NOTICE SUR PIERRE DE LU PLACE
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nesçay responilit que, pour estre empesché à d'autres affaires, il ne le pouvoit conduire plus de cinquante pas.
« Sur quoy la femme dudit sieur de la Place, encore que ce soit une dame à laquelle Dieu a départi beaucoup de ses grâces et be'nédictions, toutesfois l'amour grand qu'elle portoit à son mary la lit prosterner devant ledit de Scnesçay pour le supplier d'accompagner sondit mary. Mais, sur cela ledit sieur de la Place, qui ne monstra jamais aucun signe de courage abattu, commença à relever sadite femme la reprenant et lui enseignant que ce n'estoit au bras des hommes qu'il falloit avoir recours , mais à Dieu seul. Puis se tournant , il apporceut au chapeau de son (ils aisné une croix de papier, qu'il y avoit mis par infirmité, pensant se sauver par ce moyen ; dont il le tança aigiement , lui commandant d'oster de son chapeau ccste marque de sédition , et lui remonstrant que la vraye croix qu'il nous falloit porter, c'estoient les tribulations et afflictions que Dieu nous envoyoit, comme arrhes certaines de la félicité et vie éternelle qu'il a préparée aux siens. Puis, se voyant fort pressé par ledit de Senesçity de s'acheminer vers Sa Majesté, tout résolu à la mort qu'il voyoit lui estre préparée, print un manteau, embrassa sa femme , et lui recommanda fort d'avoir sur toutes choses l'honneur et la crainte, de Dieu devant les yeux j et ainsi se partit ^vec une assez grande allégresse. De là estant arrivé jusques en la rue de la Verrerie, vis-à-vis de la rue du Coq * , certains meurtriers qui l'attendoient avec dagues nues, il y avoit environ ti;ois heures , le tuèrent comme un pauvre agneau, au milieu de dix ou douze archiers dudit de Senesçay qui le conduisoient. Et fut son logis pillé par l'espace de cinq ou six jours continuels. Le corps dudit sieur de la Place, dont l'ame estoit rcceue au ciel, fut porté à l'hostel-de- ville en un estable, où la face lui fut couverte de Cens -; et le lendemain matin fut jeté en la rivière. >
La Place était aloi-s âgé d'environ cinquante ans. 11 avait mérité par ses talents et ses vertus l'estime de François 1" ,de Henri II, et, ce qui est beaucoup plus honorable, du vénérable l'Hospital. 11 a laissé sous le titre de Commentaires de l'Estat de la religion et république^ sous les rois Uenry II, François II et Charles IX, une sorte de journal qui comprend ce qui s'est passé en France depuis l'année 1556 jusqu'au colloque de Poissy en 1561. L'auteur, si onen croit l'Avisau lecteur placé en tête de cette édition, l'avait continué quelques années audelà, mais son mounscrit avait été ou incendié ou dispersé lors du pillage de sa bibliothèque. Cet ou^
(I) ProbablemcDl une autre rue du Coq que celle d'jHijourdlwî.
(1) Orduro«
vrage historique, écrit d'un style ferme et modéré, et dans lequel les faits sont choisis avec discernement et sans désir de scandale, a été imprimé en 1565, en 1 vol. in 8^ C'est d'après cette édition qu'a été faite la réimpression que nous offrons ici. Voici l'Avis au lecteur mis en tête de cette édition.