre jour ne nuiot ; umôs le temps lui estoit si maliog et contraire, que tout demeura fmfprUH. Parquof dèsloiis au camp des ennemia obaoun déohéoit de force et courage; les no^tres en accrpissoient) ùist^ de plus en plus eontinudles sorties etcbarge^ sur eux,diminnant joamellement leur armée : car les uns se desnAoient et retifoievit pair troupei en l&m pays ; les autres m grvid non^bre estoient trouvés i:oides et transis dedans les tranchées et ^ leurs kg^; les autres pâlies, étiques, morts de iMm, pource (en partie) qu'ils estoient mal payés, estant ïort espuisé et vuidé le thrésor de rempereur.

Leqvel, voyant ^iH>rqçhar le terme promis a^ Allemans, ayaiQtt devant Iqs yeux une ^aintive honte de s'en r^nipoer sans avoir (ait aucune bonne ehose (e^t^t là e^personne), l^s feit pratiquer pour sond^, s'il^ youidroient I^ «uivre à aU^r assiéger Thou^, v% impériale, làvieUe on n'a voit peu parachever ^ fi^rtifier pour la p^^te, qui foirt esçbaufl^^ longtemps pnàcédemipept avpit là régné. î <nQi feirent smof>tm 4^'U3 n'avoie^ déli^ét ^ œ leur jl^toii coQiman4é des princes et étf^teurs de passw Ottltre qi^e premièrement l|ets pe fqst lirinfe et rendue ; par^qt, s^i} i)laisoit à Sa Majesté leur faire puyrir brèche» ciomme avoit promia, i^ estoient tous prests à y a^>urir ou e^lr^r ce que i^ ijeur pouyoit asfieurer et qu'estoit bo^ de sa puisssi^ce. De ce temp^, environ |e ^ix-buictiesme 4e décembi^e, copiunen- (^ à faire retirer les plus grosses el meilleures pÂèc^ de son artillerie; peu aprèSi ^yant a^- IM^mblé son conseil pour conclure une honorable reUaite, fct commandé au comte d'Aiguenopt, colonel et chef s^r deux n^imens de çf vallerie logée à Boçt Camouson, descendre ftYCc ses forces le long de Ift rivière jusques à Thoul, et le plqs ba& qpe luy seroit possible, pour descouvrir le pays et sçavçir quel nombre (U

GUERRES DE BELGIQUE, UV. IV

de gendarmerie pouvoit estre là au long avec M* de Nevers; (Joutant peult estre qu'à sa retraite ne Iny Ceissions plus grands empescbemens. Donc ce comte avec sa cavallerie partit de Pont Camouson, et le long de Mozelle dévalla jusques à Thoul, laquelle il feit sommer en passant par les faulxbourgs, adressant son trompette au sieur d'Esclavolles, qui en estoit gouverneur. Lequel ayant entendu la semonce du trompette luy feit signal de la main qu'il se reUrast, combien qu'il eust juste occasion de douter sur ceste semonce, voyant la faulte de vivres, la ville prenable et battable de tous costés, mal pourvue d'artillerie et munitions; dequoy advertit M. de Nevers, qui estoit à Vaucouleurs. Le gentilhomme de sa maison qui portoit les nouvelles, nommé Tortespée, fot prins sur les chemins par quelques uns de ceste cavallerie quis'estoientespancbés pour trouver quelque butin esgaré, comme leur advint ^ car, Juy ayant oslé cent écus qu'il avoit soubs l'esselle, ne le fouillèrent plus avant; et fut si escort, que, se voyant à demy bandon, se sauva à travers les bois par Tobscurité de la nuict : aintt parfeit son message. Et si tpst que M. de Nevers eust ceat advertissement, manda toute la nuict quérir la gendarmerie, pour à l'instant se reifdre près de luy, laquelle estoit logée à une et deyx lieues près; et combien que fust le temps de repos et que la plus part fussent ifiajjk au soipameil, ce maxulèment feist tantost prendre àçhsseui;! les armes sur le dos et 4)rçinpteme)[^t monter à cheval. Ainsi toute la nuict passasmes àfaire bon guet, comme estoit de besoii^g, d'autant que ce comte s'approcha de noi;^ le plus près qu'il peut, et vint sur le b^r^ de la rivière en un village a{q>elé Pagny sçr Meuse, pensant bien nous surprendre. Mais vçyant les feux de tous costés, oyant le bruit et bannissement des chevaux, et par autres apparene^s cognoissant qu'estions advertis et l'attendions, se retira par les brisées par lesquelles estoit venu; et, retournant contremont la rivière de MozelIC) passa au plus près d'une petite ville nommée Gondreville, assise sur le bord de ceste rivière du costé de Nancy. De Fautre part, peu auparavant estoit arrivé le baron des Querres, qui retournoit freschement d'une course, et non adverti d'avob* ses ennemis si près de luy ^ peu s'en fallut qu'il ne passast la rivière au bac, ce que s'il eust &it luy fust ad-

É'RANÇÔIS DE RABOtlN.

venu autant comme à quelques uns de sa corn* 'pagnie, lesquels, pour avoir jà traversé la rivière du costé des ennemis, furent surpris, les uns blessés, les autres prisonniers, et peu on point de tués. Le baron se sauva, comme je croy, dedans ceste petite villetle et ne fat rigoureusement poursuivy, tant pour l'obscurité de la nuict que pour la crainte qu'ils avoient d'estre chargés et suivis. Ceste nuict fut envoyé le sieur de Sainct-Simon, gentilhomme de la maison de M. de Ne vers, avec vingt-cinq ou trente chevaux jusques à Thoul, pour entendre du sieur d'EsclavoUes comme estoit advenu de tout ce succès à la vérité, à son retour. Par son rapport fut par M. de Ne vers dépesché le sieur de Fouronne, gentilhomme de sa maison, pour advertir le roy de toutes ces affaires ; lequel en briefve response luy manda et pria de chercher tous les moyens qu'il seroit possible de donner ordre que ceste ville de Thoul fast gardée, et peust tenir quinze jours seulement, dedans lequel temps ne faudroit luy mesmes la venir secourir avec toute sa puissance. Monsieur, à ceste response, ne se voulut fier à autre de ceste charge ; mais, la réservant à soy, le vingtdeuxiesme.de décembre, le lendemain de la feste de Sainct Thomas avant Noël, suivy de MM. de Bordillon, de Bigny, maistre d'hostd de la royne; d'Eschenetz^de Giry, enseigne de sa compagnie; de Mouy, guydon, de Saînct- Simon, de Plaisance, de Jars et de Blarru, gentilshommes de sa maison, ave<^ sa compagnie, s'alla loger dedans ceste ville ainsi desnuée et despourveue.

Si tost que ce prince y fat arrivé, feit la ronde - sur les murailles à l^ntour de la ville, et visita un commencement de remparts et deux plates formes que le sieur d'KselavolIes avoit fait bastir et commencer au dedans ; ce que fat trouvé très bien inventé par les ingénieurs et maistres des fortifications qu'il avoit fait venir pour considérer et estre instruite la disposition et parachèvement de ceste fortification entreprinse et imprimée tellement en son affection, qu'il ne restoit homme près de sa personne î qui n'en donnast quelque commission, et luy mesme la pluspart du temps n'en bougeoit, interrompant les heures ordmaires de ses repas ; tant estoit enclin le prince à ceste besongne, qu'il ne resta guères de temps que ne fast eslevée une plate forme qui portoit son nom. M. de

Bordillon estoit aussi soigneux après une aolrc, et semMoient presque estre jaloux Fun de Fautre sur la perfection de leurs oeuvres.

D'avantagé feit visiter par toutes les maisons, greniers et caves, et prendre le serment de ceux qui y habitoient pour sçavoir à Ta vérité queli bleds, vins, foings, fourrages et tous vivres qui pouvoient estre dedans la ville, à fin d'y ordonner une police ; mais l'on en trouva bîea peu, ayant eslé transportés par les bourgeois et ceux qui s'estoinit retirés en autres lieux pour le danger de la peste, et ce qui estoit resté dedans la ville consumé et gasté sans raison par les soldats et ceux qui estoient demeurés durant ce périh Dont ^tant informé qu'en deux petites villettes, l'une nommé Foul,rautre Gondréville, l'on en avoit retiré grande quantité en ce temps, tant du plat pays que des petites villes et terres françoises, pour la crainte des ennemis, les envoya sommer et fiiire commandement de les amener et rendre dansTfaoul. Devers GondreviHe fat envoyé le sieur des Eschenetz, suivy de loing d'une enseigne de gens de pied, avec certain nombre de gens de cheval ; le ^révost et les habitans après quelques difficultés se trouvèrent tant soudainement surpris, qu'enfin s'advisèrent (|tie mieux leur i^udroit d'obéir. Ceux de Foui tarmt opiuiastres et fols, s'oubliaris à l'endroit du sieur de Mouy, qui devers eux estoit mandé avec environ cinquante chevaux, tant de la compagnie de M. Nevers qu'autres, venant après luy une enseigne de fanterie, pour les sommer humainement d'obéir à ce grand prince, lieutenant da roy, sans davantage l'inciter et luy donner oc- <;asion de sentir la gravité de sa cholère. Toutefois,- après ses honnestes remonistrances, voyant le prévost témérairement contester et à sa dissimulée présuinption les villains estre réelles, feit nicontinent escheller la ville -, et prise que fut d'assault, aucunement sentirent le payement de leur folle inconsidération, mais non tellement qu'ils le méritoient, leur estant secourable Thum^nité du sieur de Mouy, lequel fielt cesser la farie des soldats françois, jà eschanffés au carnage. L'enseigne de Éwiterie y demeura logée jusques à ce que tous les vivres qui estoient dedans furent conduits à HioxiI, sans ravir ne transporter autre chose, pour estre tousjours maintenus en leur neutralité. Ainsi de toutes parts ès'environs, au com-

GUERRBS l)È BÉLGIOUE, LlV. IV.

tissij

mandemeDt de Moimenr, tons vivres et munU tîoBs furent aamenés dedans Thonl avec si bon ordre, que chacon vivoit on peu mieox et avec plus grande discréti<m qu'auparavant. Depuis, il advisa qu'advenant le siège la ville seroit mal pourvoie de gens de pied, 7 estant quatre enseignes seulement, sçavoir : deux d^ sieur d'Esdavolles; gouverneur; celles des capitaines Mont Saiûct Père et Le Fresne, dont feit venir encore les deux du capitaine Yolusseau et Éloy, y adjoustant le capitaine André de Maye-More avec ses chevaux légers et harquebusiers à cheval italiens. Le baron ^es Guerres y estoitjà avec sa compagnie de chevaux légers. En cest appareil nous attendions de jour en jour le si^e, oyans d'heure à autre un nombire infini de faux rapports et menteries de leur venue. De quoy tant peu nous soucions et avions crainte, que le plus souvent ne laissions à sortir et les aller veoir de près, pour estre asseurés de leur délibération. Le comte d'Aignemont estoit tousjours à Pont Camouson avec sa cavallerie, lequel, commejecroy, estoit refroidi de sacfaolère; car ce peu de temps qu'il y séjourna, nous estans à Thoul, ne feit aucun semblant de se mettre en pays pour nous visiter « ains peu après en partit sans parachever un seul poinct de ses menasses.

M. de Nevers estant adverti comme l'empereur estoit esbranlé à se retirer, et son armée se rompre et diminuer joumeHement, ne laissoit gaères passer jour sans envoyer gens sur payspour les haster d'aller; et le plus souvent, au lieu de les advancer on les faisoit reculler, estant amenés prisonniers. Toutefois, on les trouvoit en si grande pitié que, sans leur faire mal, on les laissoit passer. En cest estât demeurasmes jusques au dernier jour du mois de décend>re, que l'empereur, ayant eu nouvelle de la leprise du cbasteau de Hédin, se voyant décheoir et diminuer de toutes choses, craignant le retour de Pàrmée du roi et tomber en plus grande honte et vitupère pour trop attendre, se retira des premiers le premier jour de l'an, laissant au duc d'Albe toute charge pour départir son armée et ordonner de la retraite. Si tost que fut sceu par le camp que César estoit party, les chemins et villages à l'entour estoient couverts et pleins de soldats qui se retiroient les uns en leur quartier, les autres où ils pouvoient, en si grande indigence et misère,

SSi

que je ne Gsiis point de doute que les bestes mesmes, voire les plus cruelles, n'eussent eu qudque pitié de ces misérables soldats, tombans, chancdlans par les chemin; par extresme nécessité, et le plus souvent moiirans prèsi des bayes et au pied des buissons, pour estre proye aux chiens et oyseaux; ce qu'à plus grande raison doit esmouvoir les cueurs des personnes que fortune a roidu tant heureuses en ce monde, que jamais ne sentirent ny essayèrent les duretés de la guerre*, et quand ils en parlent le ventre plein et le varre au poing, parmy leurs plaisirs et délicatesses, leur semble que so)'rat nopces ou voluptés exercer cest estât, qui ne consiste, parmy mille et mille périls, qu'au danger de l'ame et du corps, s'il n'est justement et prudemment exécuté.

Pour ne perdre temps, et par advertissement que M. de Nevers avoit receu sur le chemin de' la Franche-Comté, envoya le sieur de Moye et le capitaine André de Maye-More avec environ cinq cens chevaux, tant de gendarmerie que d'harquebusiers à cheval, pour chausser les espérons à messieurs les Comtois, se retirans par ces climats ; et peu s'en fallut que le fils du ^ieur de Granvelle, le baron de Corlaou, le sieur de Dissay et le comte de Pondevaux, avec autres gentilshommes de leurs limites, ny . laissassent du poil ; qui, se doutans de ceste. venue, faisoient petites poses ou ils passoient et longues traictes. Les nostres, ayans failly ceste première entreprise, d'une traicte s'allèrent au poinct du jour embusquer près d'une petite ville appelée Rambevillers, dedans laquelle estoit un commissaire des vivres qui venoit de la Franche-Comté pour l'empereur, et le maistre de la mimnoye de Bezanson, avec . deux autres marchands qui conduisoient grande quantité de tous .vivres et provisions. Ces commissaires et marchands estoient au paravant chevallés * et conduits à l'œil par un Lorrain qui servoit d'eqpion, par lequel M. de Nevers . estoit seulement adverty de ce qu'estoit à exécuter pour les surprendre et saisir prisonniers. Parquoy, embusqués que furent assez près de ceste ville, le sieur André envoya certain nombre de ses soldats italiens, qui dévoient ad vertir Fembusquade par un signal, s'ils entroient, et dévoient gaigner la porte et en dejetter les

0) Epié*.

François de rabuïin.

gardes. Adone eux faignans de' veûir da camp impérial, et d'endurer grand froid et {aim, m oomplaignirent tant, qvk'ik furent mis dedans fHHir trouver des vivres. Tost après quelques autres y arrivèrent ; lesquels feirent comme le# premiers, et se trouvèrent (^ns assez £prts pour reppulser les gardes des portes, qui jo'estoient que gros paysans lorrains armés de vieilles hoguines, de bastons rouillé^ ou bruslés au bout. Le capitaine André, parlant fort bon esr pagnol, y arriva aussi peu aprè^, demandant à entrer, ce que luy reftisèrent à l'instant. Ses soldats, qui jà estoient invertis du signal qu'il leur avoit donné, quant et quant chargèrent sur les portiers à demy endormis, et les autres yvres ; desquels les uns furent massacrés, les autres contraints à leur faire place et abandonner les portes, desquels fut Caicte peu après pleine ouverture ; dont l'embuscade advertie, à bride abbattue donna dedans ceste ville. Je \b\^ à penser quel mesuage y fut fait. M. le commissaire y fut trouvé caché dedans la paille d'un lict, qui,, avec ces marcliands, fut amené prisonnier à Tboul; les vivres et provisions dissipées, renversées, gastées,et le plus que l'on peut mises à perdition. A^tai)t en feirent à Esptnaux, Chastel sur MozeUe et Remiremont, où . fut fiait de grandes violences ^ l'abbesj^ et aux . dames, et mesmement par ces Italiens nouvellement ye^ps du camp de l'empereur au service du roy.

Devers Mets M. de Nevers avoit convoyé le sieur de ChasteUos, lieutenant de ht compagnie de M. de Bordillon, avec pareil nombre de canlierie, pour recognoistre et rapporter le certain de ceste reiraiote ; lequel, passant par le Pont Camouson, trouva que le comte d'Aiguëpoont avec son régiment de cavalleri^ en estoit party; pu n'estoit demeuré qu'un grand nombre de misérables malades. JQe oe lieu passa jusques à Mets, où il trouva que le due d'Albe Bt Brabanson avec la plus grande partie de Tarmée impériale estoient deslogés en un désordre estrange, et, presque ozé-je franchement dire, chassés de punition divine, partans de nuict avec deux feux seulement pour signal, le plus secrettement qu'ils pouvoient, sans bruit de trompettes ou tabourips, laissans les tentes dressées et grande quantlité de toutes sortes de liamois et armes, de caques pleines de pouldre il canon, un nombre infini de meubles et usten-

silles, ayans caché soubs la t^re tme partie de leur artillerie, clem^uFaftt pour ostagtt une multitude incroyable de pauvres mak^ea, envers lesquels M. de Guyse, les princes «li ea^ toiem dedans Meu, et généralement les autres juaques aux simples soldait^ françois usèmif de charité très humaines leur admimatrani toutes nécessités ^ tels spuiagemens que pauvres malades estrangers ont besomg ; non avec telle rigueur et aurtérité que peult estre ils eussent traicté les suli^ts du roy, quand fassent tombés entre leurs mains à leur merey. Sur la queue donna M. le vidasse de Chartres ayant desÉait une compagnie de leura chevauj^ légers, let fait brnsler ^n grand noml»-< de leurs pouUres qu'il avoit destroussé a lair veue, et retourna avec phm de iH^'aonniers qu'U ne vouloit, sao» pert« ne dommage des sieps.

Le marchis Albert estoit deqaeuré le dernier à parUr pour servir d'escorte et arrière-garde, et pense que depuis ne fust sans s'on repentir; car si-tost que M- de Guyse sceut qu'il gardoU la queue du loup, chercha tous les moyens pour le festoyer, luy donjpant tant d'allarmea sans cesse qu'à peine pouvoit avoir Jjeure de repo». Oultre ce, advertit et pria M. de Nev-çr* de le secourir avec toutes ses forces, pour le desloger. Soudain qu'il eut ces pouvelles en feit part à M. le n^areschal de Sainct-Afldré éditant jk Verdun, pour s'asseml^lef et joindre à ceate entreprinse. Parquoy letroisiesmejourde jwivier il partij de Thoul avec tQute s^ gmim^fh rie et cavalerie et trois enseiffie^ de fan^erie, accompaigné de M. de Bordillon et de plusieurs gentilshommes et capitaines. Ce matin mesn^ alla disner à Pont Camouso?», où Iq reste de ce jour attendit nouvelles de M. le marchai, 1^ quel estoit jà party, et avoit prin^ un autre Qhevpin plus bas, ayant aussi envoyé le sieur de Mouy devers M. de Guyse, le priant 4e l'advertir de sa résolution sur cfât alhire, duquel attepdoit response. Estant 4e retour le sieur de Chastellus, et par luy acertené de touî, mesmement que- ce marchis cberchoit tous moyens poupse sauver et retirer, te cinqui««me de ce mois partit avec M. de Bordillon, suivy d'aucuns gentilshommes de sa mt^ison et compagnie, au nombre de deux (^ns d^vaux, pour i^ller à Mets, où, avec sa tr^Mipe, fat bien venu et caressé, tant de ce magnanime et victorieux

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IV

prince de Gayse, que de tous les autres grands seigneurs, gentilshommes et bons compagnons qui estoiehit demeurés après ce siège. Lesquels nous monstrèrent à l'œil et au doigt les grandes ruines et abatis de tours et murailles» faites par Tartillerie de rempereqr, les mines commencées et interrompues, les contremines par dedans, leurs remparts et tranchées basties et complettes avec si grande diligence que les espaqies leur douloient, et les avoient encore eoilées de tant y avoir jour et nuict porté la hotte ; les appareils estranges qu'ils avoient apprestes pour recevoir les ennemis à Tassault, comme pots, lances à feu, cercles, tortis^, chausse-trappes, grenades et toutes sortes de feux artificiels, desquels estoit un des premiers autheurs M. de Sainct-Remy, gentilhomme vertueux, et en ces choses et autres de gentil et subtil esprit.

Le ,reste de ce jour ces princes eurent le plaisir à veoir les braves sorties et escarmouches de leurs soldats sur ce marchis et ses Allemans ; lesquels on alloit chercher en leur fort, et donner coups de picques et harquebuzades, jusques dedans leurs loges, pour les attirer au combat en la plaine ; ce que ne vouloient faire qu'à contraincte, se tenans serrés et unis, sans se rompre ny escarter. En cest estât et continuelle peine estoient contraints demeurer dès le matin jusqûes au soir, ne s'osans espàncher ny eslargir pour chercher vivres; car si-tost qu'estoient trouvés en petit nombre, tout soudain par les marangets etfouillards, villains du pays, estoient esgousillés et desfaicts. De quoy davantage ennuyés se dévoient plustost lever, comme les nostres désiroiènt, attendu que l'on ne les pouvoit forcer qu'avec perte. M. de Guyse feit mettre en une petite isle au-dessoubs du pont des Mores, quatre moyennes coulevrines, lesquelles tiroient à voilée jusques dedans eux* Tant leur fui fait d'ennuis, que deux jours après, ce marchis ayant perdu la meilleure part de ses hommes, en plus petit nombre qu'il n'estoit venu partit de là, prenant son chemin vers Trêves. Il fut quelque peu suivy, et avoit-on bon marché de ses gens, estans assez combattus de froid, faim et toute misère; mais les François, esmeus de grand' pitié, n'en tenoient compte ; ains au lieu de les tourmenter, ils leur ouvroient le passage et laissoient aller les membres quittes, ne soubaltans que tenir

le chef seulement pour payer l'escot de tous.' Ainsi à sa confusion et honte deslogea l'empereur de devant Mets, sans avoir fait un seul poinct des rigoureuses menasses qu'il avoit mandé au roy, estant une si grande et merveilleuse armée qu'il y amena, desfaite et ruinée, non totalement par fer et faim, mais plustost par ire divine. Par laquelle il peut entendre et cognôistre qu'en la force des hommes, ou es grandes armées, ne consiste la victoire ; laquelle fault requérir et attendre avec juste querelle du seul régnant éternellement, tout bon et tout puissant. Quant au reste, il demeura si à sec et espuisé d'argent que, au partir du logis, il devoït presque toute la solde de ses misérables soldats. Voylà où il employa les promesses et juremens faicts aux électeurs du Sainct- Empire, et en quoy furent exposées tant de grandçs provisions qu'il tira d^eux, estant, àbrief dire, destitué de tous moyens pour entreprendre de long temps après chose de conséquence et de valeur. M. de Guyse, par le sieur de Randan, manda au roy toutes ces nouvelles; lequel, ayant rendu trèi dignes et très dévotes grâces au roy dès roy s, qui luy avoit concédé une si triomphante victoire, incontinent manda par tout son royaume que en cantiques et hymnes on chantast à Dieu omnipotent les louanges de sa haultesse, grandeur, puissance admirable et ineffable bonté ; le suppliant de nons tenir en sa garde, défense et tuition, ainsi qu'il faisoil les enfans d*israëi, gardans ses co'mmandemens.

M. de Guyse feit le semblable à Mets avec une triomphante et générale procession, oîi il se trouva en toute humilité et dévotion ; comme aussi feirent tous les princes, MM. d'Anguian, de Condé, Montpensier, de la Roche-sur-Ton, de Nemours, et les sieurs Horace Farnèze, Pierre Strossy, le vidasme de Chartres, les sieurs de Montmorancy, de Banville, de Gonnort, gou- ' verneur de Mets ; de la Broce, lieutenant de ta compagnie de M. le duc de Lorraine, et de la Rochefoucault ; les vicomtes de Thuraine et de Martigues; les sieurs de Lanques, Antragues de Biron et Sainct-Remy ; et généralement tous les gentilshommes, capitaines et vaillans soldats qui estoient demeurés après ce siège; lesquels tous le seigneur Dieu veuille conserver en santé et prospérité.

Puis, ayant ordonné la garnison laquelle demeureroit dediAs Mets, et dispose de toutes

FRANÇOIS DE BABUTIN.

.affolres, après les monstres foictes, tant de la gendarmerie que fantcrie, on nous donna congé pour nous aller reposer et rafraischir en nos

tloBJ2]

malsons, et luy s'en alla à la cour trouver le roy. Le semblable feirent M. de Nevers et les princes que fay cy-dessus nommés.

Page 1