‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 36 sur 69 · PREMIER LIVRE · texte numérisé non relu

PREMIER LIVRE

' Du cômmencenefit et origine des dernières guerres en la' Gaule bélgiqae; pais, de ce qui s'est feit en Champagne , à sa première oayerture) en l'an 1551.

(1551) Le setgrièûr Pierre Loys Famose, investy des duchés dé Platsatide'et Panne par pape Paul ttoMèmè son père, par escbangefiiit à PEglise desdifs dbctiés à autres terres et pièces, confirmé et ratifié par la phis grand' part du collège et le consentement de l'empereur, moyennant cfuelque. récompense et le mariage, de sa fiUe naturelle avec le seigneur Octave,

fits aisné* diKlit Pierre Loys, se meit te plus diligemment que luy fut possible en réale possession desdits duchés, et employa tout son pouvoir à fes fortifier et munir , prévoyant que , non sans difficulté, il en poorroit jouir paisiblement ; puis, au plus bref temps qu'il se veit avoir le moyen , feit construire un chasteau à Plaisance, autant fort et défensable qu'il avoit à se

dAQter et iwdre aaaeuré de ce« qui te pouvoient tr9Qbh)r en sa jooi^saiM» ; sdon awsl cp'il avoit le lien el k pouvoir eeauBode, |iimcipalle(n«atpouf teair la ville m 8«lyM;^iQa,da kiqvelle» et «pécialemeat d'aociuis eitadiM* m spu9p€^Qnnoil. Toiite9foi&iiftsoettt'ii(ie^lQiB« prévw et eoaduire ^m ^Meftist» y ^'eafia p#r ceiq^ mimne^ peut eeti^ (ieeq^ete »e ^Wutoil ne fost, tué, e( decbuAa «a $orterefi(semal-be«rea^ sment ix^urtry » avec teUe» iA^eUigeâee^ que , si Xq^ qQQ 9a a^art firt publiée^ domPeroamt 4e G<¥A9agMes, Meulieotaot pour l'empcareur a«dudi4 de Milan, qui esiQitprocbaia delàtteotcadedaaft ayeo cavalWie el fAQAerie, saiaiis^anA la. villei et te obasteaa au nom de rewpereuc aoa «aistre. Le papet Paij4 9e aentanl phiagH^veme^tof^ fen^ de la mort de son âk qu'e» te perte 4m bm, par te f»oym de oefaiy qui mm seuleœeai df^ Sa SMneteté et de toute te i^mm fm^km ai^it tiré u^nu0)«érabteapteitfsvra, sKiaiafui a'y eitoii alÛé'f «raiçpant d'^i» enAièveo^nt femst^ tvé ^ d^s^ajlsy du. «uvplus ^ eoyogra le eeigneur Camilte Uriin» \m de« oapitiiiDea de TEgliae, avec lH)n nw^e de§ens d$> guei^re,, à Panne , po^ te gardiw et dç£effi4iK; eatana tome^f^^^ d^. priM et ren4u9 pteeiew^ obasteaw du PamefmtaiOi eli^fs et «sry^uimd^reqpipereaf , Pim 4^ tetnp^ eï^uyvam , te pape ?*uJià fort vteit, et Cava^M^^ %q6 jomr^ ptea av«w«a de. tetew^y eii trim^yB;^, par s%4ev9ièrQ^ ^f^sm

mourir que Parme fust rendue au seigneur Octave son nepveu.

Après que le siège pontifical eut vacqué a»cuns jours . les cardinaux assemblés au conclave pour l'élection d'un autre pape furent par intervalles en controverse , pou? lea ^rif rî|és des degrés, dignités et nations. Finalement fut esleu un cardinal Aretin, de la maison de Monté, intitulé ^iitea tFeii$MS{i^^; te4u4i> ^^ gnoissant selp^ çqpH^ te 4i'Pict qu'avpU te 4uc. Octave au ducbé de Parme , l'en revestit , et manda au seigneur Camille Ursin luy céder et rewdi^ Qe q«'^ ^ccupoiti coouïkb a^ vcty priç^. pxiéta^ ; i^iv4)sla^t nm i'eeap^ewr ^ teog iQjBf^ a,4PM^vai^ eu9t cequia in«itaiiii|ie^ ^«(a Parw tety fy^ re^w, sout^a ^m^wf de- m di^e pwttect^ d^ rÉgV^e ; ayaMdeajÀ feîjt mer n#ç?fçtes^igpçw^Ç^iU^UA|ft^à fiM^q«l%.te luy w¥l^t ^jjftjçe se^ ma^ ; ce que ne p<mw4. obtqnir par ce mç^yçu, ei^ ^çès, ft^t ^ir r4-

compenae an wigMnr Oetasve t aj^ymutaiH d^ vsevsea piWDiBsee ^uxfseilaa M m^ tev %^ emignant demenier deiveetn de Vw «^ l'ajutee, m^^ïûàmornké^^ii^fnumfk^vlik av^lt veo advenir en pareM oa^

£t de ee refoa l'enpenew <kt«»4lge Ma reeeamt une avirefeès an pape avee fi/m i^ hémmàe^ pixauasioeMaeftlfMieslteade mema^ sea, luy faisant emendce tea graoAs frate q«i luy c^aaTtendroites^^aer eqiatiMeUiemettt ponr te défaoaede m pauvre seigAMT et da aea pter ces ; au oeMpaipe » kiy reoMMtiote tea v^jwk et Fainboiilé fu'il a.Yok leten 90ti^ affeeàwiu pour noasfutaienldâfaQdva te bief # Vl^îsa^ mats 4'avaMerat esteyier tee #^a. Tant y.t qm toutes a» perai^unaA&epiMatteHi ^oaea à Ifendffttiot du pape, qp'U fiK qcaiYQijf m dm Octave 4|Qe ne iKmlaît phia aup|PH(W eeM»e»tmKdiDaire deqMeeeeeima lay aifoiÉt pfOfwa.

Setioovant 1» dqp Octave, dt ^ 9im^mfk cbangeiaest à bonifus caanr tie«fa^> l^^ eu tou^Mra boottt opwM ffm te pape Iqy a%roii aaay ^ co^me aya«t reœn de a>^ oMiisoi^te pcemter peNvaci de aap aâvan<9efi»e9^t,b9 teît reeftonatrer te pe« di» maye» q^'il i^yqîit ai fte Sa Saiiftelelé mlay ealaitinbvi»mv«t,te0n^ pénit qWil eneansnoît ai elle teq^4é£ai|lte4> Vmx réaoliutiaA hqr fol veepdndfa « «ne (^'y euApN^ d'ai^MiQ, «I qM «s feiii9«^^lte«m m m^moik pottVM feee^ixrep «ttiM^iff aneowa.'' Itev^wy ( ¥eu teft ^raodea appMeofie^ w^ (wtei ^ menées estoient conduites à Tadveu de son beau père, qui ne tendoit à autre fin que le spolier et derestirde son propre), prudemmeat considéra que s'il retiroit devers luy peu d'avantage» luy en adviendroit; et promptementne peutesli«e m<^e«rpajren que s'adresser au roy. Lequel , tant pour cognoistre h chose digne de commisération que pour estre, à l'imitation de y» pyédj^e^eum» affiel^ ^ te défense et taition dtt bi^ de l'ÉgHse» 1$ eop^te en p^mier d'un espoir de son secours. Toutefois après avoir par son ambassadeur, qui lors estoit à Rome , fiait r4wo«atpef twtea «ateeva a« fvapa p^pr If iodjwfe à, flw*le*r iïH>y«!a>et^w H:i%oi pei» tésQiild^, 4^km ^ aeaepta teipi^^^te^ipn, ^o^km cQi4itte9a et^is^^^et et |»)<9i^eMe« à CS^iv.

14 pape, eiiaiu ^faÂpw et d^v^y entièwipeni pair tes eontiniielitea «dM>r^ttena de l'evir pejeuff et m^ nwmtrea» ikpvewer nomyeoma trwvA foH aiAmaiaf eeete wpMttî%p; ^ dl^e

4hrihre^ ktce |iëii«gB inwMiflflCTi, Mi cenrir te

kmt 4b pvUicr «tniB cêuBmew te rof et son

Fiytme , i|m tey idoiffiaoeeuion^ «e ééérer

Mewaeuwjtttëe tey«tde lure fermer tes pft»-

nges desesptys^ «vee défenses detruiq»orter

à ftonte otki^i^tt3li»0m»yé o«n«n ffioimoyé»

fUta Mteft/, 4isp€9Ée8 iiy astreft despesdies^

jfuifaesà ee t|t*aiitreiéeiit il y aoroit pourvea*

fms eitattt^QBdtmiié tedttcOctave eommere-

MÎe vmiti» i^v ii'mveir Youtet qntUerson bien

à 4d marché ^'<m te demandoit^ le pape con^

aettCkà l'eiapêfeiârdc rociouvrer Panse tento»-

tas tea^rtbs q«e tuy^aeroit loisiMe. Parquoy

dom Fcraaiié, qm n'âttendoit ^e oest arrest^

a^péraÉDil fHvticiper au prouit , ou «poor se inoM^

ll«r èoA aenriteor à teécuter te vîiloiité de mm

■Éatetrcs a^sesMa en diligionoie tomes tes garni-

aMttdndoché de Milan et de ce quH ttent en

PtedaMnt, et cooMneoca te gast au territimfè

pamtaaan,àcooa^iagBédii8eigneiflr Jean Bape^

ttele, ayHÉt certaki nomkre de «oldau, tonlx

yilre ti antkorite «postoliqve , tesqueb estans

euÊtjfmBtU avec tenrs armées^ pour déaionstrer

foe «e n'esloit aeirienent au <kie Octave qu'cm

dl vouteit, assiégèptnt Parme et La MtrandoUe^

fdîte VlUe al^ugée dès tong temps an paravant

plur ipape Paul^ pour estre tenue soûl» te pnv*

leetîott du roy F^anoate et des hutres roys de

Frmtkoe aes sueceaseura. Ik^nt fut exposé à to*

UUe jpierdilkm teptei pais cîreônvoistn, oeste

atmée eicédànt de feçon de vitre te eruauté

bmHmrt , ^m teinps mesmement ^e restoit en-

OCNT qiBeique e^mîr de pouvoir pacifier ces trou*

bkfe » eslant pen de jauri^ ensuy vans envoyé te

«eigiieftar dn Momluc devers te pape potnr ea^

olMTcir tous ces cBffèrens, et poavoir te dernière

iMentiên de Sa Saindieté ; néanunoins cchMi*

itfaèresitce8«icèjss(anti|te te roy iîit cènlraiot

d'y envoyer tedtic Omee Fam^^ frère du due

Oetave , avec tes steum de Termes , d'Andelat

«t fiyfterte,«l kon nombre de capitakies et

giBCisdk guerre^ pour subvenir à te fmirre sei*

gfteor, et à sob paft qu'il avoit accepté en sa

pcottetten. Et d'autre part^ manda au seigneur

éÉ BrisÉac, Iteulenant-général de Sa Majesté en

Pieddion^de ds meCtre en campagne avec tefc

aaralée fu'S pomtoit reoouvrer^ et de chercher

le moyen et occasion de &ire retirer dom Fer-

MUBii du siège de Parme let de lA MirandoMe,

f«> Fniiuid^aeaagii6,8éaérad<leGlwrl«M2aiB»J| . ^dnihttipttelciicl|iiNiie,MVLMi«lu|Mipc]i4'8m.

GUERRES DE BELGtQUE, LIV. 1.

pour retourner deffendie et garéor ce nfut son mairie teuoît seuret sien^plustost ques'eniremettre aux choses on il n'avok aucundroit. Sm "^ey il besogna si beureuaemeni en peu de lempsi qu'il se feit màistrede ^uters^emecou*vra Sanôct-Damian, avec d'autres cbasleaui «a marquisat de Momferrat; et se fust davantage eMendu,«idom Femand ueAist en bri^ie»

teumé, poM* iuy venir empesoher l'entrée au duché de Mittan.

Ainsi du coité de Levant et d'Italie com"meacaune ouverture de guerre entre le r^y et l'empereur V tequel, encore tpi'il eust par plu«aieurs fois aaseoré àfamtiassddeur de France; qui ters résidof t prèfe de Sa Majesté, qu'il vou^ bit persérérer (en l'amitié du roy , ne désistoit pourtant à Innover grandes menées tendanteè à Ity préparer une furieuse guerre es partieè die deçà; teôsant amasser deniers en tous se» pays, estans faictes secrettes levées de gens dé guerre , et toutes ses frontières munies en iM* gence, tant de soMata que d'arttUerie ; estàné aussi équippés vaisseaux de guerre en tous ied endroits des mers qui sont en sa sut)jeclion, mesmement es Pays-Bas selon la cosie de Flan^ dres, et en lootes les contrées ^ù la reyne Marie, douairière de Hongrie, a toute puissuncé et commandement ( tequeHe on soait de fout temps n'avoir em grande affection et plaisir dé veoir ces deoi grands princes en paix ) ; tette^ ment que desjà on commençoit eouvertement à user de rigueur à i'endrolt des marchands fran^ cois qui trafiquoient celte part. Toutesfois, te roy taisant toutes ces petites tescheries pour se BftOHstrer désireux du repos public , envoyin amiafotement un ambassadeur deversceste prin^cesse, pcmr modérer et dfflinir toutes ces diffl« cultes, qui ^ au lieu d'estre receu d'elte avec gracieux accueil, fat, par son commandement, eatrbittement lesserté , et pour quelque temps détenu prisonnier en Un vieil chasteau. Et, peu après, ne se pouvant plus contenir sans apertement déchirer te vray de son intention , feit généralement par tousses ports détenir les vaii»seaux et léianshands de France, comme confis^ qnés; commsindant leur ebtre ostés tes voiles et amrels înstrumenft nécessaires à la navigation , imttre te màrdiandise ^ terre, tetsamit con^ aonuner lès mariniers, qui estoient en grand nombre, avec tes iteuvrea marchands» en tnxk de {toQrmytm, aans icwdonœr àu»e req^ona^

528 FRANÇOIS DE RABUTIN

de leur en faire restiiiitioiL Davantage, ceste

cholère s'estendit sur les marchands qui trafi* quoi^t par terre à Anvers^ estant iiaite inquisition de leurs ^Qlarchandise6 et autres bien64^ tous les François qui y habitoient , conune si dès lors ils fassent déclairés pour ennemis , et n'eust plus esté question que de butiner. Et nouHseulement en toutes ces choses promptuaires ( pour estre présentement soubmises à sa disposition ) se monstra fort ennemie des François, mais à Fendroit de cinq ou six honnestes gentilshommes firançois qui, ayans veu TAllemagne, curieux de cognoistre et veotries meurs et conditions des nations estranges, retoumans en France par les Pays-Bas, furent arrestés long-temps à La Haye en Hollande , et de là menés prisonniers dans des chariots à Bruxelles , avec non moindre opprobre , comme l'on meine les criminels et ceux qui appell^t de la sentence de mort. Où, pour réparation de Tinjure qu'ils avoient receue , leur fut prononcé par le président d'estat qu'ils avoient esté arrestés à juste cause, qui ne pouvoit estre autre sinpn : <« qu'ils estoient François, et que desgà et de tout temps on les tenoit pour ennemis^*» non* obstant .que le roy , pour ester tout moyen à Tempcreur de chercher occasion de luy commencer la guerre , eust Caict battre et ruiner le fort de Lynchant, non pour autre cause sinon que les subjects de l'empereur se plai^ioient que te seigneur de Roignac, à qui il appartenoit, lesgrevoitet endommageoit grandement, encore que ce fort luy eust peu estre pn^re pour en temps de guerre tenir une partie des Ardennes en subjection. Ainsi d(H)c, il me semble qu'on peut aucunement eogaoii^e par ces principaux poincts le premier aulheur de ces guerres, et auquel de ces deux princes le tort 4oit estre imputé.

Et s'il faut prendre les dioses de plus loing , je pourray adjouster que l'empereur ne pouvant tant couvertement faindre son intention que le rqy n'en eust tousjours quelque advertôssement, advint qu'après le décès du feu roy Franr çois» qui^nd le roy voulut renouvelier et confirmer les alliances des cantons des Suisses et des Grisons., il n'oublia à mettre en avant tons exploits pour les en destourner et distraire, tant par promesses que par menasses, voire jusques à envoyer quelque nombre decavallerie sur les limites de leur pays pour recognoistre les ac-

ces et entrées les plus coamiddeè pour les assail^ lir* Enfin ne pcnrent tant laire ces meinasses; promesseset présens^ que de eéduire et afiéner ces hommes^ oonstans et certains compèreset amis du roy. Dequoy l'empereor, pour mons» trer un signe de vengeaœe^ feit defiéndreanx Griscms le commerce et tnûcte des vivres qifâs souloient avoir au^ ducbè de Milan , sçac^ant leur pays fort aspre et infertile, espérant par ceste nécessité et incommodité les contraindre à entrer en sa ligue et obéissance. Je pouiray aussi dire combien hiy a despleu et qu^il a trouvé mauvaise l'alltaBce du roy dePrûice et du roy d'Angleterre, et la restitution de Bouloigne; ce que peut estre cogneu. quand M. le mareschal de Sainct^André porta l'ordre de France au roy d'Angleterre, s'estantl'annéè de mer de l'empereur opposée et plantée entre Douvres et Calais pour empescher ce 'voyage , que toutestois n'advinjt, pour œ qu'il print antre ch(?mî<i; On scak aussi en combto de sortes l'empereur s'est parforcé de rendre les François et les AUemans ennemis; desquels mesmement il ea a fait aucuns mourir et traîtar rigoureusement pour cause seulement qu'ib avoient esté au service du roy, afin qu'estans divisés et espuisésde finances et sans espoir de secours, tant plus fticilement les peust tousjours tenir en servitude. Et ne prendray pour exemple que Sébastien de Yolgeberg, colonel de lansquenets , ancien serviteur de la maison de France, auquel (au temps de paix et que mesmement s'estoit le plusdéçlairéamy duroy)rem^ pereur feit trancher la téste en la viHe d'Auguste^; et fot prononcéipar le ministvede Texécution tenant eooere l'espéesan^anteattpoing, qu'autant en serait fait de tous ceux qoi partiroient du pays pour aller servir kccnironnede France ; comme à la vérité ledit Voigebei^ testifia sur l'eschafout qif il inourott pour avoir esté an service du roy. Et {>our. déclarer le moy^ par lequel il vouh)it>'jesloîgner les Allemans et mettre hors, d^espoir de pouvoir recouvrer secours des François^ c'est choie toute commune et ebire qu'il seifbuloît ^sdUsîr de Lorraine par le moyen de la duehesse'doiuurièresaniqfice271aqnelley avottdeasjà appelle ci

(I) Augsboiirg. . • v

(^ ChrisUoe, «fChasie TégentQ $>è Unodne, étaft dOÊ» ^ Christian n , roi de Danemarck , et d*l8abefle d'AotrMie » «mr de Charles^uiiiU Veuve i)e Fraoçois-Marle Sforâe, duc de Milan. EUe avait épousé, en I&40, François I, duc de Lorraine.

[tm]

GtlERRES t)Ë BELGIQUE, LlV. I.

bk vemr ctrUiA iKmbre d'Espagno^, desquels elle estoit contente veoir manger et outrager ses pauvres sol^tSt à celle fin de se rendre Unt plus forte etasaeurée d'eux, s'ilsse voulolent rebeller et contredire à ce qu'elle prétendoit, de soubsmettre tout ce duché soubs la protection de son oncle. De quoy fera foy et donnera tesmoignage le refus que long temps elle a fait de faire la foy et hommage au roy à cause du du- <ié deBarrois. Outre cela, l'empereur se vouloit emparer de ses trois villes neutres , Metz , Verdun et Thoul , et en faire comme de Cambray, afin de réduire toute cette région obéissante et soubmiseà luy, pour plus facilement avoir accès et dr,esser commodément ses entreprises sur les terres du roy. Je pourrois déclarer et déduire plusieurs autres menées et sollicitations pratiquées par l'empereur à son plus grand advantage pour entreprendre sur nous, que je suis content de taire; et me suffit d'en avoir escrit les principaux poincts de la plus frescbe mémoire, que chacun (comme l'on dit en commun langage) presque voit encore à l'œil , et ne peut ignorer, tant pour n'obscurcir mon histoire de choses ennuieuses ne concernantes mon intention, que pour oster l'occasion à quelque lecteur scrupuleux de dire qu'estant François j'ay voulu colorer nostre querelle, rejetant le tort sur Pempereur; ce que je n'entends et ne pourrois fiiire, pour estre la vérité de tout ce différent universellement publiée et descouverte. Enqpioy toutesfoisjene me veux tant oublier que de vouloir en mesescritsaucunementinjurierou altérer la vertu et grandeur de l'empereur, scachant bien que c'est un des plus vaillants princes qai soit au monde, qui a mis heureusement à fin des faits autant grands que feirent en leurs règnes les Cssars, et croy qu'il eust passé plus outre s'il ne se fust arresté à détenir le propre des antres princes ses parens et voisins, ains qu'il eust retourné ses forces conjoinctes avec les leurs au recouvrement de ce très grand et très opulent empire de Levant.

Or, pour continuer la narration de mon histoire, et reprendre ce qu'estoit fait à l'advénement de ceste guerre, le roy avoit veu que, nonobstant toutle devoir qu'il avoit mis à conserver les traictés d'amitié, son ennemy commettoit tous actes d'hostilité; après avoir longuemeùt attendu que les navires et biens de ses jMtuvressubjects, détenus injustement aux Pays- 3Cyi tiicLs, La PI. et La PI.

Bas, leur fussent rendus, ce que n'avoit peu obtenir; et recevant continuels advertissemens que sondit ennemy mettoit sus grands préparatifs pour l'envahir et surprendre, ne peut de moins faire que lascher la main aux armes, tant en Levant qu'en Ponant, avec tant heureuse fortune, que d'entrée dom Femand fut contraint honteusement quitter le siège de Parme et de La Mirandolle, pour retourner secourir le duché de Millan; et en mesme temps ayant eu André Dorie, avec l'armée de mer de l'empereur, deux fois la chasse en la mer de Levant. En celle de deçà en la coste de Normandie, par le capitaine Paulin, furent prins et arrestés aucuns vaisseaux et marchands de Flandr^, lesquels , soubs couleur de trafiquer, transportoient en leurs contrées vivres et munitions pour après s'en ayder contre nous.

L'empereur, ad verty de toutes ces exécutions , fort irrité et despité, feit saisir et mettre en ses mains toutes seigneuries , terres et chevances que possédoient en ses pays gentilshommes et autres François, leur faisant faire commandement, à peine de la vie et confiscation de bien, d'en sortir et vuider dedans certain brief temps préfix; et renvoya le seigneur de Marillac, qui lors résidoit ambassadeur près de luy, avec plusieurs propos de menasses addressésau roy, de le rendre le plus pauvre prince de son sang ; et pour ce faire commença dèslors à rappeller et racointer tous ceux qu'il avoit déclairé ses ennemis, et à mettre en avant tous artifices et efforts pour endommager le roy et ses pays, principalement se voulant addresser devers la Champagne, la sçachant adonc assez mal pourveue de frontières et villes fortes, et la pluspart de celles qui y estolent estre en si mauvaise situation pour estre fortifiées, qu'à peu de temps et frais les pourroit emporter. Pourtant estoit tout son dessein de retourner une autre fois par ces mesmes brisées qu'il estoit venu.

Le roy, encore qu'il eust de longue main pourveu à tous les attentats et délibérations de son ennemy, sçachant ceste publication et ouverture de guerre, avoit adverty tous les princes , gouverneurs et capitaines de ses pays et forteresses qu'ils se tinssent prêts et se retirassent aux lieux ou leurs charges estoient commises et addressées ; et au reste avoit mis tant bon ordre d'avoir ses forces préparées promptement où le besoin réquerroit et seroit prochaine la

]^ftAN(^OlS DE RÀ.60tIlV.

Tiséil

néeessité que, $aûs eâtre Ikites soudaines levées ny émotions, pouvoil en moins d'un mois jetter aux cliamps une bien grosse armée et puissante, avec une tant honneste et paisible laçon de vivre, que ses subjects ne s'en pourroient douloir ne s'en sentir grandement grevés, au moyen de la «bonne réformation et ordonnance qu'y a voit érigée et establie messire Anne de Montmorency , pair et connestable de France.

Ainsi, M. de Nevers se retira en son gouvernement de Champagne, avec sa compagnie de cent hommes d'armes, où jà estoit M. de Bordillon, lieutenant de roy en son absence ; où tost après luy furent envoyées les compagnies de gendarmerie cy-après déclarées, cour les départir et mettre es villes fortes et endroits qu'il verroit estre foibles, comme il feit. Celle du seigneur de Chastillon à Mésières; celle du comte de Nantueil au Chesne Populeux; celle du seigneur de la Roche du Maine à Mouson, dont il est gouverneur; celle du duc de Montpensier audit Mésières , à Quart et es environs ; celle du seigneur d'Aubigny à Beaumont en Argonne et Sthenay ; celle de M. le mareschaldela Marche estoit jà à Sedan et Donchery ; la sienne demoura à Attigny, Chastel en Porcéan et Rhetel, pour estre tant plustost preste et prochaine de sa personne.

Aussitost que les ennemis eurent nouvelle que ce prince visiioit ceste frontière pour adviser à munir les plus foibles lieux et loger commodément toutes les compagnies et garnisons que le roy y vouloit envoyer, afin de Caire teste à tout ce qu'ils voudroient entreprendre, proposèrent et se meirent à Tessay de luy donner aucun destourbier et empeschement ; estans ad- Vertis qu'il estoit au Chesne Populeux, gros bourg distant de Mouson environ cinq lieues, en petite compagnie, donnant ordre à tous affaires qui pouvoient survenir, le comte Mansfel, gouverneur lors du duché de Luxembourg, avec les gouverneurs d'Yvoy et Danvillé, assemblèrent un nombre d'hommes des prévostés qui estoient soubs eux, ensemble quelques Clévois et Gueldrois qu'on y avoit logé et retenu en garnison pour ce duché, et certain nombre de cavallerie ; et avec tout cela, proposèrent de luy venir faire une cargue en ce lieu. De quoy toutesfois ce prince nedemotira long temps à estre adverty, et pour ce fut tant bien pourveu ^our les recevoir par la conduite de M. de Buûr-

dillon, qui ayant assis bon guet et fort mt \t passage d'un marets et le Pont-Bar, et sur toutes les advenues, à venir rordoonancc qu'il j avoit mis, estoit fort aisé àjuger que, s'ils fussent venus comme nous menassoient, encore que fussions en plus petit nombre qu'eux^ malaisémeat se fussent retirés à leur honneur; mais ne comparurent point, et hii dit qu'ils n'avoient peu passer les rivières adonc fort grosses, et bore rives, pour les importunes pluyes tombées par l'espace d'un mois ou six sepmaines au paravaut. Aucuns murmuroient que c'estolt faux rapports, et controuvé advertissement. Tant y a qu'il fut cause de faire avancer huict compagnies des vieilles enseignes que le roy envoyoit celle part pour la seurté de la frontière. Parquoy ce prince le lendemain au matin partit de ce lieu pour retourner à Attigny, attendant de venir faire les monstres desdites compaignies, pour en après les départir où verroit estre besoing, et les trouva desjà arrivées. Pourtant le jour ensuy vaut les voulut vcoir en bataille en une prairie le long de la rivière d'Aisne, où devant luy se meirent en ordonnance de combattre, et feirent le limaçon à réitérées fois ; et puis asseurer de ce que j'en vey, non de ma seule opinion, que n'est possible devenir soldats ai meilleur équipage, ny portans meîUeur visage de gens de guerre. Leurs monstres bites, ayant touché leurs soldes, le prince ks feit départff ainsi • les capitaines Villefranche et Boisseron à Mésières; le capitaine Lignières à Mouson; le capitaine Saincte-Marie à Sthenay ; le^ capitaines Gourdes et La Lande à Maubert -Fontaine et Montcomet ; le capitaine Favaz à Saincte-Ménehou ; le capitaine Glanay à Donchery. Assises ainsi ces garnisons, sembloit que desjà le populaire de la frontière se fust renforcé et redoublé de courage ; et n'y avoit depuis les grands jusques aux petits qui ne se préparassent de prendre les armes, pour non seulement se défendre des ennemis, mais pour davantage les aller chercher. A ceste cause journellement coorbient les uns sur les autres, démonstrans ua présage d'une cruelle et longue guerre.

Après avoir mis bon ordre à tous ce3s précédens aifaires, ce prince prudent et bien conseillé voulut visiter les villes de ceste frontièiiB Bt véoir comme elles estoient m mies, et avec quelle diligence les remparts et défenses s'avan- "çoient, où journellement et sana cesse on -be-

GUERRES DE BELGIQUE, UV. I

soignoit* Et, partant d'Attigny, retourna au ; si loing, envoya quérir les compagnies, tant de coucher au Chesne Populeux, où luy furent ap- cheval que de pied, n'ayans encor posé les ar- ' .,' portées les nouvelles par le seigneur Jacques . mes, pour luy servir dVscorte. Parquoy estan^^ Marie, honneste et sage gentilhomme italien, • arrivées, furent départies en trois escadrons;

mareschaldes logis de la compagnie de M. de Chastillon, comme par ladite compagnie, à la conduite du seigneur de Luzarche, vaillant et bien expérimenté chevalier qui en est lieutenant, avoient esté desfaits quatre cens Bourguignons, desquels estoient capitaines un nommé Bel-homme et un autre parent ou allié du sieur de Lûmes, qui y demeura prisonnier. Geste desfaite fut exécutée près de Monlcomet es Ardennes, et y restèrent tués à la furie de sept à huit vingts hommes, le reste miset chassé à vau de route, et trente ou quarante amenés prisonniers ; des nostres, peu ou point en demeura de tués : vray est qu^aucuns gentilhommes y furent blessés, entre autres le sieur de Montifault, qui y reçcut un coup de picque en la cheville du pied, pour lequel coup depuis par nécessité on luy a couppé la jambe, qui ne pouvoit estre sans regret et dommage, estant* gentilhomme bien loué et estimé. Quelques chevaux de ladite compagnie y furent tués et blesses.

Ceste petite desfaite pour un commencement estonna beaucoup les ennemis, et resjouyt fort ce prince, pour les continuels rapports qu'on luy faisoit que ceste manière de gens, pires que voUetmrs, exerceoient grands pillages à Tentour de Mésières, et emmenoient le bestaildes paysa ns, èsquels ne trouvoient grande résistance - Donc pour continuer sa délibération, ce princ« le lendemain partit du Chesne Populeux, suivy de plusieurs grands seigneurs et capitaines, Lant de sa maison que compagnie ; et le reste y demeura avec le sieur de Giry qui en estoit enseigne, et arri vaàMouson environ les deux heures après midy. Au devant duquel vindrent le sieur de la Roche du Maine, qui en est gouverneur, avec sa compagnie de gendarmerie en armes, et le capitaine Lignières avec la sienne de gens de pied. Si-tost que ce prince eut à loisir visité et tournoyé achevai les remparts et murailles, en petite suitte dévalla au grand portail devers Yvoy, remontant au long du chemin jusques au-dessus d'une truite montaigne entre ces deux villes, pour considérer et recognoistre à plain la situation de ceste ville adonc ennemie ; et, non content de la veoir de

l'un desquels, celuy qui estoit le plus esloigné de corselets, estoit plainement descouvert, et les deux autres les plus approchés estoient embusqués dedans des fossés et levées de terre au long de la prairie. La gendarmerie estoit à couvert en un petit bosquet à main droite. Cependant furent envoyés quelques harqucbusiers pour attaquer l'escarmouche et attirer la garnison au combat, lesquels approchèrent jusques sur la douve du fossé, et tirèrent à veue d'œil jusques sur le pont leviz, sans que personne de léans nionstrast le nez. Seulement fut par eux entendu un grand tumulte et murmure là-dedans, estant peult estre en doute de veoir leurs ennemis aux portes, et leur ville estre desgamie, estant allée leur garnison courir, présumans ceste enlreprinse avoir plus grand effet que n'advint par la breveté du temps et la nuict qui approchoit ; toutesfois ceste compagnie donna telle frayeur à une trouppe de trois ou quatre mille Allemans, Clévoiset Gueidrois, qu'elle les feit à l'instant tous serrer ensemble, et se mettre en bataille dedans un lieu fort, en un village au-dessus d'Yxoy où ils estoient logés ; d'où ne départirent avant nous sentir et cognoistre retirés.

Ce prince ainsi satisfait, tant du devoir de ses soldats que pour avoir à Taise veu ce qu'il avoit en affection, ayant prins sa revanche de leurs folles menasses, feit tout retirer àMouson. Le jour ensuy n ant, environ les huict heures du matin, il en partit en compagnie de beaucoup de grands seigneurs et gentilshommes, entre autres des sieurs de BordiIlon,Bussy d'Amboise et de la Roche du Maine, avec ses gensdarmes et quelques harqucbusiers pour l'escorte de -ses mulets et du bagage. Estant à une bonne lieue près de Sedan, au lieu où se devoit trouver la compagnie de M. le mareschal pour tenir escorte à ce prince, alors, ainsi que M. de La Roche du Maine estoit sur le poincl de s'en retourner avec la sienne, les pages de l'escurie, qui estoient montés sur les grands chevaux, et quelques autres qui aUoient devant avec eux, tournèrent soudain visage devers nous ; ausquels le prince mesme demanda pourquoy Us i^etoumoient, et luy futrespondu par l'un d'eux

FRANÇOIS DE RABUTlN.

que les Bourguignons combatloient et estoient à l'escarmouche avec la compagnie de M. de Sedan près de là. Adonc de grand et asseuré courage commanda au sieur de La Roche du UsAhe de ne Tabandonner, et feit prendre à bhacun l'accoustrement de teste, en délibération d'y arriver assez à temps pour leur faire paroistre combien sa vertu et présence renforceroit le petit nombre des nostres auprès du leur, et sur ce poinct nous meismes au gallop gaillard. Je croy qu'ils nous descouvrirent ; car, encor qu'ils fussent au double de nous, apperceusmes de dessus une petite motte comme ils se retiroient à la haste, pour gagner un bois qui leur estoit prochain, leur cavallerie couvrant leurs gens de pied ; qui fut cau^ de nous remettre au ^as pour suy vre nostre chemin proposé. Passant au-dessus de Sedan, aucuns gentilshommes de la compagnie de M. le mareschal s'avancèrent, et racontèrent à M. de Nevers comme le tout estoit passé en ceste escarmouche, et comme les ennemis avoient usé de grande ruse pour les attirer au loing. dedans la grosse trouppe embusquée derrière la montaigne, et le moyen par lequel les François la descouvrirent. En ces propos et autres arrivasmes àDonchery, où ce prince disna avec peu de temps, afin d'arriver à meilleure heure à Mésières, où il devoit coucher ce soir là. Or, falloit-il passer à la portée d'une longue coulevrine, près le chasteau de Lûmes, la rivière de de Meuse entre deux, qui nous faisoit penser que n'approcherions si près sans quelque allarme, ou pour le moins estre salués de coups de canon, ce que n'advint ainsi ; mais pource que c'estoit sur le tard et le vespre prochain, il y eut cinq ou six rustres qui sortirent de ce chasteau, se trainans sur le ventre le long de la j)rajrie, marchans à quatre pieds, et feirent tant qu'approchèrent le bord du costé où ce prince et la plus grosse trouppe de sa suyte dévoient passer, que luy-mesme le premier apperceut, et commanda à ceux qui lui estoient les plus prochains d'aller recognoistre si' c'estoient hommes ou bestes. Aussitost qu'ils se veirent descouverts, sans avoir eu le loisir d'approcher de plus près, par advis de païs, deschargèrent harquebusades, qui ne fut que vent. J'ay opinion qu'ils s'estoient là mis, pensans faire meurtre de quelque grand seigneur, ou quelque destrousse sur lé bagage ; on &^ ad-

vancer de nos harquebusiers, qui tantost les desibgèrent de là ; peu après arrivasmes à Mésicres.

Le lendemain, jour de dimanche, pour essayer à faire sortir les soldats qui estoient dedans le chasteaude Lûmes, et sçavoir si d'aussi grande asseuranee ils combattroient main à main comme ils en faisoient le semblant, commanda le prince que la compagnie de M. de Chastillon, laquelle estoit adonc logée à Mésières, se préparast de l'accompagner avecceDe du capitaine Yillefranche, de gens de pied, et y estoit aussi un grand nombre de soldats, tant de celle ville que de toute la frontière, qui y estoyent accourus pour veoir l'issue de ceste escarmouche. Nos gens de pied furent partis en deux troupes : les corselets furent mis en un fond, au long du grand chemin qui tire droit à la porte du chasteau; le surplus en un autre vallon près de la cassine qui en est (Hrochaineà la portée du canon, où estoit monseigneur avec , le sieur de Bordillon, et cent ou six vingts chevaux. La compagnie de M. de Chastillon estoit près d'un village au-dessus, à couvert derrière des buissons et bayes. Nos barquebusiers, de grande allégresse et dextérité, allèrent harquebuser et chercher l'ennemy au plus près de . leurs barrières et tranchées ; et ne fault douter que la présence de ce prince ne leur creust le cueur et volonté de faire quelque chose bonne et honnorable ; tellement que les soldats de Lûmes, qui s'estoient tousjours tenus fortsdedans les tranchées, rehaulsées de pallisqui environnent et ferment un clos de vignes près de ce chasteau, enfin en furent mis hors et déboutés par nos seuls harquebusiers, qui, en preuve de ce grand devoir, en apportèrent au prince et à M. de Bordillon des pallis qu'ils avoient arrachés à leur barbe, sans y avoir perte d'un seul François ; bien y furent deux ou trois blessés, et le jeune comte d'Aspremont, par trop se bazarder, eut une harquebuzade dedans Pespaule droite. De rechef on retourna les semondre; mais on les trouva tant refh)idis, avec ce que le vespre nous invitoitànous retirer, que le prince feit remettre toutes les compagnies en ordoa* nance. pour reprendre le chemin de Mésières ; ce ne fut toutesfois sans estre convoyés de ceux de Lûmes à coups de canon, tant que leurs boulets se pouvoient estendre. Je ne veux oublier à dire le commandement qui fut frit par ^

prince au seigneur de Rare, gonvemear adonc de Mésières, de &ire assembler tant de diariots. et charettes que pourroit recouvrer, pour amener et rendre en sa ville tant de Meds, foings et fourrages qu'on trouveroit es terres du seigneur de Lûmes, afin d'oster le moyen à Tennemy de s'en pouvoir ayder ; aussi que le tout luyestoit confisqué pour la rébellion du vassal contre son souverain. La saison estoil adonc fort basse et mal-propre pour démener laguerre s*estans les ennemis retirés, et que les monstres de la gendarmerie se dévoient faire en bref pour le quartierde janvier. Cecy fait, le prince se retira à Chaalons en Champaigne, devers madame la duchesse qui se trouvoit mal.

Le repos ne luy fut pas grand, car ayant eu advertissement que les Bourguignons avoient prins une église d^un petit village sur la rivière de Chesse, nommé Douzy, des terres du sieur de Sedan, que les paysans, selon leur commodité, avoient fortifiée pour eux retirer et défendre contre les courses des ennemis, et qu'ils la délibéroient renforcer davantage pour estre de celle part maistres de la rivière, ou pour garder ceux de Sedan de sortir librement, délibéra de les aller lever et rompre ceste entreprise; ayant assemblé de quatre à cinq cens hommes d'armes, et toutes les vieilles bandes et garnisons assises celle part, accompagné de M. de Bordillon, du comte de Nanteuil, du sieur des Pots, des sieurs de La Roche du Maine, de Bussj cT Amboise et de Losses, sans plusieurs autres grands seigneurs et capitaines. Arrivant avec ceste petite armée près de Sedan, fut trouvé que le» ennemissentanssa venue avoient bruslé le village et abandonné le fort et d'une mesme traite auivy le chemin à Yvoy, au long duquel ne fut trouvée aucune chose de résistance. Yray est qu'estans à une lieue près, ceux de la ville sortirent, une grande partie à cheval et peu de gens à pied, seulement à la seureté du canon ; mais quand ils appercêurent que nos harquebusiers les aflrontoient d'asseurance, sans craintede leurs boulets, se retirèrent froidement peu à peu dedans leur ville, et nous prinsmes le chemin pour entrer plus avant sur leurs terres ; ce qui fut exploité en peu d'heures à leur grand dégast. Le bruit se esleva entre les soldats que le prince avec ses compagnies proposoit aller courir tout le plat pays, à rentour de Luxembourg, cequll pouvoit fa-

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. L

cilement exécuter ; toutesfois, par plus meure délibération, en fut diverti, et toumasmes visage. Au retour, par mativaises guides, beaucoup des nostres s'esgarèrent dedans les forts et bois des Ardennes, sur lesquels les Ardennois deschargèrent leur furie, se voulans venger du dégast qu'on leur avoit &it, et en desfeirent quelque nombre, non de grande estimation, pour estre la pluspart coquins, et gens de là autour, qui s'arrestoientau pillage et à chose de petite valeur. Ainsi retoumasmes à Sedan, de là les compagnies reprindrent le chemia pour se retirer chacune en son quartier ordonné , ce prince et ceux de sa compagnie à Mésières,. et de là, y ayant quelque peu séjourné, à Chaalons, puis à la cour pour trouver le roy, où il fut fort malade.

A Mésières demeura M. de Bourdillon, comme lieutenant de roy en l'absaice de M. de Nevers» pour pourvoir aux affaires survenans, esqueU si sagement et prudemment mettoit une police, que non-seulement de nous, mais des ennemis mesmes estoit estimé très sage gentilhomme» méritant justement les estais qu'il a. Ce que j'en dis ne me doit eslre imputé à flatterie ; car, ainsi qu'une petite cloche ne rend grand son, aussi sa louange ne dqpend dé mon affirmation, mais de ses faits et du roy, qui , pour tesmoignage de sa fidélité, l'a constitué capitaine sur cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, avec la bveur telle que diacun sçait qu'il a de Sa Majesté. Encore que du costé de Champagne la guerre guerroyable fust la plus ouverte et continuelle, si est^^ que de tous endroits de ce royaume les François et les ennemis se cherchoient ordinairement pour s'endommager. Du costé de Picardie estoit M. le duc de Vandosme avec MM. d'Anguian et de Condé ses frères, et d'autres grands seigneurs et ci^itaines, au nombre d'environ quatre cens hommes d'armes et neuf ou dix miUe hommes de pied, tant des garnisons que des compagnies mises/us nouvellement, entreprenans grandes fitigues et exécutions sur les Flamens et Hennuyers, les endommageans fort, et ayant bit grandes courses dedans le fond et au milieu de leurs contrées, jusques à estre intromis dedans Arras, si les intelligences que ce prince y avoit n'eussent esté malheureusement descouvertes. En Champaigne, ccmibienque le prince fust absent et près du roy, le plus souvent M. de

TRANÇOIS de RABUTm.

Boardillon, avec telle cavalerie qu'il luy pUisayt élire, alloit courir bien douze ou quinze lieues dedans le duché de Luxembourg et iea

' Ardennes, mesmement pour aHer rompre un fort qu'on luy avoit rapporté les ennemis avoir basti près Sainet^Hubert. Autant en faisoieni les sieurs de La Roche du Maine et comte de Nanteuil, nos capitaines et soldats; quoy qu'il advint, le plus souvent ne trouvoient r^contre dont ne vinssent au dessus , et si quelque cas leur advenoit moins à leur prouit, c'estoit par trop grand malheur et mauvais ordre.

Peu à leur advantagesurnousendressoieat les ennemis, encore seulement où ils sçavoient n'y trouver grande défense, pour y estre entre eux peu de gens aguerris et exercités en cest art, eistant la pluspart laboureurs et paysans tirés freschement de la charrue, amassés par les prévostés à leur mode,>u8quek n'y a sçavoir n'expérience. Et où ils se trouvent les plus

* forts et que nos soldats sont par eux rompus, et par leur foule renversés, mieux leur advieadroit de tomber entre les griffes des bestes Inrutes que se fier en leur miséricorde et piUé , comme ils foirent cognotstre, et que je veux descnre, te jour de Saincte-Luce, en une course près de Maubert-Fontaine, en laquelle furent tués un gentil capitaine d'une des vieilles enteignes, nommé Gourdes, et vingt-cinq de ses soldats, tous hommes vaillans. Les Bourguignons auparavant ayant esté le plus. souvent battus et repoukés celle part, délibérèrent s'y trouver si forts et avee telle astuce , qu'ils se vengeroient une fois pour toutes.

Ainsi s'embusquèrent dedans un bois p^ot^in dudit Maubert, et sortoient dehors peu à peu , faisant monstre de petit nombre, estans là dedans à couvert leur plus grosse force ; oe que tantost fot rapporté à ce jeune et trop liazardeux capitaine, qui estoit avec son enfleigneen garnison en ceste* petite ville ; lequel de proapte chaleur et bonne volonté, comme on le peult estimer, sans attendre d'estre mieux accompagné ne sui vy , desbanda avec vingt-cinq ou trente de ses soldats mieux cognus et fidèles, et d'une tire, la teste baissée, alla donner dedans. Eux, faignans foyr, se retlroi^ftt toujours près de leur secours pour les attirer ; ee qu'ils conduirent de tel aguet , et en sorte qu'ils le rendirent et ses hommes enveloppés de toutes parts, d'où ne pouvoieM esobapêr en radie laçou , swks

estre tués ou soobmis à teitircKscréti<m et misériconle : de laquelle peu usèrent envers eux; car le capitaine, ayant deux coup« de picque ea la gorge, et plusieurs autresplayessur son corps, y laissa la vie, et la phwpart de ses meilleurs soldatSi, qui l'a voient suivy, bâchés en pièces à ses pieds. £t &ult confesser le vray, et ce que depuis a esté dit et rapporté ; s'il eust voulu croire un autre capitaine nommé La Lande, en fost autrement advenu, et mieux à nostre proufit et honneur. Lequel estoit d'advi^ qu'on attendist M. de Bordilton, la gendarmerie et soldats de Mésières, qui jà estoient advertis et venoient en extrême diligence pour les secourir ; de la venue desquels sitost que les ennemis eurent nouvelles, au grand trqt gaignèroit les forts du bois. M. de Bordillon estant arrivé, après avoir entendu le combat de ce capitaine, avec la gendarmerie piquant au grand gallop, pour prévenir et empescber que les ennemis ne se rassemblassent et fortifiassent dedans leurs forts, pouke et entre avant dedans le bois, mai^ avec si grande infortune, par un chemin si e$* troit et où la foule s'y trouva jsi grande, qu'il estoit impossible d'y manier les chevaux. Nonobstant, passant plus oultre^ les rencontra à l'entrée d'un petit essart, lesquels, sans faire teste, se jettèrent dedans le bois et s'escartèrent des deux flancs du chemin ; dont à coups de pique tuèrent grande quantité de chevaux et peu d'hommes, pour avoir peu d'harquebusiers. Là fut assez veu de quelle hardiesse combattoit M. de Bordillon, et quels grands efforts il fûsoit pour «acourager ceux qui le suyvoient, tant qu'un gentil roussin, que le sieur de Bussy d'Amboise luy avoit donné, fut tué soubs luy. Certainement là plusieurs gentilshommes et vaillans soldats feirent preuve de leur valeur, «)tre lesquels se trouvèrent le sieur de Vigiei, soubs-lieutenant de H. le duc de Montpensier, l'enseigne et le guidon , tous lesquels y perdirent leurs chevaux. La cause de la perte de tant de chevaux estoit que nos soldats, qui venoient de Mésières, ne peurent, pour quelque diligence qu'eussent jsceu &ire, arriver à heure pour eatrer les premiers dedans les forts du bois, afin de donner ouverture aux gens de cheval ; car, avec qaatre grandes lieues qu'il y a deMésières jusques-là, les soldats, armés et chargés d'équipage, avoient tant couru pour y arriver & ffimXt qu'au plus fort ils çftoîcàit ^rs d'h^-

[Ul\\

GUERUËS Df. ftlLGlQCÊ, LIV t

SSiS

ifiae, et trotiVèreot ^pé les gensdarmcs retour^ fidient desjà. La canaHk du pays, nostre mesme^ tfaÀ aa eommeacëment y esloit accomne brou «flchanfTée à la v^r^ iùùokt ptm de moastre que d'eflectg, nonobstani toutes remonstranees f ne voulut onc combattre, et euiendoît plus à despouiUer tes morts qu'à nous soustenir. Pour retourner à mon premier propos, parlant de la cruauté des Bourguignons et de la mauvaise guerre qu'ils font aux Françcrfs^ aucuns à ceste rencontre tombés prisonniers en leurs mains l^expé^imentèrent, lesquels à sens froid misétablement ils tuèrent, et cruellement fetrent mourir. Ce que je croy que promptement le eat)iiâlne lourdes cognut, qui ayma mieux estre <oecis en combattant que, se rendant vaincu , estre après dissipé villainement. Entre ceux des nostres qu'on trouva perdus et estimés estre d'eux tués, y eut un jeune gentilbomme, •archierde la compagnie de M. de Nevers, nommé Momigny; un autre aussi, appellé.Pommier, Gascon , qui|ut trouvé blessé et découppé ispr toutes les parties de son corps, dont peu de temps après mourut; uq autre aussi^ nommé La Serve, jeune gentllbomme de bon cueur, qui fut abbattu et blessé peu en la teste; mais il eontrefeit si bien le mort , qu'ils ne le cbargèrent davantage; puis, quand il se veit d'eux pour mort abandonné et mis en chemise, se releva, et tant que les jambes le peurent porter, alla retrouver les François où les peut recognoistre, qui ne fut sans rire. Pour conclure , chacun s'acquitta vaillamment de son devoir; -ei eust-on encore mieux fait à moindre perte «i Pentreprlnse, dès te commencement, eut esté •conduite par conseil préveu, et qu'on les eust Marges en lieu aisé et commode à gens de cheval. Toutefois, les ennemis forent si rudement pourmyvis et serrés, qu'ils forent contraints mtMindo»er le bois, et au grand tfot se retirer. Loilguenient fin débattu si on les devoit suivre. Enfin on advisa que les gens de cheval el de tHed esîoient tassés et harassés, le temps importun , et qu'y «voit autres bois que pourroiest . regaigner avant qu'on lespeust attaindre; pour ce fut résolu de retourner au logis. £i le corps de ce gentil capitaine Çourdes fot rapporté à Mésières et honorablement ensépulture, avec grand deuil et plainct de tous les capitaines, et non moindre regret de tous les soldats.

Ce>t ce que puis scavoir de la course du

jour Sain(Ae-Luce, fiite ^rès ■8d)ert*Fbntaîne; et ne passeray outre qu'en cest endroit n'escrive la brave entreprise que paracheva le ca|iitaine Ville-Franche avec sa compagnie, peu de jours après. J'estime que chacun sçait assez que le chasteau de Lûmes n'est qu'à une demi lieue ioing de Mésières. Or, est-il que te plus souvent ses soldats alioient veoir ce chai»teau, qui tenoit le party impérial, pour inviter ceux de léans à donner le coup de picque ou d'harquebusade ; tant qu'une nuict, assez près de la sentBiele, allèrent planter des Cantosmes de paiUe, armés et habillés, ayans la façon et fiôsans mine d'harquebusiers, avec les mesches et cordes allumées; et d'autre costé feirent chaudement donner l'alarme. Ceux de dedans, descouvrans ces marmousets, les jugeans estre hommes en camisades, feirent tirer sur eux force coups d'artillarie; cependant les soldats entrèrent dedans un jardin, où ils couppère&t une grosse voicture de choux, et avec des li« mes ayant destaché des sentines et gonddies qui estoient dedans les fossés, enchaisneés au pied de la muraille, les meirent dedans pour les avaller à Mésières. D'autres,*avec des solives et grosses pièces de bois, rompirent et enfoncèrent la muraille d'une t)ergerieenlal)assecourt, et emmenèrent un bon troupeau de moutons et bestes blanches à Mésières. Puisvoyansquec'estoit petit fait s'ils ne se montroient vivement, dressèrent avec la scopeterie une brave et fo* rieuse escarmouche. Parquoy une «iseigne l)lattcÉie avec les croix rouges se voulut ad van* cer de sortir la première, qui fot tantost rembarrée là-dedans, et remise jusques dans les portes. Ainsi nos soldats, ayans exécute actede bonne grâce et digne de mémoire, retourné* rent joyeux au logis, bien pourveus de chairs et Iwrbages pour vivre et passer un long temps ea ta garnison. Que m'a semblé ne devoir estre mis en silence, tant pour la lecture, donnant plaiair et augmentation de bon vouloir aux lecteurs, que pour conserver l'estimation deue à ceux qui sont inventeurs de bonnes choses,.tels que, suyvant mon premier propos, sont les hommes exercités en l'art miUtaire, ayans tousjours plus en recommandation Thonneur et la gloire que la vie ; ou qu'avec une cruauté et certaine avarice leur profit particulier; principalement aymans mieux perdre l'un et l'autre que la vertu et réputatioa d'humanité*

FRANÇOIS DE RABXJflN.

[itoil

Or, poorde trûploiagne m'eablgner, ettoy- ▼re toaijoors mon intentîoa, les Bour^ngiioQs» après oe mastaere, s'assemUoîeQt joamellement, et dephis ai plus leur nombre crotssoit, jnsqoes à cinq et six miHe hommes de pied et mille ou dooze eens chevaux. Estans advertis qa'im jeune capitaine, nommé SainctrAmand, duquel je n'ay autre cognoissance, assemUoit gens pour le roy au long de la lisière de Lorraine, le vindrent surprendre et desfeirent, et luy et ce qu'il avoit amassé, non loing d'une atèaye nommée Gorzes; ce que leur estoit aisé (à ce que ay ouy dire), pouree que c'estoit toute canaille, et autre chose n'en sçay . En ce mesme voyage, 1^ veille de Noël, allèrent assiéger le diasteau d'Aspranont,ès marches de Lorraine, qui est à présent à M. deNevers, panune donation que luy en a foit ce jeune comte qui fut blessé devant Lûmes; auquel ils entrèrent aisément et sans grande résistance, pour n'estre ce chasteau fort ne remparé, et qu'âdonc n'y a voit dedans que neuf ou dix hommes villageois et paysans, à raison que ce prince ne l'avoit foit autrement fortifier ne munir, estimant que seroit. couvris en* la neutralité de Lorraine. En ce peut-on veoîr évidemment la petite défense que trouvèrent dedans, quand aussi-tost on sçeut la prise que le siège, combien que, le phis soudain que fut possible, M. Bonûllon avec gendarmerie et gens de pied y allast pour le secourir, qui toutefois plustost qu'estreà moytié du chemin eut nouvelles que les Boui^îgnons estoient ja dedans. On dit que de la surprise de ce chasteau le roy sceut fort mauvais gré à la duchesse de Lorraine; et murmuroit-on que certainement elle y avoit donné tout port et faveur.

Testois à Chaaions quand les nouvelles furent apportées à mcmseigneur que les ennemis, ayans mis le feu en la basse court de ce chasteau, ravy ce qu'avoient trouvé de bon là dedans, et fiiit pendre undeleursespionsàla porte, s'estoient retirés dedans Lorraine, tenans le chemin de l'aU)aye de Gorzes. JPestois aussi en la

diambre de M. de Bord iUon qumd luy fut rap^ porté comme de rechef avoient mis le feu eo ceste abbaye, et se retirolent proums le train vers Aubenton, petite ville non forte en la contréede Ihirnsse^ dedans bqnelle estoit le sieur d' AidH^iy avec sa compagnie de quarante hommes d'armes, et le capitaine La Lande avec son enseigne de gens de pied. Toutefois changèrent d'opimon; aussi le temps leur estAit divers, qui rendoît le pays presque inaocessibie, contraire à leur délibération, et se tenoient pour bien aaseurés que nous estions advertis, et n'eussoH guères temporisé SUIS nous tenir à leur queue.

Un peu auparavant, après les grandes |4uies et inundations d'eau , estoit tombé un graad pan de la muraille de la ville Saincte-Meoehou; à ceste cause, pour renforcer la garnison qui estoit dedans, y furent envoyés les dix hommes d'armes et leur suyte d'arehers, que M. de Nevers avoit eu de creue par le décès de M. de Longueville. jeune prince prévenu de mort avant qu'if eust &Ut preuve de tant de vertusdont sa jemiesse donnoit grand présage; estant dedans le sieur d'Esdavoiles, goitil chevalier, sageethardy, auparavant lieutenant de feu M. le duc de Goyse. On doutoit quelque surprise, pouree que les ennemis en gros nombre estoient prodiains, sans sçavoir certainement leurs délibérations. Enfin ne s'ingérèrent d'attenter aucune chose de ce dont oo sedoutoit; mais dèslors commencèrent à se rompre, tant poiur sçavoir que joumdleiBeiit nous nous renfordmis, que pour estre maleonduicts, et ne trouver lieux desgamis, faciles à estre surpris promptement. Ainsi dès ce temps, sur la fin du mois de janvier, ne forent exécutées au long des frontières choses aéritws d'estre mises par escrit, sinon quelques petites courses de chacun coeté, en l'une doâqocllesfiit tué le capitaiiK Lignières, et la pkispart de sa compaignie des&ite entre Hédin et Mmitereiûi, descpidles je ne feray long dis^Mirs, pour cyaprès narrer meilieures choses.

DEUXIESME LIYRE.

Le TOfige du roy très chrestiea aaz AUenigDds, pour b reititulioB de leon libertés.

Ainsi passa la plospart de cest h j ver en courses, surprises et rem^ootres, iriiieniens de la fu* reur des deux princes, lesquels néanlmoins dressoient tous préparatifs à Testé prochain, pour comoieneer la guerre de beaucoup plus cruelle qu'auparavant. Et cependant aucuns des plus grjands princes et seigneurs d'Allemague, entre autres le duc Maurice, de k maison de Saxen, envoyèrent devers le roy pour luy demander secours. Or, pour briefvement discourir les causes, faut entendre après que Tempereur eut défait le duc Jan de Saxen, et que la pluspart de toute la Germanie, par l'induction de ses favoris, se &irent sonbemis à sa mercy et miséricorde, reoognoissans leur faute (si fkiUe y avoit), d'autant que l'humanité et douceur devoit estre grande en luy, qui se dit empereur des AUemagnes, usa d'extrême rigueur envers eux; car, non contentde s'estre emparé de leurs villes, forteresses et tous au* très biens, et non encor satisfoit de lesveoir sacmenter et saccager par les Espagnols, re^ tint et resserra estroitement prisonniers ceux que luy pleut des principaux, en aussi grande misère et captivité que s'ils eussent esté les plus vicieux et criminels du monde ; et les autres furent décbassés et bannis de leurs propres biens et maiaons, desquelles jouiasoient les autres nations estraoges. Entre autres furent traictésde œste façon le duc Jan de Saxen et l'Ansgrave de Hesaoi, les deux premiers électeurs séculiers, non tant pour la seule canse de rebeUiow comme pour les vouloir contraindre, et s'ayder d'eux en phs grande diose à laqudle de long temps il aspiroit, àsçavoir, de faire esUre son fils ^ empereur. Et ce que depuis ayant mis en délibération à la diète de Spire,les électeurs aymèrent mieux luy denier estans absens, et ne s'y voulans trouver (pour la révérence qu'ils portoient à Sa Majesté), qu'estans présens l'arguer et reprendre de tant injuste demande. £n qnoy néantmoinsil persista avec telle obstina-

tion, que dèslors il conceut une grande haine contre enx, et feit solliciter Ferdijwad, roy des Romains, son frère, qui tînt le premier degré pour succédera l'Empire, à fin qu'il y ccrnsen-* tist; que ce prince débonnaire ne pouvoit rai^ sonnaUement accorder sans le consentement du roy de Boesme ^, son fils, qui lors esUât en Espagne ; leçiel estant mandé par l'empereur (qui se promettoit facilement l'ind^ire à cest accord), dénia et contredit constamment à-t^t inique délibération. Parquoy dèslors le père et le fils luy revindrent en aussi grand haine que tous les dessusdits, tellement qu'à peine les pouvoit-il regarder. Et tant s'en &utqttedepuis ce temps il ait voulu subvenir à son i propre frère le roy des Romains, qu'il a mieux aymé employer les forces deFEmpIre contre cejpi qui n'avoient en rien délinqué, et venir ses pays brusiés, pillés, et ses pauvres subjects estre emmenés en perpétuelle servitude par les Turcs que le secourir. Et tellement estoit ceste ambition de r^;ner enracinée au cuenr de l'empereur, et le désir enflammé de rendre ce Sainct Empire héréditaire, que, n'y ayant peu parvenir par tous ces moyens précédeois, il s'advisa d'un autre plus grand, à sçavoir, ëonlbs prétexte de réformer la religion chrestienne et oest mierimy qu'il avoit permis aux Allemands de faire assembler un concile, auquel, par le moyen du Sainct Père et consentement des prélats espagnols, qui lors estoient en bien grand nombre à Trente, pourroit canceler la bulle dorée, H battler nouvelle forme sur l'élection de l'empereur, etque cy-après, pour un empereur et un coadjuteur de l'Empire, on en peust eslire deux. Dont, estant prudemment considéré par toute la Germanie que si ceste entreprise venoit en efiect et ratification, seroit à la très grande diminution de leur grandeur et authorité, advisèrent d'y remédier. Et se sentans desjà tant grevés et outragés de continuelles surcharges et exactions, ayans esgard qu'anciennement

XVl-siicxB, LaPI. fiLaPI.

(I) L'archiduc Maxlmilleo.

FRANÇOIS DE RABUTIN

estoient appelles hommes libres et francs, et se voyoient servir à une nalio» eslrange, délibérèrent tenter tons efforts pour se mettre hors de ceste servitude ; tant est grande et ineslima- We la douceur de liberté et franchise, que tous animaux oublient le danger de tous périls pour ravoir et obtenir. Et voyans tous les Germains que de leur seul pouvoir n'eussent sceu entreprendre cest afTafre sans la fkveur de leurs af- Rés et voisins, pour estre leurs villes et contrées pleines et gardées de grosses garnisons que Fcmpereur y avoit mis, s'addressèrent premiè» rement an roy de France, leur ancien germain et très certain amy, requérans son secours, que ce prince leur accorda très volontiers, tant pour continuer en Thumanité de ses prédèeeaseurs, que pour Tafflnité que les François ont avec les Germains, dequoy ceste gent se sentit tant eslevée et resjouye, que dèslors hiy donnèrent le tiltre de protecteur du Sainct Empire.

Pourtant dès le mois de mars, sur le printemps, en la saison que le sauveur de tout le monde restitua par sa mort la vie aui mortels, le roy* très chrestien, après avoir fiiit, par son conseil, plusieurs belles ordonnances, édlctset stfttuz, tant sur la descharge et soulagement de son pauvre peuple, que sur la réformation de ses gens de guerre, de cheval et de pied, que des officiers et ministres de justice, alla en sa ville de Paris, capitale cité de tous ses pals, en laquelle confirma et restablit toutes choses statuées, tant par ses prédécesseurs rois que par luy, concernantes Taugmentation et union de la république ; abolit et effaça toutes autres au contraire, en commandant au sénat et court de parlement la maintenue et garde de justice et do droit de chacun, et la fidélité que doivent tous loyaux subjects à leur roy. Prenant congé d'eux alla visiter les reliques et monumensde sgiorieux martyrs sainct Denis, Éleutère et Rustic, apôtres de France; puis pHnt le chemin avec la royne, et grande compagnie de princes et seigneurs, devers Chaâtons en Champagne, en laquelle ville sé^ jouma quelque tempsf, attendant une partie de son artihene et munitions.

M. le connestable, pair de France, et conducteur de ses forces, i^avança devant à Yictrf , fieu ordonné, et aux environs, ou s^anuissoient de toutes parte gentilshommeaet soldate,

tant de cheval que de pied, et ou estoient amené» vivre» de tous les endroits du royaume. Sans les compagnies des François naturels, levées selon les commissions que le roy avoit fait distribuer à plusieurs capitaines ; sans les autres que f ay nommé dès le commencement, entretenues tant es forte devant Boulogne que Escosse, lesquelles estoient jà en Champagne, il avoit fait descendre de ses pays de Piedmont environ vingt enseignes de vieilles bandes et vieux soMate, nourris et soldoyés par paix et guerre, tant par le feu roy que par luy; hommes aguerris, méritant le moindre tiltre de ca* pitaines, bien armé8,1>r&ve9, et en grand équipage, desquels je noomierois le nom des cheb s*ih n'estotent assez cogneus, et que souvent ont esté changés pour estre eslevés en plus haute honneurs ou sont depuis morts ; aussi ce ne seroit que brouiller papier de choses ennuyeuses, que passerons légèrement pour en dire de meilleures. Suffit que toutes ces compagnies fiaisoient le nombre de dix à douze mille hommes. Davantage, en Provence, Languedoc, et toute Aquitaine, forent faites levées, selon les ordonnances et commissions du roy, de trente-cinq enseignes, dont une partie estoient gentilshommes puisaisnés et cadets de grosses maisons, prètendans par valeur et har diesse de parvenir à honneurs et à biens. Le reste estoient vieux soldats exercités en cest art, pour y esti« ceste nation naturellement en* cline. Et pouvoitestre le nombre d'eux dix miUe hommes ou plus; estant le sieur de Chastîllun*, nepveu de M. le connestable, général sur toutes lesdites compagnies de ftmterie, tant vieiBes que nouvelles. Des Allemands et lansquenets te comte de Ringrave en avoit deux r^ments, qu'e»t dix enseignes pour régiment; lesqueHM estoient Jà assemblées à Yony et Sourcy , gros viHages près de Thoul. Le comte Recroc ^, en avoit autant; lesqùcMes en ee temps n'estoîent encore compkttes, mais i^assembloient ordinairement au Rassigny. Un autre capitaine alternant, nommé Chartel>(tpquelautrefoi9avoft ea conduite de gens de pied pour les villes prot^ tantes contre Tempereur), avoît, comme Pon estimoit, de trois à quatre mille lansquenets assez mal en ordre, mais gens de guerre par eontmune estimation ; lesquels Pavoient tonsjmnns

(I) Gaspard deCoHgoy. — (i) Reddtxl — ^

tl&Sl]

GUERRES Dfi -BltGtQtJÈ, UV. lî.

Mrf en ces guerres, et de reébef t'estoient retirés sottbssa «ftArge* ttbuidoimaaB lean Mens et possessions poor le snirreç toutes lesqueties éompftgntes Msofent te Miatte de qoitae i seiie mlUe hommes. Je ne feray pmgect fm nombre des gmnds seigneurs, gentilshom^ mes et antres qui vindrent^ et se sont trou- Tés le long de ce voyage, lesquels ( pour le parfaire et s^y tronver «n bon ordre) ont engagé, vendu et aliéné de leur propre bien ; de quoy je me tayray, pource qu'avec ce qu'U me seroit bien dfitteiled'en dire la vérité, encore que j'en eusse le pouvoir et le moyen» aucuns le trouveroient bon, et les autres mauvais. Oe me sera donc Mset que le grand zèle des FVanoois envers le roy soit manifesté et cogneu partout le monde ; et ne seroit ainsi que réitérer et redire oeque renommée a publié universellement.

Quant à la gendoiserie et eavaNerie^ y poutoit avoir quinte cens hommes d'armes, avec leur suitte d'archers. de« mitle chevaux légers et autant dlianiuebuslers à dteval, desquels estoit général M. te comte d'Aumale, puisaisné delà maison de ^uyse. Tout lequel nombre de gens de pied et de cheval, après que les munitions et victhaMes y forent assemblées, tat con* ëuît et addressé devers Xhoul, première viHe Mdtre, à rentrée de Lorraine. Au-devant de M. te connestable, conducteur de ceste armée, fbrent apportées les<rfeft de ceste vîUe, et fut rendue à sa volonté sans autre dUSérent» eKiana avec luy les premiers princes de ce royaume, comme messieurs de l^endosme, de ffevers, d'AngufahSde Condé^de Mompensier, de la Roche-sur- Ton, le marquis d'Albeirf>, de fternoors et de Roh«i, et presque im nombre tofiny d'autres grands seigneurs et gentHsfaomm6s.

Cependantleroy estoit à€inville^,où séjourna douze ou quinze jours, tant pour l'amour de la royne, laquelle y estoit fort malade ; et peu s'en Allât que ceste très vertueuse dame ne laissa^ les mlèères dé ce monde, pour envoUer là sus ^ IMnfinie gloire qui luy est préparée, si cetay qui départ tout bien etmalne nous eost regardé de son œH de pitié, ne nous voulant oster en nop persécutions nostre ttiiale espérance. En ceste vflle aussi, la duchesse douairière de Lorraine

vint devers le roy , tant pomr se mettuev et M. de Lorraine son fils, avec son pays, en la pro* tectionet (d»éiflsancede Sa Mafesté^ que pour s'excuser et descharger 4*aueunes iDtdHgenees qu'on la souspeçonnoit avoir avec les ennemis^ U y a de grandes opinions et conjecture» qt» ce qu'elle en feit estoit maugré elle, et que, si elle eust pensé en bref avoir secours de l'empereur son oncle, malaisément eust fles^ le genouil. E»tre autres conclusi^M, le roy luy feit entendre qu'il vouleit retirer en France, près de M. le daulphin son fils, M. le due de Lorraine, fils d'elle, pour cy-après ea oonfonner une certaine allianoe.

Au temps aussi que le roy s^ouTMit àGbiville, et que M. le comiestable estoit près de Tboul avec la plus grande partie de l'armée, se faisoient traictes et menées par les seigneurs et gouverneurs de MeU devers 8a Mqesté et oe lieutenant du roy, pource qu'on vooloit passer et Aitrer dedans la<fite vîUe, et en avoir vivres et autres nécessités, comme avoit eu l'empereur préeédennnent, quand estoit des^ cendu en France, sans dédarer lesurplus. Eux, allcgans leur neutralité, consentDieot à dornser vivres et toutes nécessités pomr argent, akiai que disoient avoir eaté observé par l'empereur^ eonsentans que le roy et M. le cmmestaUe, avec suittt d'aucuns princes et des plus fiivoris y entrassmt ; maison vooknt avoir ce passage, entrée et issue franc et libre, aans auties capi<tulations, car nous esifons aduM les plus fort». Enfin M. le 4Mmnestàble, lequel «toit retourné à Ginvilie, tant pour accompagner madame de Lorraine^ qUe pour resouidre ceste «fEsire avec Sa Majesté et son conseil, peu de jours cnsuyvant, tenans toulijours compagnie àia duchesse, alla trouver l'armée à Thoul , quant et quant la faisant marcher drok à Pont-€«mouson, petite ville de ce duché, bien située, par le mitieu de laquelle passe la rivière de Moselle, portaat tikre de marquisat.

Or pource que de l#og-leasps une abbaye assez forte, appellée €ones, dfotante de là miviron quatre lieues, avoit k renom d'estre un vray refoge et retraitrde voleurs, aussi que les paysans du territoire se pkùgnoiMit, disaas estre là dedans un nombre de telle manière de« gens exeroaas infinis laiTecms,«y envoya Ùtx enseignes de fanterie firançoiae et quelque ea- ^falltrie légère» «vue tnM uu quidit pièeÎBi d!ar-

[FRANÇOIS DE RABUTIN

Page 1